vendredi 2 mars 2012

Cro Mags : Age of quarrel

Il est de ces disques sur lesquels l'attention glisse comme sur une merde chaude. Cette espèce là d'excréments n'a pas même le mérite d'avoir résisté aux efforts, si on peut dire, des services municipaux payés pour les occire. J'ai, à bien y regarder, beaucoup plus de respect pour ces vieilles crottes de cleps, blanchâtres et déséchées, qui ornent les trottoirs comme autant de terminus au sens antique et topographique du terme. Et il y a heureusement d'autres disques, dont celui-ci vous l'aurez saisi, appartenant à une catégorie bien plus propice au gonflement des corps caverneux et autres extremités. Ceux là t'agrippent, te ceinturent, te prennent à la gorge. Là où certains voient une ruine, tu distingues le monument. Quand d'autres pensent caillou, tu visualises monolithe. D'aucuns disent s'il vous plait, toi tu dis ta gueule tapette.

Meilleur moment pour écouter le disque : une soirée crêpes, quelle question.

Cypress Hill : Los Grandes Exitos en Español

Après un IV inégal, comme on dit dans la presse spécialisée, mais lesté d'encore quelques assez beaux carnages ("Prelude to a Come Up", nom d'un pochon ...), voici la première taule, visuelle tant que sonore, des b-boys palmipèdes, et la fin de l'âge d'or, quand bien même je fais partie des ceusses qui trouvent encore sporadiquement leur compte dans la suite, ce matin encore je manquais de pleurer pendant "High Life" et chopais une putain de peau de poulet sur "Worldwide" - je me souviens également avoir entendu de bons morceaux dans Stoned Raiders, mais je me rappelle jamais lesquels - néanmoins le présent album au programme pourtant si bouillamment prometteur (vous parlez sûrement assez le gominé pour piger le titre) restera le début de la chute.
Cypress Hill c'est comme les Soprano : au quartier, ils ont quelque chose de plus ; au bled, ils ont quelque chose de moins.

Asphyx : Deathhammer

Ces chers vieux Asphyx ne seraient-ils pas, au fait, les Motörhead du mormétal ? Pas qu'il manque de concurrents plus ou moins évidents ou déclarés au titre, mais si l'on veut bien passer sur ce qu'il y a de plus cliché à Motörhead, tout l'aspect groupe qui opiniâtrement mule le même morceau de rock'n'roll préhistorique dans toute son humble splendeur raboteuse, il leur manque à tous ce qui fait une part non négligeable de l'équation : le charisme et la discrète extravagance du caractère de Lemmy, celle qui lui a fait tenter quelquefois des choses à plus grande voilure et lui fait préférer qu'on lui parle de ses disques récents, celle qui le met tout naturellement en lévitation à étinceler au-devant du vacarme. Asphyx ont pour cela celui que l'on connaît bien pour l'un des tous meilleurs et plus éblouissants gosiers, dans ce style aussi traditionnel que le hard boogie de l'autre. Pour nébuleuse que la théorie puisse vous paraître à présent, vous verrez tout s'éclairer lorsque vous entendrez, en seconde position sur le disque, l'expéditif morceau-titre, expéditif comme dans expédition punitive, son entame qui promet du hardcore, son riff cru comme la faim, et sa conclusion, cinglante et nonchalante, à ranger en vividité aux côtés du pouffement de Cobain sur "tourette's" - ce sacré bon sang de Van Drunen doit avoir du sans écossais, c'est pas possible autrement... Quand bien même Asphyx ne serait pas la crème du vieux death-doom à gencives en feu (qu'ils me font rire, ceux qui ressortent les livres d' "histoire" d'il y a quinze ans (...) où Asphyx figure à la rubrique seconde zone ...), il serait géométriquement impossible après pareille gifle d'avoir le moindre résidu de bidet de rationnalité devant Deathhammer l'album. Et c'est dans un brouillard de béate hébétude - et les oreilles en sang - qu'on note qu'ils survivent ma foi fort bien à l'abandon du fameux et "daté" son outre-ferrugineux de l'emblématique Last One on Earth (seconde zone, non mais je vous demande un peu, à moi mes côtes ...), qu'ils sont passés du death à l'ancienne ergo forcément doomy, à carrément çà et là de la pierre d'église doom-death, et que cette pompe se conjugue elle aussi très bien à un death terne et sinistre somme toute, école Bolt Thrower, lequel ils parviennent pourtant à changer en quelque chose de flamboyant, dans ses tons noirs et menaçants - l'opulence prodigue dans l'austérité, vertu cardinale du death classique. Une sorte, donc, de pendant sourdement baroque, nocturne, courroucé comme un destrier ombrageux, de l'aristocratie troupière Bolt Thrower, davantage dans la prouesse individuelle, mais non moins lourd sur le dégât artificier.
Pour le coup, ce qu'ils ont cherché à faire avec Hail of Bullets m'est de moins en moins clair, mais ce qui est douloureusement net, c'est qu'un grand groupe de death vient de sortir un grand disque de death.

jeudi 1 mars 2012

Cro Mags : Best wishes

Odeur de pain chaud, démarche lente et regard vitreux. Peu d'expériences t'en apprennent autant sur toi-même qu'un retour au bercail après une nuit blanche. Alors que les cernes se creusent un peu plus profondément sous tes yeux, à mesure que tu diminues la distance qui te sépare de ton plumard, des centaines de gonzes se lèvent pour aller bosser. Les premiers oiseaux chantent, tu es seul dans les rues, le coeur de la ville bat dans ta poitrine. Je ne sais pas ce qu'il en est pour toi mon ami, si tu souffres que je t'appelle ainsi, mais moi je me couche pas encore. On attend l'ouverture des premiers cafés et on s'en jette un ?


Meilleur moment pour écouter le disque: need i say more ?

mercredi 29 février 2012

Kickback : Et le Diable Rit avec Nous

Oui, cet album est du même genre obsédant que Black Masses et je pourrais bien en faire un feuilleton de même.
Le problème avec ce disque est cérébral. Le disque lui-même est très cérébral, dans sa façon d'être le disque power electronics et indus martial de Kickback en n'utilisant que des éléments power electronics et indus martial presque subliminaux tout le long de sa courte durée - avant d'enfin les laisser exulter dans les deux "bonus tracks". Le problème qu'il me pose est cérébral aussi, puisqu'il tient principalement dans la façon, très cérébrale encore une fois, dont il est reçu par ceux qui le louent : avec ce complexe très métalleusement élitiste qui veut que tout ce qui est moins direct et demande effort d'adaptation soit forcément plus mieux, plus avancé en extrémisme, en noirceur, en malsanité, tout ce que vous voudrez d'un peu vain et jouissif - complexe qu'en passant quoique le trouvant ridicule et puant je partage parfois à mon tour, j'en veux pour preuve justement l'acharnement que j'ai mis à définir une profondeur à Black Masses - et selon lequel, forcément, cet album beaucoup moins contondant que No Surrender ne peut être que poison, sournois, et toutes ces sortes de super-pouvoirs. Mais enfin, cérébral, en me forçant un tout petit peu, je dois pouvoir être capable de l'être un tout petit peu, et à présent que tout le monde a fini de se toucher la patchole en public avec ce disque, je peux l'écouter plus sereinement, libéré de tout anticonformisme mécanique, et admettre que cet album, sans avoir besoin de concourir avec son grand frère, qui n'est pas dans la même catégorie, ni de crudité bien évidemment, mais ni non plus de nocivité, est tout simplement et en son nom propre un très bon album de Kickback, donc un disque nécessairement enténébré, noyé de désespoir, et de hardcore moderne - car hardcore ils le sont malgré qu'ils en puissent avoir, dans la façon d'argumenter, dans ce qu'on pourra si l'on est d'humeur mauvais coucheur appeler le côté donneur de leçons, et avec plus d'indulgence nommer prédicateur et mettre du cœur et des tripes à ses convictions.
Le problème de ce disque, c'est que par endroits, sur pas mal de morceaux, il cesse d'être ce très bon disque de de rock de beau ténébreux mauvais garçon, pour devenir réellement ce disque que l'on dit, aux vertigineux relents de poison violent, cet orage gothique (et là je ne comprends pas ce qu'on reproche à leur batteur pour l'occasion, qui apporte avec une certaine sophistication et fraîcheur bosselée ce qu'il faut de pêche(s) pour que l'album garde sa part des traits du Kickback d'origine) qui malmène sévèrement, renverse avec son swing triste charbonneux toujours plus électrocuté au screamo tragico-meurtrier, concasse dans les remous de sa furieuse irrigation, et emporte vers le fond, sur un dernier rictus narquois (où l'on s'aperçoit qu'il a au bout du compte beaucoup à voir avec un autre nocturne) ... avant, une fois observé un raisonnable silence de mort, de laisser exploser dans le noir le fameux éclat de rire, d'envoyer valser à coup de pompes et de chaînes de vélo tout ce sérieux, ce théâtre, cette ferveur, cette soif de réponses - pour ces deux fameux épais giclâts d'un ahurissant punk hip-hop thug-industriel, type fondez ensemble les morceaux d'Onyx/Biohazard et Therapy?/Fatal sur Judgement Night et passez les un soir de match au Parc, ou dans un sous-sol d'immeuble au Blanc-Mesnil : la bonne vieille célébration rituelle purificatoire.
Quant à en faire un de mes albums 2012, puisqu'il s'étale, et une façon difforme de Pornography du tough guy... La suite au prochain numéro.

