jeudi 20 juillet 2017

Brian Case : Spirit Design

"Ah ben voilà" ; ou encore : "Que se passe-t-il lorsque" un gus dont le groupe de rock s'échine un peu en vain à égaler le minimalisme et la sévérité dont est capable la techno - se décide enfin à donner dans la techno franche et pure ?
Le gonze des prometteurs - ascendant frustrants - Disappears met au jour le filon d'une techno (appelez cela bass music si vous êtes jeune) qui reprend directement les choses où les a laissées Second Layer - un très gros rhume, ça aide - et les catapulte directement dans le futur où il vit déjà : un qui tient beaucoup de 2001 : Odyssée de l'Espace, pour le niveau de festif et de légèreté de l'âme, si vous voyez ce que je veux dire.
La cold-wave et la techno ont beaucoup à se raconter mutuellement, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on le sait, mais ce n'est jamais fini, et l'on n'a jamais fini de s'en délecter - pour peu qu'on aime frissonner de fièvres glacées, et écouter langoureusement crisser ses dents. Si l'on est capable de voir la beauté dans les grincements, le claquement de mâchoires de la redescente, le grelottement, à n'en pas douter on en trouvera ici, dans un disque qui va plus haut que la somme de ses parties, si l'on considère que ses parties sont Disappears et Second Layer - et va carrément susurrer à l'oreille de Specific Momentific... qu'il emmène faire un after au bloc opératoire désert. Mais vous pouvez si vous y tenez ajouter à ladite somme Pan Sonic et Emptyset, que Brian Case met au rencard où est leur place, avec sa délicatesse sans tapage qui produit au moins largement autant de pesanteur, tangible autant qu'intangible - ces brutes en moufles, aux idées courtes de décorateurs...
Oui, on parle d'un tel grade de savoir-faire, en chirurgie du son, touchant à l'alchimique, qui laisse difficilement déterminer si l'on est la proie frissonnante d'un froissement, du frigo, du réacteur d'un d'avion, d'un cyclotron langoureux... Qu'on comprendra aisément comment je ne comprendrai jamais, justement, qu'on la gaspille de façon contresensique au service d'un rock, tel que chez Disappears ou autres My Disco. Cette science est ici à sa place, comme qui dirait où les étoiles la lui avaient préméditée pour unifier tout un corpus, une recherche qui court de Klinik à Starfish Pool en passant par Zymosiz, Black Lung et Haus Arafna, et qui paraît au moins le temps que dure Spirit Design se résoudre dans ce gisement de rayonnement brut, pur, ce creuset de son où la voix blanche de Case vient pareille à la Pythie dans les fumigations, se baignant, se faire le véhicule sensuel et irrésistible de toute la puissance comminatoire enclose dans ces sonorités qui sont elles-mêmes puissance, alchimie, mutation en marche, qu'on appelle cela comme on préfère. Ici, dans cette chambre noire, ces minerais de son non-pareils sont à leur place, celle où leur brillance effrayante peut être honorée, cultivée, affutée comme elle se doit, pour éclairer des rêves géométriques aux saveurs particulièrement rares.
Y a pas à dire, des plongeons dans le coma de cette trempe, pour aller baigner dans pareils effleurements non-euclidiens des nerfs nus : ça réveille comme on n'en a pas si souvent l'occasion.

mercredi 12 juillet 2017

Wolfkhan : Cyber Necro Spirituals

De la dark-wave à forts relents, combinés, de C.A.I. 777, Calva Y Nada, Limbo... de la meilleure possible, bien biscornue, heurtée, gibbeuse et ombrageuse, ainsi qu'il se doit, donc ; mais exécutée par des types sortis d'un groupe de metal ingrat quelconque, dont le nom importe peu - d'ailleurs je l'ai déjà oublié, un truc du style Thy Blaze of Azazel Pandemonium, casez un K quelque part démerdez vous - et c'est exactement comme ça que ça sonne : dénué de tout trop-plein testostéronal de personnalité à affirmer côté metal, juste ce qu'il faut d'animalité en bagage, un peu à la manière de Wolfpack 44...
Mais alors un hirsutisme dont la transposition, et la transmutation, s'avère parfaitement réussie, puisqu'en résulte que le disque tour à tour et sans résoudre son ambiguïté évoquera Punish Yourself, que j'ai vu cité ailleurs, pour son côté primitif et dionysiaque, ou bien Mother Destruction, pour la sourde exaltation celtique de son chamanisme, voire carrément Fever Ray, pour ce halo étrangement new-age à sa dance tribale, sourde elle aussi : on voit si le disque est univoque ; ce qui n'est probablement pas pour rien dans le fait que l'album, avec les seuls expédients de ses sonorités et effets que d'aucuns jugeraient probablement ringards ou bon marché, au regard de ce que les velléités occultistes modernes sont capables de déballer, avec une ostentatoire opulence - s'avère bien plus rituel que bien des choses ritualistes, grâce à cette aura de secret nocturne, de cérémonie discrète, de magie ombreuse, bref de mystère au sens premier, qui l'entoure à chaque instant.
Ce pourrait être la langueur d'une fin de calme bacchanale vespérale, sur une île perdue dans le Pacifique, où Dagon coulerait des vieux jours doux, entouré pour changer de moelleuses hétaïres baléares ; ou bien les premiers cris de loup dans le crépuscule sanglant d'une région égarée de l'Est européen, à l'heure où langoureusement les vampires s'étirent. C'est un étrange petit monstre tel qu'on n'en avait vu l'égal depuis Les Berrtas.

mardi 4 juillet 2017

Undergang : Døden Læger Alle Sår

Alors là, dans le genre nauséeux, on aura du mal à faire mieux. Avec une pareille basse - un tuyau d'échappement qu'on vous donne directement à téter, plutôt - on ne court guère de risque de mal faire, pour sûr - mais pour être sûr Undergang en seconde l'effet avec une guitare chaude et clapotante comme la deuxième vague de gerbe qui monte tranquillement, réconfortante, accommodante, enveloppante ; et le triple avec une abondance de tempos popo typés goregrind, idéaux pour parachever le mal de mer que procure une virée sur les mers jaunâtres de la bile et des grumeaux ; et puis, bien entendu, il y a la voix de Mikkelsen, comme un long et morne rot qui marmotte du début à la fin de l'album, brûlant et réconfortant lui aussi, qui vous berce de ses histoires de flaques de vomi, de vers qui grignotent, de fluides qui dégoulinent lentement le long des murs
C'est bien simple, l'affaire est tellement rondement menée, que même un solo étincelant, arrivant comme un cheveu de princesse sur la soupe au caca du dernier et plus dégueulatoire morceau du disque - n'est plus en capacité de rompre le charme, et se pare lui aussi des couleurs du vomi universel, et d'un halo doré comme le staphylocoque du même nom.
On peut parler d'un véritable art de rendre le sordide le plus macabre et le désespoir le plus gluant, accueillants, chauds et rassurants ; parce que, n'en doutez pas, tout comme pour Wormridden, on se marre bien à décrire leur musique, mais nettement moins à l'écouter : prêtez l'attention deux secondes au monocorde murmure d'égout de Mikkelsen, au grognement horriblement vitreux de sa voix - non mais sérieusement, quel caractère hypnotiquement impérieux est celui de ce continu torrent de grumeau de ténèbre... cet homme ou en tous les cas cette voix, est au gabarit d'un mythe, d'une bête fabuleuse - ; au clapotement de cette hideuse batterie, capable en un clin d’œil et sans aucun accroc dans sa fluidité diarrhéique, de passer du titubement de zombie las au pas de charge létal certifié Bolt Thrower, où à la house music pour vermine coprophage ; au trépidement de moteur de cette abominable basse, qu'on croirait Ben Green mais mordu par un mâtin enragé...  Votre esprit est irrémédiablement souillé ; vous réalisez qu'entre terreur et terreux il n'y a qu'un frémissement.
Døden Læger Alle Sår, c'est à la fois "enfin du goregrind qui groove vraiment", et "enfin du goregrind qui donne pas envie de rigoler et de péter". Un tour de force assez peu banal, quand on y songe. Tout comme celui qui va consister à devoir intercaler le disque pile entre ceux d'Autopsy et ceux de Circle of Dead Children.

jeudi 29 juin 2017

Undergang : Misantropologi

C'est quoi, un bon growl ? Ce doit être une invitation ; à visiter le Warp, ou quelque autre forme de tout-à-l’égout cosmique, occulte au regard de quelque ère et culture, que vous voudrez - ou bien, pour les disques moins ambitieux, la gorge du chanteur.
Pas de doute, ma motivation à tenter un énième repêchage d'Undergang, et d'aller voir si pour une fois il y aurait quelque chose derrière l'indéniable talent de surface pour la saleté, c'est le récent disque de Phrenelith, et mon énième choc émerveillé devant le boyau que fait chanter David Mikkelsen. Plus humide, putride et chaud, on voit guère. Pas de doute, on se sent bien reçu, et loin de toute envie de rentrer chez soi, au milieu de ses glaires, ganglions et autres nodules.
Mais il n'y a pas que lui à vous ensorceler sur Misantropologi, voilà ce qui change. Undergang parvient cette fois, enfin, à rester aussi benêt qu'à l'accoutumée - mais en faisant les choses moins simplettes qu'à l'accoutumée. Le résultat évoque comme rarement - en tous les cas avec un effet sensuel comme rarement, sur un non-amateur de zombies comme bibi - l'image et les bruits corporels divers d'un zombie en train de se sustenter, grommelant à moitié au milieu de ses bruits de succion, de rongement et de salivation, et des marmottements de satisfaction aboyante. Du niveau d'Embalmer et personne d'autre - en version sensiblement plus torpide et, partant, langoureuse. Les guitares quant à elles sont d'une couleur de nausée - elles font vachement bien le bruit du frelon qui a la gerbe, entre autres - à en rendre jaloux Tom Gabriel Fischer, et telle qu'il est rare d'en rencontrer dans un disque se voulant aussi ostensiblement bas du front - la connerie passionnément choisie ne dispense pas d'un amoureux soin du détail, c'est ça la beauté du death metal quand il est fait convenablement.
D'une certaine façon, Misantropologi est donc un peu le frangin death du dernier Beastmaker, autant pour cette façon d'ouvrager des bijoux sans sortir du format petite vignette avec trois ingrédients maximum, eux-mêmes bien rustiques - ces riffs, crétins au dernier degré, et pourtant parfaitement "justes", comme on le dit de nos jours d'un assaisonnement : essayez donc d'oublier celui de "Efter Obduktionen" une fois que vous l'avez entendu... et ces mosh-parts, que l'on voit tellement venir un kilomètre avant, dès le début du plan qui leur prépare le terrain, qu'on a tout le temps de commencer à se lécher les babines, et que leur arrivée est jouissive comme si on venait d'inventer le procédé soi-même -, que pour ces parcimonieux mais parfaits ponts mélodiques d'ambiance, façon film d'horreur tout en onirisme aqueux et en tangage léger ; je me demande d'ailleurs s'ils ne sont pas exactement le même nombre que sur Inside the Skull ; je ne vérifie pas, je préfère préserver le mystère et la féérie - et du coup placer "féérie" dans un article sur Undergang.
Réussir à faire respirer d'autant de charisme, des morceaux rarement au-dessus des deux minutes et demi, et pas des bien denses vous pouvez me croire... La magie de la tautologie : il s'agit bien de cela, ne pas surcharger, et laisser les arômes se dégager - le death metal, j'ai toujours dit que c'était de la gastronomie. Du coup on émerge du disque ensorcelé - et avec un goût d'encore sur la langue, on croit rêver à voir comment l'album supporte de s'écouter plusieurs fois de suite ; l'estomac tout sauf surchargé, ainsi qu'on sort de table chez le japonais - je ne voulais pas le dire, qu'à mon humble avis c'est probablement la fréquentation de Takashi Tanaka dans Wormridden, qui a tout changé, mais si la logique m'y contraint aussi commodément...
On n'en est peut-être pas encore, question ambiance et aura méphitique, au suffocant niveau d'Anatomia, mais largement au-dessus d'un sacré paquet de disques gavés jusqu'à l'indigestion de passages atmosphériques ou surchargés en sur-texte occultiste pratiquant (oui, "sur-" et "-iste", il faut être précis), ce qui n'est pas peu d'insolence, de la part de pareil disque de death bidet, comme l'a qualifié un ami et collègue qui sur ce coup n'a pas volé son auguste patronyme. D'où il s'ensuit que le disque peut, au choix et selon l'envie ou l'humeur (ou la quantité de cerveau disponible, pour revenir dans le champ lexical zombique), se déguster comme un petit nanar envoûtant, ou se bâfrer comme un bon gros navet bourratif surtout pour le lobe du plaisir et ultra-minceur celui de la finesse. 
L'antidote à Coffins.


