dimanche 20 janvier 2019

My Disco : Severe

Au moins on peut dire qu'on est prévenu. Entre la devanture et le blase de l'album... Et si finalement, toutes proportions ainsi circonscrites gardées, l'on tenait ici le moins dolipranophile de toute cette clique où, on l'aura deviné, Severe côtoie les These New Puritan, Facs, Disappears et consorts ?
My Disco se situerait d'ailleurs un peu plus du côté des Skull Defekts, c'est à dire du côté sensuel - je l'ai dit, que toutes les proportions étaient vraiment bien gardées ? Par des matons terriblement... sévères. On n'est pas là, mais alors du tout, pour rigoler. Et pourtant, j'ai envie de dire, on pense plutôt à Swans des années 80, ce qu'à titre personnel, je trouve beaucoup plus rigolo - pourvu qu'on ait un sens de l'humour pas trop chochotte - que Disappears et tous les autres groupes qui ne sont qu'horriblement intelligents et bons en architecture. Swans au moins garda toujours le contact avec... la merde dont nous venons, la chair, le jus. Et My Disco pareil. On n'est pas dans le plan au rotring, mais dans la dramatisation, même austère. Voire le goth.
Et puis, en dépit - voire... - de son attachement à la répétition de motifs en eux-mêmes simples, très rythmiques - et encore, de l'essence de rythme, du spiritueux de rythme plutôt que du rythme construit... architectural - ou texturaux, My Disco aime la guitare ; son grain, son écho, son feulement quincailler. Swans mais encore Sister Iodine ou Bästard des débuts, puis des trucs tels que "Kein Bestandeil Sein" (note à moi-même : ne pas oublier d'arrêter d'oublier le tournant que ce morceau a marqué dans mon éducation esthétique) : et si surtout on faisait complètement fausse route en voulant mettre My Disco au premier rang, avec ces gentils mais un peu ennuyeux bons en maths ? My Disco aime la guitare, et les enclumes ; ce sont là des amours qui ne se peuvent assouvir que physiquement.
On a compris de quels matériaux Severe était fait ; il convient surtout de se bien convaincre qu'il vaut bien mieux que la simple traduction auditive d'un qualificatif, que son choix dudit qualificatif comme seul nom pourrait faire craindre. Severe n'est pas - seulement - une qualité. Severe est une errance, aussi monotone puisse en paraître les paysages - comme souvent lorsqu'on est ce faisant enlisé dans ses ruminations , a fortiori pétries de sévérité - et pareilles choses vous emmènent généralement loin de vos pénates. Loin de tous.

mercredi 16 janvier 2019

Fudge Tunnel : Hate Songs in E Minor

Si l'on est allergique au metal - ce que je trouve à peu près aussi triste qu'être intolérant au lait - ou bien peut-être si l'on est du genre à préférer la vérité et rien que la vérité - celle des groupes qui passent l’Épreuve du Live, n'est-ce pas, et qui sont capables d'y reproduire des disques qu'ils auront eu le soin d'enregistrer comme quasiment des captations de live, pas fous, fuyant comme la peste ce péché d'utiliser le studio pour y créer des choses que seul le studio autorise, pas f... euh, bref.
J'imagine que, dans ces cas-là, on peut apprécier avec force ce premier album de Fudge Tunnel, où ces derniers apparaissent strictement comme ce qu'ils sont - avant de se découvrir ce talent non-pareil que l'on sait pour les masques, les faux-semblants, la fausse-jetonnerie et la cruauté - à savoir des punks qui aiment beaucoup Godflesh. D'accord. Très bien les gars, je comprends vous savez : moi aussi. Mais aller jusqu'à pomper le truc du remix dub - excellent du reste...
Non, en fait ce n'est pas le problème de Hate Songs in E Minor : une "Find your Fortune" sur The Complicated Futility of Ignorance fera plus que pomper Broadrick sans que cela en pose le moindre, tant il sera mieux que brillant. Le problème est que ça ne marche pas tout à fait. Fudge Tunnel en 1991 sont qui ils sont pour sûr, mais c'est la moindre des choses ; en revanche ils ne comprennent pas qui ils sont pour un belin.
Ce qui fait de cette... créature boîteuse cousue à partir de Quicksand et Fall of Because ? tentative de greffer le riffing (et les divagations de guitares ! c'est peut-être là-dessus que Newport est le plus insolent, question sosie-isme...) de Godflesh sur une charpente rythmique non moins létalement groovy, mais au groove radicalement différent (je dois dire que j'ai un peu de mal à comprendre que l'on écrive pas des paragraphes entiers dessus, dans les chroniques qui peur sont consacrées de par le monde, même dans un premier disque où l'on entrevoit déjà, dans la batterie d'une "Bed Scrubs" au hasard, la nature intrinsèquement réversible de cette ondulation, qui passe le plus clair de son temps à passer en un clin d’œil de l'organique au mécanique, et le tiers restant à sembler se tenir toujours prête à le faire, ne laissant jamais savoir sur quel pied elle danse ce faux rythme) ? ou simplement tentative de jouer Godflesh le soir dans le garage de Grandpa avec les copains de 3ème B, après trois reprises de Bleach ? - possiblement (rien n'est jamais sûr et ferme avec eux) le plus bizarre et brouillardeux des disques de Fudge Tunnel ; et, au moins la moitié des fois, un qui vous passe des kilomètres au-dessus, ou plutôt en-dessous.
Quant aux autres (fois)... difficile de se prononcer objectivement lorsqu'on classe Godflesh parmi les meilleurs choses que la vie ait à offrir ; l'on finit pour sûr par y trouver un charme, qui va s'affirmant... jusqu'à ce que le disque soit ruiné par, une passe encore, mais deux reprises hors de propos - d'ailleurs en fait la première est aussi réussie que reprise peut l'être, au sens où elle emmène le morceau ailleurs (c'est bien le seul mot approprié, à entendre ce solo ufologique)... tout ce que ne fait pas la seconde, qui voit le groupe se faire emmener là où il n'est pas, en trébuchant rien qu'un peu, et en donnant surtout envie de se remettre la version de Motörhead. Ce n'est pas, on le déplore, la meilleure façon de finir un album.

mardi 15 janvier 2019

Gorguts : Obscura

La flèche du temps, on s'en fout un peu, pas vrai - surtout concernant une telle musique que le death metal des équations de la démence ?
Or donc, moi je vous le dis : Obscura, c'est l'intersection de Brutal Truth avec Imperial Triumphant. Ce que Gorguts a de différent (on aura noté que je n'ai pas dit "de plus") de tous les Imperial Triumphant et autre progéniture de Portal, c'est cette étonnante couleur "le gai savoir", qui vous prend toujours un peu de court étant donné ce qu'on ne peut s'empêcher d'attendre au vu de titre et pochette. Ce n'est, pour sûr, pas ce que tous ces héritiers ont choisi de retenir de Gorguts et du présent séminal album.
L'obscurité selon Gorguts, probablement, n'a pas eu besoin selon eux d'être surlignée, elle est leur lumière, ce qui leur sert à faire apparaître... des choses. A commencer précisément par cette pochette dont, je m'en aperçois présentement, j'avais oublié avoir (probablement) déjà découvert ce qu'elle figurait vraiment, pour croire me rappeler comme toujours qu'elle représentait un crâne souligné de deux tibias - en même temps, n'y en a-t-il pas ?
Obscura s'égare dans le noir à plaisir, qu'il découvre psychédélique, autant que jazz gras et charnel peut l'être : on est, encore, étonné, lorsque comme bibi l'on n'a pas usé le disque à forces d'écoutes obsessionnelles et pleines de révérence, par ses occasionnels accents orientaux, ces sages sourires hashishins qui semblent vous regarder parfois, goguenards au milieu d'un nid de riffs d'araignée ; et par tant d'autres choses encore de cette jungle moite, qui en regorge, de... choses ; de toutes les sortes même si ce n'est pas le terme que l'on voudrait employer, tant tout y valse avec une calme harmonie, et jamais ne s'échoue dans l'entassement et le grotesque.
Aevangelist, le Vieux de la Montagne, Starkweather, Umberto Eco, Morbid Angel... bien des auras convergent ici, communient et s'acoquinent dans cette accueillante obscurité ; car il existe un bon nombre, surtout de nos jours, de disques aussi touffus, drus, luxuriants, mais Obscura possède la qualité de ceux qui demeurent, puisqu'il est sensuel : je vous renvoie aux deux premiers noms cités, qui ne l'ont pas été au hasard. Obscura envoûte et entête comme le fait un voyage imaginaire dans la forêt indienne hantée par des esprits aux appétits féroces. C'est ce qui compte bien plus lourdement qu'un quelconque ennuyeux statut de fondateur de quoi que ce soit : Obscura fonde la jouissance qu'il procure et exprime ; et il se jouit très bien au présent au milieu de tous les autres qu'on a cités, sans la moindre encombrante notion de préséance de l'un ou des autres, sans aucune superfétatoire historicité. Obscura est un délire mystique, certes, ce qui n'est qu'une forme de cette bonne vieille cérémonie du death metal, voilà tout.