lundi 27 février 2012

Brame, Menuet Babel, 25/2/12, Up&Down, Montpellier

Pourquoi ne devrais-je pas rapporter ce concert ? Parce que je l'ai co-organisé ? Parce que j'ai passé des heures entre le 25 et le 26 à causer avec d'affables Brame aussi prolixes que moi ? N'ai-je pas déjà rien qu'ici sinon depuis avril 2008 assez employé la première personne du singulier pour être exonéré des convenances de l'impartialité ?

Menuet Babel : par chance, aurais-je presque envie de dire, j'en ai loupé la moitié ; ainsi n'aurai-je pas à trouver les mots pour décrire ces juvéniles extra-terrestres aux voix flûtées ; sachez simplement que leur auto-célébration en tant que boys band d'ebm atonale frénétique n'est pas imméritée, et que je n'ai pas eu à regretter d'avoir fait confiance à leur maître de danse. Un concert comme il n'en arrive qu'à l'Up&Down.

Brame : le groupe qui donnerait presque envie de dire que Gira et son My Father Will Guide Tout Ça Tout Ça arrivent après la guerre, qu'il laisse un peu son taf à Nick Cave ce sale gothique, que Faulkner en secret était français, ce genre de folles conneries enthousiastes ; le groupe qui donnerait presque envie de dire qu'ils jouent un peu tout le temps le même morceau, qu'ils ont une seule idée, ce genre de conneries (ne vous cachez pas, je sais que certains l'ont pensé) ; si ce n'est que chaque morceau, chaque pulsation provoque dans le bassin et les vertèbres des réactions différentes, eux qui sont plus intelligents que nos pauvres cerveaux mesquins ; Brame, qui tire toute la transe qu'il y a au blues, en en pressurant le riff primordial sous toutes ses mornes et irrésistibles inflexions venues du ventre, qui en fait de l'indus et le joue comme du hardcore ; le groupe qui s'ajoute à la croissante liste de ceux qui me rendraient chauvin malgré que j'en ai, avec cette façon de s'approprier le folklore qui n'appartient qu'à nos punks à nous.

D'ailleurs, ce sont encore des punks de chez nous que nous vous proposerons la prochaine fois : vous avez rendez-vous le 17 avril avec Binaire, mes petits potes !

dimanche 26 février 2012

Dead Language : S/T

Le renversement du régime iranien… le relâchement des tensions indo-pakistanaises…2012, vraiment ?... j’avoue, j’ai douté… j’ai douté jusqu’à ce qu’une énorme porte ne claque des profondeurs de l'Enfer. Le 26 novembre, le Kalta se volatilise et laisse place à une fournaise de feu ardent. Une gigantesque colonne s’élève. Catastrophe naturelle majeure. L’Islande est évacuée. Le trafic aérien est stoppé. Parfaitement vertical, le prodigieux flux de cendres et de poussières semble ne jamais vouloir prendre fin. Une semaine déjà. Du jamais vu. Incompréhensible. Inconcevable. Un physicien, le Dr Petit, avance publiquement l’hypothèse d’un effet d’aspiration thermique. On le fait taire. Des politiques fébriles lancent des appels au calme. Des scientifiques sous influence avancent des théories rassurantes. Ça ne va pas durer, on vous le dit, ça ne va pas durer, tout va rentrer dans l’ordre, ça ne va pas durer. Mais les gens paniquent, commencent à faire n’importe quoi. Piller des supermarchés. Prendre des pharmacies d’assaut. S’entretuer pour un kilo de riz. Etat d’urgence. Quarante jours et quarante nuits de déluge ascendant achèvent d’opacifier l’atmosphère. La terre est grise comme une orange. Les rayons du soleil, mille fois réfléchis, n’atteignent plus le sol. La surface du globe est plongée dans un froid sidéral. Vladivostok au cœur de la nuit au cœur de l’hiver. L’armée rationne la population jusqu’à… jusqu’à épuisement des stocks. Un jour les camions bâchés ne viennent plus et c’est la fin. Permafrost, pas de récoltes cette année. Ni l’année suivante. Ni l’année d’après. Plus de production de nourriture avant… avant combien de temps ? La mort m’indiffère, je veux dire, la mort des autres m’indiffère. Engourdi, vautré sous la truie, tu n’aurais pas dû brader ton instinct pour de l’alcool et de la verroterie. C’est tout. L’adjudant-chef Couturier, lui, avait déchiffré les Écritures. Il savait ! Il avait compris ! Depuis longtemps ! Des années de préparation... J’achetai tout d’abord cette forêt au sous-sol karstique, réseau de grottes et de galeries non répertoriées et aménageai un premier abri à six mètres sous terre. J’inondai ensuite d’eau potable une cavité naturelle à proximité : plus de 10 mètres cube, rends-toi compte ! Puis j’emmagasinai progressivement de quoi tenir plusieurs années : rations de survie, vivres civils reconditionnés, compléments alimentaires, médocs, vêtements, ampoules LD, batteries Lithium, etc, etc, etc,.… je ne te fais pas l’inventaire, il ne manque rien… Des armes ? Bien sûr, l’adjudant-chef Couturier n’a pas déserté les mains vides ! Grande. Muette. Bigleuse aussi… Il n’est guère difficile de faire disparaitre du matériel d’une base entrepôt en ces temps troublés. Pour durer il suffira de limiter sa consommation, de vivre à l’économie. J’ai toujours vécu chichement, je n’ai qu’un loisir, le puzzle, et pas de besoins sexuels. Ça tombe bien. Tu vois, c’est bizarre, je suis un peu comme le dernier des latins, ou le dernier des grecs, je parle une langue que plus personne ne parle. Une langue morte. Morte, morte, morte. Pourquoi je te raconte tout ça à toi dont le corps est congelé ? Et bien parce que tu fais partie de mon programme d’hygiène mentale. Entre deux puzzles, le temps de soigneusement ranger le précédent et de choisir le suivant, je m’autorise à m’entretenir à voix haute avec un camarade imaginaire. Phase de décompression psychique nécessaire. Alors voyons…la bataille d’Ulm, parfait… 15000 pièces, rends-toi compte !

