samedi 23 septembre 2017

With The Dead : Love from With The Dead

Allez-y ; dénoncez vous : qui a chié dans les foutues bottes à Tonton Lee, cette fois, qu'il nous ponde pareil album ? Ce ne doit pas être une broutille comme seulement peut espérer en commettre l'autre niais d'en face, pour inspirer un truc aussi... extrême. Il a appris que Barney autrefois fut centriste, ou quoi ?
Tough deadslug metal. De retour dans la Forêt de l’Équilibre - mais avec un lance-flammes ; ou, tenez puisque j'ai lu une excellente nouvelle là-dessus récemment, un truc sale de Death Guard ; pour les non-initiés à Warhammer, imaginez vous que ladite futaie, déjà guère impressionnante par la bonne santé et les bonnes intentions de ses essences, se voie contaminée à larges rasades de concoctions maison par toutes les sortes de maladies dégénératives aux effets exotiques à regarder, que l'imagination d'un aigri grade Saturne puisse concevoir en ses plus abyssales ruminations. Intoxiquée, viciée, polluée, souillée, dégénérée, putréfiée sur pied.
En même temps, on peut (comme souvent, bla, bla, bla) considérer qu'on avait été prévenu de façon très fair-play - Lee Dorrian n'est toujours pas anobli, au fait ? - dès le titre : Bons Baisers de With the Dead, ça dit bien ce que ça veut dire, dès lors qu'on sait lire, et à qui l'on a affaire. Le prévenu est donc, en vérité, un disque d'une couillonnerie - la sorte nocive - avérée et impressionnante ; c'est un fait ; un fait non moins flagrant est son caractère jubilatoire : la vérité, mis à part Forest et Rampton, sur quoi de vraiment extrême a chanté notre oncle préféré ? Non seulement cela faisait-il longtemps - car à écouter le ci-devant disque on se rappelle que The Last Spire était certes sinistre, mais avec un grand sourire de Cheshire - qu'on ne l'avait entendu aussi radical (même si, accordons le, Caravan Beyond Redemption est proprement radical et extrême, à sa façon), mais encore nous fait-il la faveur de ne surtout pas radoter, car au risque d'enfoncer des caveaux déjà profanés (on ne fera pas dans la finesse aujourd'hui, ce serait inapproprié : Lee a l'extrême délicatesse de ne pas faire fin, lui), With The Dead n'est ni Cathedral, ni Teeth of Lions Rule the Divine ; ni  non plus Alkahest, dont on retrouvera également ici une part de la beauté, étrange et terrifiante, germée dans l'isolement extrême et l'aliénation... et qui a bien y réfléchir était déjà celle qui en plusieurs endroits affleurait sur Forest of Equilibrium : la beauté des violettes contrées de l'esprit tuméfié de Lee, de ses blessures qui sont autant de vulves d'orchidées, obèses de toute la rancœur qui peut ronger, vicier, gâter un vrai artichaut, et rendre une âme sensible plus morbide qu'aubergine ; une beauté que Dave Patchett était le seul à avoir touchée du doigt, jusque là, mais que la laideur de cette pochette-ci, sa façon de sourdre faiblement de la ténèbre, si elle vous indique accessoirement à quoi vous allez ressembler tandis que vous headbanguerez, dit quelque chose de la façon dont l'album peu à peu vous nimbe de sa luminescence blette mais pourtant pénétrante, de sa fétide couleur, de sa séduction spectrale à la poigne pourtant d'acier, de sa pulsation d'un autre monde - celui où erre l'esprit de Dorrian ; elle dit assez la façon dont la voix de Lee, justement, lutte pour surnager rien qu'un peu en cet océan de bitume liquide, dont il faut être un vrai bonnet de nuit pour ne pas bientôt percevoir l'épouvantable beauté huileuse, celle d'un océan d'enivrante nausée plus vaste que le monde - cette chose surfaite.
Love From est un peu de tout cela au fond : Rampton et Forest à la fois, et The VIIth Coming, et Alkahest. Un paradis de boue irradiée par le désespoir ricanant. Le truc bien toxique qui te rappelle comment tu n'osais pas imaginer écouter un jour Cathedral - mais néanmoins fantasmais dessus - lorsqu'il y a vingt-cinq ans d'ici tu lisais la répulsion dans les mots des journalistes qui rapportaient, le temps d'un entrefilet syndical, ce qui était arrivé au chanteur de Napalm Death.
Mais rassurez vous : si vous ne le voyez pas non plus, il vous reste largement de quoi vous régaler avec Love from With The Dead, qui au même titre que certains passages de Caravan Beyond Redemption, met une rude raclée à bien des groupes de death, et fait rougeoyer en particulier le derrière d'Entombed - car ne vous y trompez pas : s'il a la grâce d'être bien plus, Love From est pourtant non moins monstrueusement primaire que With the Dead ; grâce également - quel miracle d'homme ! - au flow de Dorrian, et puis au batteur - qu'on cesse un peu, avec cette histoire de Greening, toujours Greening : ce dernier est un bon batteur, il est ici remplacé par un autre bon batteur, qui fait à la perfection ce qu'il y a à faire : tabasser la gueule, sans précipitation mal avenue, avec un laconisme de bourreau au cerveau aride. Si battle il y a avec Electric Wizard, comme on veut toujours en soupçonner Oncle Lee, tout au plus se joue-t-elle là, dans la farouche crétinerie macabre d'un album qui surclasse d'une bonne tête Time to Die, tant en bassesse de l'altitude qu'en racaillerie de l'attitude - laissant par le fait impatient d'entendre la réponse imminente avec Wizard Bloody Wizard - qui est annoncé par les personnes compétentes comme atterrant d'idiotie.
Il est toujours bon de le rappeler de temps à autre : le bon doom, c'est mieux que le reste.