vendredi 11 janvier 2019

Fudge Tunnel : Creep Diets

Je ne me rappelle plus où c'était, mais en revanche très bien quelles furent ma consternation et mon embarras, concernant un Steve Albini que j'estimais jusque-là sans réserves - le jour où je lus les propos acerbes et condescendants du sus-nommé sur un Godflesh qui, selon le même, lui devait absolument tout.
Si je n'avais jamais vu le rapport entre Godflesh et Big Black, je m'en excuse aujourd'hui : il existe en vérité ; il s'appelle Creep Diets et il a une très jolie pochette (et un nom guère moins impossible à ravoir au lavage), qui au risque de me répéter me hante depuis bien avant que j'en aie entendu la moindre note, soit le mois de sa sortie pour être précis, et de son apparition dans les périodiques de hard rock ; à la rubrique "parallèle", "indie" et autres encarts dédiés au regretté "metal alternatif" - où dès mon entrée dans le milieu j'ai bien vite su devoir trouver les coups les plus fumants : Tool, Monster Magnet, Therapy?, Nine Inch Nails, Paw, Quicksand...
"Metal alternatif", d'ailleurs, définit presque aussi bien Creep Diets que "chaînon manquant entre Godflesh et Big Black", ou "crossover Pitch Shifter-Nirvana" : déjà une sorte d'infra-indus - quoiqu'encore plus subliminal que par la suite - particulièrement ferrugineux, déchiqueté et rigoureux, mais joué par des cambrousards rongés par le spleen et l'ennui. On pense à Tar et à Napalm Death en même temps, si vous voulez.
J'ai l'air d'insister, mais c'est précisément cette indécision, cette ambiguïté qui fait tout le charme insidieux de Creep Diets, un charme presque subliminal lui aussi mais entêté, qui finit par obtenir gain de cause et vous ronger - mais qui sait parfois se montrer plus franchement, comme sur une "Face Down" qui marie à merveille sonorités volées sans vergogne à Broadrick, et riffs sub-sludge école Bleach. Ce dialogue incessant entre molle élasticité slack, et sévérité née dans l'amertume. Cette identité aussi grise qu'un arrière-goût acide (tiens, comment s'appelle donc le morceau d'entame ?) derrière ses couleurs sous lesquelles il s'avance et se rêve de même que ses morceaux ressemblent à un -(16)- désespérément gaulé comme cintre, cet anonymat noyé dans la dégueulade morne de la foule, cette voix de Cobain encore tombé dans la cendre en traversant l'usine en ruine sur le chemin du bahut, ce museau de milieu de classe qui ne parle jamais de trop à personne mais n'a pas la gueule assez de traviole pour recevoir la distinction de tête de Turc officiel - tout ce qui est également cause que l'album a failli passer au bac à soldes.
Creep Diets n'est pour sûr pas un héros, mais héros et poète ne sont après tout pas synonymes. Il se perd parfois et nous avec, n'ayant pas encore tout à fait l'inspiration du disque à suivre pour éviter au ressassement de devenir bégaiement ; mais il serait spécieux de lui dénier le charme bien particulier qui s'attache à son incertitude butée, renfrognée, et en tout état de cause, il rappelle ce que vous savez tous pour peu que vous ayez connu cette douloureuse traversée qu'est l'adolescence, qu'il n'y pas que les héros qui marchent tout seuls...
Et, en bon solitaire, Fudge Tunnel sur Creep Diets remâche, comme un de ceux-là qui sont des parias sans que nul ne le sache, et rumine au sens propre, avec une morose délectation rancunière ses sempiternels mêmes tours de cochon, crocs-en-jambe et autres contrepieds à base d'enchaînement des riffs garagegrungey et de tronçonnages metal rouillé, et de même au niveau rythmique une sorte de version plus tonique, espiègle - et moins impérialement larguée en maths - de la fameuse méthodologie sludge du "j'accélère quand tu sens que je devrais ralentir et je ralentis quand tu aurais envie que j'accélère", qui déjà sont sa marque de fabrique débraillée, sa boîterie nerveuse, qui fait entre autres que "Don't Have Time for You" puisse passer de "rêverie mélancolique affalé dans le foin" de service à vague hostile et massive de radiations, en quelques secondes, sans qu'on soit autrement surpris.
Fudge Tunnel en 1992 est un pathétique et grommeleur propre-à-rien, une fausse-patte ricaneuse, que son entourage ne redoute encore que comme un casseur d'ambiance au flegme acide, et non comme le franc cinglé qu'il se révèlera être ensuite.


Je me permettrai simplement en clôture d'ajouter à titre tout à fait personnel que, si vous aimez un tant soit peu le vieux - le meilleur ! - Therapy?, vous trouverez forcément une saveur toute particulière quoique discrète à cet album, et en vous une tendresse non moins particulière à son endroit.

Dead Witches : The Last Exorcism

Raw fucking crust doom ? Ou bien tout simplement raw doom ? Bon sang, le putain de truc te vous a un de ces goûts de règlements d'ardoise et de revanche - et avant que je ne vous voie venir : le chant féminin, ajouté à mon indifférence plus globale a toute "l'affaire", fait que l'on ne le rattache pas du tout sauf à le vouloir expressément ce qui ne regarde que votre temps à perdre, à la bisbille Greening-euuuh ? tout le monde ? - qu'on en finirait, même - surtout ? - à l'écoute de choses comme la triste et terne "Fear the Priest", par être démangé de 2-3 vacheries à l'endroit des mignons Chrch et autres crusteux un peu trop preux... Pas que je ne sache apprécier un SubRosa ou un Chrch de temps à autre - voire jusqu'à un petit Agrimonia - mais tous vous ont un de ces airs affectés, à côté de ce mauvais coucheur-là, ci-devant... Une odeur d'aisselle fraîchement ablutionnée, un teint rosé.
Du disque lui-même, du reste, on aimerait dire beaucoup plus mais se voit en peine de le faire - et sans doute est-ce plus approprié après tout : crust et raw a-t-on dit, pas pour rien. Il serait disconvenant de faire de pareil album, avec sa façon de riffer trompeusement jumelle de celle d'Elwiz, et qui dégage comme une pestilence matinale son sarcasme bien à elle, globalement, à l'image des lignes de chant, moins liquoreuse que celui du groupe à Jus O., et bien plutôt portée à l'acétique (sans parler bien entendu de cette batterie de cheval de mauvaise augure) - quelque pompeuse et grandiose chose que ce soit, alors qu'il ressemble surtout à ouvrir sa porte un matin et constater qu'il fait moins froid dehors dans le vent mauvais, que chez soi, ou bien est-ce peut-être que simplement l'on a envie d'embrasser ce vent sec et farineux, en mettant la langue.
Il pourrait bien, en tous les cas, être là pour s'installer - ou peut-être est-ce simplement l'effet que fait l'hiver, chaque fois qu'il commence, et qu'on se demande comment un jour on a pu aimer avoir chaud.