vendredi 24 février 2012

Megadeth : Cryptic Writings

Il paraît qu'il ne faut jamais se renier. Aussi ne me renié-je pas : j'ai aimé Metallica, à commencer par le Black Album, c'était vers 1993 et ç'a bien duré un an et demi. Aujourd'hui il me faut l'affirmer - ne pas le faire serait renier ma sensibilité qui a pris quelques années - c'est une sombre daube fadasse. C'est pourquoi il me peine que quelqu'un que j'estime haut et qui au passage partage ma présente prédilection, compare l'orientation de Megadeth dans Cryptic Writings au Black Album ; même avec des balises et des pincettes ; compare un album fourgonnette utilitaire surdimensionnée au boursouflé dégueulis de couleurs et de saveurs surréelles dont Mustaine le doré nous a gratifiés ici. Tout comme il me choque de façon plus générale que l'on compare aussi systématiquement qu'on le fait un groupe de troisième division, un groupe football, avec ce groupe qui a tellement, tellement plus à voir avec toutes choses baroques, outrageuses, outrageantes et psychédéliques - Queen, John Lydon, Vio-lence, les Beatles, vous voyez d'ici le pays de cocagne. Il y a plus d'idées mélodiques et de cœur dans un seul hough! de Dave Mustaine que dans sept minutes d'instrumental progressif de Metallica.
Pourquoi ce billet très d'humeur, au fait, puisqu'on dit aussi qu'il ne faut pas tirer sur l'ambulance, simplement pour clamer haut le choix d'un camp dans une guerillette éculée ? Parce qu'il me peine, surtout, que Mustaine, à ce que du moins l'on est est coutume de dire aussi souvent que l'occasion s'en présente, ait encore des crevures de cœur à l'idée d'avoir été spolié de sa part rêvée du pudding au grattons - alors qu'il a tellement, tellement mieux, à lui et rien qu'à lui par-dessus le marché ...
Mais enfin, si c'est ce qu'il en coûte d'ulcère pour faire richement couler son robinet à humeurs aigres couleur de l'arc-en-ciel, et nous emplir de joie, nous de la Holy Church of Musty Love ...

jeudi 23 février 2012

Goatwhore : The Eclipse of Ages into Black

On vient à Goatwhore la première fois pour des raisons assez évidentes : on est jeune et fougueux, et on vient de découvrir l'étendue du savoir-faire d'un petit type au prénom peu ordinaire et qui s'imprime bien : Sammy Pierre. Pourquoi en revanche on peut n'y pas trouver alors ce qu'on y est venu chercher, est moins explicable ; car la chose y est bien ; Sammy Pierre y est bien, pour sûr, si vous voyez ce que je veux dire - mais si, vous connaissez ce groupe, où jouait également un autre type au patronyme très mémorable, Audie Pitre ... Et même, on y trouve aussi sans entourloupe ce que promis par la présence d'encore un autre nom qui sonne en tête : un certain monsieur Falgoust. Goatwhore est leur groupe de black, à ces deux types, c'est un fait objectif ; et c'est donc forcément une chose exagérément griffue et touffue, qui se dessine avec une horrible netteté sous les traits  d'un son hideusement clair et quincailler, où chaque gargouillis de riff se distingue dans toute sa mordante dentelle ; et une chose qui de loin en loin évidemment s'engourdit dans une langueur mystique concupiscente, d'une odieuse beauté spectrale qui évoquera autant Acid Bath, s'il faut les nommer enfin, que Christian Death et Inquisition, merveille rendue possible par les prodiges insoupçonnés que révèle l'ulcère vocal de Soilent Green - pendant qu'on est dans les  présentations en dûe forme. Que l'on imagine donc ces délices de sybarites s'entrelaçant à une définition du black qui se nourrit aussi bien de mélodies naïvo-médiévales au vilebrequin façon Sigrblot que de cette espèce d'antiques harmonies thrash où chaque intervalle est une anomalie ; non, plus simplement, le premier Goatwhore est de la lignée des vieux Celtic Frost et des vieux Morbid Angel, de ceux dont chaque nœud des toiles glorifient la toute-puissante laideur, Sa laideur ; Goatwhore n'avait besoin alors que d'une plaque à cuire les steaks au fond d'une cuisine de routier pour tout autel, et sans crier gare la réalité de basculer, ne laissant plus dans le pandemonium que des façons d'yeux dans le bouillon, des fantômes de traînées de Louisiane, en l'espèce de renflements de basse qui viennent troubler quelques riffs çà et là, comme un songe envapé, là où je pense le plus à Inquisition malgré un passage de fureur batracienne juste avant ... Le démon est sérieuse affaire à considérer, à la Nouvelle Orléans ; tout particulièrement quand il y a un Sammy dans le tiroir.

mercredi 22 février 2012

Nooumena : Argument with Eagerness

Horreur, mais ça ressemble à Ulver ! Remarquez, c'était prévisible, ils m'ont bien écrit qu'ils fréquentaient un peu tous une communauté numérique où Ulver passe rien qu'un peu pour l'épitomé de tout aboutissement musical. Maintenant que vous le dites, d'ailleurs, Mr Bungle et Opeth, qui passent là-bas également pour les fidèles bajoues de l'honnête homme, on pourrait aussi s'amuser facilement à les reconnaître, cachés dans ces fourmillants traits colorés...
Mais ce serait faire injustice à un disque autrement plus charnel que les futuristeries mélancolijazz guindées d'Ulver, et autrement moins lipidique que ce California dont il a l'élancé ; ce qui est surtout prévisible, c'est ma fainéantise d'analogiste patenté au moment de tâtonner un peu dans la souple, élégante, liquide folie de cet album qui fait des rasoirs de volatils archets dont il dessine des valses dans la soie qui est la chair des rêves ; non tant d'ailleurs par manque de références adéquates ; qu'y a-t-il au fait à quoi raccrocher ce disque dont le visage métamorphe miroite et fuit, sinon assurément tout ce qu'on trouvera de plus lunaire, de la douce zeuhl, une subliminale odeur d'inquiétude beumeu, comme si Virus, tiens, plutôt, ou Beyond Dawn, allait faire le viking funambule sur les toîts de la Metropolis de Claro que Si, car plutôt que d'Ulver c'est du prog que vient cet extraterrestre de chant livide...
On abandonnera donc, en formulant l'hypothèse que Nooumena joue plus simplement de l'angoisse de chambre, du jazz-la-menace pour film noir de céphalopodes, ce qui ne serait pas forcément surprenant, dans le contexte.

dimanche 19 février 2012

Horn of the Rhino : Grengus

Je l'avais pressenti : Horn of the Rhino sont les fiers exhibiteurs d'un jamon-jamon-metal de fort beau gabarit, la jaquette - si j'ose m'exprimer ainsi - de Grengus m'en est témoin. Le lâcher de références qui s'y rapportera ne peut se faire que pêle-mêle, en cohue houleuse, tant il n'y a rien ici de si articulé qu'on le puisse démonter : la musique de Horn of the Rhino est simplement un épais sang ; y torrentuent les gènes de High on Fire, Alice in Chains, Gates of Slumber, Entombed, Bolt Thrower, Celtic Frost et Danzig : tous ceux qui font la musique de vit luisant, la mentalité de motard des âges farouches et la membrure égotique des Glen et des Tom Gabriel - toutes choses qu'ils baignent dans leurs pâteux ciels cramoisis de passion plus assommante encore que la chaleur de fin du jour pesante et pressante comme une mamelle de matrone tragique.
La différence alors, me demandera-t-on, avec les albums précédents, puisque selon toutes les apparences que je dis l'on s'encorne et se saille cette fois encore entre les mêmes matamores ? La précision, s'il faut insister, est que cette fois l'on n'y pense, à tous ces turgescents totems, que par réflexe, mémoriel ou analogique, ils ne sont plus aujourd'hui les pères de nos Ibères, mais leurs pairs, aujourd'hui Horn of the Rhino a des traits animalement affirmés comme un Javier Bardem, et sonne comme Horn of the Rhino, pas autre chose - et c'est beau comme une gaule du matin qui durerait toute une après-midi à s'éventrer dans la joie.