samedi 24 juin 2017

Viande : A la Mort !

La bonne musique est, comme la cuisine (audacieuse, la comparaison, pour un groupe pareillement nommé, pas vrai ?), une question tout d'abord de bons ingrédients. Ou encore pourrait-on dire - en veillant de n'aller pas s'embourber trop dans la théorie pour la théorie, à se demander le rapport entre ce qui va venir et : l'âge de l'écoutant, les styles écoutés, les préconçus esthétiques - que ce sont toujours les mêmes saveurs qui y reviennent, parce que ce sont les bonnes et il n'y en a pas non plus trente-six : oui, c'est un quadragénaire amateur de doom et de Motörhead qui est le locuteur ; pas un vingtenaire amateur de dream-black-step et frappé de zappite congénitale.
Bref : le death de Viande, c'est d'abord Witchrist/Encoffination/Grave Upheaval/Temple Nightside, comme saveurs de bases, mais que nos ladres maîtrisent largement aussi bien que les auteurs de la recette originale ; et ensuite cette touche, elle bien à eux, très industrielle voire indusrituelle, devant laquelle cette fois il sera très difficile de ne pas envoyer une purée (avec la viande, c'est de bon ton) de références telles que, en priorité, Brighter Death Now, Maschinenzimmer 412 et Swans, puis à l'envi SPK et... ainsi de suite. On le voit, il est question là encore d'un certain type d'industriel - le bon ? exactement ! - et on le devine aisément, un qui se marie par nature fort bien à la haute teneur nécrotique de leur type de death ; à la façon de celui-ci, un peu comme justement le dernier Temple Nightside, d'être lent jusqu'à l'inertie cependant même qu'il blaste à fond les gamelles ; de sonner plus putride, dans le registre statuaire funéraire, que précisément le dernier Encoffination ; en révélant clairement - si l'on ose dire, mais "joliment" eût été encore pire - la nature superlativement rituelle, voire sacrée, de Viande et d' A la Mort. Comme du reste on pouvait le subodorer à lire la liste de beau linge un peu plus haut, à laquelle ne manquait qu'un Of Darkness dont d'ailleurs Viande fait un très chouette cousin, avec sa façon de peindre des cimetières tout à la fois fournaises et chambres froides - Viande vient ici s'inscrire dans la catégorie très sélective du Cold Meat metal.
Mais de sacré il est bien question, lorsqu'on change ainsi le Styx en égout clapotant, et celui-ci encore après en banquet sans fin. Entre cette petite chose-ci et le nouvel Impetuous Ritual, l'été (s'il est une saison faite pour le death metal...) s'annonce fort bien, et voué aux extases du vaudou sub-cthonien.


vendredi 23 juin 2017

Nooumena : Controlled Freaks

Pourquoi, franchement, accepter que Nooumena vous envoie son nouveau disque ? Ne devrait-on pas s'estimer purement chanceux, d'avoir réussi à pisser une copie sur le premier, à mettre des mots sur ce qui a de multiples raisons de ne pas vous rendre bavard - progressif, trouble émotionnellement, non-monolithique - et ne pas s'exposer au sentiment de culpabilité du scribouillard incapable de refuser une "galette gratuite" ? Pourquoi récidiver dans la témérité, et finir d'ailleurs par quand même se lancer dans le discours, au risque d'un ridicule renouvelé ?
Parce que Nooumena fait partie de ces groupes qui vous prouvent qu'on peut être salement - vraiment, méchamment - heavy sans la facilité de la saturation pondérale.
Kayo Dot ? Non, en surface on est dans encore plus doux que ça, à la limite des vieux Yes, Relayer et Close to the Edge. Pour le fond, en revanche, on croise dans les périlleuses eaux de Fleshpress, Khanate et DHG.
Et comme la brutalité sonique pure n'est pas le seul confortable inconfort trop souvent utilisé par les groupes cherchant à évoquer la démence à peu de frais, je peux vous assurer que la oufdingrinderie klezmer n'est pas de mise non plus dans Controlled Freaks. Je ne cite pas de noms, chacun suppléera à sa guise avec celui de son bouc émissaire favori, dans le rayon de ces pénibles qui sursuggèrent l'instabilité mentale par ce qu'on appellera, si l'on est gentil, l'harmonie imitative, et sinon l'illustration appuyée.
On est plutôt, ici, du côté d'un Primus norvégien - le pays de Beyond Dawn et Virus, vous voyez... Celui d'Ulver, aussi ? Sans doute, malgré qu'il m'en coûte de l'admettre - mais alors d'un qui saurait causer ce que jamais l'original ne pourra : le hérissement des poils, excitation et malaise mêlés. Nooumena, si caressant soit-il, ne sera jamais réellement sucré ou doux au palais, et toujours sera sous-tendu - pas plus, ce n'est pas nécessaire, ou guère - d'inquiétante causticité, d'arrière-goût acide. Un Primus norvégien qui jouerait des reprises jazz d'Elend et Magma, dans des instruments soufflés avec une exquise longiligne délicatesse, dans un verre plus dur que tous les métaux.
Controlled Freaks ressemble bien à sa pochette, une sorte de pâtisserie, de Paris-Brest au glaçage cassis... avec un étrange flou causé par un grouillement sur lui comme de centaines d'asticots, lesquels ont des airs qu'on pourrait parfois trouver un peu cartoon, et qui en fait sont simplement dégueulasses ; comme une sorte de bijou de chair spontanément germé, mais de tout sauf des tissus sains ; ou comme une caresse onctueuse comme la crème anglaise, et qui pourtant sur les nerfs fait le même effet que celle du doigt mouillé sur la vitre. L'impression d'être dans un cocktail mondain du raffinement le plus exquis, et tout à coup de glisser dans une grinçante et tragique absurdité qui doit autant aux nuits de Twin Peaks qu'à Claro que Si ; mais sur un toboggan de la plus riche et fine soie. Parfaitement grisant, parfaitement crispant.

mercredi 21 juin 2017

Reverorum Ib Malacht : Te Agios Numini

Au cas où il aurait subsisté un doute sur la nature docte et occulte indissociablement, voire bibliothécaire, de la musique de Reverorum Ib Malacht, Te Agios Numini les voit opter franco (enfin, d'emblée... aussitôt qu'il en a fini avec cinq minutes préliminaires de friselis de violons dignes d'Henri Michaux) pour un son de batterie pattes de mouches, évocateur des plus infects et illisibles grimoires où se faire pleurer les yeux autant par la peine prise à les lire, qu'à la peine spirituelle éprouvée à y parvenir, dans un dégout cosmique hypnotisé - Le Nom de la Rose viendra à l'esprit, dans le même courant d'air désagréable que ceux de Spektr, de Mayhem et d'Imperial Triumphant : toutes choses qui suggèrent le tambourinement sournois et fiévreux de milliers d'insectes.
Le black, après tout et à de rares exceptions près (Satyricon et toute l'autre esthétique black dont il est le plus saillant et pompier champion, pour résumer), ce n'est pas la puissance physique, c'est même tout sauf physique si l'on veut théoriser un brin ; et là-dessus pas de doute, Reverorum ne se trompe pas de cheval : Te Agios Numini est un vrai film d'épouvante, une poursuite psychique panique
En fait d'occulte, on pourrait également noter que Reverorum l'est encore plus que Spektr, dont ils parviennent à égaler la diffuse sensation d'écouter quelque forme avilie, malingre, malade, dévitalisée, de jazz mais en usant pour leur part de rythmes beaucoup moins ambigus - au strict niveau du réel. Là encore, le réel et le black metal...
Les pattes de mouches, donc ; et la Bête dont elles sont le nom ; voilà bien de quoi il est question ici, à l'invocation de quoi la musique est vouée ; avec ses feintes d'apparitions ; ses mirages, eux-mêmes souffreteux et anémiés, de Nosferatu ; ses occasionnels vagissements semblant ceux d'un vieux poste TSF captant les émissions de l'au-delà ; ses relents d'electronica poussiéreuse dont les formules sacrilèges en provenance d'une autre dimension auraient été exhumées d'un codex médiéval ; ses sonorités généralement grêles et méticuleuses qui donnent une aura d' Esoteric Warfare à ce qui côté puissance magique trouble a davantage les airs d'Ordo Ad Chao ; son gargouillis sourd et malveillant qui en fait une chose dangereuse à l'égal d'un vieux Deutsch Nepal (Tolerance ou Deflagration of Hell, plus spécifiquement) ; les nappes d'ambient lynchéennes qui le lèchent, à en tutoyer l'Atropine de Velvet Cacoon...
Oh, et puis je ne vais tout de même pas vous avertir pour tout, non ? Vous voudriez qu'on vous balise tous les pièges d'une histoire d'épouvante ? Surtout qu'à ce stade, vous avez compris que tout était possible dans celle-ci, et qu'il serait futile d'espérer pouvoir se retrancher derrière un horizon d'attente, qu'il soit black metal, industriel, techno-ambient, illbient... Vous n'êtes, hélas pour vous, à l'abri d'aucun prodige en ces lieux qui ne sont pas des lieux. raccrochez vous donc à ce que vous pouvez, pensez à Wilt, à Skinny Puppy, à Lurker of Chalice... c'est tout le pouvoir de la suggestion : lorsque celle-ci est faite convenablement c'est à dire avec très peu, c'est alors que le sujet, laissé le plus libre, peut déployer toute l'ingéniosité de son inconscient, pour un effet de terreur sans bornes bien plus efficace que tout ce qu'on aurait pu rêver de lui décrire.
La Bête n'est pas Légion, contrairement aux insectes industrieux qui s'affairent à son culte malgré la peur qui eux aussi les étreint et leur broie la pensée, mais elle est vaste, car elle est la nuit. Elle aggrippe de ses griffes pour le tourmenter le sommeil aussi bien de Gravetemple que de Leviathan ; elle est le puits des cauchemars, elle est la fièvre qui saisit les rats dans le grenier et les fait courir crépitants en tous sens, elle est la musique des outils du rémouleur qui retentit seulement dans les plus purs silences de l'âme, où celle-ci livre une de ces parties de cache-cache où l'on espère n'être jamais trouvé ; pour pouvoir enfin à son gré se laisser plonger dans le gouffre sans fond, et se diluer dans l'encre et la nuit.