mercredi 9 janvier 2019

Hecate : Brew Hideous + The Magick of Female Ejaculation


Planet Satan est protégé parce qu'il joue dans la catégorie techno, et chaque Église du Beat a droit au respect de son fief ; Full Metal Racket lui a droit à l'indulgence parce qu'il fait ce qu'il peut avec des riffs qu'il n'a pas composé, c'est encore une autre discipline de l'Art ; et puis Brew Hideous en soi n'est pas un disque parfait, parce que si elle n'y démérite pas, Rachel ne saurait se montrer à son meilleur sur des parties ambient-rituel qui se cantonnent toujours à des extraits (vous dites ? des morceaux d'ambient rituel de quatre minutes ? vous vous moquez, cela n'existe pas !).
Mais alors, ça passe pas loin, pour tout le monde, de la raclée ! A entendre des choses telles que "Trial by Ordeal", qui rendent difficile de ne pas s'embraser comme elles-mêmes le font, et cracher le feu par tous ses orifices ; avec son riff taillé à la perfection pour s'enrouler en serpent furieux autour d'un beat qui lui-même n'est peut-être pas le composant le moins black de toute l'affaire, et puis ce solo et son feeling sordide et désespéré comme un Slayer parti vivre dans la forêt sitôt sa nationalité norvégienne en poche.
D'ailleurs, dans leur ensemble, lorsqu'ils sont seuls - entendre : non couverts de guitares - cela devient même l'évidence, et ne fait que conforter l'envie de trouver un nom à part, du style blackbeats, pour classifier ce disque unique, qui aurait eu de quoi jeter la base d'un style - et dieu merci ne l'a pas fait : Hecate de nos jours et depuis longtemps semble étrangement oubliée, eu égard à sa patte inimitable, mais peut-être est-ce plus globalement le breakcore, qui est passé par pertes et profits comme une vulgaire mode creuse... Les beats, en fait, ne se contentent pas d'être ce qu'il y a de plus black et sauvage sur Brew Hideous, mais ils sont encore ce qui emmène le disque au-delà, du black à boîte à rythme, du breakcore à riffs, de la version hardtek de Mz.412... Dans le territoire d'Hecate ; en vérité il n'y a pas plus exacte façon de dire, que d'invoquer en personne celle qui dans la scène breakcore a toujours démontré un art bien à elle d'ouvrager les rythmiques, affinant sans cesse une façon singulière présente dès le début, dans cette surnaturelle linéarité ophidienne, avec son fameux staccato à la fois martial et lubrique, qui dès l'origine la distinguait au moins autant que cette palpable prédisposition à l'occultisme que l'on sentait, déjà, en sus de l'aptitude propre à la techno pour invoquer l'evil.
Pour être plus limpide, si l'on ose à l'endroit de l'album obscur dont il est question, autant la techno a 2-3 choses à apprendre au black metal question occultisme, autant Rachel Kozak avait 2-3 choses à apprendre aux deux (parce qu'il faut bien reconnaître que même Abelcain et Panacea sont un petit cran en-dessous question obscurité), dès un The Magick of Female Ejaculation en forme de manifeste techno-corbeau bien crado, de torture-darkstep médiéval qui tenait davantage de la musique rituelle et de la sorcellerie - pas loin d'un étrange cousin breakbeat de Die Propheten - que de la dance-music au sens entertainment physique que celle-ci a d'ordinaire : c'est même ce qui me gênait initialement dans son appréciation pleine et entière ; cela et, qui en découlait, c'est le cas de le dire, le sentiment de souillure, de vice débridé et embrassé avec une infernale et sincère dévotion. La débauche luciférienne, chez Kozak, ce n'est pas du chiqué ni du gimmick, tout particulièrement dans un Magick au croisement - où les fleurs sont arrosées de la manière que l'on sait, au pied des gibets - d'In Slaughter Natives et Sleep Chamber.
Brew Hideous dans tout cela, me direz-vous ? Il est vrai que l'on a tôt fait de perdre sa boussole, s'aventurant dans les replis de pareil album. Or donc, l'autre fait beaucoup moins dans l'envoûtement et la possession dans tous les sens du terme (quoique...), et plutôt dans l'exultation de la chair déchirée - voyez vous-même pour le qui fait quoi, c'est de peu d'importance en pareilles matières, comme on dit peu importe celui de qui tant que le sang coule. Et ici, il se boit avec les grandes lampées réservées aux plus capiteux poisons, tel que celui distillé, direct dans votre gosier béant, par le riff d'une "Creeping Howl", qui fait voir rouge ainsi que peut le faire un S.V.E.S.T ou un Funeral Mist - cependant que d'autres, tel sur "Shards of Pan", penchent plus du côté du Gorgoroth dément de rage de Destroyer ou Incipit Satan - mais tous, à l'image d'une chose comme "Drunkard's Cloak" faisant montre d'une ambiguïté, languissants et carnivores à la fois qu'ils sont, et d'un érotisme comme aucune bande de norvégiens jamais n'en sera capable, et subséquemment d'une capacité non pareille à coller le frisson, en sus de cette crudité animale qui, elle, est l'apanage de la techno, qui lui donne l'avantage en terme de sauvagerie sur n'importe quel chevelu (Anaal Nathrakh ? j'avoue avoir fini par y penser à force d'écoutes de Brew Hideous à haute dose ces derniers jours ; et avoir eu plaisir à réprimer un gloussement).
Brew Hideous, comme le fut après lui le petit disque de Treachery, est frustrant, pour à peu près la même raison : aucune à proprement parler, sinon pour la seule luxure d'éprouver la frustration, et probablement aussi parce qu'on aurait espéré encore plus, non seulement parce que l'un comme l'autre furent intensément attendus, mais encore qu'on aurait voulu que le disque soit d'un excès total, alors qu'il est juste terriblement brillant sur toute sa durée, autant que peut l'être une collision de Doll Doll Doll avec Nordik Battle Signs, juste à la lisière du trop maîtrisé et contrôlé... et à la lisière de l'orgasme à deux-trois endroits ; dont notablement, des fois que l'on n'aurait pas compris, la torride, ensorcelante, pousse-au-crime, vertigineuse "Trial by Ordeal", sur laquelle il conviendrait, sans doute, d'écrire un paragraphe ou deux - mais sur laquelle, surtout, il convient de se laisser déraisonner tandis qu'on en enchaîne les écoutes sans en voir s'émousser le tranchant des canines, au contraire de notre résistance.
Bref : reviens, Rachel, tu manques salement.

lundi 7 janvier 2019

Mysticum : Planet Satan

Mysticum, et a fortiori Planet Satan, c'est une autre de ces histoires d'adéquation maximale entre le mot et la chose, à point tel que le mot devient la chose, réciproquement, et ensemble le tout un peu davantage.
"Mysticum", donc : le latin de cuisine, le terme lui-même, le logo préhistorique à la Beherit, tout là-dedans sent le cliché, et le résultat éclaire celui-ci d'une intention qu'on a envie d'attribuer à des gens qui n'ont pas le melon, des grenouilles qui ne se prennent pas pour des bœufs, ni au moment de se choisir un nom voilà des années, optant pour le fonctionnel qui fait clairement passer le message, plutôt que pour le machin tellement taillé dans le pur minerai de personnalité qu'il ne parle qu'à soi-même - ni au moment de faire son retour, et de choisir cet autre cliché, de soi-même cette fois puisqu'entretemps l'on est devenu une institution, qu'est cet intitulé de Planet Satan, redoublé qu'il est de cette illustration à la fois atterrante de figurativisme, et pourtant tellement non seulement suffisante, mais satisfaisante - ce qui vaut aussi pour ledit titre.
"Planet Satan" ; dites le rien qu'une fois, à la française même : ça ne sonne-t-il pas du feu de dieu ? Entre titre de nanar soixantard qu'on a l'envie aussitôt de voir, et goût de bon marché plus typiquement technoïde, parfaitement adapté au ton qui est celui de Mysticum - soit un pas tout à fait dans les mêmes eaux ni que la spiritualité débauchée d'Ananta Abhâva, ni que la cérébralité parallèle des disques de Spektr... ni que la suffisance athlétique de Blacklodge ou Aborym, dans leurs approches toutes deux plus virilistes que les premiers cités.
Mysticum, Planète Satan : on le sait d'emblée, on est ici au royaume du plébéien et du simple ; toutes choses qui n'ont jamais été antinomiques avec la profondeur. On pensera à nouveau à Oranssi Pazuzu - et encore davantage à la dernière fois qu'on y a pensé, et pour quelle raison : cette même façon de ne pas chercher plus loin que les truchements les plus simples et essentiels, l’œil sur la destination, en ignorant les sirènes de l'ego, ses satisfactions, ses fanfaronnades ; rien qu'en cela, Planet Satan relève plutôt de la techno que du metal, ce qui est toujours la meilleure voie à suivre lorsqu'on se pique d'electro-black ; et d'ailleurs, toutes choses étant bien cohérentes, on finit bientôt par également penser à une autre des meilleures jonctions opérées, via la transe occulte, entre beumeu et free-party, à savoir par Rachel Kozak, dans The Magick of Female Ejaculation, puis Brew Hideous...
Et le résultat, me demandez- vous, agacé de ce qui n'est finalement que tourner autour du pot - la fameuse destination atteinte, quelle est-elle ? Eh ! ma foi : Planète Satan. Comme bien souvent en matière de black norvégien - mais aussi comme chez récemment Candelabrum - il n'est pas question d'une idée très complexe, mais d'une puissante, pure - et froide. On est loin, coupé de toutes considérations quotidiennes, dans un monde de magie dont le black metal est l'oxygène. La fureur fervente d'une free-party dans l’œil du cyclone blizzardesque, si c'est pas une vache d'idée grisante, après tout ? C'est mieux que ça, mon con : c'est une réussite, franche et massive. Et petit à petit l'album de s'enfoncer au cœur du froid, les riffs de s'engourdir, la frénésie des beats de se confondre avec un grelottement terminal, un sanglotement des os qui touche au ravissement, l'Avalon de Filosofem n'est guère loin, sans que jamais pour autant on perde le contacte avec la palpitation primordiale d'une teuf revigorée par la rigueur norvégienne, transfigurée par cette sévérité qui tombe des étoiles, nues au-dessus de nos têtes... On touche clairement à l'essentiel, et le label "vieux Cold Meat" ne va pas tarder à tomber ; du reste justement Beherit n'avaient-ils pas fini par se rendre à l'évidence techno et coldmeatienne ?
Oui : entre les deux disques auxquels on songe là et cette bonne vieille Hecate, ça en fait du beau linge à quoi Planet Satan va venir tenir compagnie, avec nous à ronronner dans un fauteuil pour regarder.
Et puis, songez-y deux secondes : Never Stop the Madness, ça n'a jamais vraiment sonné comme un slogan sur lequel secouer ses cheveux, vous l'avez toujours su, pas vrai ? Moi, j'aime quand les étoiles s'alignent.


P.S. : j'ai la cagne de vous tourner ça de la façon brillante et spirituelle qu'il faudrait, et la majorité ne verra sans doute pas le rapport - mais ce petit disque vaut bien plus lourd que toute la disco passée et à venir de Darkspace, ça fait du bien de le dire quand même.

vendredi 4 janvier 2019

Planet B : Planet B

Avec forte probabilité, de la part d'un des auteurs de New Erections se lançant dans un registre conventionnellement qualifié d'urbain, aurait-on dû s'attendre à une grande efficience pour ce qui concerne la capacité à échafauder des décors dystopiques de science-fiction paranoïde et de réalités chimiquement augmentée pour le pire.
Pour autant, l'on n'avait peut-être pas pris a priori la suffisante mesure de ce qui nous attendait en matière d'extrême mutabilité, d'un résultat flottant de façon permanente entre hip-hop du turfu dystopique axe Rubberroom-Bigg Jus, racaillerie irradiée dans la manière The Prodigy, new-jack-goth à la Skinny Puppy et autre aggrotech à l'ancienne - et pur dévissage quelque part à la croisée des Blood Brothers et du Crou du Stup... En vérité, le machin est tellement bâtard, et impossible à assigner à résidence pour l'empêcher de s'adonner à ses nuisances et déprédations, qu'on aurait tôt fait de le bombarder cousin breakbeat de Cop Shoot Cop : on est davantage du côté de ce genre de marlous faux-jetons là, avec leurs gueules de seconds rôles qu'il vaut carrément mieux pas s'y fier, dans l'Interlopezone, que dans le tape-à-l’œil léger de certain album qui trusta les podiums de fin d'année en 2018 - et je ne parle pas du Anna Von Hauswolff.
Clairement, Planet B c'est autre chose que la désolante suite que Ho99o9 donnèrent à leur prometteur Horrors of 1999. Toujours à la lisière du cartoon, jamais en dehors de la no-go-zone.