vendredi 17 février 2012

Red Harvest : Internal Punishment Programs

Que Fear Factory soit un groupe flop inutile, nul n'en doute. Mais s'il fallait seulement le prouver, il n'y a pas pour cela que cet album de Beneath the Massacre : il y a aussi IPP de Red Harvest. Qui prouve accessoirement aussi que le metal indus est possible - au point même que ces types savent torcher un morceau de pure ebm congelée couleur Plastic Noise Experience et un morceau techno aggropneumatique approche Sielwolf, avec une aisance et un naturel confondant. Le batteur donnerait des envies de reconversion à Docteur Avalanche même en faisant des roulements, les arêtes des riffs sont on ne peut plus droites et acérées, tout l'effectif joue aussi mécanique, régulier et rigoriste qu'il est inhumainement possible, expulsant à grands et nets moulinets de matraques à vérins hydrauliques ce qui pouvait rester d'organique dans les riffs punk de l'apocalyptique Psalm 69, les harmonies sont plus monumentales et totalitaires encore que chez Reverence, les sirènes d'alerte chimique barrissent dans les vide et ainsi font les aiguillages désertés - l'ambiance, en fait : il est surtout question de cela ici.
Car c'est encore une pochette merveilleusement programmatique que votre blog rose préféré vous indique là : la terreur aux contours de baphomet qui se profile sur le crépuscule sinistre du champ de bataille global, Terminator, Pitch Black et ainsi de suite, la pétrification d'une menace ultra dense et désapprobatrice de toute visquarde vermissaillerie (Stanislas Lem, quelqu'un ?) humaine, se levant comme une lune de fatalité pour tout aplatir et mettre au carré, les machineries de la fin de toute pulpe apeurée comme un mulot... Après une telle chape asphyxiante, le final qui s'autorise enfin un riff au groove de découpeur à la Godflesh - la référence incontournable admirablement contournée tout du long - sonne presque comme une délivrance.
Un grand disque de Bernard-metal (il se reconnaîtra, et vous gagnerez à le connaître).

lundi 13 février 2012

Henry Rollins - The Long March, 12/02/12

- Il parle pendant deux heures et demie, sans pause, sans même boire un verre d’eau !
- Ha ouais, et de quoi ?
- Bah, pffff, de tout et de rien...
C’est tout ce que me dit la moitié de la sœur de ma moitié à propos du précédent passage d’Henry dans la ville. Dimanche soir arrive enfin, ça caille grave, il faut se faire violence. Personne ne va sortir par ce temps là, c’est sûr. Hasard du calendrier (?), Black Fag joue à moins de trois kilomètres. Black Fag, sans "l", groupe queercore qui, pour ce que j’en sais, interprète des morceaux de Black Flag en prenant des voix de faussets. Je sens que vais me retrouver seul en tête à tête avec Henry.

J’avais vu juste, la salle est comble. Le voilà bientôt avec ses cheveux gris et sa carrure d’instructeur militaire à la retraite. Il n’est pas venu pour arpenter la scène en slip, il est juste venu pour causer. Et de quoi ? Bah, pffff, mon beauf avait raison : du courrier qu’il reçoit, de politique intérieure US (rappelant les brûlots de l’ami Jello), de ses aventures dans les supermarchés, de ses expériences dans diverses ONGs, de ses documentaires pour le National Geographic,... Le bougre voyage beaucoup, tout le temps. Hyperactif, increvable, drôle et plein de verve; à 51 ans le soleil tatoué dans son dos brûle encore et pour longtemps. Entre une blague nord-coréenne et une anecdote sanglante de l’épopée Black Flag un détail me frappe : il tient son micro de la main gauche, le coude en l’air, bien décollé du corps…Hardcore Style, quoi…on est juste venu pour causer…mais on s’refait pas…
Le monologue du dromadaire prend fin après deux heures et demie.


"Chuck Norris bakes muffins for Henry Rollins".

vendredi 10 février 2012

Ceremony : Still Nothing Moves You

Ceremony a un jour joué hardcore - à l'ancienne : du punk notablement, sensiblement plus dur et radical que ton punk ordinaire. Pour changer un brin de mon refrain habituel là-dessus : le sludge, c'est du hardcore et du blues, pas vrai ? Eh bien Still Nothing Moves You, c'est un sludge qui n'aurait jamais vu la couleur d'une friteuse - et qui n'aurait pas non plus cette inclination louisianaise au fatalisme blues, qu'il remplacerait par des penchants no-wave incurables pour la répétition, le crépi et la houle rythmique schizophrènique ; ainsi comme une évidence, le commencement tout en recueillement de cet album qu'on lance toujours avec une nerveuse appréhension, évoque-t-il un temps calme de Khanate, tandis qu'on pense par la suite au terrifiant Confessions de Charger - au moins autant qu'à Unknown Pleasures ; Ceremony, avant que par la suite tels des saumons ils ne remontent leur propre fil jusqu'à tout d'abord la jeune gouaille de leurs grises années skate, puis carrément retraversent l'océan jusqu'à leurs froides origines britonnes, était un groupe aussi inquiétant qu'annonçait son patronyme cold-wave et son austère pochette, et qui jouait sans merci d'une acrimonie autant faite de limpide violence directe que de trouble teigne empoisonnée, avec toute la duplicité prolétaire, intacte, du punk des années noires ; une menace toujours entre chien et loup, dans le jeu des ombres, sans que jamais véritablement l'on puisse dire ce qui est anglais de ce qui est américain, mais toujours sinistre, où aucun morceau ne se détache dans l'éprouvant tunnel d'épais sang d'encre, que des stades différents de pression de la mâchoire, avant que d'en émerger sur un narquois au revoir aux allures de cruelle promesse. Parce que c'est aussi cela la vie, cela le hardcore.

jeudi 9 février 2012

Backtrack : Darker Half

Réveiller le punk en soi n'est pas synonyme de gaudriole svinkele, ni NYHC de boules dont la seule folie est la taille du bermuda où elles ballotent - à l'attention de ceux pour qui c'est allé trop vite pour voir le rapport, je rappelle pour la énième fois que hardcore est le diminutif de punk hardcore et qu'il ne s'agirait pas de l'oublier - mais je continuerai de le répéter parce que j'aime le faire, et puis que la trajectoire inverse que suit actuellement Ceremony le prouve de façon aussi amusante que vivifiante.
Bref, quant aux trivialités, Backtrack, c'est : un don singulier pour le riff invraisemblablement groovy, insolemment à cheval qu'il est entre cisaillement made in Snapcase et chaloupé hip-hop fignolé au coin du block, qui fera impérieusement zézayer toutes les rotules qui se respectent ; c'est aussi une voix surpeuplée de tout le feu qu'il faut à l'exercice, et même d'un peu de ce vieux harpie-isme anarcho qu'on devrait pouvoir toujours espérer, quelque part entre First Blood et Slapshot ; une batterie qui contient parfaitement un talent gros comme ça dans les bornes du parfaitement ce qu'il faut et pas un mot de trop sauf quand il en faut ; et une basse aussi sexy qu'on peut l'être, et c'est assez dit.
Le hardcore, c'est la vie.

mercredi 8 février 2012

Proclamation : Nether Tombs of Abaddon

Ceux qui savent les vraies choses vous diront probablement que, depuis déjà quelques albums stagnants dans l'auto-satisfaction, Proclamation c'est juste du Conqueror-metal très scolaire et orthodoxe, du petit Ross Bay Cult illustré de laborieux. Moi je ne sais pas les vraies choses, et j'ai peu étudié Conqueror. Mais je sais du moins une chose : c'est que la musique, comme le sexe, se joue avant tout dans la tête. Et tout ce qu'on pourra m'objecter d'objectif n'empêchera jamais que, de même que j'ai l'oreille forcément sous influence de mon organe à phantasme quand j'entends des voix ultra-gutturales dans des groupes tels que Coffins, King Goblin ou Corrupted, ainsi lorsqu'un groupe qui joue une musique particulièrement hirsute, obscurantiste, fruste et giboyeuse, qu'il émaille juste ce qu'il faut de rataillons de chœurs processionnaires sentant bon les grottes en enfilade et les Templiers idem (et aussi pour faire bonne mesure quelques grincements synthétiques siphonnés dans un très vieux fût trouvé à Linköping) - si avec ça il est du pays qui en son âge doré nous donna la Sainte Inquisition, c'est tout naturellement, qu'il part avec un capital de compatibilité sexuelle qu'il sera toujours illusoire de vouloir croire autrement qu'incessible.