jeudi 14 septembre 2017

Unsane : Sterilize

Accrochez à vous à vos chaussettes, révélation : Unsane, c'est comme Motörhead. Wow, mec...
Non mais je veux dire, cette musique-là, la leur, elle est tellement ulcérée et inflammatoire par définition même... On pourrait croire que c'est compliqué, de déterminer quelles fois ils ont vraiment le feu, entre tous leurs identiques albums ? Eh bé, en fait, ça l'est jamais. On le sait d'entrée ; oh, peut-être un peu moins, cette fois-ci, à l'habituelle façon de camion poubelle qui vous emplafonne en bourrant vers le dépôt, tout simplement parce que le dernier nous avait tellement échaudé qu'on croyait que, comme Darkthrone, on en avait fait le tour, et qu'on s'amenait donc en traînant un brin les pieds, se disant rien qu'un peu qu'Unsane, ça fatigue ; mais très vite néanmoins, on le sait, en écoutant même d'une oreille Sterilize. Unsane est de retour dans ses pompes.
Le grand Unsane. Le meilleur Unsane, pour bibi, c'est Occupational Hazard. Alors, là, vous imaginez Occupational Hazard, sa matinale acidité tellement vivifiante et qui brûle les yeux, sa claire vigueur, et vous haussez juste un peu la teneur en blues ; juste un peu, on a dit : pas à l'épaisse manière de l'empâté et quinquagénaire Wreck, pas à l'épaisse manière du légendaire et juteux, mais un peu cabotin et boisé, Scattered, Smothered and Covered : juste ce qu'il faut, de façon légère, pour ne point que cela gêne le moindrement un allant - le feu, on a dit ! -, une allégresse au baston qu'on n'avait pas entendue depuis... une foutue paye. Pour ne pas alourdir - j'allais dire : "ça doit rester" - mais non : c'est là une mouture presqu'inédite pour l'alambic maison, de s'avérer si racloir et volatile à la fois - ce qui doit avant tout demeurer un feu pâle et sec, une brûlante rasade d'eau-de-vie, d'eau-de-feu qui vous nettoie la plomberie des dents du fond jusqu'au fondement. Acide, acide, acide : ah, ça ! vous pouvez oublier l'homéopathie qu'était Visqueen, avec ses parcimonieuses molécules d'Unsane fixées sur de jolies billes de sucre bien lisses. Sterilize porte bien son nom : ça va piquer, ne dit-on pas juste avant de fiche le coton imbibé d'alcool à 90° sur la balafre bien fraîche ? Rouste sur rouste sur rouste ; jamais à proprement parler dans la menace, parce qu'on ne parle pas, ici : on fait ; mais jamais non plus dans l'exécution capitale et l'anti-rigolade : toujours au coin du rictus un cure-dent qui se dandine avec une jovialité complice. L'allégresse, il convient de se répéter, est ce qui caractérise Sterilize à un point ébouriffant (une concentration en vitalité, en vie, en envie, en canaillerie, qui fait que par endroits l'on pense aux plus hilares moments de KEN Mode, en moins... Canadien, voyez ?),  avec ce que la chose sous-entend de vulnérabilité acceptée - disons, d'acceptation du risque de s'en prendre une dans la chaleur de la mêlée, sur laquelle il glisse comme l'auteur de "Scrape" qu'il est, acceptation faite la joie peinte sur le visage - avec du sang, cela va sans dire.
Du noise-rock de camionneurs vicieux, plus instinctif que jamais et ce n'est pas peu dire, baveux comme du Killdozer ou du Jesus Lizard, rafraîchissant comme se fracasser un pichet de bière sur le crâne, et qui vous contamine tellement bien de sa jeunesse retrouvée qu'on s'en sentirait presque coupable - presque - d'avoir commencé à trouver que Pigs valaient peut-être aussi bien. On ne le fera évidemment pas, parce qu'on aime Dave Curran, qu'on aime Pigs aussi et que Pigs est d'un vice différent, plus rampant - sans pour autant, et rester dans la famille, aller jusqu'au carrément spooky de Bardus - et plus mental, d'une acidité à la limite du fantomatique - mais tout de même, faut avouer... Unsane, c'est comme Motörhead.

samedi 2 septembre 2017

Atriarch : Dead as Truth

On peut bien, allez, essayer de décrire Atriarch, ou du moins les portions qu'on aperçoit de son corps : du deathrock à l'évidence, obédience située quelque part entre Bauhaus et Usherhouse ; du punk hardcore, lui vagabondant entre Neurosis et Amebix ; et du black metal très sanguin et rabique.
Mais à quoi avance-t-il ? Assez à la façon de The Body quoique de bien moins ostensible façon, Atriarch ne ressemble à rien de déjà entendu ; vu, pour ça en revanche, oui : vous avez déjà posé des yeux, inquiets, sur un ciel d'orage bien fatidique ? Plus que jamais, plus qu'avec le presque apaisant couvercle nuageux de Forever the End, dans Dead as Truth la musique d'Atriarch menace, explose même parfois... mais jamais longtemps, ni de décisive façon - ce serait trop facile ; pour vous, s'entend. Atriarch accuse, accable, on ne peut que noter et être frappé par la crudité et la candeur punks du propos, cadences autant que harangues ; mais il vous laisse vous démerder avec, il ne vous exécute certainement pas - à quoi bon, aussi, puisque vous êtes tous morts, il ne laisse pas de vous le rappeler charitablement ? Non, Atriarch ne paraît pas être là pour la révolution, ni même pour exprimer sa révolte : juste pour la jouissance narquoise de vous agonir, de ne pas vous laisser en repos, douillettement emmitouflé dans la couette de votre illusion de vie, et d'espoir : tout est joué, et vous êtes déjà foutu. C'est aussi simple que cela, c'est même en grande partie ce qui trouble avec ce disque les premiers temps : la simplicité de ce qu'il pointe et la façon dont il le pointe crument de sa griffe difforme. L'abîme, avec une limpidité sans fard ni répit, même dans ses moments de sinistre et indifférente lézarderie.
En fait c'était tout con, d'approcher et adopter ce grotesque petit amas de bouts de tubisme mort-né : du deathpunk des enfers.