mardi 1 janvier 2019

Fudge Tunnel : The Complicated Futility of Ignorance

Comme bien souvent, il y a ici à prendre en considération (pour parvenir à assimiler dans son organisme ce que le disque parvient à conjuguer) la musique jouée, et la manière de la jouer.
Quant à la première, il vous faut penser à Quicksand : à cet alliage d'obédience metal au Mal et de ferveur emo qui fait de Slip ce monstre à côté de qui leurs autres disques ont forcément pâle figure ; au Nirvana de Bleach et aux vieux disques de -(16)-. Des choses écorchées et hurlantes de rage froide. Pour l’exécution… Vous me direz que ce n’est pas si antinomique, dans le fond et par le fait : on est en plein infra-indus (comme du reste le donne à deviner la pochette) ; mais si, vous savez ? Tout ce qui fait que Fudge Tunnel partage son génome avec Coroner, Napalm Death, Helmet, Shellac, Therapy?… toutes ces choses bien plus proches de l’esprit qui préside à la rigueur de Godflesh, que les fantasmes Universal Soldier de ces fâcheux que l’on sait.
Lesquels sont même à contresens complet de ce que cette musique-là traduit, et qu’ici l’on comprend on ne peut mieux, sans aucun besoin de lire les paroles, entre encore une fois une pochette gauchement explicite (Earache…) et l’incertitude stressante qu’exprime ce son montrant le présent comme le film de science-fiction anxiogène qu’il est. The Complicated Futility of Ignorance se nourrit d’émotions ambigües, ce qui n’est pas mince affaire pour un pareil album dont tous les riffs, du plus evil au plus garage-grunge en passant par les saccades qui ne sont rien moins que du proto-neo, sont joués au papier de verre, et dont la rythmique jamais ne se départit de cette sévérité de matraque télescopique, tous deux donnant au disque cette fausse uniformité qui ferait presque passer à côté d’un morceau tel que « Find your Fortune », quasiment du Godflesh pur – mais de quel tonneau ! Ambiguïté typiquement nineties, là encore, il suffit de voir comme un morceau tel que «Six Eight» est devenu ces dernières années un exercice de style obligé dans une musique extrême beaucoup plus codifiée et sectorisée, voire un fonds de commerce – quand à l’époque une pareille lourdeur maladive et onirique pouvait tout à fait être abordée en passant, au cours d’un album pratiquant des cadences et ambiances tout autres, voire, on s’en doute ? y gagner en acuité ; mais pas uniquement.
Non plus que le disque ne se saurait résumer à une angoisse industrielle qui après tout contamina pas mal de monde ces années-là, en témoignent Embedded (dont on pensera souvent, et étrangement, à la batterie ici), Chaos A.D., World Demise, Heartwork et d'autres. The Complicated Futility of Ignorance est des disques qui creusent les soubassements de l'histoire, pas de ceux qui les épousent. C’est en vérité un petit monstre, aussi interlope et dangereux que ses lignes de basse pareilles à des dobermans faisant nuitamment leur ronde silencieuse dans un entrepôt désert, que Fudge Tunnel sortait là. Un de ces cauchemars troubles qui laissent un goût saumâtre sur la langue.

Ufomammut : 8

Alors eux, si ce sont pas des cochonneries de bandits… En commençant, encore et toujours par leur nom à la bouffonerie toute macaronie, qui ne semble du reste pas démentie par la plupart de leurs disques, gentiment inoffensifs patapoufs de sacrodoom éléphantoxicomaniaque ; et pourtant, dedans certains de ceux-ci, comment déjà qualifier une musique qui finalement tient peut-être autant de Sleep et toutes ces conneries, que de Lightning Bolt ?
Car voilà, précisément : si c’est la troisième fois qu’on s’attaque à ce disque, c’est qu’il subsiste chaque fois une part de mystère irrésolu concernant sa nature, une qui nous  nargue. 8 ne se joue pas dans les riffs, quoiqu’il use massivement de guitares sabbatho-jammeuses : les siens ne sont pas honteux au point de s’attirer le qualificatif « générique », mais ils cherchent avant tout à passer partout, et à servir une cause plus grande ; laquelle s’avère après tout être rythmique. Alors, la batterie ? Elle aussi se montre pourtant bien plus discrète et humble que ne le permet un style pas hostile aux démonstrations de virtuosité animale.
Non, il s’agit plutôt d’induire une forme de transe, qui elle aussi n’est qu’un moyen et non une destination suffisante ainsi qu’elle l’est pour maint : celui de vous faire accéder à la dimension ésotérique qui est le milieu naturel de cet étrange forme de vie qu’est Ufomammut. 8 n’est au bout du compte guère moins garni en textures synthétiques qu’un Doppelleben, il évolue simplement dans des régions moins obscures et inquiétantes des mêmes eaux, dignes d’une histoire de science-fiction des années soixante, où il croise tel un Nautilus  pensant, avec une élasticité biomécanique opiniâtre qui finit, peu à peu, par évoquer avant tout autre un genre de Godflesh parti passer des vacances mouvementées en Thaïlande, goûter quelques spécialités neuro-actives locales. Aussi hybride que l’indiquent goguenardement ses titres, 8 est un hybride, bien digne de compatriotes de Mombu et Morkobot, qui appartient autant au règne psyché qu’à l’industriel, une horlogerie occulte et insectoïde ; une jungle extra-terrestre sentiente, toute peuplée de la malignité de myriades d’yeux électroniques scintillant doucement tels des grillons, en une manière de contrechamp indispensable au sci-fi doom hiératique de Slomatics, contrepoint organique non moins menaçant et non moins étranger au froid austère et monumental de ces derniers ; les Tropiques du Cosmos, quelque chose comme cela, avec tout ce que cela charrie de tranquille grouillement dans le noir.
Luxuriance qui n’est donc pas figurée, ce n’est pas là la moins étrange de ses caractéristiques, par l’harmonie imitative d une surcharge sonore tout sauf suggestive, tel qu’est couramment l’usage en pareilles matières, mais par la fausse rustrerie de ce martelage patient et soigneux que l’on a dit, et qui sait juste ce qu'il faut quand il faut se chalouper et donner du mou afin de laisser le cerf-volant d'un coup crever les nuages et se faire emporter sur les ailes de l'enivrante bourrasque. La transe, répétons nous, n’est pas un gimmick ou un arôme, mais un chemin mystique. Un portail. Celui ouvert par 8 avec ses débonnaires manières méridionales en est un aussi large et vertigineux que ceux d’Oranssi Pazuzu, malgré des airs de rafraîchissement que peut prendre le disque – ce qu’il est également, pour notre plus grand plaisir.

lundi 24 décembre 2018

La photo de classe 2018

         Comme d'hab' : un top de midinette, pesé à l'aune unique de l'émotion, entièrement composé de disques qui de ce point de vue là vous chopent dès l'entrée et ne vous lâchent pour ainsi dire pas jusqu'à la sortie, quoi que vous soyez en train de foutre, et passeront toujours outre votre dignité (pour l'un, que l'on reconnaîtra aisément, cela passera par chanter les riffs - chaque ou presque - ce qui n'était pas arrivé depuis... pouah !). Pas forcément un maelstrom ou un vortex, je vous mets au défie de jouer les toupies sur le second par ordre d'apparition ; mais ce n'est pas pour autant qu'il vous laissera émerger de sa gueule en possession de votre intégrité, voire au contraire, avec sa torpide morosité (et ça vaut aussi bien pour le troisième en partant de la fin)... Bref. Les dévastations de l'année écoulée, et rien d'autre.




(A part ça, l'année n'aura pas manqué, comme les autres, de disques simplement très très bons, voire vraiment très brillants : Cult Leader, Dopethrone, Dark Buddha Rising, Demande à la Poussière, Exploded View, Fiend, HHY & the Macumbas, Imperial Triumphant, King Dude, Rites of Thy Degringolade, A Thousand Sufferings, Candelabrum, Daughters... tous ceux-là m'ont causé de l'émotion : la peine que j'ai eu de devoir les mettre de côté)

(Régime spécial pour les deux ci-dessous : arrivés tard, ils sont encore à carafer, mais dans le bénéfice du doute ils ont droit à leur trombine)

 



Heavy Rotating Capacity :

Melvins "Don't Forget to Breathe" 
GosT "Malum" 
Uniform "The Walk" 
King Dude "In the Garden" 
Givoldi Fossa "Jamais Revenir, Jamais Devenir" 
Hangman's Chair "Naive" 
Moodie Black "B L A C K"
Uncle Acid & the Deadbeats "Stranger Tonight" 
Daughters "The Reason They Hate Me"
Daughters "Less Sex"


L'album de 2018 pas de 2018 :

Ex-aequo,
Les deux trois disques qu'au bout du compte j'ai le plus écoutés de toute l'année, jusqu'à l'obsession et après.