mercredi 14 juin 2017

Deliverance : CHRST

Avouons d'emblée : on s'avançait vers Deliverance avec le sentiment mêlé d'une double méfiance : celle qui s'impose, certes, devant tout album publié chez Deadlight Entertainment, officine dont il convient de systématiquement ausculter les parutions avec la même vigilance que le lait sur le feu, et la plus extrême circonspection même lorsqu'elles peuvent vous paraître présenter tous les signes d’innocuité ; et celle, moins reluisante, qui pouvait germer à la lecture du nom de ses auteurs, et de leur CV respectifs (je vous les remets pas ici, vous les trouverez bien assez facilement tout seuls si jamais vous désirez faire la même connerie que moi).
Soyons honnête, et explicite : on s'imaginait un genre de générique de Cowards, éventuellement mâtiné de Céleste un peu mélancolique, en bref certainement pas un disque aussi méchamment black metal - que ce soit dans le givre qui en mange les riffs (dont certains révèlent même quelques accents d'archaïsme du meilleur goût), ou dans la voix à la monocorde malveillance de goule affamée. Oh, il y a bien du hardcore chez Deliverance, qui ne sont pas vos premiers clones d'Immortal ou de Destroyer 666 venus : pas de doute qu'on porte la capuche ici ; cependant la nature hardcore de CHRST ne s'exprime pas vraiment dans des "plans" de solfège francs, mais à l'instar du dernier Plebeian Grandstand quoique sous une forme différente, plutôt dans une façon de faire : la vindicative, sinistre aridité neurosienne qui se ressent aussi bien sur les moments d'âpre dégelée que sur les passages plus pensifs qui auraient pu virer au légèrement Isis - que justement l'on croyait devoir craindre au vu des teasers - et ne le font jamais ; à la rigueur, ce qu'il peut y avoir de plus malade et lancinant, quelquefois, chez Breach. Une attitude mentale qui, forcément, se marie fort bien à la rigueur black inflexible et non moins sinistre, dont fait preuve toute la tonalité musicale.
La vérité de CHRST, c'est qu'il y avait bien longtemps que je n'avais eu l’occasion de me régaler d'un black metal de pareille lenteur - puisque, la chronique d'Omegaphilia en contrebas en atteste assez, je suis en matière de noirmétal amateur dévoyé, sinon perclus d'atermoiements ; et d'ailleurs, le rapprochement avec le nouveau Merrimack tombe bien, puisqu'à défaut d'avoir tout à fait la même cadence, les deux disques sont parents par leur lascivité. Mais le disque de Deliverance l'est peut-être plus encore - lascif - par la force des choses et surtout celle de son inertie, de sa lenteur aussi harassée que malveillante, empoisonnée, et implacable.
Peut-être la vérité objective serait-elle de se dire que Deliverance est très influencé par Thou - puisqu'on finit par penser à eux, un peu, en face de tels tempos pesants et sludgey nappés de vocaux au pH puissamment corrosif et gargouillant - mais ce rapprochement-là, pour le coup, me paraît à moi beaucoup moins pertinent, et nous continuerons à préférer entendre dans cette musique-ci une chose proprement singulière, unique, saisissante, qui vient prendre (il était temps) la suite des délices qu'on avait entr'aperçus avec le Unravel de Gehenna ; disons, si l'on croisait ledit rêve accablé avec ce qu'on préfère chez nos Khold chéris : la lenteur, la lenteur, la lenteur.
CHRST s'avance donc tout nimbé d'une aura "black metal brûlé par le soleil blanc", "blanc sale", "sous le soleil de Satan", avec la connotation de langueur maudite, impie, empoisonnée, qui s'y attache, et n'usurpe donc pas les connotations King Dudesques qu'on peut voir dans sa pochette et donc faire rejaillir sur la rédemption suggérée par son titre.
Bref toutes les appétissante sensations qu'on peut associer à un album qui ne se défait qu'à de très rares - et brefs - moments de sa tension continue, dont il s'ensuit que vous ressortez du disque rincé, et tout sensuellement endolori d'un sentiment de la grandeur de ce qu'on a traversé, quoi que ce puisse être.

Danzig : Black Laden Crown

... Et sur une note moins égotiste, il serait de bon ton à un moment de rendre hommage à la hauteur d'un homme dénommé Tommy Victor.
Confessons que la première fois qu'on a lu son nom dans le line-up du Glen Big Band, on a tiqué. Et que s'il n'a jamais rien commis de honteux, mais que de très écoutable, à ce poste - ce n'est qu'aujourd'hui que tout soudain l'idée de son embauche paraît dans toute sa lumineuse évidence. Ce n'est pas tout à fait en dépit de lui, de son jeu de guitare caractéristique mais qu'il a parfaitement mis au service de la musique de Danzig, et de cet album en particulier, que Black Laden Crown est une si fabuleuse réussite ; pas tout à fait sans lui et son touché, sur lequel le producteur a exercé ses talents, que l'album a ce ton de cendre et de crépuscule merveilleux, et merveilleusement adapté au crépuscule vocal d'un Glen qui fait rimer la patine joufflue de Louis Armstrong et Elvis Presley... avec la cendre, qui recouvre tout ici, et fait que le prodigieux album a un pied fermement planté dans l'heroic fantasy adolescente, toute pétrie de désir de puissance virile, de sa pochette bien accordée à certains riffs quasiment dignes de Rob Zombie qu'on entend ici - et un dans le monde des albums d'hommes sans âge qui font mal, et le blues.

Ouais ; Tommy Victor guitariste de blues. Ca fait drôle, pas vrai ? Et voilà comment on se retrouve, des années après, avec la suite de How the Gods Kill ; tranquille.
D'ailleurs, "Eyes Ripping Fire", bien malin qui saurait dire avec certitude et bon ordre si c'est un morceau de Danzig ou un du meilleur Prong - la vérité étant qu'il est les deux... tout comme, à regarder en arrière, "How the Gods Kill" était déjà bien étincelant d'harmoniques furieusement prongiennes, autant qu'en tous points diaboliques ; ou comme, justement, les sonorités et l'ambiance sorcelière de l'intro d' "Eyes Ripping Fire" est un énorme rappel de How the Gods Kill. Ce n'est pas uniquement Tommy, qui a réussi son intégration : c'est Glen aussi bien, qui a enfin sublimé la mue industriel de son blues...
Je veux, que ça fait plaisir !

samedi 10 juin 2017

Merrimack : Omegaphilia

Des mélodies à la fièrement, puissamment norvégienne, non pas presque : trop grandioses et de sensibilité wagnérienne pour être aisément digérées par un estomac de crado, une petite nature qui ne tolère pas Immortal, et Under the Sign of Hell uniquement à petites doses (bibi, qu'on a aisément reconnu), une batterie en surmultipliée qui donne au tout l'envergure musculaire d'un Nile ou d'un Behemoth (le gonze s'appelle Blastum, et vous pouvez vous estimer prévenu : l'homme tapisse), et l'effet d'épuisement assorti ou presque... Franchement, aux premières écoutes, difficile d'entendre autre chose que ce tonitruant appel à... partir en croisade contre les chrétiens ? pour le metal ? pour le plaisir ? En tous les cas à chausser son destrier, et harnaché des ses plus nobles et rutilants atours, encore, à dégainer son plus scintillant attirail, et à faire gronder un tonnerre de sabots à travers la forêt enneigée. La première écoute de ces riffs, dans les replis de certains desquels on croit entendre résonner des cornemuses, s'est soldée par un dumping syndrome et l'envie d'envahir la Pologne au bout de deux pistes.
Et pourtant çà, là, un peu partout, en iridescences ou tout comme, des touches qui subtilement mais décidément affilient le disque à Funeral Mist - tant celui de Salvation pour la fureur, que de Maranatha pour la ferveur, et la décadence, malgré une façon différente (tant que ça ?) d'être romantique, moins dans le narcissisme de la scatologie - et à Medico Peste - pour cette voix barbouillée de cendre, mais aussi bien pour certaines façons de faire pleuvoir les notes qui ne relève pas toujours de "Transilvanian Hunger", et pour les suaves stridences, et leur propre forme de ferveur, plus onctueuse et néanmoins brûlante. 

Finalement, Merrimack n'a pas changé depuis les deux albums précédents : il est toujours cette chose difforme et belle, en égales - et larges - proportions ; finalement, cette pochette lui va bien, à ce disque. Et l'on finit par voir la poignante, la perçante, la sanguinolente et douloureuse beauté dans cette foi en ce qu'on appelle parfois l'art noir ; et puis aussi, parce qu'il n'y a pas que le metal dans la vie même si c'est admirable (et qu' Omegaphilia vous la fait bien vite partager, cette foi enflammée) la beauté dans cette sorte de fadeur maladive, écœurante, enivrante (c'est que je commence à réellement m'attacher à cette pochette, et surtout à ses teintes...), qui a bien toujours ce goût de Merrimack : douceâtre, doucement écœurant, et tellement pénétrant, de black metal hermaphrodite en diable ; dans, au bout du compte, quelque chose dont on partage la fascination morbide ; cette douleur lancinante et permanente, lovée à son aise dans cette animalité débridée rappelant l'Arrow in Heart d'Aosoth, nichée au cœur de cette voix dont la fièvre rappelle la jeunesse de Marco Neves ; qui pourrait, devrait être celle toujours assortie à au moins une forme du black metal, et pourtant ne l'est pas toujours, pratiqué comme est le style par tant et tant de Monsieurs Mégot en corpsepaint... On finit même, pour tout dire, par ne plus voir aucune difformité, seulement de la cohérence entre le côté un peu suranné et guindé de cette pompe mélodique et rythmique, et le dandysme déchiré, tellement français, d'un disque auquel on finit par trouver des ponts avec le second Decline of the I, sa délicatesse, ses manières distinguées ; aussi raffiné après tout que le tableau d'Arcimboldo que paraissait The Acausal Mass, ni totalement true, ni totalement orthodox ; mais en même temps, quand on y songe, orthodoxe et français...