vendredi 1 septembre 2017

Monarch! : Never Forever

Faut-il l'avouer ? Oui, il le faut : pour rencontrer un disque il faudra toujours à un moment en venir là, à se défaire de l'excédent de bagages, que seront toujours toutes attentes qu'on a pu nourrir à son endroit, si liminaires soient-elles ; elles auront néanmoins documenté, enraciné le rapport futur que l'on créera avec lui, mais il convient de les connaître clairement, sans fard, plutôt que de les subir dans ses propres recoins. Pas besoin de psychanalyste pour cela, ouvrez vous à vos sensations.
Or donc : on a eu peur, lorsque la première fois Never Forever a commencé ; parce qu'on ne s'attendait pas à cela, quand bien même peut-être aurait-on dû. Je parle, non pas même du chant en français, mais du chant distinct, intelligible, et ô combien, voilà bien ce qui était inédit et choquant chez Monarch. Mais bientôt il a fallu s'y rendre : c'était bien ce qu'annonçaient les éclairs de new-wave et de Cranes, qu'on avait parfois aperçus en concert (cela faisait d'ailleurs bien longtemps, que ces derniers charitablement montraient Monarch plus que prêt à embrasser pleinement la dimension théâtrale de sa musique) ; il est bien là, le disque que ces morceaux récemment joués annonçaient : l'album wave et œil charbonneux de Monarch ; l'intersection, en une clairière perdue d'une forêt japonaise elle-même perdue dans le temps, entre SubRosa, Warning, et Anatomia.
Évidemment, du coup, qu'il est un peu glossy : ne s'y attendait-on pas un peu, sitôt la pochette rendue publique ? A-t-on voulu espérer le contraire, alors ? Vaut-il pas mieux se laisser faire, faire confiance, au bout de tant d'années ensemble, leurs orages y compris ? Oui, la voix d'Eurogirl n'est notablement plus ce chat qui s'étouffe au loin, à la cave (non que pour autant se mettre en avant et chanter signifie en rien perdre en naturel et insolente vulnérabilité) ; oui, au rayon aristocrates également, la voix de Michel met du monde - tout le monde ? - à l'amende, en se montrant tout aussi sub-putrifiquement gutturale qu'un Lasse Pyykkö, tout en ruisselant d'une distinction de spectre plus vieux que le monde : un growl de chimère, pareil à de majestueux monceaux de fumée et de poussière, cascadant lentement à la façon d'une barbe de fleurs pourries... et la musique derrière lui de tout naturellement, limpidement, suivre avec ses riffs entre drone sabbathique pur et death metal de la plus religieuse extraction : une manière de musique sacrée et vagabonde à la fois - toujours : sans avoir besoin jamais de surjouer ou simplement d'afficher une quelconque allégeance règlementaire à Amebix, Monarch toujours, par la seule simplicité qu'ils mettent dans tout ce à quoi ils s'appliquent, même cette belle musique d'aujourd'hui, restent ces humbles punks et ces débonnaires sacs-à-vin que l'on connaît, et rien que pour cela la référence faite plus haut à SubRosa ne peut servir que de point de repère approximatif, duquel prendre la mer, et partir loin - ceci dit sans vouloir se montrer désobligeant envers quiconque : simplement n'est-on pas ici dans une saga heroic fantasy, même du meilleur tonneau ; mais dans la musique mythologique sacrée, celle réservée aux moines de l'imaginaire ; même lorsque la féérie ou le stellaire explicitement viennent s'en mêler ; quoiqu'on ait pu imaginer comme parenté allant s'affirmant, on n'est pas chez Fvnerals non plus, et dans la prolixité de ces derniers malgré leurs phrases plus courtes en souffle : ici, il est question de calligraphie, pour continuer dans le japonisant ; et de la variété, donc, forte et abrupte. La simplicité, encore, toujours, aller droit, sans s'embarrasser de l'accessoire, de la fanfreluche, du maquillage, de la coquetterie intellectuelle et musicienne. L'épure, et tout l'espace qu'elle laisse à la suggestion pour ouvrir ses voiles, et faire miroiter des choses inouïes en usant toujours du même vieux pinceau bourru - ce cher vieux son de guitares, tout à la fois dinosaure et velours épais, fidèle au poste là-dessous les nouveaux leads épiques convoquant aussi facilement Warning que Paul Chain, aussi célestes que rincés et sans âge...
La dimension sacrée du drone, c'est ce qui traverse - et transcende, et emporte au profond des cieux, inversés bien entendu - tout ce qu'on peut jouer à reconnaître ici, le plus auguste de Hooded Menace, Diamanda époque Saint of the Pit, une certaine mignonnerie subliminalement cartoonesque, l'hysterodoom à la Bloody Panda, Bathsheba, Jex Thoth, Denali, Damad... Alignez à votre guise des éclairs de perception que vous aurez reçus, comme caresses sur vos paupières closes, durant Never Forever (The Body pendant "Song to the Void" ?), mais tout ceci ne composera à la fin toujours rien d'autre qu'indubitablement du Monarch, avec sa vivacité de brontosaure grognon, et sa pudeur, autant celle des enfants, qu'ils sont (c'est bien ainsi, d'ailleurs, qu'ils sont maquillés, ici plus que de coutume : comme des enfants qui jouent à la dernière marche des sorcières vers la cathédrale dans le ciel ; pas comme des dindes que nous ne citerons pas mais dont les noms de gagneuse finissent en Wolfe ou en Jesus), que des éléments naturels, qu'ils sont également ; et la vérité, naturellement, des deux.
D'ailleurs ce qu'ils vous rappellent par-dessus tout, l'on finit par confondu s'en apercevoir, c'est ce que vous connaissez déjà de ces morceaux, pour les avoir entendus deux malheureuses fois en concert : les mélodies, marquantes, et même les mimiques physiques - grimaces, hochements de connivence, empoignements de manches - de l'un ou de l'autre au moment de chaque intervention, comme les expressions d'un membre de votre famille ; ce n'est pas peu dire, étant connues les différences d'interprétation possibles d'un soir à l'autre avec le groupe dont on parle ; c'est assez dire comment ces chansons-là sont leurs plus cuisantes, mémorables, somptueuses d'évidence et d'épanouissement ; rien d'autre, malgré ces airs nouveaux de doom qui a les moyens, de doom qui sait s'habiller en frac et se tenir dans la salle de bal d'un manoir anglais, malgré le merveilleux scintillement de synthé dont pour la première fois ils s'habillent fièrement - que Monarch, dont la ci-devant blancheur, osseuse, laiteuse, vient transfigurer le sens de la matinale douleur traversée par le déjà sublime Sabbracadaver, sans rien enlever à ce que celui-ci a de non moins déchirant, à sa rugueuse et forestière façon ; avec une infinie délicatesse qui, elle, n'est certainement pas nouvelle.
Enfin, on ne va pas tourner la nuit dessus à attendre un propos conclusif définitif qui ne viendra de toutes manières pas plus qu'aucun trousseau de clés façon interprétation des rêves : il s'agit d'un disque de Monarch, et tout comme leurs concerts, on ne s'y présente guère mieux armé pour en avoir de précédentes expériences : c'est chaque fois une épreuve à traverser, où l'on ne peut savoir à l'avance par quoi l'on va passer - émotionnellement parlant, on ne parle ici pas plus de surprises stylistiques ébouriffantes, que l'on ne parlait d'avant-gardisme forcené et masochiste lorsqu'on disait "épreuve" - ni en quel exact état l'on en va ressortir : dévasté, déçu, énervé, amoureux, bouleversé, extatique... Je caresse, d'ailleurs, depuis environ 2005, la vague idée d'un jour les écouter sous ecstasy, mais probablement est-ce une idée idiote, puisqu'écouter Monarch en soi est assez semblable à gober un (très bon) ecstasy (ce bonbon qui fait de nous des enfants en mieux) ; au moins aussi éreintant, douloureux et effrayant. Comme toute vraiment grande joie. Sérieusement, quel misérable vieux con au cœur mort de momie faut-il être pour, devant l'introduction de "Lilith" ne pas se sentir le cœur, précisément, exploser d'excitation, et le ventre se déchirer d'allégresse ?
Si on attendait quelque chose du nouvel album de Monarch ? Un peu, mon neveu ! Exactement ce qu'est Never Forever : la transcription, fixée en studio, de précisément tout ce qu'on avait entendu - et à quoi on s'est déjà passionnément attaché - en quelques concerts récents. Enfariné et glorieux, millénaire et enfantin, monstrueusement raboteux et éblouissant divinement : Monarch, version fabuleuse.

jeudi 31 août 2017

Merrimack : Omegaphilia

Paris' finest, en fin de compte et sous un certain angle : le côté Musclor d'Arkhon Infaustus, l'héroïsme en bandoulière de Glorior Belli, le lettrisme sourdement nauséeux de Vorkreist, les demi-lunes de VI, les gènes canidés d'Aosoth... Le tout emballé avec une une virile émotivité débridée qui ne les rattache guère, au final, qu'au calibre de Hangman's Chair.
On parle tout de même d'un album dont le point d'orgue n'est pas l'apparition d'Aldrahn, excusez du peu, ni même la délicieuse démence qui s'empare du batteur peu avant ce moment-là ; pour la précision, figurez vous que ledit apex intervient juste après, et qu'il est en français, oui Monsieur : un bref spoken word black metal, détaché autant que débauché, qui vous saisit les boyaux sans crier gare et vous coule dans son doucereux venin dans l'oreille ; à en laver toute trace de l'embarrassant slam de Vindsval, dont ce dernier entachait un de ses meilleurs disques.
Une démesure et opulence hollywoodiennes, habitées par une ferveur et un venin norvégiens, et balancée par une grâce décadente, grave et archaïque... française, y a pas mieux à dire. De toutes façons, lorsqu'un album vous fait à ce point saliver de désir d'un - copieux - verre de vin, il n'y a pas trop de doutes.
Enfin, voilà, il fallait que ces choses-là aussi soient dites. Mais en résumé, c'est toujours une splendeur.