What else ?


samedi 22 décembre 2018

Dead Witches : The Final Exorcism

Ah, le fameux "y a quelque chose..."... "Y avait quelque chose", déjà, sur le premier Dead Witches, et l'on ne parle pas du machin avec les inquiétantes rouflaquettes ; quelque chose que quelque chose de beaucoup moins difficile à identifier foutait intégralement par terre, puisqu'il s'agissait de la gonzesse au dit machin - vous suivez toujours, entre les choses et les machins ? Quelque chose qu'on espérait - pas trop fort non plus, mais rangé dans un coin de son crâne, à voir si ça donnait... quelque chose, à laisser oublier à maturer quelques années - entendre fleurir avec, qui sait, le prochain ? Et regardez : le voilà déjà ; voyons donc voir.
Est-ce que "quelque chose" a explosé ? On serait plutôt enclin à dire que, sur le second Dead Witches... y a quelque chose. De différent du premier - pour peu qu'on se souvienne du quelque chose qu'y avait sur ce dernier (le premier) : de mémoire, c'était à la rigueur sur un morceau, vers la fin - puisque cette fois, cela démarre, justement, de la voix ; de ce qu'elle a de tout aussi pouilleux et rustre que sur le premier disque, mais cette fois non du fait d'un traitement saturé incompréhensible qui faisait passer à la trappe même le genre de ce qui chantait, sans parler d'une quelconque émotion ; plutôt de celui d'un choix de chanter particulièrement cru, bon marché, gueux en un mot (je vais pas devoir chaque fois vous redire de quel mot anglais cela se traduit ?) ; qui emmène l'album jusqu'à l'interzone où il frôle le noise rock ou Big Sexy Noise. Alors : avouez, c'est quelque chose, ça, pas vrai ?
Parce que pour le reste, pour ce qu'il y a de plus trivial et objectif, auquel comme une tique vient se greffer la partie imaginaire et irrationnelle : vous connaissez l'histoire, j'imagine ? On parle de wizardoom canal historique, celui pour les nostalgiques de Dopethrone, avec les riffs grinçants et poussiéreux qu'on connaît déjà tous avant que le mediator ait touché la corde - mais qui ne manque ici ni de poussière ni de poux  ni d'animosité, devenant une sorte de jumeau clochard des assassins des sous-bois campés par Witchthroat Serpent ; wizardoom auquel, toutefois, leur interdit d'appartenir ce chant, tout comme il les empêche d'être de ce FFD auquel sa clarté vintage semble vouloir renvoyer, mais pas ses arêtes rêches et revêches qui ne connaissent pour ses pareilles que des louves telles Juliette Lewis, Sina ou Brody Dalle. Ce qui, sans barouf ni fanfare, place pour le coup Dead Witches sur une planète vraiment à part - on l'entrevoit plus clairement, brièvement, pendant "When Do the Dead See the Sun ?"... et son chant mâle - sur laquelle, ma foi, leur nom lui aussi faussement générique dit beaucoup, celle d'un doom païen à la religiosité crue comme la viande que l'on mange dans les recoins de cimetières bien à l'écart des routes des touristes du stoner doom gras, d'un doom à la foi sorcière bien plus simple et crue que bien des apprêtées et bien faites de leurs personnes. Le doom de Dead Witches est hivernal, sent de sous les bras, a le teint terreux et des brindilles dans les cheveux. Et il ne pose pas sur le passant de la lande un regard trop amène.
Finalement, c'est la même lumineuse et osseuse simplicité, lisible et nonobstant extrême, insoucieusement des habillages extrêmes (autres que l'extrémisme intrinsèque au doom), à laquelle sont parvenus chacun à leur façon les frères ennemis Oborn, Dorrian et Greening ; laissant l'élégance à qui était intersidéralement mieux armé pour (Steve Mills, qui d'autre ?), et jouant chacun à leur manière, le doom dans ce qu'il a de plus sinistre. Finalement, les seuls qui se retrouvent comme des couillons, ce sont ceux qui ont entendu une fondamentale différence entre Dopethrone et Wizard, Bloody Wizard.

jeudi 20 décembre 2018

Theologian : Some Things Have to Be Endured

Il m'en coûte pour sûr quelque peu de l'admettre, puisque le dédain de tout le délire de Leech, avec son power electronics enraciné dans un alibi sentimental de prime abord intrigant et qui s'avérait sans effet réel autre qu'émollient, m'était une confortable et réconfortante satisfaction depuis de longues années déjà - Power Romance, quand déjà ? - et pourtant il le faut.
Some Things Have to Be Endured dégage, irradie une chose que l'on n'avait pas ressentie depuis un certain Blut. Cette chose qui fait qu'on se sent sale d'avoir seulement écouté le  disque, de l'aise qu'on en a ressentie, et du malaise tout autant, qu'on se retient de regarder par-dessus son épaule si l'on nous a vu, nous rendre ainsi complice - du Mal. On n'a pas pipé mot, et qui ne dit mot consent.
Et ce sans, comme on peut en avoir l'impression les premières fois, être de Haus Arafna ou autre sommets reconnus de glauquerie un simple décalque américanisé des ambiances et des façons détournées en astuces. Il s'entend bel et bien ici l'empreinte d'un univers qui a toujours été celui de Leech, depuis Navicon Torture Technologies : un décor cyberpunk noyé dans le sado-masochisme, de film d'horreur rituelle ; de toute évidence de la famille des Zymosiz et des Pneumatic Detach (et plus lointainement Converter, avec qui Leech a collaboré pour écrire un classique, ou le premier Orphx), mais avec en sus cette couleur séquestration aussi glaciale que le bleu sur la pochette, et qui touche tout sans exception, y compris des moments de dérive vers la dark-electro à voix de diva qui évoqueront amgoD, :wumpscut:, GosT ... ou un Kirlian Camera qui aurait bien dégénéré, et se serait modernisé sans s'égarer dans la trance, en gardant son cap frigorifique, et le creusant toujours plus rigoureusement.
Bref, toutes choses qui font de cet album bien plus que ce dont il paraît la traduction sonore au premier abord, à savoir une accumulation qui a la vulgarité de la stérilité, si arty soit-elle, du plus grand nombre possible de facteurs malaisants certifiés, telle qu'est sa consternante pochette. Il faut y voir derrière la gaucherie, la promesse d'une manière de cathédrale Bene Gesserit pour reboot fétichiste de Blade Runner, et ne pas douter un instant que Leech a su lui donner forme, désagréablement palpable, avec un art qui désormais amalgame sans distinction possible techno biomécanique, power noise de luxe et ambient cryogénique (simplifiez vous une existence déjà bien compromise par le disque : dites "industriel"), en une même intention impitoyable, née d'émotions par-delà l'humanité, et résultant en une toxine mental et physique à crever - en les dissolvant - tous les plafonds : une forme en somme d'alchimie médicale. Et entrer.

lundi 17 décembre 2018

Hipoxia : Ruinae Ira, Creans Ruin eo Tempore Est : Monumentum ab Khaos II

Difficile de ne pas s'auto-congratuler pour avoir cru, dès sa découverte, à ce groupe et son talent exceptionnel pour user d'un art sans pareil de la tension, la créer, l'entretenir, la faire grimper sans fin insoutenablement, avec un doigté qui tient autant de "Go Spread your Wings" que de la scène noise française des nineties la plus illustre - et la mettre au service, c'est le cas de le dire, de sa propre intention, de sa messe pour la ruine du monde. Difficile de penser à un groupe aussi toxique, aussi malade, aussi malfaisant, que ce soit dans la sphère black ou la doom, auxquelles Hipoxia s'adresse conjointement sans appartenir véritablement, obéissamment, à aucune. Hipoxia, disions nous, avait refermé son Monumentum ab Khaos précédent sur une manière d'office religieux - particulièrement saisissant : il reprend les choses où il les avait laissées, et pas qu'un peu. Saisi, on l'est d'emblée comme par des doigts qui vous empoignent les boyaux, dès l'entrée, pour ensuite les malaxer sensuellement pendant vingt minutes qui vous rendent l'angoisse caressante à en frôler l'envie de vomir. Le son d'Hipoxia - grain des guitares, gangrène de la voix, agonie de la batterie - est toujours, à l'égal au moins de celui de Stabat Mater ou de Fleshpress, celui de la corrosion de l'âme et de son lent sanguinolement ; le rythme, celui de la procession de la vermine en son sein ; à côté, les forages de Primitive Man ressemblent à un porno tourné par Joel Schumacher. On est ici dans les catacombes, d'ailleurs une fois de plus on pourrait avantageusement se laisser gentiment guider par la pochette : le jour a failli, et pourrait aussi bien avoir disparu pour ce qu'on en saura, puisqu'on ne connaît plus pour seul horizon ici que celui de la crypte, des cendres, et la paix des dépouilles, où se recueillir dans la lumière de la chute.
Ah, au fait : j'ai peut-être oublié de dire ? La tension à la façon d'Hipoxia en est une que l'on ne sent pas réellement monter, quoiqu'elle le fasse bien réellement - mais occultement, en sourdine, clandestinement ; une manière de tension molle, qui est aussi une usure, par le sentiment de la défaite reçue comme une grâce, et de la corruption intime, comme un sacrement ; une corrosion des artères. Une tension que l'on ne crée que pour la laisser de nouveau filer entre les doigts telle un limon de sa propre existence, au gré dolent des mols balancements d'ostensoir de cette cérémonie cancéreuse, que l'on comparera plus avantageusement au poison de Svartkonst, qu'à aucun des soporifiques sermons de Corrupted.
Hipoxia est, au-dessus de tout, une maladie du sang, une grandiose. Et lorsque, finalement, le disque tout en douceur se retire de vous, elle est inoculée. Vous êtes baptisé.

dimanche 16 décembre 2018

Abraham : Look, Here Comes the Dark !