Le black metal rosâtre, Monsieur, c'est quelque chose. Et le servir comme fière réponse au non moins charnel mais bien plus outré Maranatha, que ce soit dans sa souillure à la cendre ou dans le ton de chair qu'il utilise - ce n'est pas à la portée de n'importe qui.
Tellement sonné pour le compte qu'on en serait presque passé à côté de l'autre signe de chapeau discret dont on peut les soupçonner, à un autre album - mais si, vous savez : pareillement aussi héroïquement virevoltant que néanmoins salé du goût de son propre sang, et pareillement estampé d'un pentacle... Vous le voyez venir, comme un loup dans le vent ?

mercredi 7 juin 2017

Phrenelith : Desolate Endscape

Les premières fois, il vous passe un peu dessus - en fatigant juste un peu, mais rien de trop pénible non plus. Ultra linéaire, rythmiquement comme riffiquement, avec ces mélodies ultra-primaires qu'on dirait du death metal pour les moins de 36 mois avec une hache en plastique.
Puis il devient de plus en plus collant, et putride. On s'aperçoit qu'en fait les instruments à corde ne sont là que pour faire, non pas tapisserie quoique le mérite soit le même, mais texture, et épaissir celle-ci ; qu'elles n'ont donc pas besoin d'en faire davantage, rayon notes, que les deux suffisantes à instaurer une ambiance death metal tragique ; peut-être même que si il n'y avait pas ce degré zéro de la mélodie, mais à la place un choix de l'atonal, la sauce n'aurait pas si bien pris, et l'on aurait eu une soupe indigeste, un disque de Monokrom, ou un énième album de war-metal 4.0 à la néozède ce qui fait par des danois n'aurait pas nécessairement été aussi réussi que chez un Witchrist.
Bref ; le reste - tout - se passe dans la lune de miel dégueulasse entre cette voix ULTRA-putride, genre du goregrind avec une âme - très sale -, et ce tapis, quasi-continu du début à la fin, de double-pédale, non moins putride et invraisemblablement sinistre. L'un comme l'autre aussi incapables de répit qu'ils vont pépères. Une sorte de furie au trot modéré, qui donnerait presque envie d'y coller un qualificatif du type "hilare", si les deux ne puaient pas, au sens le plus littéral possible, une morbidité dépourvue du moindre humour ou sentiment guilleret. Il y a dans cette infatigable rythmique d'artificier quelque chose qui tient à la fois de l'insatiable, comme si l'on regardait jouer Rich Hoak, et d'une austérité et d'un anhédonisme total. Simplement la discipline et le plaisir afférent, du travail bien fait d'annihiler méthodiquement, tout ce qui se trouve de vivant, à longues, mornes et infatigables rafales inhumaines, de munitions lourdes et de lance-flammes.
Et le disque de vous coller, vous coller, et vous coller toujours plus, dans cette hostile boue de merde, de sang et de matières moins rationnelles : on pense à Bolt Thrower, ne serait-ce que pour ces contours objectifs de rouleau-compresseur fatidiquement lancé sur le charnier d'une guerre sans espoir, mais niveau cosmogonique le seul qui, a-hem, colle, ce serait un Realm of Chaos en moins énervé, et en beaucoup plus noir-foutu-voué au Chaos et à la Guerre Éternelle. Desolate Endscape pue également la misère, mais vue depuis la vue surplombante du bourreau, et de celui qui ne la savoure pas même comme un quelconque dépravé sociopathe que vous pourriez penser, mais comme un soldat galvanisé par son adéquation à une idéologie totalitaire, mortifère et administrative. On aura rarement fait plus Warhammer, vous pouvez le dire - au-delà du simple fait d'être parfaitement à sa place chez la maison qui publie Sempiternal Dusk et Krypts. Aussi parfaitement, constitutivement apte à traduire ce qu'elle a de plus mélodramatique et brutal à la fois, et mettre en son le pathétique qu'il y a dans ce moment où dans la boue, le sang et la viscère et sous le fracas des armes lourdes, se fait piétiner et assassiner, par des fils de pute de militaires sociopathes narcissiques, le rêve de lumière scientifique fasciste de ce fils de pute d'Empereur de l'Humanité. De toutes les manières, à peu près tous les bons disques de death metal doivent pouvoir postuler comme bande-son à un récit de WH40K, pas vrai ? Desolate Endscape est celle de cette émotion-là en particulier, de ce nœud-ci. Oui, j'aime à dire que le death metal est une musique de sybarites et de la sensualité ; mais parfois aussi, pour ce qui est du désespoir, le death metal se pose juste un peu là ; sous une certaine forme, à un certain calibre, à tout le moins.
Si vous êtes sensible à ce genre de grandiose, et au plaisir de sentir votre cerveau tourné comme du boudin... soyez sûr que vous tenez là un album grandiose.



samedi 27 mai 2017

Danzig : Black Laden Crown

Mon dernier bulletin de santé est lourd ; d'entrée dès les premières notes de guitares, mais plus encore dès mes premières lasses syllabes, pâteuses, douces, ébréchées, émoussées, fatiguées ; lourd comme tout ce que la chose peut avoir de bon ; lourd comme cette allure physique générale qu'on peut me constater, sur la pochette de mon album de reprises d'il y a quelques mois ou bien en tapant simplement dans Gogole Images, à vous inspirer presque le cran de me donner du "Hey, nice tits !", sauf que vous ne le ferez pas car peu importe la notoriété internationale de cette fameuse vidéo que vous avez tous vue, vous n'êtes pas vous-mêmes le chanteur des Northern Kings, alors vous ne pousserez pas non plus le bouchon de l'irrespect trop loin à la face de la vieille carne épaisse que je suis aujourd'hui ; lourd comme une vieille carne fatiguée, précisément, lourdement appuyée sur un groupe qui joue métallique, terne, fatigué, culotté de cambouis dans tous les replis - et lourd - comme s'ils étaient une bande de coreux new-yorkais (on aurait presque envie de placer Type O Negative, mais c'est pas comme si Johnny Kelly jouait sur le foutu disque) vieillissants tournant en rond comme de vieux lions dans une vieille cage, entre leurs disques de Motörhead et leurs vinyls de blues ; sensuel ? je veux, mon neveu ! Fourbu, aussi, est un mot qui sautera à l'esprit à m'entendre dans cet état où je suis, et qui sera chargé d'autant de compliment et de succulence qu'il est possible ; lourd et sensuel comme un slow avec un sac de frappe, mon seul ami, mon double en usure et en corpulence ; lourd de sensualité fourbue comme une prestation d'Harvey Keitel, et comme la tension dans un bouclard de motard après minuit ; lourd de beauté comme une patate dans le pif qui me laissera, moi, à dégueuler mon déjeuner et chercher mon souffle dans des poumons qui grincent autant que les harmoniques de Tommy Victor et toutes mes articulations, plié en deux les mains aux genoux, mais toi sur le carreau pour le compte, comme une ruine écœurante dans tes fluides répandus.
C'est moi qui vous racontai comment tuaient les dieux : je saurai bien vous montrer comment ils périssent, dans un crépuscule de plus en plus clair et aveuglant, disparaissant dans un éclat d'étain douloureux et sans espoir, dont la nuit inversée - à moins que ce ne soit l'enfer d'un jour éternel sous un soleil noir - subséquente de qui vous contemplerez le retour d'entre les damnés de Johnny Favourite, bouffi, défiguré, ravagé, et roi indifférent en ce royaume de peine.
Comme j'ai dit jadis : "If you don't want pain, you don't understand".

samedi 20 mai 2017

Fleshpress : Hulluuden Murri

Dissonez, dissonez, il en restera toujours quelque chose...

Pas forcément.

Que Fleshpress aient viré noise-rock jusqu'à nouvel ordre, c'était déjà bien accepté voire très bien. Qu'ils mêlent du black metal à un noise-rock assez typiquement finlandais - donc allumeur - ainsi qu'ils le font ici, ç'aurait pu être très bien lorsque, vers la fin du disque, cela évoque Khold en version redessinée par Egon Schiele - quelle pochette, hein ? Mais lorsque cela vous rappelle que peut-être Mikko ne fait pas que gronder dans Deathspell Omega, c'est moins ébouriffant, surtout si de ces derniers on ne pense qu'au plus aride et stérilisé.
Pour nous faire du Fleshpress re-sludge, avec des apports de ses hobbies power-electronics comme il s'en trouve (trop peu) ici, en revanche, c'est quand il veut.

vendredi 19 mai 2017

Temple Nightside : The Hecatomb

Tu m'étonnes, qu'ils étaient sur Ancient Meat Revived... Limite le concept tenait juste pour eux - enfin, si l'on occulte l'intérêt en soi des possibilités de bonnes surprises, voire des résultats réellement étonnants dans la transposition et la réappropriation - mais le créneau du Cold Meat Industry-metal, plus encore que pour Grave Upheaval (qui, accordons le, signaient la plus pétrifiante prestation de ladite compilation), il est incarné en eux, en leur façon de riffer le black metal, en leur façon de le chanter : comme un putain de frigo. Pour vous dire : on pense à plusieurs reprises... à la reprise de "Necrose Evangelicum" par Grave Upheaval. On pense également à Mz.412 - non pas pour confronter les réussites respectives d'un hypothétique programme similaire, puisque les deux n'ont pas abordé la symbiose BM-CMI dans les mêmes termes - mais pour le coup, le flambeau a été repris avec ferveur. Vous voyez les murailles de la pochette ? La façon de riffer, et le relief des riffs également d'ailleurs, est à peu près d'une aussi inflexible sévérité verticale ; les guitares ne riffent pas : elles tombent ; et pour la température, j'imagine que vous avez senti la couleur : là-dessus en particulier, pas de doute, on a  affaire à un membre d'Ill Omen... Les vocaux sont aussi gluants que la prestation de Gary Oldman en Old Vlad, quand ils ne se perdent pas carrément dans cette bonne vieille Slaughterhouse, pour y désosser à l'aise le pauvre Urfaust qui n'en demandait pas tant. Pas tout à fait la Nouvelle-Zélande à laquelle on s'attend... à moins que ce ne soit là, tout compte fait, ce que j'espérais (ça devient tellement récurrent, cette pirouette, on devrait en faire une séquence de l'émission, hein Thierry ?) de la part de Misery's Omen. C'est ce qui est pratique, on finit toujours par s'y retrouver, dans le Chaos.
Pour vous sentir, réfugié sur l'îlot de votre sofa, tel Sigourney Weaver dans son appartement du 55, Central Park West, le disque est parfait ; et dans le même temps, si jamais vous parvenez à faire abstraction des copieuses écharpes d'air glacé qui viennent tout emmitoufler autour de vous, vous disposez d'un tout à fait commode album de black metal conquérant, en forme de fluides avalanches d'armées d'orques qui tombent de partout au plafond tandis que leurs tambours affreux claquent depuis le fond du bac à légumes.