jeudi 24 août 2017

Black Wine Order : Dirt

Lorsqu'on parle de musique cinématographiconirique, les références suprêmes qu'un album peut espérer obtenir, chacun en conviendra, sont Sleazy Listening et Fire Walk With Me, avec ses chiens noirs qui courent la nuit.. Que dire, dès lors, d'un disque, même virtuel (quoique, question onirisme...), qui dès la première écoute vous évoque simultanément les deux, voire tout simplement la fertile coopération de Chris Connelly avec Lynch et Badalamenti ? Oui, vous avez l'autorisation d'en déduire que le nouveau Black Wine Order est largement plus chanté que le premier. Est-ce que c'est réussi, pour autant cette présence humaine en fait-elle un disque moins inquiétant et plus généreux en certitudes - ces ennemies tautologiques du fantastique - que le précédent : vous possédez, je pense, les réponses de façon tout aussi évidente.
Comme la vie, encore heureux, n'est pas faite uniquement de sempiternelles références royales, on pensera également au disque d'Échancrure, et au dernier Nooumena - pour dire combien ici les ombres ont des dents, et combien ne pas savoir si elles sont faites au juste de papier, trempé d'encre noire, de brume d'insomnie, ou d'autre substance plus dure au toucher, ne les rend pas moins tranchantes, cependant que dans notre esprit les pensées encapuchonnées processionnent, devenues étrangères à nous-même, et partant hostiles aussi ; ce Dirt qui porte bien son nom, celui de la poussière, de la saleté dans les coins, les rainures du parquet, ce disque d'araignée, évoque autant toutes les plus interlopes choses qui se peuvent chiner dans les recoins mal famés du trip-hop et autres lounge music jazzy, que l'aura qui se peut dégager de metal aussi sorcier et messéant de l'haleine que Darvulia, Ysengrin ou Sektarism, ou les déviances harmoniques viciées d'un noise rock de velours tel que ceux de Rope ou Human Anomaly ; ou toute autre musique propre (désolé) à inspirer le terme de "doucereuse ignominie", toutes les choses interlopes, maladives, infectieuses, incubes, succubes, toute la souffreteuse et claudicante troupe telles que Wolok, Vrolok, Great American Desert, Ordo Tyrnanis ; les hongroiseries de l'engeance du premier Icarus... Et croyez-le ou pas, ces constats sont déjà bien empreints en vous dès la première écoute, bien avant de percuter que le morceau d'entame d'emblée s'intitule "Dead Meat Jazz", ce qui annonce bien la couleur et pourrait aisément faire office de raccourci descriptif paresseux en forme d'étiquette.
La musique que ronronne Dirt n'est pas tout à fait celle d'Erich  Zann, car elle est plutôt celle des araignées aux panses grosses comme des calebasses, ballonnées de brames mélancoliques aux odeurs de vieux cuir, les scolopendres aux mines compassées de fonctionnaires sacerdothanatologues à l’œil larmoyant de chassie, les sales bêtes à qui l'on croirait dédiée, pour y préparer bien tôt les enfants, "Les Monstres" de Stupéflip ; le peuple de la poussière, des rognures d'ongle de cadavre et de cheveux blancs de pantins vampires, celui des rémouleurs de carcasses, ce qui ne veut globalement rien dire mais cela tombe bien, puisqu'on parle ici de musique qui n'a horriblement pas de sens.
Car bien sûr, n'est-ce pas, il est à peine utile que je vous notifie cette précision, que je vous procès-verbalise ce constat, qui signe les grands disques de cette famille-ci - à savoir : "il ne se passe rien" ? Celui qui veut dire, en pareilles matières, qu'il se passe beaucoup mieux que cela ; la condition, redoutable si elle n'est pas remplie, étant que ce soit bien fait, puisque lorsque ce ne l'est pas, oh comme elles peuvent très vite taper simplement sur les nerfs toutes ces dissonances et ces caresses de balais, et n'avoir l'air que de la plus convenue des histoires à se faire peur cousues de fil trop blanc pour espérer convenablement caresser les nerfs à nu.
Ou peut-être, aussi bien, faut-il ne voir ici que la mise en œuvre d'une très grande méticulosité, se fier à certaines notations très rituelles et dogmatiques ici ou là, et voir en Dirt ainsi qu'en Te Agios Numini l'expression seulement d'une grande dévotion monacale - et en tirer les conclusions éventuellement qui s'imposent sur l'effroi vertigineux que celle-ci nous cause, dans un cas comme dans l'autre, de façon tout aussi vertigineusement séduisante dans les deux cas... Mais chemin faisant sur les sentiers ombreux et épineux de cette hypothèse, bientôt l'on se trouve nez à nez avec l'expression "pattes de mouche", et force est de constater qu'on a tourné en rond, comme souvent lorsqu'on croit trouver une nouvelle voie dans un labyrinthe.




mardi 22 août 2017

Casio Judiciaire : Démo Rose

Bouge de là, Perturbator, et avec toi toute ta clique de peigne-culs, tous tes potes les grands qui redoublent leur quatrième ; serre les fesses, Diapsiquir, ou bien apprête-toi à-z-périr en direct sur Videodrome : il revient, le brundlemouche de Miro Pajic, Oliver Chessler et Jesus Cry Stalin. Comme on dit, entre Vibroboy et Tetsuo, Casio Judiciaire ne choisit pas : ça tombe bien, nous non plus.
Un son de synthé dégueulasse comme t'en as rarement entendu, qui fait peser sur tout le disque une ambiance de terreur larvée - comme se larve une TRÈS grosse larve, suintante et ruisselante bien entendu, de toutes sortes de fluides tous plus psychotropes que la bave de cent crapauds alvarius ; promesses de cauchemars sans fin pour te prouver que le voyage chamanique ça n'est pas un truc de connard de hippies, mon gaillard. Non, des disques qui te plongent ainsi - au sens propre, façon interrogatoire à la baignoire, méthode Shallow Graves - au cœur de l'action psychotrope, il n'y en a guère d'autres (à part le double de Hypnotizer, qui ? certains morceaux de Binaire, peut-être ?), et au cœur de ce genre d'action c'est le cambouis de la vie où l'on patauge jusqu'aux yeux, dans la viscère frétillante, brûlante, languissante, on parle ici des hallucinations auxquelles sont en proie tes organes internes, et leurs parois outragées par les molécules les plus ignobles : sont-ils seulement des hallucinations, ces tentacules qui lentement se frayent un chemin hors des braguettes ? Cette rose démo enlève les îles du Trésor des Îles Chiennes, pour s'adonner évidemment aux chiennes et à leurs trésors de chiennerie ignorés d'elle - jusqu'à toi, et ton imagination allumée par la faramineuse dope -, donne un sens nouveau au mot downtown, ouvre des traboules qui déboulent chez Zulawski, calembourre à tous les râteliers (entre Terence Fixmer et les VRP : non, Casio Judiciaire ne choisit pas, non plus qu'entre The Klinik et Charles Bronson) avec une narquoise bestialité, et sans aucun frein défonce de tous ses beats plus pilons les uns que les autres les muqueuses plus terrifiantes encore, dont font reluire la nacre ces immondes riffs de synthés, qu'ils donnassent dans le sordide tendance Morgue Mechanism ou dans le futurisme le plus sectaire et son positivisme totalitaire ; J.G. Ballard va vous prendre des airs de David Hamilton, en face des couleurs que vous verrez céans, et de toute cette poésie de la viande et de l'outrage.
On ne rend évidemment pas justice à pareille musique des pires démons de benne à ordures du futur : elle se la rend bien assez elle-même, et elle se paye sur la bête, sans demander consentement pas même au plus infime neurone. Oubliez tout ce qu'on tente à la sauvette de vous vendre comme du synthétique par les temps qui courent : ni plus ni moins que de la mauvaise coupe, dégoûtante : à l'humanité ; de la camelote sentimentale de bas étage. Le voici, le vrai synthétique pure synthèse de saloperie chimique qui nique ton âme toute choucarde.
Je t'en foutrai, moi, de la "synthwave". ELECTRONIC, BODY, MUSIC : c'est pourtant clair, non ? Quand bien même ce serait la seule chose à l'être, cette rose nuit...
Bref, on a compris : c'est salissant. Très salissant. Mais vous saurez dès les premières notes, si vous avez déjà été ici, ou pas : où les obscénités les plus grasses et brutales peuvent sans prévenir vous bouleverser et vous glacer le cœur. Pour ce que ça change. De toutes les façons vous y êtes jusqu'aux yeux, et vous ressortirez pas intègres.

dimanche 20 août 2017

Alice in Chains : Facelift



1992, ou 1993 : le jeune Boris*, qui n'a pour lors découvert les séductions qu'exercent le hard rock et les Guns'n'Roses que depuis une rentrée, tombe sur ces choses ci-dessus - et l'album qui les entoure, où figure également une certaine "Love, Hate, Love", que le pauvre bambin écoutera deux-mille-sept-cent-quatorze virgule trois fois dans l'été qui suivra - et se retrouve, désarmé, confronté au fait, saisissant, figeant pour l'esprit qu'il soit jeune ou vieux, que ce sleaze-rock tout juste découvert peut également être pratiqué par des vampires en pleine décomposition, et de ce fait en appeler par surcroît aux germes incurables du gothisme, qui furent implantés en lui des années avant, dans ses années encore plus tendres, par une cousine corbac et ses cassettes mêlant Cure, Sisters et Front 242. La première rencontre avec le Mal : celle où l'on découvre qu'il a déjà un appartement à son nom en vous, dans lequel il passe toutes les saisons chaudes.
Boris, il va sans dire, succomba sans aucune chance d'en réchapper.
Aujourd'hui, lorsqu'il ressort ce disque, force est de constater qu'il lui fait très exactement le même effet qu'alors : la peur, et une sueur froide d'excitation dans le dos - les chansons, les photos, les paroles. Tout transpire le mal, et la maladie. Tout commence là, et les années qui viendront auront beau voir le monde sembler entamer une longue escalade du glauque et du malsain, pour finir même, des années après, par enfin gazéifier dans l'ellipse, et atteindre une sorte de stratosphère où l'on dépasse le ridicule pour toucher à l'art à nouveau, avec des choses telles que True Detective - l'on ne dépassera pourtant jamais le pouvoir qui se love dans la suggestion derrière cette nudité-là.