Du neurocore non seulement intelligent - téma ce titre, on dirait pas du Black Sheep Wall ? - mais suisse par-dessus le marché, et qui comme leurs compatriotes de Schammasch enquille le concept album étalé sur trois disques - enfin, deux seulement ici, mais divisés en quatre chapitres aux orientations musicales distinctes, pour ne rein gâter publiés sur le label du groupe spécialiste du post-hardcore paléoloconceptuel... On prend ses jambes à son cou, direct ?
Oui mais non : Abraham, avec leur nom aussi doux que leur pochette, jouent comme Ingrina : raffiné. Abraham, cependant, jouent dans un ton assurément différent de ces derniers : plus rugueux, moins longiligne. Plus chaud et riche, aussi, en instrumentation roborative, voire en mâche pour ne pas rester sur le strict et prévisible registre élémental : oui, Ingrina est l'eau, on l'a bien compris tant c'est fait avec talent et sensibilité ; mais Abraham ? De la brioche ? De la bidoche ? De l'ostie ? De la caillasse ? Non, leur affaire n'est pas si monolithique, et joue artistement de tous ces tableaux, tout comme elle mélange Dodheimsgard, Virus et... Parween sur "Errant", d'autres choses ailleurs, le tout avec une fraîcheur que je n'attendais pas de la part d'Helvètes, et que j'eus aimé en revanche trouver chez le Salt de Khorada, voire le Endocrine Vertigo Truc d'Overmars ; celle-là même qui leur permet encore de se lancer dans le neurocore jazzy-lounge avec autrement plus de réussite qu'un Converge qui s'y est viandé comme une merde : pardonnez la vulgarité, mais il faut bien cela pour donner une idée en regard de l'élégance qu'y met Abraham. Le neurocore sensible, rien que ça ; frémissant de sensibilité, même, et de poésie.
Alors bon, arrêter d'échafauder des rivalités absurdes entre les disques : vous en avez de bonnes, vous... Quand bien même je saurais faire abstraction de la triple frustration personnelle sur laquelle Look, Here Comes the Dark ! vient pareil à une fleur et un baume se poser (soit, dans un ordre d'importance que je vous laisserai deviner, le dernier Huata, le concert de Coilguns, et le nouveau Vindsval) : il paraîtra difficile de contester que, dans la grande famille des idées qui à de certaines époques flottent tout bonnement dans l'air que chacun respire (et croyez moi j'ai un flair pour semblables choses) et libres d'être respirées avec lui, se trouve ces jours-ci l'existence de la lumière qui irradierait de la rugosité, de l'hirsute et de l'oléagineux ; et presque aussi indubitable que ce sont Abraham qui ont décroché la timbale et fait jaillir la magie, avec ce hardcore qui vous ouvre l'imagination à la semblance d'un tapis d'alvéoles pulmonaires (vous savez si on les dit vastes), et qui sous cet habit géométrique peu disert paraît surgir de profondeurs autrement plus vertes et charnues que le Drowned de Barús, et plus chantantes que tout Giant Squid. Un album enflammé comme un peplum, et pourtant songeur comme une retraite monacale ; une authentique roche plutôt que simplement une chose aux contours rocailleux, et dont le labyrinthe de la structure évoque l'entrecroisement du Neurosis le plus mystique avec la science-fiction poétique à la française, des Wul et autres Damasio. Un roman, parfaitement, celui selon toute probabilité d'une quête spirituelle en bonne et due forme. Une beauté.

jeudi 13 décembre 2018

The Mon : Doppelleben

Le goustou d'Ufomammut qui donne dans le parti du (presque) tout synthé : on est titillé par l'envie d'en manière de compliment spirituel saluer l'événement d'un "ça tombe bien : c'est ce qu'il y a de meilleur dans Ufomammut". Ce serait, davantage que malhonnête, faux, car oublier un peu à bon compte que leur sommet absolu, à savoir Idolum, détient ce statut, et plus largement celui de disque non-générique de la scène sacrodoom, avant tout grâce à son exécution hardcore, non au sens de hardcore-punk, mais de hardcore-stoner-doom.
Doppelleben, pourtant, tient effectivement d'une fascinante version synthétique d'Ufomammut (et donc au passage aussi une plus étale et ambient du succulent, carnivore et mouvementé dernier disque de Dark Buddha Rising), qui parvient à tisser le même genre d'étranges climats paranoïaques sci-fi doom que... personne, hormis Slomatics, en fait ; mais dans une mouture encore plus k-dickienne que ces derniers, portée au cœur du cortex sur les ailes tranchantes de parties synthétiques qui viennent faire flotter leurs nappes d'encre aussi bien entre Filosofem et le Visions of Dune de Bernard Szajner, que du côté d'une version alourdie de ténèbres psychotropes d'Atomine Elektrine, ou encore de Nightmare Lodge pour rester en Italie ; en une manière d'impossible synth(wave)doom dont la bizarrerie rampante, froide et élégante brûle les lèvres du nom de Paul Barker - d'autant qu'elle s'avère pouvoir être, avec la parcimonie qui est la marque des grands et donc de mon Paul entre autres (on pourra encore citer Human Anomaly, pour la manière aussi bien que pour l'ambiance), portée à des rythmes hypno-industriels, mécanoïdes autant que psycho-inductifs...
Comme qui dirait une forme inédite de psychédélisme, ce qui n'est pas loin de nous conduire à affirmer après tout qu'Ufomammut en gardait mesquinement sous le pied, du talent de grade à ne pas prendre à la légère. Quant aux guitares, du reste, elles font bien un peu d'apparition, mais c'est sous une forme suffisamment chimique pour ne pas ruiner le projet, bien au contraire l'appuyant de façon dévouée, et rendant le solvant psychique qu'est cet album encore plus pénétrant.
Doppelleben ne riffe pas, il ébouriffe, à tout le moins.

mercredi 12 décembre 2018

Yerûšelem : The Sublime

Ah, la lumière selon Vindsval... Évidemment.
C'est ce que l'on est obligé de se dire aux premières notes de The Sublime, avec un sourire mi-figue mi-raisin : parce qu'on aurait aimé entendre ce que ça eût donné, une musique "vraiment" blanche et lumineuse selon les termes de Monsieur, et parce qu'on ne peut mais, qu'être ravi de retrouver cette amertume de lumière là... Puis après tout, qui a dit que lumineux était synonyme de positif ?
Évidemment qu'on avait de attentes, concernant ce disque, impossible de faire autrement, d'une de par les annonces faites, de deux parce que ça fait un bail qu'on en entend justement, des annonces - 777 était au départ le nom de ce projet, avant que de devenir le nom d'une trilogie par Blut aus Nord, vous en souvient-il ? personnellement j'attends depuis ce temps-là, depuis ces interviews-là - de trois parce que Cosmosophy a gravement aiguisé et creusé cet appétit-là, et aggravé la certitude que Vindsval pouvait tout démolir pourvu qu'il se lance enfin dans le vaporeux, le gazeux.
Évidemment qu'on guette avec anxiété les prémices de chair de poule, le moindre signe de réussite - ou d'échec redouté - du disque qui commence à dérouler ses vapeurs. Évidemment qu'on espère quelque chose de totalement inouï, une naissance, une épiphanie, un nouvel élément tout à fait : on parle tout de même de l'inventeur de Blut aus Nord. Évidemment, qu'on pense à Blut aus Nord, les péripéties justement autour du statut exact du concept 777 disent bien à quel point tous ces projets orbitent autour de la même étoile obscure, inversant leurs rôles tour à tour dans la valse des sphères : un morceau ici ne s'appelle-t-il pas "Triiiunity" ? Et Vindsval devrait-il renoncer à un son de guitare qui, en sus d'être un vache de miaulement saisissant, est avant tout le sien, et celui qu'il a su créer d'après les enseignements de Godflesh ?
Évidemment qu'on pense à Godflesh, Blut aus Nord (...) est un des plus beaux, brillants, hommages à Godflesh qui soient, à égalité avec son rocailleux cousin P.H.O.B.O.S ; et Godflesh après tout, n'est-ce pas la lumière, la plus âpre et dure qui se puisse aspirer atteindre ? On y pense même plus que jamais - "Babel", bien entendu, puis "Reverso" qui mute -, parce que Vindsval tout comme l'auteur de Phlogiston Catharsis n'est plus de l'âge où l'on a des choses à cacher, mais de celui où certaines évidences deviennent toujours plus manifestes, à la façon d'une aube ; celle de son identité.
Peu importe, donc, que l'on nomme celle-ci Vindsval, Blut aus Nord ou Yerûšelem, et peu n'importent pas toutes ces évidences - la lumière est une autre. La musique de Yerûšelem est en vérité nouvelle matière, à défaut peut-être de nouvel élément - parce que rarement avant The Sublime ce son s'était-il montré autant lui-même, et tant pis si au passage s'émancipe-t-il presque totalement de sa part de black metal - mais au fait, les derniers Blut aus Nord, Memoriae Vetustae mis à part, l'étaient-ils moins, émancipés, que ce soit dans la haute atmosphère des 777 ou dans le death de Deus Salutis Meae ? - aussi abouti, à la pleine floraison de toutes ses mutations qui le tirent toujours plus haut vers le ciel, vers ce blanc (décidément, Michel Berger est bien présent aujourd'hui) redoutablement froid et acéré, telles de coupantes écharpes de nuées.
Il se meut, s'avance, enfle et s'élève avec une prédatrice assurance, et non avec les ruses de stupéfaction qui sont les us de qui manque, justement, de l'évidence de cette connaissance de soi. Cold-wave et breakbeat et techno ambient, The Sublime est le disque dont on savait Vindsval gros depuis Thematical Emanations of Archetypal Multiplicity, et qu'il devait enfanter un jour ou l'autre ; il transmute le cristal en souffle majestueux et incisif, et le black metal en cathédrale dorée d'abondance sur "Eternal" - à quoi il suffira d'ajouter - toutes mes excuses, je retombe dans le référencement un instant - comment le même morceau peut aussi paraître une symbiose entre Techno Animal et Faith, pour donner à mesurer à quel point Vindsval, là encore tout comme son pair Sacri, est non seulement parvenu à l'âge adulte de sa qualité d'enfant Broadrick, mais surtout au stade où son ascension se traduit par une humanité de plus en plus radieuse - et ce mot-là non plus n'est pas synonyme de positif. L'humanité de tels disques est une forme de crudité ; qu'on en juge à cette basse plus qu'audible, palpable, granuleuse ; et ces voix sont humaines à n'en pas douter, qui sonnent pareilles à des fantômes de rasoirs portés et emportés par le vent, sans avoir obtenu de réponses.
Évidemment, que tout cela, et même d'autres choses encore, auxquelles The Sublime laisse ample loisir de rêver... Alors comment se fait que l'on ne ressente - et ne dise ici - l'emballement hyperbolique que l'on souhaiterait voir s'emparer de soi devant cette promesse enfin réalisée ? Parce que, à la différence justement d'un Blut aus Nord ou d'un P.H.O.B.O.S, l'on s'est forgé vis à vis de Yerûšelem, a priori mais aussi ensuite, à entendre sa clarté, des attentes de chansons plus manifestes ? Peut-être, ou encore parce qu'on a le sentiment chaque morceau qui commence de se trouver devant un bloc extrait à la montagne, brut, avec les surfaces et lignes interrompues que cela suppose, et que c'est la montagne qu'on eût aimé voir, dût-elle nous écarteler la rétine par son immensité inconcevable et le cerveau par ses angles impossibles ; que ces échantillons ne manquent - assurément - pas de beauté, mais qu'on a soif du tableau d'ensemble, des lignes de perspective et du mouvement grandiose qu'il doit, on en a la certitude, dégager ; c'est peut-être voulu, ou peut-être pas : là n'est pas mon propos, n'étant examinateur ni de l'intention de l'artiste ni de sa compétence. Mais c'est horriblement frustrant - je me répète ? allez ! - surtout lorsqu'on voit la surnaturelle beauté des fragments de minerai ainsi mis en vitrine ; comme une succession de brèves et roboratives immersions, en une inversion du supplice de la baignoire.