vendredi 3 février 2012

Flipper : Sex Bomb Baby

Je me déplace en ville d’un pas rapide. Il pleut. Le tonnerre gronde au loin. Un sexagénaire, arrêté au milieu de la chaussée, fixe avec intensité un point situé de l’autre côté de la rue. Je jette machinalement un coup d’œil furtif dans la même direction tout en poursuivant mon chemin. Un curieux bien-être m’enveloppe … mon esprit baigne dans un…dans un jacuzzi de Gin Fizz …une silhouette aperçue dans la boulangerie d’en face...une silhouette...
Le soir même j’y entre pour acheter une baguette. Et confronter la créature : brune, queue de cheval remontée, joli visage ovale, porcelaine de chair lisse sur lequel le regard se pose puis, faute d’adhérence, s’écoule en multiples cascades, ruisselle le long du cou, se rassemble en un torrent qui s’engouffre et disparait dans une gorge étroite, profonde, vertigineuse où l’espace-temps se recourbe et les dimensions se nimbent de coton fushia. Big bang ? Big crunch ? Je veux ramasser ma mâchoire, m’aperçois que mes bras, eux-aussi, gisent au sol. Tout en me rassemblant je tente intérieurement de construire une phrase censée justifier mon entrée dans la boutique. Treize fois, sans succès : de toute façon, elle ne comprendrait pas. Je finis par lui désigner, d’un signe de tête, l’objet officiel de ma visite. Elle se retourne. Le profil est insoutenable (et pourtant bel et bien soutenu !). La voici de dos. Court répit : la bretelle dentelée qui lui mord l’épaule, cette nuque dégagée, offerte, cette entêtante odeur de pain sorti du four, ces alignements de quignons clairs et de quignons brunis… c’est la confusion des appétits, mais tous appellent à la voracité. De quoi troubler le sommeil du meunier. De quoi convaincre l’inquisition que la terre est ronde. De quoi courber Julien et fendre Pierre.

Pétrir…enfourner… pétrir…enfourner…nombril du pape, quel beau métier !

Maruta : forward into regression

Le fameux maréchal de Vauban, qui, comme tous les gens philanthropes et éclairés, s'intéressait à l'agriculture, a fait le calcul approximatif des produits présumés d'une truie ordinaire pendant dix ans; son travail, intitulé la Cochonnerie, fait partie des douze volumes in-folio, manuscrits, fruits de méditations profondes, qu'il nommait ses oisivetés. On conserve ce recueil précieux à la Bibliothèque royale de Paris. Ce grand homme n'a pas compris les mâles dans son calcul, quoique l'on suppose, avec raison, qu'il nait autant de verrats que de femelles dans chaque portée. Le produit de chaque portée n'est aussi estimé qu'à six cochonneaux, quoiqu'il soit prouvé que, l'une dans l'autre, les ventrées sont au moins d'un tiers plus nombreuses. Malgré ces réductions, le résultat des calculs du maréchal de Vauban est que la production d'une truie, en dix années, équivalentes à dix générations, donne six millions quatre cent trente-quatre mille cent trente milliers de porcs ; ce qui est autant qu'il peut y en avoir en France. Si l'on poussait cela jusqu'à la douzième génération, ajoute Vauban, il y en aurait autant que l'Europe pourrait en nourrir; et enfin, ce calcul poussé jusqu'à la seizième génération, il y aurait de quoi peupler abondamment toute la terre de porcs ; ils finiraient par l'envahir; mais par bonheur les charcutiers et les gastronomes mettent ordre à cette invasion.



Manuel du charcutier, ou, L'art de préparer et de conserver les différentes parties du cochon d’après les plus nouveaux procédés précédé de l'art d'élever les porcs, de les engraisser et de les guérir, par une réunion de charcutiers et rédigé par Mme Celnart, 1827.

Lvcifyre : The Calling Depths

Morbid Angel, chacun le sait, c'est le même salami que Clutch et Godflesh : prenez un de leur albums au hasard, vous ne pouvez pas mal tomber : c'est le meilleur. Ça marche à tous les coups.
Pourtant, d'un cheveu de bouc mauvais coucheur, tout comme Messiah surnage légèrement un nuage grisâtre au-dessus des autres Godflesh, ainsi Covenant se fraye la plupart du temps une légère préférence à mes yeux : pour ce bouquet parfaitement équilibré, au grain redoutablement métallique et félin à la fois, au rugissement mat et sourd, à la férocité thrash souple et tranchante, ce perpétuel triple sens, digne d'un jeu de mot sanscrit, entre sexuel, religieux et militaire.
Lvcifyre, qui sont gens de bonne composition, sont du même avis. Et comme Covenant est trop avare, en longueur tant qu'en langueur, The Calling Depths en est déjà amplement légitimé.
Mais il ne s'en contente pas, et puis tant qu'à faire, plutôt que de subir le sort impavide qui fait que, forcément, l'on n'est jamais aussi non-humain que la Morbide Angèle quand on riffe, pourquoi se priver d'ébaucher un tissu émotionnel plus mélodique, à la Ulcerate, juste ce qu'il faut, sans le déluge de dissonances et les montagnes russes, mais plutôt émaillé de quelques judicieux coups de tambour de la mort bien sourds, de vocaux rôtisseurs au débit impérieux et fluide, faire faire les ombrages par Nile, hacher le tout avec la virulence d'un Angelcorpse mais d'un poignet bien moins raide que l'original : vous y voilà : à première vue, un bon petit disque de death ; à y regarder de plus près, un mortel petit disque de death metal.

mercredi 1 février 2012

On n'est jamais si bien servi que par soi-même



Brame, on en a déjà parlé, il me semble ?
Menuet Babel, eux, jusqu'à preuve du contraire, non pas prouvé, justement, leur existence. Il sera donc de bon ton de venir vérifier par ... soi-même, tout à fait.

vendredi 27 janvier 2012

Fukpig : 3

Mick Kenney est un touche-un-peu-trop-à-tout ; Anaal c'est parfois très très bon mais souvent ç'a été juste sympax, Mistress itou, Kroh c'est juste sympax, et Frost carrément pax. Et Fukpig, depuis deux albums, c'était en ce qui me concerne du grind direct aussi transparent qu'il peut en être.
Mais, qui l'eût cru, Fukpig en vrai c'est des goths. Alors, pour scintiller sur leur grain à la Napalm Death, Fukpig a descendu du grenier ses plus beaux synthés d'horreur bon marché, Hocico-Rotterdam connection, pour en surligner tous les riffs ... non, je déconne, parler même d'un riff est déjà hyperbolique concernant ce disque joué sur un accord et des poussières.
Et le résultat fait au moins autant penser au Danny De Vito de jumeau mongolien du dernier Lock Up, celui avec un chat en fines lanières agrafé à la glotte, qu'à un Ministry qui aurait négocié le virage The Mind is... sans rien lâcher sur le crêpé ni sur le make-up de curiste promo '83. C'est con comme du anaalbilly à chien, con comme du Discharge under the Sign of Hell - c'est con et, forcément, c'est bon ; presque autant que Passion.