*Les prénoms ont été changés, pour des raisons évidentes d'anonymat

lundi 14 août 2017

Dälek : Endangered Philosophies

On pourrait presque rendre compte des albums de Dälek - ceux depuis qu'ils se sont trouvés, en tous cas, i.e. depuis Absence - par leurs couleurs affichées : un peu terne et délavé pour Asphalt of Eden, forcément, nuit toxique zébrée de maquillages vaudou sanguinolents pour Absence, kaléidoscope pour Gutter Tactics, torpeur tropicale congestionnée pour Abandoned Language.
Et un peu entre les deux derniers cités, quant à Endangered Philosophies ; pour le meilleur. La luxuriance végétale et la chaleur narcotique réunies ; avec, bien entendu, cette sorte de continuel bruit de fond de grouillement, de brouhaha de ruche humaine du futur, ni tout à fait Blade Runner ni tout à fait Ghost in the Shell, équivoque à souhait, sans balisage moral... Dälek, tranquille dans toute sa liberté psychédélique, cousin libre comme l'oiseau tant de Rubberoom que de Techno Animal ; oubliées les restrictives facilités "shoegaze", en vérité gazeuses, de l'album précédent, qui réduisaient à du codifié la dimension psychotrope d'un mur du son qu'ici l'on retrouve à nouveau tel qu'on en est tombé amoureux sur Absence - mais avec dessus ce grain de brume matinale tropicale qu'ils ont appris à lever depuis - Abandoned Language, je l'ai dit, déjà ?
Retrouver dans un disque tout ce qu'on préfère de Dälek ne fait pas nécessairement du disque celui qu'on préfère - mais cela fait pour sûr un bon début ; un bon matelas de torpide béatitude sur lequel décoller ; vers des hauteurs atmosphériques possiblement un peu plus ambient encore qu'accoutumé, ce qui est presque toujours de très bon augure ; et qui l'est pour sûr lorsque c'est chez un groupe où ces latitudes sont le havre où il retrouve ses gènes cold-wave dub-zen, tissées de Godflesh messianique autant que de The Cure hivernal - le seul shoegaze qu'on sera tenter d'évoquer là sera celui des Horrors, Primary Colors évidemment, mais pourquoi pas également les couleurs de fruits confits au LSD de Skying ? - pour situer ; ou alors Bardo Pond ; rayon rap, ce sera, à plusieurs reprises, un filigrane des plus vaporeuses riches heures de Ghostface Killah, rien de moins ; subsidiairement, au plus brasoyant de ce bon U-God.
Partons donc en compagnie de ce cher vieux MC survoler la cité-jungle (celle qui servait de décor aux scénarios de Gash, ou Slow Motion Apocalypse) et le lointain vacarme qui s'en élève, toucans, bavardages et klaxons mêlés, le nez dans les nuages, là où ceux-ci viennent écrémer le smog ; un peu à la façon d'un Ghost Dog, pour rester dans les analogies cinématographiques, et aussi continuer de reconnaître, pour changer, la bien réelle et solide dimension hip-hop de Dälek - mais avec un imaginaire autrement plus... coloré, nous y revoilà.
Matinal, voilà ce qu'est cet album, et ce n'est pas mince joie ou compliment, vous pouvez le croire
Comme qui dirait que Dälek ont passé le toujours ingrat cap de l'album où les groupes mûrs cherchent un peu quoi faire de vaguement neuf, une dernière fois - exister après Alap Momin ? - et se sont hissés à celui nettement plus auguste et béat de groupe en lévitation dans sa propre maîtrise, de ce qui le met au-dessus des mortels, et de tout ce qui le constitue, tout entier, tout le temps (on pourra même entendre çà ou là quelque chose des grincements afroniriques des tout débuts) ; d'autant que - c'est affreux, on ne prête qu'aux riches - ce n'est que parvenu à cette ataraxie-là, qu'à ce prix-là, que vous vous voyez révéler de nouvelles facettes de votre personnalité : ainsi voit-on Dälek toucher à des sommets que le malheureux Adrian Thaws a perdus de vue depuis longtemps, et nous avec lui (allez, on le dit : "Son of Immigrants" descend de la cuisse de "Christian Sands") ; ou encore montrer un don pour les ambiances à la texture malade et pourtant radieuse, pour les fièvres de porcelaine, aveuglantes et apaisantes, dont on croyait Trent Reznor seul capable, ou pour les décors post-nucléaires de forêts de bananiers malveillants et les arcs-en-ciel de radiations, qui sont la spécialité de Scott Sturgis.
Et ainsi l'album, qui commençait tel le matin dans les dernières féroces et envoûtantes flamboyances que révèlent les ténèbres lorsqu'elles rencontrent l'aube, se finit-il sur un lointain brouillard de voix au tranquille affairement également matinal (sous lequel on ne sait bien si c'est un souk, ou un genre de jovial gospel qu'on entend) : après tous les prodiges rythmiques et les miracles synthétiques auxquels on vient d'assister, sur du langage, comme il se doit pour un album de ces griots incurables et rêveurs.
Un matin léché à mainte reprise par la nuit et ses lambeaux languissants, qui s'attardent ; à tel point que ce n'est pas de combat, dont il faut parler entre le jour et la ténèbre, mais d'étreinte, d'où vient sans doute que le timbre de voix de Dälek paraît plus incisif et mordant qu'il ne l'avait été depuis bien longtemps. L'obscurité avant l'aurore ? Non, l'obscurité dans l'aurore. Il est assez vain de chercher la couleur d'Endangered Philosophies : elles y sont toutes, elles en constituent la trame, autant que le fauve ne fait qu'un avec la jungle, cool comme l'enfer.