Certains indices, toutefois, laissent à penser que la lumière et le sublime selon Yerûšelem, tiennent d'une prison, ou d'un supplice dans le goût des enfers grecs antiques.

Depeche Mode : Exciter

Exciter, c'est très simple à dire vrai : au plus fort des années "le rock est mort", en plein avènement mondial de la drum'n'bass, du trip-hop et de la house filtrée, Depeche Mode, déjà vieux, pépouzes, en posant au bord de la piscine en calbute de bain, te déballaient le disque le plus ovniaque et classieux à la fois de tout le bordel, un poil encore au-dessus du Pressure Drop sans même parler du Mirwais, si méritoire fût-il ; accessoirement leur disque le plus audacieux/aventureux/ce que tu veux ; et leur meilleur avec l'autre qui porte également un nom de métier. En bonus, Martin s'y montre bien plus en forme et indispensable (vocalement bien sûr : instrumentalement la question ne se pose jamais) que sur un Playing the Angel qui sera le royaume de Gahan.
Le gospel, la soul, Donna Summer et tout ce que tu veux d'autre (y compris Depeche Mode, dont la marque est discrète quoique profonde, dans les ombres ; ou Manson sur "The Dead of Night", si Manson était une chose de cinquantenaire sans âge), y sont plus subtilement intégrées que jamais ailleurs. Le rock ? Tsss... depuis un moment, déjà, que Depeche Mode est bien plus rock, cool et badass tout en classe, que la plupart des groupes de rock, alors mort ?... Laisse moi rire. Laque, bien entendu, mais en même temps martini dry bien limpide et coupant. Tout en soies (Depeche Mode ne porte pas un nom de magazine couture pour rien, leur musique en est de la haute la plupart du temps, tu n'avais pas remarqué ?) ultra fluides à la caresse délassante, Exciter fait du choix précis des matières et des coupes une pratique du zazen... Et de l'amour, dont Exciter déborde, à sa manière illuminée de calme et du blanc qui vient avec l'âge. Cherche pas d'autre groupe qui soit capable de faire ça, tu n'en trouveras pas.
J'avais bien dit que c'était pas compliqué. Tout est simple lorsqu'on écoute Exciter.

mardi 11 décembre 2018

Svartidauði : Revelations of the Red Scroll

Le point commun entre Blut aus Nord sur Saturnian Poetry, Aosoth, Slidhr et Ondskapt ? La forêt, pardi. Sa divinisation, son amour et sa vénération en tant que source de tout y compris de soi-même, et de toute puissance, sa contemplation avec la révérence réservée aux cathédrales. Il faut admettre qu'à entendre Revelations of the Red Scroll on est porté à croire également. Avec une sensation délicieuse de braisoiement de toute l'âme, de grésillement mystique intime qui rend plus irrésistible et vertigineux s'il est seulement possible, de suivre cette batterie panique et tyrannique qui mène la danse et les Ménades, dans la profondeur mythologique et menaçante des futaies sans fin, sous l'ombre des frondaisons cruelles ; de se laisser rudoyer par le courant impétueux et ses caprices, auquel donne surnaturelle vie un batteur proprement prodigieux, à la fièvre contagieuse (celui de Kriegsmaschine va bien vite rendre le trône, qu'il a prouvé avec Apocalypticists avoir usurpé, de batteur-conteur infernal), à la sensualité qu'on ne rencontre d'ordinaire que dans le doom ou le hardcore, et qui ne vous laisse jamais reprendre votre souffle, tandis que haletant vous découvrez ces clairières, ces étangs empoisonnés semblant jaillis des pinceaux enchevêtrés de Gustav Klimt, Jean Delville et Gustave Moreau, ces torrents de flammes furieuses qui se changent d'un instant à l'autre en triomphales processions, ces cavalcades en entrechats ... Ah mes amis, en vérité cela faisait longtemps que la beauté et la fureur n'avaient été si étroitement enlacées, amoureusement emmêlées, et en vérité c'est dans votre chair que vous sentirez comment le final de "Aureum Lux" est harassé.
Il y aurait des chapitres entiers à écrire sur les ébrouements et ébats de cette pulsation, et d'autres sur cette voix brûlante, ou encore sur ces guitares qui sont comme les yeux d'or fendu du prédateur dans les fourrés, sur les mille nuances fascinantes de cette musique qui toute entière est forces de la nature, et vigueur indomptée de ses appétits, à travers le temps qui indiffère sa glorieuse sauvagerie - aussi s'arrêtera-t-on ici, en attestant que le black metal comme sorcellerie vient de rencontrer son nouveau champion.
Révélations ? Mon œil, ouais ; c'est la Bête, et ce sera toujours la Bête.

lundi 10 décembre 2018

Deth Crux : Mutant Flesh

Virtuose et virevoltant, très classique autant que très classieux... Il y a chez Deth Crux quelque chose de parent avec Soror Dolorosa, en particulier celui des deux premiers disques : quelque chose que traduit aussi gauchement que possible l'incohérence des vagues analogies qui effleurent l'esprit, duveteuses, papillonnantes, à l'écoute du tourbillon de morceaux qu'est Mutant Flesh. Soit, successivement ou simultanément,  zZz, Christian Death, Eighties Matchbox B-Line Disaster, Bauhaus, Samhain, The Jesus Lizard, Alien Sex Fiend, Clockcleaner... j'en passe : cela vaut mieux, parce qu'aucune n'est valable à vrai dire. C'est ce qui trouble au départ, et peut empêcher qu'on se livre entier d'emblée à Mutant Flesh, ne sachant sur quel pied danser ce vertigineux tango qui pourtant semble à portée de main, et vous appeler d'un chant de caverneuse sirène.
Y a-t-il à gagner, alors, à esquisser le portrait de Deth Crux sous les traits d'une manière d'Atriarch écorcé de tout son hardcore et son black metal - et subséquemment rendu à sa nubile et splendide nudité punk et deathrock ? Cela se peut ; à condition de bien y entendre ce que la formule peut dire de leur insaisissable ambiguïté, déjà mentionnée mais sur quoi je compte insister, de leur façon de voltiger en permanence sans s'y poser sur le rasoir et le velours, sur le suborneur parfaitement caressant et sur la menace cave aux relents de tombeau et de Statue du Commandeur...
Deth Crux pour sûr maîtrise tous ses classiques, de la guitare-scie sur "Mutant Flesh" au refrain de "Black Abominable Lust", infaillible, en passant par l'entame de "Exploited Apparition": au point qu'on en oublierait presque leurs parcimonieuses, fugaces mais incisives incartades en dehors des clous, et des galbes cintrés qui font son port impeccable, à commencer bien sûr par les hâves apparitions d'un saxophone (rarement l'instrument aura-t-il sonné aussi... corbeau, au propre autant qu'au figuré) en forme de grincement non identifié dans le fond du cimetière, et tout ce qui leur donne l'aura d'un Alaric qui aurait pris la voie du crime et la truanderie, dimension qui explose sur le "Yellow Sky" final : là encore Deth Crux aura adopté une conduite toute en réserve, attendant la clôture du disque pour en manière de dernière confidence, en baiser vampire dans le cou sur le pas de la porte, se révéler en toute son envergure.
C'est cette dernière, cette altière et laconique singularité, qui explique du reste assez probablement le malaise de tantôt face à leur musique, cette incapacité à s'installer quelque part qui soit déjà le territoire de quelqu'un d'autre, cette faculté à planer partout avec cette grâce scintillante de givre, aiguisée comme la bise, indifférent à se laisser suivre - ce qu'il est pourtant difficile de ne pas faire, subjugué. Bien malin du reste qui saurait dire si Deth Crux désire sangloter ou bien vous découper un sourire en travers de la gorge, lui-même ne se pose pas un instant la question, et y répond encore moins. Les deux vous feront des entailles de toutes les façons, non ?
Bref : il semble bien qu'après tout Deth Crux ne soit pas un n-ième "nouvel Untel ou Untel" - mais un sérieux client.