mercredi 17 mai 2017

Oxbow : An Evil Heat

Une sorte de noise-rock informe, et qui par le fait peut d'un instant à l'autre évoquer autant les moments vénéneux de Swans Are Dead, que les inflexions dub reptiliennes dans The Jesus Lizard, du hard à la Led Zep ou Rollins Band, ou Dazzling Killmen, ou Bardo Pond, ou Bong...
Et là par-dessus, tout devant, le meilleur coup de votre vie, le plus monstrueusement torride - et par la même occasion le plus gros chat que vous ayez jamais vu - qui se tortille avec des gémissements et miaulements plus dangereux encore que tous le reste.
Ou, en trois mots, comme cela se fait ailleurs : an, evil, heat.

samedi 13 mai 2017

Rotorvator : I Vivi e I Morti

Lorsque vous entendez "black industriel", vous pensez que cela signifie "merde à la Aborym ou Blacklodge", et vous vous enfuyez. Vous avez raison ; car la majeure partie du temps, c'est bien ce que cela désigne.
Des Alien Deviant Circus, des Spektr, il y en a bien peu ; de sympathiques black métalleux qui aiment bien la techno, peut-être même en écoutent de la très bonne, mais savent pas en faire quelle que soit leur louable envie d'en foutre dans leur hard rock, en revanche...
Mais quelquefois, "black industriel" désigne un disque qui est pareil à une formule d'invocation sinuant de Skinny Puppy à Gorgoroth en passant par DHG... et toute la parpadelle de producteurs hardtek dont personne ne connaît jamais les noms à moins d'être DJ ; ou de l'intersection entre Mysticum et Terra Tenebrosa.
Dans ces cas-là, on ne passe pas une demi-heure à se demander pour combien de temps il faut prévoir sa valise : on gobe le machin.

mardi 9 mai 2017

Grave Miasma : Endless Pilgrimage

Dans la famille gouffre d'insondable ténèbre psychédéliquescente, voici le frère death metal d'Omniabsence Filled by His Greatness ; avec cette furie insane dont on ne connaît guère d'autres exemples que VVorldVVithoudEnd et Current Mouth. Aussi rentre-dedans et belliqueux que death metal peut l'être, mais aussi impie que du vieux Morbid Angel malgré la densité moindre - en tous cas en griffes au centimètre carré.
Tout dans Endless Pilgrimage n'est que fumée, les détonations des tambours, les riffs troubles, la voix, fumée dont on n'a jamais fini de découvrir les innombrables variation de forme, compacité, texture, acidité ; rien n'a de contour défini et permanent, le disque est autant curée démente, que cauchemar escherien où tout à chaque instant s'inverse, se retourne, patine, vous mange, se vomit ; un rituel à base d'intoxication par les rythmiques sourdes et de carbonisation des terminaisons nerveuses par les hallucinations... dans la fumée.
Installez vous donc, et piquez du zen.

lundi 8 mai 2017

Noise Trade Company : Unfaithful Believers

Comme quoi on n'a jamais fini de cliquer partout où l'on pourrait sur Discogs... Pas d'autre constat à faire, quant au fait que je ne découvre que tout fraîchement ce succulent projet du succulent Gianluca Becuzzi.
Première écoute - parcellaire, à ma décharge - je me dis "hé, l'a l'air d'avoir été assez marqué par Twin Peaks et Angelo Badalamenti, le père Becuzzi, à un moment donné" - c'est qu'après un rapide survol des styles mentionnés pour les divers albums de Noise Trade Company, le groupe a l'air peu fixé sur un style ou porté au surplace, un peu à la Pigface. Seconde écoute, complète enfin, impossible de ne pas comprendre que l'album est une manière de variation libre sur Twin Peaks, on reconnaît des thèmes, et la caractéristique réverb surf, on est même parfois très proche de l'original... et pourtant si loin (pour rester dans le cinématographique, pas vrai ?).
On est dans le noir, dans l'espace des rêves et des fantasmes, et on navigue à l'aveugle dans la profondeur de silences qui évoquent, davantage que Mick Harris (on a découvert entre temps que le précédent album de Noise Trade Company est une sorte d'étrange pont entre Scorn, dont Becuzzi comme Mauro Teho Tehardo ont visiblement été marqués, et Kirlian Camera, dont après tout Becuzzi a toujours maraudé dans des eaux proches, tout comme pour rester en Italie (pays dont vient au moins le nom de Badalamenti, au passage) les non moins succulents Pankow, dont Becuzzi a chanté sur un album - vous me dites quand vous avez la nausée ? on est en Italie c'est normal et ils le font mieux que les autres... On en était où ? Les silences ; ceux d' Unfaithful Believers évoquent l'album illbient de Sielwolf, le mystérieux V, par leur magie entre rudesse taillée à la serpe (très Becuzzi ça, la serpe, voyez son accent) et velours fétichiste (non moins Becuzzi, le fétichisme... et très Twin Peaks : il est délicieusement troublant par endroits de se demander si le texte qu'on entend réciter est du Becuzzi dans le texte (il vous a de ces façons de se réapproprier le mot "fire", qu'on met bien plusieurs minutes à percuter), du pur Lynch, ou... une variation ; un frémissement d'infra-basse, d'aile de papillon de nuit, un vrombissement de noir sur noir, un grognement de contrariété dans une nuit agitée par des rêves pénibles et poussifs ; un parent austère, reclus dans un donjon mental, du Beast of Dreams de qui l'on sait ?
Enfin bref, si vous avez suivi qu'il n'y a rien à suivre (le noir, vous vous rappelez ?), vous avez compris qu'on parle d'une musique qui n'est ni drum'n'bass ni EBM rituelle ni cold-rock minimal (on pourrait citer deux choses, hors d'Italie : Young Marble Giants et Golden Palominos), puisqu'elle est dans le gouffre béant entre tout cela, et qu'à se laisser flotter dans le noir et cette résonance - ça me rappelle une chanson, ça, flotter, une meuf qui s'appelait Julee quelque chose... la chanteuse de NTC parvient, juste comme le reste, à matérialiser, si l'on ose dire, une ambiguïté entre son propre mélodisme new/dark-wave et celui typique de la mère Cruise, sans qu'on sache véritablement ce qui est révérence, ce qui est maladresse et ce qui est appropriation ; ni ce qui est grotesque - on parle de dark-wave et d'italienne qui plus est - ou réellement confondant de grâce ; juste comme chez Limbo... ou chez Lynch.

dimanche 7 mai 2017

Hypothermia : Svartkonst

Putain mais merde, quoi ! Black dépressif, tirant sur le post-rock, instrumental ; ça ressemble assez à un usage excessif de la force de faire prodigieusement chier, non ?
Et pourtant, tellement pas... Dès la première écoute, j'avais été happé voire frappé par le pouvoir de fascination de ce disque ; je l'avais, cependant, remisé à plus tard ; et oublié un certain temps. A le découvrir enfin un peu plus sérieusement, quelle cuisante confirmation... On aurait envie de dire, pour faire le spirituel, que c'est un peu facile pour eux parce que c'est presque pas du black metal, mais pourtant si, c'en est, indéniablement et en dépit de cet hypnotique rythme d'arthritique, morne et pourtant boiteux, flasque et pourtant tranchant, que frappe le batteur... tout autant que c'est, de façon non discutable, du Cure ; plus précisément, du Faith, voire encore plus précisément du Carnage Visors - ben oui, il s'agirait pas que j'oublie qu'il en existe, du bon rock instrumental, que dis-je, du mieux que ça, du qui tue le chien.
Et voilà ; j'ai pas envie d'en dire plus, à vrai dire ; on a dit Carnage Visors, ça veut tout dire - et certainement pas que c'est de la copie, parce que cela ne se peut pas ; mais que l'on parle de quelque chose de cru et dur comme Cure peut l'être. Svartkonst est un putain de disque qui plombe ; non pas un qui va te faire t'apitoyer sur toi, et caresser une n-ième fois ce que tu pourras retrouver comme vieux souvenirs, poussiéreux et en lambeaux fatigués, de tes souffrances juvéniles chéries ; simplement un qui va salement mériter le nom du groupe, et te faire couler le moral par le fond, en quelques rapides secondes où il se déploie, et te figer paisiblement dans un soudain froid qui endort toute vie et volonté.
En même temps, si l'on avait écouté le disque pour commencer, c'est parce qu'il existait un pont (nommé Kim Carlsson) entre eux et Lifelover : pas n'importe quel groupe de black suicidépressif - presque le seul qui m'aille, d'ailleurs - et pas n'importe quel talentueux enfant de Cure non plus.

dimanche 16 avril 2017

Peaches : Rub

Tic-tac
Tic-tac
J’ai cru subir à mon tour
Du temps qui court
Le cruel Diktat,
Soupçonné nourriture trop riche
Logement sous chauffé
J’ai faillit, pour tout dire, consulter

Mais voici déjà, glorieux, son retour
À chaque pointe du jour
À chaque aube nouvelle
Admirez, damoiselle
Observez bien, gentille
Regardez, là : béquille,
Demi-tour : chapiteau !

dimanche 2 avril 2017

Ho99o9 : Horrors of 1999

Évidemment, que Food for Animals, Rubberoom, le Dälek abrasif d'Absence, le Bigg Jus anxieux de Machines that Make Civilization Fun, évidemment que c'est là la famille de Horrors of 1999, que c'est avec ceux là que je range physiquement le disque et que niveau évocation et tableaux il y aurait moyen rien qu'avec eux de brosser un beau cauchemar post-nucléaire. Peut être même qu'il y manquerait un rien de Death Grips, aussi.
N'empêche que : Gravediggaz, Haus Arafna, Black Flag. Voilà qui à mon sens donne une image bien plus vive de l'expérience que procure cet expéditif et néanmoins aussi immersif que saisissant petit disque.
On en profitera d'autant plus voracement, que l'on ne sait si cela va durer avec l'album à venir bientôt, dont le morceau lancé en guise d'apéritif, pour ce que le procédé vaut, semble augurer une envie d'aller chercher ce qu'il y avait de plus fédérateur dans Absence - notez bien que ce n'est pas antagoniste avec ce qu'il y a de punk chez Black Flag.