edit : on me signale que Mick n'est pas sur le disque, cette fois ; faites en les déductions qu'il vous plaira

jeudi 26 janvier 2012

Ebonylake : In Swathes of Brooding Light

Lac d'ébène à ce qu'on dit est black, c'te blague ... Tout au plus est-ce moins incrédible à la rigueur sur la vieille démo apposée à la fin de ce second album, mais aujourd'hui ce qu'il y a de plus noir à Ebonylake, c'est l'illustre bassiste sludge dont les témoignages traumatiques m'ont persuadé d'y plonger l'orteil.
La famille de ces obscurs-ci campe plutôt vers chez les extravagances gothes qui faute de vin boiront volontiers du sang, ou vice versa - on parle, on aura compris, de Das Ich, DHG, Trial, yelworC, Christian Death ; voire, mieux encore, d'un Elend remoulé dans le gabarit trapûment funky et sardonique du Mr Bungle de l'époque sans titre - ce qui paraîtra une outrance soumienne caractérisée mais décrit on ne peut mieux , non seulement l'outrance carnassière insane de l'album, mais encore son atmosphère de foire sinistre sans les flonflons, tyranniquement gouvernée par le rythme, celui d'un jazz des couteaux aux humeurs aussi brusques et tempêtueuses que saturniennes, celui d'horloges à fantômes mangés au mites houspillant le passant dans les couloirs maudits d'un manoir de forêt noire, chrysalide poussiéreuse traversée de vents coulis aussi subits que coupants, et derrière certaines des portes duquel, à coup sûr, l'on découpe des choses à la feuille - vous avez le droit, allez, de songer à Mercyless, à Valborg ou à Apocryphal Voice, si vraiment le cheveu vous démange, mais sachez qu'ici on ne trouvera rien sur quoi le secouer et roter, l'album est aussi metal qu'un passage thrash de Phallus Dei. Est-ce à dire alors qu'on parle de metal pour ceux qui n'en écoutent pas ? Non plus, plutôt quelque chose de non metal - du gothique, dame ! fait avec des guitares et des ustensiles métalliques, juste comme Elend, donc - et aussi bien d'ailleurs les auteurs en sont-ils des métalleux aussi : quand bien même ? Ça ne fait qu'ajouter  à la valeur de la chose.
Dans notre série mon pays a du talent, donc.

edit : je me signale que le groupe n'est pas français comme je l'ai cru, mais anglais ; n'en déduisez rien d'autre que l'inutilité de la dernière sentence

mercredi 25 janvier 2012

Echancrure : Paysage. Octobre.

Coup de pute ; pochette, titre, patronyme, avouez : impossible de ne pas croire à une quelconque saleté bedroom indie postintimistronica. Tout aurait-il été plus clair si ce disque s'était, ainsi qu'il aurait mérité, nommé Blackjazz ? Il faudrait, alors, que jazz voulût dire Bohren & der Club, et black Blut aus, ou Axis of Perdition ; mais ce n'est pas ça ; ne fût-ce que parce que ladite petite saloperie sournoise commence, bien avant l'entrée dans la perfusion de grincements guitaristiques mangeurs d'âmes, alentour de la moitié de l'album, à poser sur le sujet son atmosphère singulière et singulièrement désertée, limpide et raréfiée - black jade ? JadeMoRT ? Il faut plutôt, pour se faire une idée de cette suave toxicité, chercher du côté de tous ceux-là qui restent un peu hors des cadres, tant du trip-hop que du hard rock, les Scott Sturgis, les Eraldo Bernocchi, les Bosque, les Phallus Dei, les Heart in Mouth ; et laisser sans résistance monter à la perception, telles des bulles fantomatiques dans une eau-de-vie de souffrance translucide, monter le lascif haïku calligraphié par le large pinceau trempé dans l'acide à même la chair de la nacelle qui vous véhicule à travers les rêves ; puis s'évanouir, sur un dernier cuisant délié, comme un lourd dernier regard en arrière ... Vous vous réveillez. Un peu envasé.

samedi 21 janvier 2012

Omala : Germ

La Grèce antique selon mon cœur. Lourde comme le sourcil d'un Brendan Perry qui n'aurait pas encore appris à porter la nourriture à sa bouche avec ses parties préhensiles. Lourde comme les effluves des raisins pourris dans les naseaux des chèvres affolées sur les pentes caillouteuses. Lourde comme les épaisses amphores et le vin épais qu'elles dispensent. Lourde comme les fumées dégoulinant des encensoirs. Lourde comme les insinuantes psalmodies que geignent les petites acolytes serviles. Lourde comme la cuisse des prêtresses qui ne l'en lèvent pas moins sauvagement haut dans la pénombre rougeâtre des colonnades. Lourde, lourde, lourde.
Lourde comme un monde, lourde comme une Grèce plus vaste que la Grèce, faite d'immenses continents sauvages livrés à la magie et à l'obscure et sourde palpitation des désirs, dans la touffeur des grottes ; lourde comme la torpeur et la demi-conscience, comme le vertige et la confusion des sens, comme le rouge sang des fresques sur les parois des boyaux que son propre errement ouvre à l'esprit engourdi. Lourde, si lourde ... On pourrait poursuivre ainsi aussi interminablement que dure ce disque-gouffre. Mieux que de la musique rituelle : de la musique de divagation post-méridienne, de la musique post-prandiale sacrée.

Botanist : I : The Suicide Tree / II : A Rose from the Dead

Tous ceux convenablement ferrés ayant eux le temps de faire les expériences utiles, je peux à présent cesser de me retenir et spoiler : ce double album est l'interpolation d'Aesthethica et des Variations Goldberg sur le clavecin de Trevor Pinnock, est une pièce de nô intitulée Monumental Possession - aurait dû être dans cette grappe l'eussé-je reçu plus tôt en format réel.

jeudi 19 janvier 2012

Une histoire de millésimes ...

Il y avait bien longtemps que l'ami Jean-Jean ne nous avait visités ; aussi vous prierai-je de prendre la ci-devant salve tout pareillement que moi : comme un cadeau. Ou un gâteau ; forcément pop, donc, rayonnant de couleurs bonbonnées plus affriolantes les unes que les autres - le roux, bien sûr, au-dessus de toutes.



Megadeth : Cryptic Writings

Un album qui commence un peu comme ce disque de Joy Div' qui porte un titre de magazine (même pas fait exprès, du coup je la garde), pour flancher direct dans le caricatural FM le plus grossier, bien galvanisant, avec quelques micro-restes de thrash, certes quelques moulinages à vide, mais surtout évidemment beaucoup, beaucoup de Mustaine ; j'aime le répéter, mais l'envahissant rouquemoute fait partie de la catégorie très restreinte des connards charismatiques-relous-attachants du monde hardos, ceux avec une vraie bonne grosse voix de bon gros boulet bien grimaçant, un peu comme Axl Rose ; ou une sorte de Brian Johnson, mais humain. Et puis son groupe... Je vais tenter simple car le crayon s'emballe : la version sexuée, gourmande et hétéro du Black Album, auquel Musty a chipé quelques riffs cubiques pour en huiler les angles et pour ceux qui seraient intéressés par de telles coquetteries, est dans ce boîtier (ceux qui veulent encore saisir pourquoi cette légende rabâchée jusqu'à plus soif sur la rivalité des deux  apprendront qu'il n'y a de rivalité digne de ce nom qu'en cas d'équilibre des forces opposées - ou comme dirait ma concierge en touillant son café : "un sucre roux en vaut deux"). Tu pourras créer toi même une flûte de pan chromée avec ces douze tubes, avec laquelle tu les reprendras tous. Je pourrais te parler de "Use The Man" - Sur l'intro, Musty y est plus immonde que jamais, aussi extravaguant et accueillant pour les oreilles qu'un chutney miel-merde pour les papilles ; j'arriverai je crois jamais à vraiment aimer ça, mais ça fait partie du charme c'est comme ça, attirance & répulsion à même puissance - Mustaine, quand il est à fond, c'est ma Suze vocale, voilà. "Almost Honest" m'a amené à Megastaine, autant que "Symphony Of Destruction" - trop écouté ado, mais je lui dis encore bonjour. "Mastermind" est bel et bien dotée - tu ne rêves pas - de reflets très Mike Patton, l'air de rien. "I'll Get Even" possède un des refrains pour lesquels je pourrais faire comme Gégé sur ceux de Lemmy, c'est à dire me faire peur et te faire peur à écrire des trucs de trop grande envergure émotionnelle et mentale, que tu pourrais de toute façon pas piger totalement. Les choeurs sur "A Secret Place" ont ce truc salement new wave pour bal de mariage, limite française en fait (je pense à Emile & Images, précisément), on parle toujours de laideur gros bras, en même temps Mustaine arrive a habiller ça d'une cape sensible, tu sens que c'est personnel - c'est sa "secret place", son coeur de rouquemoute, son cercle de séduction pour t'attirer à lui, il fait bien sentir ça en donnant généreusement de la mélodie sur ses guitares en oubliant le surplus de show technique, il sait aussi faire ça, vu que c'est un guitariste. Le disque assomme un peu sur la fin, mais "FFF" n'est vraiment pas à louper, ne serait-ce que pour voir qu'entre eux et Motörhead finalement, ça se joue parfois qu'à un détail d'habillage pâtissier, question comète hard rock qui fuse dans ta piaule, fait fuser certaines choses, après en avoir fait durcir d'autres... Cryptic, c'est Rust In Peace en souple et sans structure alambiquée, les Guns stéroïdés, Megadeth en bolide heavy-metal propre sur lui mais vibrant d'envie -  avec cette touche typique qui fait ce groupe - la patte du Vengeur ; la rouflaquette bien taillée du chercheur de merde incurable, l'oeil de ce toquard sensible aux expressions disgracieuses qui veut exister, envahir, séduire, être reconnu ; bref : la Mustaine touch. Je retenterai peut être Risk un de ces quatre, à propos.