samedi 8 décembre 2018

Dirge : Elysian Magnetic Fields

Écrire sur Dirge est une foutue chierie, pour la même précise raison qui fait qu'écouter Dirge est un régal - exigeant, au point de parfois déboucher sur un fiasco. A savoir ce prodige de jouer ce qu'il est coutume d'appeler, dans le jargon du métier, "un peu toujours la même chose", à la fin de décrire et inoculer des sentiments si farouchement, palpablement différents.
Palper, voilà vient de quoi il est question - et est-ce qu'on palpe ou donne à palper en alignant des descriptions de ce qu'un disque donne à entendre ? Elysian Magnetic Fields est, sous ce regard-là, peut-être bien le plus épineux. Autant la plupart des autres se laissent à la rigueur humer en quelques épithètes rêveusement approximatives, je vous renvoie à l'article sur Lost Empyrean - autant mettre ses gros doigts sur l'état émotionnel qui nimbe Elysian Magnetic Fields de son halo brûlant et fiévreux ? Sa façon d'être aqueux et coalescent à la fois, chaud comme le sang malade et glaçant à l'égal du vent devant la mer en hiver ? Pornography, en vérité, n'est jamais bien loin lorsque s'élève la musique de Dirge, mais alors ici... Et pourtant, ce qui s'éprouve surtout, c'est à quel point le disque montre les limites de la description face à une musique dont l'affaire principale est de se faire élément inconnu, continent inouï des confins de l'âme, liqueur d'état (chimique) d'âme. Comment faire plus parlant, du reste, que leurs propres énoncés pour suggérer les marées magnétiques qui, en un doux chuintement derrière le grondement des plaques cosmiques, lèchent les rivages de l'autre bord : "Morphée Rouge", "Narconaut"... "Elysian Magnetic Fields". Est-il besoin d'en dire plus, en fait de mots ? Les vaut-il pas mieux laisser dormir, et rêver ?
Alors normalement, c'est à ce moment-là qu'on s'attend à lire une pirouette, brillamment spirituelle pour faire excuser le procédé éculé, qui rassure en confirmant que tout ce qui précédait n'était que prétérition...
Non, non.
On serait presque tenté de dire que Dirge, c'est encore Axel Kriloff qui en parle le mieux.

vendredi 7 décembre 2018

The Eye of Time : Myth II : A Need to Survive


Marc Euvrie, quoique d'abord bourru, est un homme emo et fier de l'être ; il n'a honte ni des intitulés grandiloquents sur ses émotions, ni de ce qui musicalement lui en cause, de l'émotion, d'ailleurs le morceau de conclusion est nommé "Notre Amour est assez Puissant pour Détruire ce Putain de Monde" et quelque part cela résume pas mal le disque, dont il est question ici. Des références assumées - et imposantes - ne l'empêchent pas de s'élever  aussi haut que le ciel qu'il désire si douloureusement atteindre, aussi invinciblement que la façon dont The Eye of Time s'approprie et incarne sur ledit morceau le titre si exigeant à porter.
Alors sans doute l'album peut-il assez limpidement être vu comme se nichant pile entre Nothing Passes et un Third Eye Foundation : cela est certain ; aussi certain que s'y ajoute probablement un amour pour cette mouvance ambient moderne sensible que je connais de façon à peu près nulle.  Et les voix bulgares. Mondkopf collaborant avec The Body, si on veut. Bien. Et puis ? De toutes les manières l'innocence, et la pureté des émotions et désirs, sont pile le sujet ici - et question pureté, vous m'écouterez le final dont on parlait, vous me direz si cela ne fait pas mal, la pureté, et puis aussi si vous êtes capables de résister à la violence de la beauté d'un tel désir.
Et pourtant, qui n'y retournerait pas ? Car malgré son ambition, A Need to Survive est un disque qui s'avance sans prétention, et assurément pas celle d'être un de ces disques devant quoi nul n'est censé ignorer qu'il contemple (ou plutôt se fait contempler) un Disque Éprouvant ou Émotionnellement Exigeant, non : il s'avance avec des émotions brutes sensibles par tout un chacun, et par elles et la main vous prend, avec une douceur à la mesure de son envie immense, et de son empathie ahurissante. Et dès l'entame, il vous annonce la couleur, en une fanfare à l'enfantine candeur et la fragilité aigüe, et dans le déploiement de cette beauté aussi simple et délicate qu'elle est terrifiante son ambition d'aller décrocher le soleil, ce soleil hivernal douloureux, aussi lointain qu'un autre temps, pour le boire, et qu'il ne se contentera pas de moins, dût-il traverser la tragédie et l'épouvante - l'album est quand même principalement fait de post-rock et d'ambient, et n'évoque pourtant qu'un imaginaire apparenté à Sixth Comm, Haus Arafna, Le Tombeau des Lucioles, Akira, à l'apo-industriel le plus funèbre, et plus globalement l'extermination de masse et le chemin trébuchant de l'humain à travers ses foudres - dût-il se perdre entièrement dans la lumière blanche.
Il y a des choses qui, tout simplement, ne se refusent pas, des questions qui ne se posent pas, et A Need to Survive en fait partie.

The Prodigy : The Day is my Enemy


Finalement, il n'y aura peut-être que No Tourists de complètement (et encore) foiré, dans l'après Outnumbered ; Invaders Must Die a du coffre pour peu qu'on supporte les gameboys (hélas pour moi), et The Day is my Enemy... Cela fait drôle de l'admettre, comme on peut imaginer qu'il fait drôle qu'un Prodigy ne soit pas invinciblement dansant, et bon nonobstant ; et il l'est pourtant.
Mais cette fois, ce n'est plus la guérilla : c'est la guerre. The Day est l'album martial de The Prodigy. Les rythmiques, pour explosives qu'elles soient forcément, sortant de la cuisse de Liam Howlett, y sont raides au possible, ou tout du moins impossiblement raides pour du Prodigy - c'est bien, probablement, ce qui coince au début, empêchant les jambes de frétiller et les bras de mouliner - et les sonorités, on met là encore du temps à s'en rendre compte parce que le groupe ne faisait déjà pas dans la dentelle et le caressant, y sont particulièrement râpeux. En fait, on tient là une manière de croisement entre Music for the Jilted Generation et Shock Front, oui Madame. Pour tout dire on n'est guère loin, en certains points, de penser aux plus durs des... disques rave de Venetian Snares, Infolepsy, Detrimentalist et ainsi de suite.
Une fois de plus, The Prodigy délivre quelque chose de très punk, mais et c'est heureux d'une façon plus proche d' Outnumbered que de celle dont l'était un Fat of the Land, qui est un disque que l'on ne sort qu'une fois, de même que l'on n'est adolescent qu'une fois, tandis qu'adulte plusieurs. C'est d'ailleurs le beat qui prévaut ici, légèrement breaké forcément, Liam Howlett oblige encore une fois - mais un beat punk-rock plutôt que hip-hop, et ce même une fois qu'à partir de "Wild Frontier" le disque peu à peu s'élève au-dessus du charnier, pour refaire siens les grooves nintendo d'Invaders voire ceux discothèque du roi-album avec une "Rhythm Bomb" qu'on tancerait d'un "à la lisière de David Guetta" si The Prodigy n'avait établi depuis Jilted déjà à quel point il n'avait rien à branler de la cloison entre underground et mainstream, seulement préoccupé de faire dans l'anthem de Vandale. Et si ce n'était pas, plus simplement, du Fatboy Slim pour aller botter des culs aux aliens, ce à quoi Fatboy Slim n'aurait jamais survécu d'ailleurs il ne l'a pas fait - quelqu'un se souvient de Fatboy Slim ?
Prévaut... pendant une première moitié du disque, et en y entretenant souvent la confusion avec un beat jungle omniprésent (mais la jungle est une forme de punk, vous n'étiez pas sans le savoir) ; parce que, quand l'album sur ces entrefaites s'envole avec un enchaînement "Roadblox" - avec une nouvelle rythmique digne du Panacea récent - puis un "Get your fight on" encore plus franchement affidé à la team Outnumbered... Forte est la tentation du raccourci "deuxième meilleure pochette après Outnumbered, deuxième meilleur album après Outnumbered". Et ce n'est pas "Medicine" qui va nous mettre la tête sous l'eau froide, croyez moi : v'là-t-y pas que ces connauds-là ont installé un club dans le poste de commandement, et font boomer les basses comme des crevards, en invitant les potes jamaïcains et korneux confondus à rouler du zouk sur une version atomisée de "Poison". Oui, The Day is my Enemy est bien comme son nom l'indique vaguement l'album sinistre de Prodigy - "Wall of Death" voit même Flint résonner d'accents à la Pop.1280 - mais on ne va pas pour si peu s'empêcher de se mettre bien.
En fait, The Day is my Enemy est un Jilted qui est passé par le feu - il n'y a qu'à voir la transposition fracassée, vitriolée, déchiquetée que donne du traditionnel instru-trance-mélo-machin une "Beyond the Deathray" -, qui a tout traversé, de Cubanate à Justice en passant par le grime, les dents à Goldie et le baiser de la tôle de la pochette à Exit:Ritual ; et se traduit en la ci-devant cargaison de méchants lâchés sur Ibiza. Les bandits ne sont pas encore à l'écrou.