samedi 1 avril 2017

Unearthly Trance : Stalking the Ghost

En fait, Unearthly Trance c'est un peu, pour simplifier le fatras de références habituel, Verdun en version fans de Motörhead, ou disons, d'Uns...
OH MON DIEU.
NYC, trio, têtes de chauffeurs-livreurs à casquette, sans histoire, le regard un peu hanté, nom qui commence par U... Comment n'ai-je pas percuté avant ?
Stalking the Ghost est un disque de doom, oui, limite tradi, et noyauté par les lignes de basse de caniveau à la Unsane. Pas comme V qui, de la part d'un groupe notablement fils de Neurosis, allait chercher directement à la source l'héritage des Swans, qui sont les parents de Neurosis, pour faire de Swans un groupe de hardcore new-yo...
OH MON DIEU.
Swans, Signorelli... Ajoutez Ted Parsons qui a joué pour les Swans et Godflesh... Vous l'avez, le tableau général ? Il est beau, pas vrai ?
Bref : vous faites comme bibi, vous vous prenez Stalking the Ghost, qui est vachement bien, et après si vous avez un tant soit peu de temps devant vous, vous devriez en toute logique finir par réécouter toute la discographie de ce groupe, qui est bon comme le bon pain ; quand vous ferez une pause entre deux disques, vous irez ajouter le groupe à la liste très sélective de ceux dont un certain nombre d'albums sont le meilleur album.

mercredi 29 mars 2017

Hangman's Chair : Split with Greenmachine

Plus ça va, et plus mon pauvre cerveau peu à peu parvient à déchiffrer les mots qu'il reçoit, et à percevoir enfin ce que le cœur avait ressenti d'entrée, à entendre ce thème d'un sordide napolitain, et ce "Sleep well" doucereusement empoisonné : "Can't Talk" raconte un suicide ; celui d'une femme, belle comme la mort, à l'existence tragique de demi-prostituée qu'on devine ruinée par la maladie de la drogue dure.
Elle en parle si bien qu'on est brûlé par l'envie, uniquement rhétorique, de la bombarder meilleure chanson sur le sujet, avant de se rendre compte qu'on en connaît pas d'autre, tout bien réfléchi, et ne souhaite pas qu'il en soit autrement, qu'a priori s'attaquer à ce type de récit ne peut déboucher que sur du mauvais goût - mais eux le font, et qui d'autre d'ailleurs le pouvait, et l'a toujours pu, puisque c'est un peu le sujet permanent du groupe, et qu'ils sont bien les seuls à pouvoir le faire, avec autant de délicatesse, de morbidité capiteuse, de constance...
Qui d'autre, pour narrer ainsi, avec la tendresse qu'on prend pour caresser la rousse chevelure d'un cadavre, comment ignoré de tous et misérable on rentre chez soi et se met fin, dans un silence du monde affreux, dans une soupente sordide, avec la lenteur des choses dernières et pourtant en trois pauvres gestes vite achevés : en un couplet c'est déjà plié, t'as qu'à voir (deux, probablement, mais coupés par aucun véritable refrain parce que ce n'est pas l'humeur, de faire des parties pop bien définies lorsque le moment est celui où tout s'en va dans l'évier) ; et lorsqu'on a brutalement réalisé cela, le solo façon décollage alors prend un sens nouveau, à te démontrer que les chairs de poule multiples que tu te payais déjà n'étaient encore qu'un avant-goût, de ce que contient réellement le morceau comme poison violent...
Oui, "Can't Talk" est ce qu'on appelle communément un morceau monstrueux. Même placé comme il l'est avant lui, le malheureux "Give and Take" souffre un peu - mais souffrir c'est bien, et un disque de Hangman's Chair est fait pour cela - de n'être qu'un morceau excellent en tous points ; et il faut un certain nombre d'écoutes du disque, toutes effectuées en répétant au moins deux fois "Can't Talk", pour se rendre compte qu'il est même un peu mieux que cela - excellent - puisqu'après tout il est du Hangman's Chair, et même pas de la chute de studio, mais de la viande bien fraîche, pour autant que l'adjectif puisse s'employer concernant le groupe dont on parle. Oui, il a du mal à exister, malgré sa grande valeur, et la nouvelle preuve qu'il apporte d'un talent littéralement sans pareil : en résumé, Alice in Chains, Life of Agony, Acid Bath, oui encore et toujours, et toujours et encore en au moins aussi bien, ce que TRÈS peu de groupes (qui, au fait ?) peuvent prétendre accomplir - et avec une dose de cold wave qui continue d'aller croissant et florissant depuis This is Not Supposed to Be Positive.

Le morceau de Greenmachine, lui, n'existe même pas.

mardi 28 mars 2017

Anvil Strykez : Anvil Strykez

De la "synthwave", Anvil Strykez ? Probable, probable que le gus étant métalleux, l'idée du projet lui soit venu par le fait de l'existence de choses fastidieuses telles que Perturbator et tous les autres dont le nom grâce à dieu ne s'imprime jamais dans mon cerveau ; ou peut-être pas ; et bla, et bla, et bla...
Aucune espèce d'importance. Le résultat sonne comme un concentré du meilleur du vieux Leaether Strip - Pleasure of Penetration, tally-ho nous revoilô ! - et puis aussi, pourquoi se priver après tout, celui très Drucker de Solitary Confinement, d'en fait de carpenter-ism du moroder-ism droit sorti de Scarface, ce dont on déduit que Anvil Strykez contient également beaucoup de Van Halen, ou de Twisted Sister, ou d'à tout le moins l'idée confuse que je me fais d'un peu les deux...
Bref, du viril, du peroxydé, de l'enflammé, du ce qu'on veut ; des voitures volantes qui bouffent la couche d'ozone avec leur propulsion, et du sexe visqueux à cheval sur leur levier de vitesse, sans quitter ses lunettes de soleil bandeau au reflets nacrés.
Non, ce n'est pas "la classe", arrêtez avec cette expression aussi ridicule que l'appellation "synthwave", qui au fond révèle que vous ne vous assumez pas autant esthétiquement que vous le prétendez, et me donne envie de vous traiter de babtou fragiles : ça n'a aucune classe, par définition puisque c'est de la musique de ruffian, c'est le summum de la ringardise et c'est ce qu'on apprécie dans ce genre de disque.

Bon, par contre comme c'est de la bonne j'ai exceptionnellement écouté le disque jusqu'au bout, mais comme c'est de la synthwave je n'irai pas jusqu'à l'écouter une seconde fois. Soyons sérieux.

lundi 6 mars 2017

Supergenius : Supertired

Musicalement, une séance de funambulisme entre End of a Year et le Fugazi poppy du fabuleux Red Medicine - quoique, lorsqu'ils virent à la ballade indie neurasthénique, on pense aux morceaux les plus dépressifs de In on the Kill Taker, oui Monsieur, avec leurs ambiances lunaires - alors disons du Fugazi d'une divine douceur, d'autant que question douceur, avec cette magnifique voix qui taquine Charlie Looker et Maynard J. Keenan, sans jamais cesser d'être une pure voix emocore le cœur en bandoulière, à la fois douloureusement banale et céleste, douloureusement aussi, montant à l'assaut des nuages sans hésiter, armée de sa pâleur surnaturelle, pour secouer le ciel comme un prunier...
Emocore avec des membres de Rise and Fall, aussi : on la sentait, en potentiel, la merveille, vu que ce sont les arômes emo qui font tout le sel, rarement l'expression a-t-elle été aussi appropriée, de Rise and Fall ; emocore pour l'intensité d'émotionnelle, pas pour celle des guitares à tout prix, comme une version en blue jeans élimés de Twilight Singers par endroits, ou (forcément) un Planes Mistaken for Stars des jours d'éclaircie - du ciel comme de la gorge - sans aucun complexe quant à ses élans indie, sensible sans être nouille une seconde, ni idiot, avec une finesse digne de Don Caballero, mais dévouée à la simplicité, sans aucun besoin de compliquer les formulations vu que ce sont les émotions, qui sont bien assez compliquées - à ce rayon-là, d'ailleurs, on songe même par moments à l'autre illustre référence, soit bien entendu Quicksand, en version plus ambigüe encore puisque inondée de lumière... At the Drive-In peut savourer sa retraite en toute quiétude, ils ne sont plus de taille.
Gracieux, rien moins.

mercredi 1 mars 2017

Emptiness : Not for Music

Comme prévisible au vu de leur évolution sur Nothing but the Whole, comme prévu à l'écoute du morceau lâché en apéritif avant Not for Music, Emptiness n'a plus qu'infiniment peu à voir avec le moindre groupe de metal ; à la rigueur Blut aus Nord, que justement ils font paraître metal as fucking Ronnie James Dio ; Emptiness quant à eux sont plutôt dead as Dillinger.
Emptiness, comme espéré sans oser y croire tout à fait, est désormais un étrange mais certain cousin de Phallus Dei ; certain car c'est le premier nom qui a bondi à l'esprit, tel le jaguar à la gorge du buffle, lorsqu'on avait entendu ledit morceau, et qu'il le fait à nouveau ici ; étrange car il règne ici, malgré la somptuosité des matières aristocratiques, une atmosphère de stérilité, une odeur comme de la carcasse froide du désir qui n'est, contrairement à ce que l'intitulé semble dire, ne se trouve pas chez Phallus Dei, lesquels tout comme Die Form, auxquels on pense également et pas uniquement, je vous vois venir, à cause des sonorités poussiéreuses et moisies volées à la bande originale d'Orange Mécanique ou Scarface (v'là les histoires qui sentent l'appétit de vie), aiment la chair morte, justement, de toute leur âme et de leur corps également, et aiment à raboter la brûlure de leur peau à la brûlure du marbre froid des cadavres auxquels ils chantent leurs canrassières mais distinguées aubades... Emptiness, non. Ou peut-être est-ce surtout que leur corps à eux est mort à toute expression et éclosion du du désir, dont ils passent leur temps à contempler le souvenir comme des insectes supérieurement développés contempleraient des humanoïdes sur une lame de microscope - d'ailleurs le metal chez Emptiness, les vagues résidus de riffs, les trilles infectés, ressemblent seulement à des traces de saleté mal nettoyées sur une telle lame. La chose en vérité est aussi morte et pharmaceutiquement sale que le suggère sa ressemblance de pochette avec l'abominable double d'Hypnotizer.
Voici ce qui disqualifie toutes les autres références bien trop vives et irriguées de sang, qui peuvent venir à l'esprit, et dieu sait si le mien y est complaisant, et attend à bras ouverts les suggestions telles que Dolorian et Sleazy Listening, ou November Növelet meets Dodheimsgard, ou encore Winter in the Belly of a Snake mais dépouillé minutieusement de toutes ses vertèbres et ses veines, et changé pour ainsi dire en méduse échouée ; d'ailleurs elles s'expliquent, et elles se présentent par endroits, on le voit, une fois qu'on a surmonté le choc initial et la nausée, mais voici ce qui frappe d'obsolescence toutes tentatives de classification de la musique de Not for Music - selon les moments dans ce brouillard anesthésique d'album... électro-valse ? version trip-hop de Decline of the I ? angst-lounge ? cloud gothic rock ? cold-dub ? cadaverifunk ? indus-cha-cha ? - autre que cette communauté d'appétits avec la musique fétichiste, soit-elle Die Form, Phallus Dei, Sleep Chamber ou Fetisch Park, autre que chimique, que chloroforme, formol et tous les autres dans le registre qu'on imagine :
Rarement a-t-on eu aussi froid, et eu le sentiment que la sensation venait d'un profond vide auquel on était directement confronté, rarement le froid et le vide ont-ils eu pareille putride haleine de charogne, rarement putridité a-t-elle eu pareille soyeuse et médicamenteuse consistance, rarement le vide, le néant, la stérilité ont-ils eu si enjôleuse et terne nacre.
Oui, on l'aura compris, Not for Music est un disque rare.