Jean-Jean

dimanche 15 janvier 2012

Imaginary Forces : Uppstigande

C'en est (presque) fini de la jungle ; faut dire, aussi, avec ce qu'elle se prenait ... Ce qui en revanche a tout le contraire de péri, c'est l'identité Imaginary Forces. Une chose qu'on ne peut guère qu'à la rigueur rapprocher de mutations nommées Silk Saw et Synapscape, par cette façon d'être tout à la fois furieusement dub et radicalement techno (radicalement veut dire : pensez Starfish Pool, pensez Zymosiz) et farouchement rien d'autre qu'eux-mêmes. C'est confirmé, dans la famille Birmingham b-boy (Scorn et Techno Animal) de votre discothèque, Imaginary Forces se range non pas dans les -like, mais dans les chefs de famille, les porteurs de semence.
Presque, disions-nous cependant. Car c'est une vitreuse jungle chimique où l'on pérégrine à présent ; une jungle de toxines et de neuro-inhibiteurs, un écosystème macro-bacillaire devenu plus vaste que le monde anciennement vrai, désormais phagocyté par les infiltrations de gaz mutagènes par lacs entiers, qui remodèlent relief et horizon sous le regard qui n'en peut mais de nos vannes synaptiques. Les pulsations d'Uppstigande glissent, subliminisent, décapent, liquéfient et redécoupent la matière, bref lui font subir tout ce qu'on aurait à l'époque aimé trouver chez Typhoid, et qu'on rencontre enfin ici téléscopé par l'expansion vertigineuse d'un psychédélisme mathématique à l'interlope parfum de danger (oui, Sigillum S et Zs ne sont pas si loin qu'on pourrait croire).
Un monde nouveau ; en voilà une année qui commence bien.

vendredi 13 janvier 2012

Botanist : I - The Suicide Tree / II - A Rose from the Dead

Le bon sauvage, haha. Tous autant qu'ils sont, celui que vous voudrez ; Robinson Crusoë, l'Ent, le barbu, le déguenillé, le couvert de brindilles, l'aigre-sous-le-vent, le Huron, Harvey Keitel, Pocahontas, le crapaud-singe au fond de la forêt de Chine ... Une fois les regards détournés, une fois partis Rousseau et son équipe télé, une fois entre soi dans le havre de sa grotte, que croyez-vous qu'il fasse ? Dans son secret jardin de pierres où les graviers sont autant de petites dents et les bonsaïs ligaturés de cordelettes faites de ses propres cheveux ? Sous l’œil de jade glauque des vitraux végétaux avides ? Marteau de clarté, fontaine de démence, villebrequin de joie : acharnée, céleste, astringente, il joue comme un perdu la gigue du Porteur de Lumière.

mercredi 11 janvier 2012

Enslaved : Frost

Du skyrim metal, au même titre que peut exister le Warhammer 40k metal. Vous le savez, on reconnait un homme de goût à deux choses: le port de la moustache et un amour immodéré pour les sons de basse ronflants. Autrement dit, certains d'entre nous ont trouvé en Lemmy leur Ryan Gosling. Frost, ou l'épopée d'un bouffeur de hareng qui s'est pris une branche dans la gueule, tout bourré à l'aquavit qu'il était en cherchant des champignons. Une sortie au grand air, la fiole en vrac et des glaçons dans le calbard, avouez que c'est autrement plus bandant qu'un nouveau forfait téléphonique.

Meilleur moment pour écouter le disque : Un 1er janvier, au petit matin.

Wormrot : Dirge

On choisit la partie d'une cour, d'une place ou de toute autre pièce de terre, la plus éloignée du voisinage des habitations, des hangars, de toutes matières combustibles. On dégage l'endroit choisi de toute immondice; on prépare des bottes de paille en tas; on apporte un grand vase ou marmite de terre, ou même un petit baquet, pourvu qu'il ne soit pas profond ; on a quelques seaux remplis d'eau ; puis on procède à la mort de l'animal. La manière de tuer les porcs est barbare: comme par malheur on ne peut agir autrement il faut bien s'y résigner; mais ce que l'on doit éviter religieusement, c'est de souffrir que les enfants s'en fassent un sujet de joie. Rien, n'est plus affreux que de voir, dans les villes de province , les gens du peuple s'attrouper en riant devant un porc qu'on égorge, et les enfants sauter autour de la victime, soit lorsque ses cris aigus font horreur, soit lorsque les flammes l'environnent : il me semble toujours voir des cannibales et des inquisiteurs chantant autour de leur victime. Tous les préparatifs achevés, le tueur aiguise bien son coutelas, semblable aux couteaux des bouchers ; il couche le porc sur le côté, en lui appuyant fortement la main gauche sur la tête : deux autres personnes l'aident à assujettir l'animal ; l'une le tient par les pieds, l'autre par les oreilles. Le tueur enfonce le coutelas dans la gorge du porc, autant que possible , pour bien faire couler le sang, qu'une autre personne reçoit dans le vase, marmite ou baquet plat dont j'ai parlé plus haut. A mesure que le sang coule, elle le remue avec la main, ou plutôt avec une cuiller de bois pour empêcher qu'il ne se coagule; le tueur penche l'animal autant qu'il le peut, enfonce et tourne toujours de plus en plus son couteau, jusqu'à ce que les cris et les efforts du patient aient cessé par sa mort.