jeudi 20 juillet 2017

Brian Case : Spirit Design

"Ah ben voilà" ; ou encore : "Que se passe-t-il lorsque" un gus dont le groupe de rock s'échine un peu en vain à égaler le minimalisme et la sévérité dont est capable la techno - se décide enfin à donner dans la techno franche et pure ?
Le gonze des prometteurs - ascendant frustrants - Disappears met au jour le filon d'une techno (appelez cela bass music si vous êtes jeune) qui reprend directement les choses où les a laissées Second Layer - un très gros rhume, ça aide - et les catapulte directement dans le futur où il vit déjà : un qui tient beaucoup de 2001 : Odyssée de l'Espace, pour le niveau de festif et de légèreté de l'âme, si vous voyez ce que je veux dire.
La cold-wave et la techno ont beaucoup à se raconter mutuellement, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on le sait, mais ce n'est jamais fini, et l'on n'a jamais fini de s'en délecter - pour peu qu'on aime frissonner de fièvres glacées, et écouter langoureusement crisser ses dents. Si l'on est capable de voir la beauté dans les grincements, le claquement de mâchoires de la redescente, le grelottement, à n'en pas douter on en trouvera ici, dans un disque qui va plus haut que la somme de ses parties, si l'on considère que ses parties sont Disappears et Second Layer - et va carrément susurrer à l'oreille de Specific Momentific... qu'il emmène faire un after au bloc opératoire désert. Mais vous pouvez si vous y tenez ajouter à ladite somme Pan Sonic et Emptyset, que Brian Case met au rencard où est leur place, avec sa délicatesse sans tapage qui produit au moins largement autant de pesanteur, tangible autant qu'intangible - ces brutes en moufles, aux idées courtes de décorateurs...
Oui, on parle d'un tel grade de savoir-faire, en chirurgie du son, touchant à l'alchimique, qui laisse difficilement déterminer si l'on est la proie frissonnante d'un froissement, du frigo, du réacteur d'un d'avion, d'un cyclotron langoureux... Qu'on comprendra aisément comment je ne comprendrai jamais, justement, qu'on la gaspille de façon contresensique au service d'un rock, tel que chez Disappears ou autres My Disco. Cette science est ici à sa place, comme qui dirait où les étoiles la lui avaient préméditée pour unifier tout un corpus, une recherche qui court de Klinik à Starfish Pool en passant par Zymosiz, Black Lung et Haus Arafna, et qui paraît au moins le temps que dure Spirit Design se résoudre dans ce gisement de rayonnement brut, pur, ce creuset de son où la voix blanche de Case vient pareille à la Pythie dans les fumigations, se baignant, se faire le véhicule sensuel et irrésistible de toute la puissance comminatoire enclose dans ces sonorités qui sont elles-mêmes puissance, alchimie, mutation en marche, qu'on appelle cela comme on préfère. Ici, dans cette chambre noire, ces minerais de son non-pareils sont à leur place, celle où leur brillance effrayante peut être honorée, cultivée, affutée comme elle se doit, pour éclairer des rêves géométriques aux saveurs particulièrement rares.
Y a pas à dire, des plongeons dans le coma de cette trempe, pour aller baigner dans pareils effleurements non-euclidiens des nerfs nus : ça réveille comme on n'en a pas si souvent l'occasion.

mercredi 12 juillet 2017

Wolfkhan : Cyber Necro Spirituals

De la dark-wave à forts relents, combinés, de C.A.I. 777, Calva Y Nada, Limbo... de la meilleure possible, bien biscornue, heurtée, gibbeuse et ombrageuse, ainsi qu'il se doit, donc ; mais exécutée par des types sortis d'un groupe de metal ingrat quelconque, dont le nom importe peu - d'ailleurs je l'ai déjà oublié, un truc du style Thy Blaze of Azazel Pandemonium, casez un K quelque part démerdez vous - et c'est exactement comme ça que ça sonne : dénué de tout trop-plein testostéronal de personnalité à affirmer côté metal, juste ce qu'il faut d'animalité en bagage, un peu à la manière de Wolfpack 44...
Mais alors un hirsutisme dont la transposition, et la transmutation, s'avère parfaitement réussie, puisqu'en résulte que le disque tour à tour et sans résoudre son ambiguïté évoquera Punish Yourself, que j'ai vu cité ailleurs, pour son côté primitif et dionysiaque, ou bien Mother Destruction, pour la sourde exaltation celtique de son chamanisme, voire carrément Fever Ray, pour ce halo étrangement new-age à sa dance tribale, sourde elle aussi : on voit si le disque est univoque ; ce qui n'est probablement pas pour rien dans le fait que l'album, avec les seuls expédients de ses sonorités et effets que d'aucuns jugeraient probablement ringards ou bon marché, au regard de ce que les velléités occultistes modernes sont capables de déballer, avec une ostentatoire opulence - s'avère bien plus rituel que bien des choses ritualistes, grâce à cette aura de secret nocturne, de cérémonie discrète, de magie ombreuse, bref de mystère au sens premier, qui l'entoure à chaque instant.
Ce pourrait être la langueur d'une fin de calme bacchanale vespérale, sur une île perdue dans le Pacifique, où Dagon coulerait des vieux jours doux, entouré pour changer de moelleuses hétaïres baléares ; ou bien les premiers cris de loup dans le crépuscule sanglant d'une région égarée de l'Est européen, à l'heure où langoureusement les vampires s'étirent. C'est un étrange petit monstre tel qu'on n'en avait vu l'égal depuis Les Berrtas.

mardi 4 juillet 2017

Undergang : Døden Læger Alle Sår

Alors là, dans le genre nauséeux, on aura du mal à faire mieux. Avec une pareille basse - un tuyau d'échappement qu'on vous donne directement à téter, plutôt - on ne court guère de risque de mal faire, pour sûr - mais pour être sûr Undergang en seconde l'effet avec une guitare chaude et clapotante comme la deuxième vague de gerbe qui monte tranquillement, réconfortante, accommodante, enveloppante ; et le triple avec une abondance de tempos popo typés goregrind, idéaux pour parachever le mal de mer que procure une virée sur les mers jaunâtres de la bile et des grumeaux ; et puis, bien entendu, il y a la voix de Mikkelsen, comme un long et morne rot qui marmotte du début à la fin de l'album, brûlant et réconfortant lui aussi, qui vous berce de ses histoires de flaques de vomi, de vers qui grignotent, de fluides qui dégoulinent lentement le long des murs
C'est bien simple, l'affaire est tellement rondement menée, que même un solo étincelant, arrivant comme un cheveu de princesse sur la soupe au caca du dernier et plus dégueulatoire morceau du disque - n'est plus en capacité de rompre le charme, et se pare lui aussi des couleurs du vomi universel, et d'un halo doré comme le staphylocoque du même nom.
On peut parler d'un véritable art de rendre le sordide le plus macabre et le désespoir le plus gluant, accueillants, chauds et rassurants ; parce que, n'en doutez pas, tout comme pour Wormridden, on se marre bien à décrire leur musique, mais nettement moins à l'écouter : prêtez l'attention deux secondes au monocorde murmure d'égout de Mikkelsen, au grognement horriblement vitreux de sa voix - non mais sérieusement, quel caractère hypnotiquement impérieux est celui de ce continu torrent de grumeau de ténèbre... cet homme ou en tous les cas cette voix, est au gabarit d'un mythe, d'une bête fabuleuse - ; au clapotement de cette hideuse batterie, capable en un clin d’œil et sans aucun accroc dans sa fluidité diarrhéique, de passer du titubement de zombie las au pas de charge létal certifié Bolt Thrower, où à la house music pour vermine coprophage ; au trépidement de moteur de cette abominable basse, qu'on croirait Ben Green mais mordu par un mâtin enragé...  Votre esprit est irrémédiablement souillé ; vous réalisez qu'entre terreur et terreux il n'y a qu'un frémissement.
Døden Læger Alle Sår, c'est à la fois "enfin du goregrind qui groove vraiment", et "enfin du goregrind qui donne pas envie de rigoler et de péter". Un tour de force assez peu banal, quand on y songe. Tout comme celui qui va consister à devoir intercaler le disque pile entre ceux d'Autopsy et ceux de Circle of Dead Children.