mercredi 22 février 2017

Crucifix : Dehumanization

Université de Bordeaux One - Département de Psychologie Clinique
Séminaire "Contresens et Susceptibilité – Learn it the Hard Way !"
Cinquième conférence : "Crucifix, le Désir d’Extermination à l’État Pur"

- …"Crucifix, c’est une machine de guerre", pourrait-on tout d’abord penser. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre, chacune plus puissante que la coalition de toutes les autres. Un implacable essaim de haine semant mort et destruction partout sur son passage. "Une machine de machines de guerre infernale, lancée à 100 km/h", pourrait-on alors précipitamment conclure. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre infernale lancée à pas moins de 140 km/h, faisant fi des radars et se riant des contraventions. C’est l’arme absolue, la suprématie totale pour qui la possède. Des hameaux rayés du cadastre en un souffle ! Des mégatonnes de bombes déversées en un claquement de doigt ! Des territoires ennemis rasés jusqu’aux couches géologiques les plus profondes le temps d'allumer une cigarette ! "L’herbe ne repousse pas sur les roches métamorphiques", disait Nietzsche et il avait bien raison (…) Dehumanization, c’est aussi la chaleur des frères d’armes auprès du feu de camp. Le soir venu, après une journée bien remplie, on échange des plaisanteries grivoises en trinquant dans des crânes d’enfants. La conscience du travail bien fait, les cartouchières se relâchent. Les corps, jusqu’alors opprimés dans des treillis trop étroits, se détendent. Les chaussettes respirent. "Dehumanization, c’est le repos du guerrier", pourrait-on penser. Mais, en fait, non et c’est précisément là où je veux en venir : Dehumanization, c’est le repos du guerrier entre guerriers. Lorsque la camaraderie virile change de nature. Lorsque la soumission au chef devient sexuelle. Lorsque les étreintes entre garçons se…
- Monsieur, Monsieur, Professeur Cousteaux
- Qu’y a t-il, mon jeune ami ?
- Monsieur, il semble que vous fassiez fausse route, qu’au contrai…
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- …
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- Un, un pistolet, pourrait-on penser.
- Quel modèle ? Quel calibre ?
- Je, je ne sais pas.
BLAM, BLAM, BLAM.
- D’autres petits malins, non ? Tant mieux ! Alors c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas que la semaine prochaine notre dernier rendez-vous, "De Vikernes et du Contrat Social", est avancé à 14h. Merci de votre attention.

lundi 20 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness (Addendum)

Bon sang de bon soir ! Je n'en mettrai pas ma main à couper, parce que je n'ai encore qu'une confiance toute relative envers de tels ressortissants de Polaquie - mais tout de même, "Le Délire de Négation", maintenant que je la regarde à nouveau... Si ce n'est pas un hommage à Tom Waits dans son interprétation du rôle de R.M. Renfield...
Pour ce qui concerne Dali, n'étant pas familier de l'accent polonais, il m'est tout aussi hasardeux de statuer autrement qu'avec la plus véhémente subjectivité.

... Allez, pendant que je vous tiens, je ne résiste pas à la tentation de vous en remettre une pour la route, sur les vertiges sans fin de correspondances divines, qu'ouvre ce petit disque : face à leur manière d'interpréter "Stigmata Martyr", on se prend à penser, aussi, que d'une certaine façon Bauhaus avait déjà inventé Ministry, on se dit qu'en tous les cas l'autre crevard cubain avait de vraies racines goth entortillées autour de son petit cœur, qu'entre "Stigmata Martyr" à "Stigmata" il n'y a qu'un mot, qu'entre leurs riffs guère davantage de différence... Et de se rappeler tout à coup que Revolting Cocks en avait déjà révélé faire partie, de ce petit nombre de groupes (avec les Chicks on Speed aidées de Dave Clarke) à avoir su reprendre de très magistrale façon du Bauhaus. J'aime beaucoup, quand tout concorde, se recoupe et fait sens ainsi, et que le temps se renvoie la balle ; depuis bien avant certain mauvais film de science-fiction récent et à l'eau-de-rose.

dimanche 19 février 2017

Black Wine Order : vvvvv

Ça va finir en rafales incohérentes de noms - comme d'habitude ? Mais cette fois, ce sera vraiment, ou du moins encore pire que d'habitude, pour attester à quel point Black Wine Order ne se situe nulle part. Alors, autant y aller direct, pas vrai ?
vvvvv évoquera autant, tour à tour et chaque fois pour ne surtout pas suffire, voire pire - Sisters of Mercy que Atomic Cries, Bain Wolfkind qu'un truc de dark-wave médiévorientalisant pour lequel aucun nom pertinent ne me vient (non, certainement pas Dead Can Dance), un genre d'Omala tout malingre peut-être, de Moon Lay rachitique jusqu'au diaphane ; Danzig réincarné en guise de pénitence en Barry Adamson ; Horse Latitudes et Avgrunden ; Heart in Mouth, un Finitribe de bled roumain paumé ; Angelo Badalamenti retiré à Tchernobyl... En étant moins littéral, alors, pour encore un peu plus prendre la chose par cet aspect onirique dégueulasse, désespérant et pourtant doux à l'extrême, qu'elle a ? Sink, Messagero Killer Boys, Échancrure, 202Project... Ce n'est toujours pas ça, désespérément pas.
Tous ceux-là, mais à la manière de fantômes flasques comme des serpillères, des écharpes de brume au-delà du livide, au stade de vestige, comme une trace sur une vitre, comme des âmes en peine errant et traînant leurs patins dans de blanches et déprimantes limbes, limbes, justement, que sont la musique de Black Wine Order, elle qui parvient à être noire et blanche en même temps, gouffre et poussière, malveillante comme une incantation primitive et confortable comme un martini dry, aqueuse et aride dans sa consistance incertaine - le ton est bien en vérité à l'incertitude, comme celle de savoir si oui ou non le thème initial de "Lvmen" est un hommage aux Sisters of Mercy ; vvvvv, c'est  le truc en minuscules qui n'est pas vraiment là, mais dont la gêne elle est bien présente, juste assez pesante sur le moral pour incommode, matière vide d'une manière de western existentiel dans les décors déserts d'un Nosferatu d'Herzog en proie au doute rampant et à la neurasthénie, trop barbouillé d'il ne sait trop quoi pour avoir les crocs, même si ceux-ci protubèrent toujours aussi ignoblement que son haleine fétide flotte à plusieurs mètres autour, douceâtre, écœurante, hypotique.
Une chose qui, ainsi qu'on le voit, échappe aux phrases, qu'elle disloque, dissout, effiloche, sans que ce l'empêche de suivre son chemin, par capillarité presque, par lente infiltration, à son rythme de soyeuse procession dont sourd, affleure par endroits un caverneux marmottement, nulle part musicalement autant que temporellement.... Une infection.

samedi 18 février 2017

Medico Peste : א : Tremendum et Fascinatio

Comme ils disent, là-bas aux 'Stazuni : "a whole different beast". En tous les cas certainement pas un album qu'il y aurait du charme à découvrir après une rencontre-révélation via une oeuvre ultérieure - en l'occurrence Herzogian Darkness - supposée plus aboutie, et dont on remarquerait attendri les prémices dans ce qui l'a précédé.
Prémices il n'y a pas, ici : plutôt convient-il de dire que tout est déjà là, mais dans autre chose, donc. On trouve déjà ces soubassements de groove nineties mécanicanaille (l'entame de "Livid"... sacré bon sang !), et cette sensibilité goth renversante, qui expliqueront ensuite si l'on veut la réussite, toute en élégance naturelle voire native, d'un coming-out aussi grandiose que "Stigmata Martyr" ; mais ce premier album, qui peut pour cela précisément paraître au premier contact épuisant et un peu moins personnel, est un album de black metal bien plus pur que Herzogian Darkness - enfin, pourvu que vous considériez que l'orthodox est du côté de la pureté : d'évidence on s'inscrit ici dans une obédience à la jonction du meilleur d'Ondskapt - les deux premiers disques, jusqu'à nouvel ordre - et du meilleur des caveaux dandy de Paname - un peu d'Aosoth, beaucoup de Merrimack et Decline of the I, et pour un peu à entendre la majestueuse rampance de certaines séquences, que je vous déflore donc ici, j'en courrais dépoussiérer ce joyau de Verbia Daemonicus, resté tragiquement unique ; c'est là la composante majeure, le terreau sur lequel pousse et prospère florissante la musique de Medico Peste, avec tous ses fruits pourris ; soient-ils ceux évoqués plus haut, donc, et les stridences d'ambiance industrielle, qu'ils savent faire irradier déjà des accords beumeu, aussi, mais encore les couleurs de cabaret dégénéré, et puis de sourds martèlements de tambour qu'on ne leur connaissait pas et qui s'avèrent merveilleusement compatibles voire complémentaires avec un appétit féroce de blastbeat à la frénésie digne de Mayhem, et puis encore aussi une façon de ramper surnaturelle, dont le mérite revient autant aux guitaristes qu'à ce batteur traîtreux et versatile comme un félin, dont les bouillons, associés à ces accents industriels dont je ne laisse pas de vous rebattre les oreilles et sur lesquels il brode avec appétit, rappellent avec des frissons de plaisir que Medico Peste sont compatriotes de Kriegsmaschine, autant qu'ils sont frères spirituels d'Ondskapt - "The Great Illumination", et son finale de buveur de sang... Versatile, virevoltant avec grâce dans la fange, éblouissant dans ses couleurs vineuses, étincelant de pourriture, א : Tremendum et Fascinatio est un festival et une orgie d'une bestialité raffinée que l'on associait plutôt aux Carpathes qu'à la Pologne.
A whole different beast... ou pas. A la manière des démons, la musique de Medico Peste est tributaire de la forme sous laquelle elle est invoquée par l'officiant, mais demeure la même viscéralement : ici sous, en résumé, une apparence nettement plus black metal et appliquée, le groupe reste celui qui fait de l'orthodox atypique ; puis, bon, ce n'est pas comme si c'était tout à fait rien, que de rejoindre le très sélectif club des rampants, où pour ma part je ne range guère qu' Obscurus Advocam, Creeping bien entendu, et Mortuus.
Et pour l'essentiel, l'effet de א : Tremendum et Fascinatio est peu ou prou le même que celui d' Herzogian Darkness : à sa sortie, on se sent fiévreux et sali.