Manuel du charcutier, ou, L'art de préparer et de conserver les différentes parties du cochon d’après les plus nouveaux procédés précédé de l'art d'élever les porcs, de les engraisser et de les guérir, par une réunion de charcutiers et rédigé par Mme Celnart, 1827.

mardi 10 janvier 2012

Dragged Into Sunlight : Hatred for Mankind

Sauf leur respect, si Bolt Thrower c'est la guerre, alors Dragged Into Sunlight c'est la guerre sale. Si vous voulez, la guerre racontée aux porcs. Car si vous voulez imaginer Hatred for Mankind, au delà de ce qui est probablement, dans les faits, un mélange cochonné de black et de death qui ne réussit qu'à sonner comme le plus vil goresludge repeint avec une philanthropie d'ouvrier charpentier, pensez plutôt à tout ce que vous trouvez de plus porc ébouillanté (je cite Ikea, de mémoire), prenez Circle of Dead Children, Napalm Death, Acid Bath - virez Dax et ne gardez que Sammy Pierre - prenez The Codex Necro, et, sous une abrutissante avalanche d'épais coups de pédale sulfateurs, sous un non moins abrutissant bain de cymbales aveuglantes pire que le premier Mitochondrion, sous des seaux et des seaux de riffs en boue de limaille de fer scorbutique, desserrez le garrot et lâchez la bride à tout le machin : vous ne savez plus, dans un massif brouillement de la vision et de la conscience digne de la pire intoxication alimentaire aux abats de porc gâtés, si vous êtes l'humain livré à ses propres moyens additionnés d'un couteau à pain dans le chaos de la porcherie, ou bien plutôt l'obèse conscience collective de la horde desdits porcs enragés par la fringale du quatrième service quotidien. Cela fait beaucoup de porcs ? C'est qu'il faut bien comprendre que cette cochonnerie de disque n'est qu'affaire de porcs et de coups de porcs. Pig metal.

lundi 9 janvier 2012

Craft : Void

Un album de black'n'roll à bouée ventrale, école Khold et Darkthrone. Une fois qu'on a dit ça, on a dit le moins compliqué, et le moins important.
Car faire de Void un disque de sacs-à-bière tressautant, c'est sans compter l'obscène absence de groove d'un groupe adepte du riff coup de pelle, antinomique du rock'n'roll, même celui d'Unsane : c'est bien simple, dès qu'un de leurs plans commence à taquiner la cervicale ils te lui en emmanchent un de traviole là-dessus. C'est sans compter non plus sur la viscosité d'un groupe adepte du black vermiforme, pas du tout antinomique, lui, avec le coup de pelle, ni avec les décollages stellaires malades que ces cerveaux congestionnés affectionnent, au milieu de leur metal non pas tant froid que de la gluante tiédeur d'une nuit de fièvres. Son odeur de charogne fraîche digne de Sardonic Wrath, sa boîte à rythmes imitant à s'y méprendre un homme armé de trois pelles-à-tarte surdimensionnées, ses riffs qu'on dirait détaillés à la trancheuse à jambon, sa propension semblable à celle de The Cult is Alive à bourgeonner, passé la moitié du disque, de solos aussi stupidoïdes qu'hors de propos : cet album très cuir et lycanthrope est le petit frère idiot, borné et nuisible, dans la riante famille des mollusques ascendant écoulement méatique où concupiscent Hell Militia, Skitliv et Nunfuck Ritual.
Pour citer un commentateur particulièrement inspiré, sur un webzine spécialisé, à propos du il est vrai plus que grandiose final de Void, "Void" : un album phallucinogène.

jeudi 5 janvier 2012

Congress : Stake through the Heart

Plutôt que dans le jardin de cailloux des gentils légionnaires plantigrades d'Integrity, voici, à mon avis, où s'enracine l'insanité de Pulling Teeth. Lavez les (à la javel) de leur chape de gomina et de leur sape de merlans, et vous devinerez bien vite, non loin, l'inquiétante étrangeté de Congress, les quelque part errants entre Kickback et Voivod, dans un futur rigoureux et désertique, hivernal et charognard, fait d'autant de Kill'em All que d' ...And Justice for All, avec sa sévère raideur beatdown se dandinant entre indusmetal nineties et electronic body music larvée, on n'est pas belge pour rien.
La ferraille démoulée ultracompact par Congress, en un douloureux étron d'acier, est groovy, aimable et apaisante comme une volée de frelons, émaillée de plans d'ambiance dark-wave aussi ringards que polaires, puants comme du vieux Leaether Strip, et de diverses tentatives de voix claires et/ou narratives curieusement mâchouillées comme par une bouche xénomorphe essayant d'imitant notre langage, dans une intention à définir, ou par quelque capo hashishin un peu non-mort. Les seules parentés probantes sont à trouver du côté d'un Starkweather laconique et d'un Disembodied en mode guerre dans les rues à volonté - la holy terror ? Oublie bébé Jésus, il n'habite plus ici.

samedi 31 décembre 2011

Police Bastard / War Plague : Split LP

Consonne. B. Voyelle. BA. Consonne. BAT. Voyelle. BATA. Consonne. BATAT. Voyelle. BATATI. Consonne. BATATIL. Voyelle. BATATILI. Voyelle. BATATILIA. Consonne, culé. BATATILIAR. Voyelle. BATATILIARA. Consonne. BATATILIARAR. Voyelle. BATATILIARARA. Consonne. BATATILIARARAB. Voyelle. BATATILIARARABE
Monsieur Police ? cinq lettres. Monsieur Bastard ? dix lettres avec "BALAIERAIT". Oui, notez qu’il y avait onze lettres avec "ATRABILAIRE"… Pffff, trop compliqué ce jeu....qui signifie acariâtre, irascible, bilieux… hey, c’est pour moi que tu dis ça ?

War Plague ? Bronchite de clodo, glaire épais comme le livre du même nom : tu mâches des chardons dans ton fauteuil devant un match de boxe (poids lourd)

La Partie du Cerveau : Surfaces

Comblée jusqu'à l’écœurement par les épais et ternes segments d'une basse des années noires, le disque de La Partie du Cerveau rampe avec la lascivité dubgothique d'un vieux Killing Joke empesé des vénéneuses huiles rituelles d'Omala ou de Virgin Prunes rempotés à Chicago-sur-Orge. Fait exprès ou non, le rude accent français ajoute en théâtralité de boucherie chevaline ouverte la nuit, à un disque qui va caresser les mêmes instincts traqueurs que celui de 202 Project, infestés de teigne attrapée chez Bästard ou Dazzling Killmen - d'autres années noires - un disque grimaçant sardoniquement entre enclume et marteau, sous les pesantes gifles de poisseuses hallucinations de grandeur, frappées de la congestion d'un Hammerhead qui aurait sombré dans ses plus pâteux vertiges.
On aura compris, à l'impuissante accumulation de références, que ces petits ont une massive personnalité - peut-être pas un disque pour les estomacs délicats. A bon entendeur, salut.

vendredi 30 décembre 2011

Rudimentary Peni : Farce

Les nerfs en faisceaux de fibres tordues annoncent les cacophonies d’églises mortes. Tout est en place, il ne restera plus qu’à dérouler. Avant que des êtres translucides ne plantent leurs serres froides dans ton dos, avant d’entrevoir le visage d’Atropos, avant de pouvoir effleurer le Saint-Suaire, il faudra d’abord t’extraire du vortex courant à travers le temps. Le vortex qui s’enveloppe d’une écorce plus fine à chaque nouvelle rotation, à chaque tour de vis. Il faudra te soustraire aux regards arides des géniteurs matriochka, des figures tutélaires creuses et distendues, déchirées d’avoir à couvrir le relief d’aspirations antérieures. Un millefeuille écrasé de visages stratifiés par des pressions de fosse océanique. Du devenir en boite que tu ne donnerais pas à ton chien, une putain de farce ! Si tu peux rester, reste ; Mais comment peux-tu décemment rester ?

dimanche 25 décembre 2011

Présentez petits souliers

Ni dix ni douze ni treize ni vingt, cette année je ne veux pas savoir combien ils sont ; parce qu'il n'y a jamais eu de véritable sens à ces chiffres ni de valable raison d'arrêter un nombre de postes disponibles, tant qu'on a de la capacité à ressentir, et que le seul critère qui comptât a toujours été de soigneusement et honnêtement reconnaître ceux qui m'ont sincèrement, simplement, directement, apporté plus de vie - ce qui est déjà exigence élevée - et alourdi la mémoire. L'année a été chouette, ainsi qu'on peut le voir, elle a été portée au lyrisme ; en voici mes moments les plus aigus.






Et, naturellement, n'oublions pas tout à fait les deux petits bâtards, qui jamais ne veulent me faire le plaisir de me faire dérailler ou déraisonner, mais qui non moins tels des sangsues refusent de me lâcher les baskets, infratubesques en quelque sorte, évidents mais jamais tout à fait confondants ... Deux petites putes insaisissables, qui se ressemblent bien, allez ...