jeudi 29 juin 2017

Undergang : Misantropologi

C'est quoi, un bon growl ? Ce doit être une invitation ; à visiter le Warp, ou quelque autre forme de tout-à-l’égout cosmique, occulte au regard de quelque ère et culture, que vous voudrez - ou bien, pour les disques moins ambitieux, la gorge du chanteur.
Pas de doute, ma motivation à tenter un énième repêchage d'Undergang, et d'aller voir si pour une fois il y aurait quelque chose derrière l'indéniable talent de surface pour la saleté, c'est le récent disque de Phrenelith, et mon énième choc émerveillé devant le boyau que fait chanter David Mikkelsen. Plus humide, putride et chaud, on voit guère. Pas de doute, on se sent bien reçu, et loin de toute envie de rentrer chez soi, au milieu de ses glaires, ganglions et autres nodules.
Mais il n'y a pas que lui à vous ensorceler sur Misantropologi, voilà ce qui change. Undergang parvient cette fois, enfin, à rester aussi benêt qu'à l'accoutumée - mais en faisant les choses moins simplettes qu'à l'accoutumée. Le résultat évoque comme rarement - en tous les cas avec un effet sensuel comme rarement, sur un non-amateur de zombies comme bibi - l'image et les bruits corporels divers d'un zombie en train de se sustenter, grommelant à moitié au milieu de ses bruits de succion, de rongement et de salivation, et des marmottements de satisfaction aboyante. Du niveau d'Embalmer et personne d'autre - en version sensiblement plus torpide et, partant, langoureuse. Les guitares quant à elles sont d'une couleur de nausée - elles font vachement bien le bruit du frelon qui a la gerbe, entre autres - à en rendre jaloux Tom Gabriel Fischer, et telle qu'il est rare d'en rencontrer dans un disque se voulant aussi ostensiblement bas du front - la connerie passionnément choisie ne dispense pas d'un amoureux soin du détail, c'est ça la beauté du death metal quand il est fait convenablement.
D'une certaine façon, Misantropologi est donc un peu le frangin death du dernier Beastmaker, autant pour cette façon d'ouvrager des bijoux sans sortir du format petite vignette avec trois ingrédients maximum, eux-mêmes bien rustiques - ces riffs, crétins au dernier degré, et pourtant parfaitement "justes", comme on le dit de nos jours d'un assaisonnement : essayez donc d'oublier celui de "Efter Obduktionen" une fois que vous l'avez entendu... et ces mosh-parts, que l'on voit tellement venir un kilomètre avant, dès le début du plan qui leur prépare le terrain, qu'on a tout le temps de commencer à se lécher les babines, et que leur arrivée est jouissive comme si on venait d'inventer le procédé soi-même -, que pour ces parcimonieux mais parfaits ponts mélodiques d'ambiance, façon film d'horreur tout en onirisme aqueux et en tangage léger ; je me demande d'ailleurs s'ils ne sont pas exactement le même nombre que sur Inside the Skull ; je ne vérifie pas, je préfère préserver le mystère et la féérie - et du coup placer "féérie" dans un article sur Undergang.
Réussir à faire respirer d'autant de charisme, des morceaux rarement au-dessus des deux minutes et demi, et pas des bien denses vous pouvez me croire... La magie de la tautologie : il s'agit bien de cela, ne pas surcharger, et laisser les arômes se dégager - le death metal, j'ai toujours dit que c'était de la gastronomie. Du coup on émerge du disque ensorcelé - et avec un goût d'encore sur la langue, on croit rêver à voir comment l'album supporte de s'écouter plusieurs fois de suite ; l'estomac tout sauf surchargé, ainsi qu'on sort de table chez le japonais - je ne voulais pas le dire, qu'à mon humble avis c'est probablement la fréquentation de Takashi Tanaka dans Wormridden, qui a tout changé, mais si la logique m'y contraint aussi commodément...
On n'en est peut-être pas encore, question ambiance et aura méphitique, au suffocant niveau d'Anatomia, mais largement au-dessus d'un sacré paquet de disques gavés jusqu'à l'indigestion de passages atmosphériques ou surchargés en sur-texte occultiste pratiquant (oui, "sur-" et "-iste", il faut être précis), ce qui n'est pas peu d'insolence, de la part de pareil disque de death bidet, comme l'a qualifié un ami et collègue qui sur ce coup n'a pas volé son auguste patronyme. D'où il s'ensuit que le disque peut, au choix et selon l'envie ou l'humeur (ou la quantité de cerveau disponible, pour revenir dans le champ lexical zombique), se déguster comme un petit nanar envoûtant, ou se bâfrer comme un bon gros navet bourratif surtout pour le lobe du plaisir et ultra-minceur celui de la finesse. 
L'antidote à Coffins.


samedi 24 juin 2017

Viande : A la Mort !

La bonne musique est, comme la cuisine (audacieuse, la comparaison, pour un groupe pareillement nommé, pas vrai ?), une question tout d'abord de bons ingrédients. Ou encore pourrait-on dire - en veillant de n'aller pas s'embourber trop dans la théorie pour la théorie, à se demander le rapport entre ce qui va venir et : l'âge de l'écoutant, les styles écoutés, les préconçus esthétiques - que ce sont toujours les mêmes saveurs qui y reviennent, parce que ce sont les bonnes et il n'y en a pas non plus trente-six : oui, c'est un quadragénaire amateur de doom et de Motörhead qui est le locuteur ; pas un vingtenaire amateur de dream-black-step et frappé de zappite congénitale.
Bref : le death de Viande, c'est d'abord Witchrist/Encoffination/Grave Upheaval/Temple Nightside, comme saveurs de bases, mais que nos ladres maîtrisent largement aussi bien que les auteurs de la recette originale ; et ensuite cette touche, elle bien à eux, très industrielle voire indusrituelle, devant laquelle cette fois il sera très difficile de ne pas envoyer une purée (avec la viande, c'est de bon ton) de références telles que, en priorité, Brighter Death Now, Maschinenzimmer 412 et Swans, puis à l'envi SPK et... ainsi de suite. On le voit, il est question là encore d'un certain type d'industriel - le bon ? exactement ! - et on le devine aisément, un qui se marie par nature fort bien à la haute teneur nécrotique de leur type de death ; à la façon de celui-ci, un peu comme justement le dernier Temple Nightside, d'être lent jusqu'à l'inertie cependant même qu'il blaste à fond les gamelles ; de sonner plus putride, dans le registre statuaire funéraire, que précisément le dernier Encoffination ; en révélant clairement - si l'on ose dire, mais "joliment" eût été encore pire - la nature superlativement rituelle, voire sacrée, de Viande et d' A la Mort. Comme du reste on pouvait le subodorer à lire la liste de beau linge un peu plus haut, à laquelle ne manquait qu'un Of Darkness dont d'ailleurs Viande fait un très chouette cousin, avec sa façon de peindre des cimetières tout à la fois fournaises et chambres froides - Viande vient ici s'inscrire dans la catégorie très sélective du Cold Meat metal.
Mais de sacré il est bien question, lorsqu'on change ainsi le Styx en égout clapotant, et celui-ci encore après en banquet sans fin. Entre cette petite chose-ci et le nouvel Impetuous Ritual, l'été (s'il est une saison faite pour le death metal...) s'annonce fort bien, et voué aux extases du vaudou sub-cthonien.