vendredi 17 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness

De l'art de composer son menu... Je n'y suis généralement pas (consciemment) sensible ; est-ce parce qu'ici le format ramassé permet de le constater plus aisément, c'est probable ; néanmoins je reste persuadé - avec émerveillement - que le talent singulier que montre Medico Peste dans l'exercice n'y est pas tout à fait innocent.
Et la discipline inclut celle d'accommoder ce qui, cru et devant les yeux sans imagination du profane, n'est pas fait pour aller ensemble. Un mat et sautillant poc-poc de batterie, qui vient rapidement chiper la vedette au blast-beat et qui - là, si vous en voulez de l'involontaire, pour ce coup et ce coup seul cela peut-il probablement se discuter - d'emblée évoquera Therapy?, au moins à l'auteur de ces lignes, ce qui le met toujours dans les meilleures dispositions ; des guitares maladives qui bien vite, du Deathspell Omega qu'on y verra par réflexe - et qui du reste a sûrement été écouté chez Medico Peste, peu importe de savoir avec quel exact degré de religiosité, mais qui s'il est permis de le dire, nous évoquera plutôt la version moins doctorale et plus... malade, tiens, viciée et vicieuse (parisienne en un mot) qu'en peut donner, de ces fameuses harmoniques, un groupe tel que Nyseius sur son dernier album - se voient bientôt dévoyées par Medico Peste en quelque chose qui possède la stridence et la répétitivité d'une sensibilité bien plus industrielle, continuant par le fait d'évoquer Therapy? - sérieusement, certains de ces riffs pourraient avoir été exfiltrés de Born in a Crash -  et Godflesh ; des lignes de basse reptiliennes, prédatrices, claudicantes tour à tour ; et puis des choses plus discrètes, telle cette batterie batcave, digne des Virgin Prunes, qui entame puis entrelarde "Hallucinating Warmth and Bliss", sans oublier cette voix de dégueuleur de cendres chaudes, qui paraît parfaitement dans les clous du style pratiqué, et réussirait presque à occulter un talent aussi singulier qu'il est discret.
En somme rien pour nous empêcher de redonder encore avec le mot malade, qui ne sera toujours pas employé pour la dernière fois, à propos d'un disque dont dès la pochette - ses airs de Septic Flesh, Sopor Aeternus, Marylin Manson voire Rammstein - on est préparé à entendre ensuite des cousinages avec des choses aussi saines que Shining, Lifelover, Karv Du, Urfaust, Circle of Ouroborus... dans ses accents de cabaret décadent occasionnels comme dans ses plus continuels échos d'alcôve capitonnée, bref toute la grande famille du "ça pourrait aller mieux" dégueulassement auto-complaisant, du décadent, du syphilitique et de l'auto-mutilateur, famille dont du reste on a la sensation délicieuse, lorsqu'on rencontre la mélodie de cette triste valse alcoolique qu'est "Le Délire de Négation", d'avoir enfin ressorti des étagères l'un de ses disques préférés parmi les œuvres - vous trouvez ces phrases longues, juste un peu ? Elles le sont, autant que Herzogian Darkness peut pour sa part se montrer direct, compact, concis, au point de prime abord de paraître une chose simpliste, alors qu'il est juste simple et concentré sur son propos, lequel de ce fait et sous ces airs modestes produit d'autant plus efficacement son effet de sape et d'obsession, frappant toujours aigu au même endroit, au contraire de ces références disparates (ajoutez Hell Militia, Aosoth et Unearthly Trance où vous pouvez, pour essayer définir un peu ce qui cloche chez Medico Peste... moi je baisse les bras) qui peinent à situer exactement en quel endroit du bide on se fait perforer... Medico Peste, en toute simplicité, rend l'orthodox inorthodoxe.
Et c'est sur ces entrefaites que déboule, en conclusion et comme une bouffée d'air enfin, à la manière de celle qu'on trouvait en pénultième position sur Skandinavisk Misantropi - du moins le croit-on lorsqu'en résonnent les premières frappes de batterie, après cette daliesque crise de chaude-pisse qu'est "Le Délire de Négation" - ... "Stigmata Martyr". "Stigmata Martyr" que je n'avais entendue depuis des années, et dont je n'avais jamais entendu dans le riff le potentiel canaille (erreur toujours fatale autant que grossière, me direz-vous, de sous-estimer le potentiel "cran-d'arrêt" d'un morceau de bon gothic rock : vous savez, ce punk-rock auquel sans qu'on sache pourquoi il faudrait ajouter le préfixe post ?) au point d'en inspirer le qualificatif "urbain" et "proto-nineties", jusqu'à susciter des réminiscences du morceau d'Helmet avec House of Pain, plus proche (dites vous que c'était ça, ou bien je vous citais RATM et -(16)- ) exemple de ce type de rock industriel de première bourre, à la fois mécanique et félin ; on n'avait pas entendu aussi carnassier et vicelard depuis Pig Destroyer qui reprenait... Helmet, vous n'y échapperez pas.
Allons : renonçons aux trois autres paragraphes qu'on pourrait avoir envie de partager, au sujet de ses joies et ses acidités gastriques, dans son quotidien avec Herzogian Darkness, et les hallucinations auditives que son noir brillant provoque ; abdiquons enfin toute prétention critique, j'ai de nouveau 15 ans : putain, ça c'est du rock, les gars. Vous savez, la même musique, ramassée, féline, fluidement, ouvertement meurtrière, que joue Cowards sur Still (comparaison incongrue ? de une, même choix de donner à son écriture une nouvelle limpidité, quasiment américaine, après un album en forme de roncier, cet art de ce qui est évident et long en bouche à la fois, et qu'on appelle autrement "classique instantané" ; de deux, même façon de finir un disque sur une reprise tout à la fois jubilation et enfonçage de clou dans la plaie ; de trois, même capacité à me rendre volubile jusqu'au point du jour, à propos d'un disque de pas trente minutes ; d'autres questions ?), ou Funeral Mist sur Maranatha ?

Clandestine Blaze : Harmony of Struggle

M'étant déjà suffisamment épanché dessus, comme on se soulage, sur des agoras numériques, je ne vous raconterai pas trop en détail mon rapport compliqué avec Clandestine Blaze, le défaut de la cuirasse de Mikko Aspa à mes oreilles.
Mais cette fois, je le tiens, c'est le bon, puisque malgré l'insuccès des autres albums à m'affoler j'y ai toujours flairé la trace de quelque chose, et me suis acharné sur ses disques : Harmony of Struggle est mon album de Clandestine Blaze.

Entre "Myth Turned Alive" et son ambiance doom boréal où se mêlent merde, neige et sang - et son piano odieux ! -, celle plus space opera, grandiloquente à tout le moins, de "Messiah for the Dying World", le menaçant "Face of Granite", comme un prologue prometteur des pires horreurs, à "Wings of the Archangel", l'invraisemblable rafale de double pédale finale (en bien des sens) du dernier nommé - cet hallali…  à ce stade c'est presque un hommage à la double originelle, celle d' "Overkill"… simplement à la finlandaise -, les chuchotements de cadavre dans son scaphandrier, nombreux, et les lancinants et mélancoliques interludes Memento Mori, qui viennent matérialiser çà et là une ambiance quelque part entre Raison d'Être et In Slaughter Natives qu'on sent subliminalement courir sous tout le disque ; et la façon permanente dont tout cela alterne et ensemble valse et s'entretisse : cette fois c'est bien sûr, c'est bien mon Mikko, et il a mobilisé ici tout le talent qui est en lui pour les ambiances de fin du monde - à sa sauce, c'est-à-dire aussi sale que grandiosement tragique. Une sorte d'horrible et bouleversante collision entre Stabat Mater et Darkthrone (que Clandestine Blaze aime au point de ne faire différence aucune, entre Transilvanian Hunger et Sardonic Wrath, béni soit-il), chantée par sa voix la plus horriblement congelée de prédicateur charognard dans sa cathédrale tombant en ruines au milieu du dernier bombardement.

mercredi 15 février 2017

Oureboros : Mysterium Tremendum

Où donc était passé le talent insolent pour propager la transe des noyaux planétaires, qui s'était penché sur le berceau de Fragmentation et Vita Mediativa, Dieu sait si je les ai usés ? En hibernation, qu'il était, le fourbe, laissant Oprhx se démerder seuls pour le reste de leur carrière (dernier en date, à peu près du même âge que cet Oureboros, compris)... A attendre ce jour présent pour, avec la fraîcheur d'un gardon, venir retrouver Orphx sous une nouvelle identité, et faire la nique à ce que d'autres vieux de la vieille on pu faire dernièrement, me laissant pour ma part chaque fois sur ma faim avec l'envie de les mettre de force à la retraite : In Slaughter Natives, Sielwolf, et dans une moindre mesure Raison d'Être ; on imagine la mort dans l'âme.
L'osmose de la plus raffinée des technologies ambient avec le pouls tellurique des tambours primitifs, pour un mieux-disant basses-profondes et sourdes cadences rocailleuses ; c'est à dire, évidemment, beaucoup mieux que tout ce qu'a pu pondre Brian Lustmord depuis des années, ou Riton Nordvargr pour ne pas toujours taper sur les mêmes : pour vous figurer la chose, imaginer de soyeuses réminiscences des deux illustres ancêtres précités, panachées d'un trait de Mz.412 où se mêlerait Infernal Affairs à In Nomine... sans oublier des effluves des trois illustres déchus, qui n'ont pas été cités par hasard,  puisqu'on en peut trouver ici ce qu'on était en droit d'attendre sur leurs propres productions ; on pourrait même (des fois que vous m'auriez pas vu venir) voir dans Mysterium Tremendum une manière de synthèse des trois... à laquelle se viendraient mêler d'autres choses, toutefois, puisque le laïus de l'éditeur n'a pas tout à fait tort de parler de racines metal (dont personnellement j'ignorais jusqu'à l'existence) s'exprimant ici, et s'entrelaçant à merveille au matériau ambient chamanique : on songera également, çà ou là, aux excroissances modernes où ensemble boursouflent drone, post-hardcore et shoegaze dans une monumentale chorale de larmoiements astraux - pensez The Angelic Process, en forcément moins ouin-ouin-Nadja ; on enterrera aussi, sans même s'en rendre compte, de larges pans de la discographie de Wolvserpent ; et jamais on ne se départira d'un équilibre tel, gracieux comme le dialogue de deux méduses, entre techno et industriel, qu'il ne semble ensuite que pure logique que l'on pense sans prévenir à Elektroplasma, rien que ça - devant ces mouvantes nappes d'un noir d'encre profond et frissonnant. Sans compter, pour le même prix, une conclusion sur un petit morceau digne de Sol Invictus ou Orchestre Noir, tranquillement, histoire de faire remarquer que oui, on pouvait encore glacer un peu plus le fond de l'air.
Vous ne cherchez pas : vous achetez tous ceux qui vus manquent sur les trois.