vendredi 23 juin 2017

Nooumena : Controlled Freaks

Pourquoi, franchement, accepter que Nooumena vous envoie son nouveau disque ? Ne devrait-on pas s'estimer purement chanceux, d'avoir réussi à pisser une copie sur le premier, à mettre des mots sur ce qui a de multiples raisons de ne pas vous rendre bavard - progressif, trouble émotionnellement, non-monolithique - et ne pas s'exposer au sentiment de culpabilité du scribouillard incapable de refuser une "galette gratuite" ? Pourquoi récidiver dans la témérité, et finir d'ailleurs par quand même se lancer dans le discours, au risque d'un ridicule renouvelé ?
Parce que Nooumena fait partie de ces groupes qui vous prouvent qu'on peut être salement - vraiment, méchamment - heavy sans la facilité de la saturation pondérale.
Kayo Dot ? Non, en surface on est dans encore plus doux que ça, à la limite des vieux Yes, Relayer et Close to the Edge. Pour le fond, en revanche, on croise dans les périlleuses eaux de Fleshpress, Khanate et DHG.
Et comme la brutalité sonique pure n'est pas le seul confortable inconfort trop souvent utilisé par les groupes cherchant à évoquer la démence à peu de frais, je peux vous assurer que la oufdingrinderie klezmer n'est pas de mise non plus dans Controlled Freaks. Je ne cite pas de noms, chacun suppléera à sa guise avec celui de son bouc émissaire favori, dans le rayon de ces pénibles qui sursuggèrent l'instabilité mentale par ce qu'on appellera, si l'on est gentil, l'harmonie imitative, et sinon l'illustration appuyée.
On est plutôt, ici, du côté d'un Primus norvégien - le pays de Beyond Dawn et Virus, vous voyez... Celui d'Ulver, aussi ? Sans doute, malgré qu'il m'en coûte de l'admettre - mais alors d'un qui saurait causer ce que jamais l'original ne pourra : le hérissement des poils, excitation et malaise mêlés. Nooumena, si caressant soit-il, ne sera jamais réellement sucré ou doux au palais, et toujours sera sous-tendu - pas plus, ce n'est pas nécessaire, ou guère - d'inquiétante causticité, d'arrière-goût acide. Un Primus norvégien qui jouerait des reprises jazz d'Elend et Magma, dans des instruments soufflés avec une exquise longiligne délicatesse, dans un verre plus dur que tous les métaux.
Controlled Freaks ressemble bien à sa pochette, une sorte de pâtisserie, de Paris-Brest au glaçage cassis... avec un étrange flou causé par un grouillement sur lui comme de centaines d'asticots, lesquels ont des airs qu'on pourrait parfois trouver un peu cartoon, et qui en fait sont simplement dégueulasses ; comme une sorte de bijou de chair spontanément germé, mais de tout sauf des tissus sains ; ou comme une caresse onctueuse comme la crème anglaise, et qui pourtant sur les nerfs fait le même effet que celle du doigt mouillé sur la vitre. L'impression d'être dans un cocktail mondain du raffinement le plus exquis, et tout à coup de glisser dans une grinçante et tragique absurdité qui doit autant aux nuits de Twin Peaks qu'à Claro que Si ; mais sur un toboggan de la plus riche et fine soie. Parfaitement grisant, parfaitement crispant.

mercredi 21 juin 2017

Reverorum Ib Malacht : Te Agios Numini

Au cas où il aurait subsisté un doute sur la nature docte et occulte indissociablement, voire bibliothécaire, de la musique de Reverorum Ib Malacht, Te Agios Numini les voit opter franco (enfin, d'emblée... aussitôt qu'il en a fini avec cinq minutes préliminaires de friselis de violons dignes d'Henri Michaux) pour un son de batterie pattes de mouches, évocateur des plus infects et illisibles grimoires où se faire pleurer les yeux autant par la peine prise à les lire, qu'à la peine spirituelle éprouvée à y parvenir, dans un dégout cosmique hypnotisé - Le Nom de la Rose viendra à l'esprit, dans le même courant d'air désagréable que ceux de Spektr, de Mayhem et d'Imperial Triumphant : toutes choses qui suggèrent le tambourinement sournois et fiévreux de milliers d'insectes.
Le black, après tout et à de rares exceptions près (Satyricon et toute l'autre esthétique black dont il est le plus saillant et pompier champion, pour résumer), ce n'est pas la puissance physique, c'est même tout sauf physique si l'on veut théoriser un brin ; et là-dessus pas de doute, Reverorum ne se trompe pas de cheval : Te Agios Numini est un vrai film d'épouvante, une poursuite psychique panique
En fait d'occulte, on pourrait également noter que Reverorum l'est encore plus que Spektr, dont ils parviennent à égaler la diffuse sensation d'écouter quelque forme avilie, malingre, malade, dévitalisée, de jazz mais en usant pour leur part de rythmes beaucoup moins ambigus - au strict niveau du réel. Là encore, le réel et le black metal...
Les pattes de mouches, donc ; et la Bête dont elles sont le nom ; voilà bien de quoi il est question ici, à l'invocation de quoi la musique est vouée ; avec ses feintes d'apparitions ; ses mirages, eux-mêmes souffreteux et anémiés, de Nosferatu ; ses occasionnels vagissements semblant ceux d'un vieux poste TSF captant les émissions de l'au-delà ; ses relents d'electronica poussiéreuse dont les formules sacrilèges en provenance d'une autre dimension auraient été exhumées d'un codex médiéval ; ses sonorités généralement grêles et méticuleuses qui donnent une aura d' Esoteric Warfare à ce qui côté puissance magique trouble a davantage les airs d'Ordo Ad Chao ; son gargouillis sourd et malveillant qui en fait une chose dangereuse à l'égal d'un vieux Deutsch Nepal (Tolerance ou Deflagration of Hell, plus spécifiquement) ; les nappes d'ambient lynchéennes qui le lèchent, à en tutoyer l'Atropine de Velvet Cacoon...
Oh, et puis je ne vais tout de même pas vous avertir pour tout, non ? Vous voudriez qu'on vous balise tous les pièges d'une histoire d'épouvante ? Surtout qu'à ce stade, vous avez compris que tout était possible dans celle-ci, et qu'il serait futile d'espérer pouvoir se retrancher derrière un horizon d'attente, qu'il soit black metal, industriel, techno-ambient, illbient... Vous n'êtes, hélas pour vous, à l'abri d'aucun prodige en ces lieux qui ne sont pas des lieux. raccrochez vous donc à ce que vous pouvez, pensez à Wilt, à Skinny Puppy, à Lurker of Chalice... c'est tout le pouvoir de la suggestion : lorsque celle-ci est faite convenablement c'est à dire avec très peu, c'est alors que le sujet, laissé le plus libre, peut déployer toute l'ingéniosité de son inconscient, pour un effet de terreur sans bornes bien plus efficace que tout ce qu'on aurait pu rêver de lui décrire.
La Bête n'est pas Légion, contrairement aux insectes industrieux qui s'affairent à son culte malgré la peur qui eux aussi les étreint et leur broie la pensée, mais elle est vaste, car elle est la nuit. Elle aggrippe de ses griffes pour le tourmenter le sommeil aussi bien de Gravetemple que de Leviathan ; elle est le puits des cauchemars, elle est la fièvre qui saisit les rats dans le grenier et les fait courir crépitants en tous sens, elle est la musique des outils du rémouleur qui retentit seulement dans les plus purs silences de l'âme, où celle-ci livre une de ces parties de cache-cache où l'on espère n'être jamais trouvé ; pour pouvoir enfin à son gré se laisser plonger dans le gouffre sans fond, et se diluer dans l'encre et la nuit.

mercredi 14 juin 2017

Deliverance : CHRST

Avouons d'emblée : on s'avançait vers Deliverance avec le sentiment mêlé d'une double méfiance : celle qui s'impose, certes, devant tout album publié chez Deadlight Entertainment, officine dont il convient de systématiquement ausculter les parutions avec la même vigilance que le lait sur le feu, et la plus extrême circonspection même lorsqu'elles peuvent vous paraître présenter tous les signes d’innocuité ; et celle, moins reluisante, qui pouvait germer à la lecture du nom de ses auteurs, et de leur CV respectifs (je vous les remets pas ici, vous les trouverez bien assez facilement tout seuls si jamais vous désirez faire la même connerie que moi).
Soyons honnête, et explicite : on s'imaginait un genre de générique de Cowards, éventuellement mâtiné de Céleste un peu mélancolique, en bref certainement pas un disque aussi méchamment black metal - que ce soit dans le givre qui en mange les riffs (dont certains révèlent même quelques accents d'archaïsme du meilleur goût), ou dans la voix à la monocorde malveillance de goule affamée. Oh, il y a bien du hardcore chez Deliverance, qui ne sont pas vos premiers clones d'Immortal ou de Destroyer 666 venus : pas de doute qu'on porte la capuche ici ; cependant la nature hardcore de CHRST ne s'exprime pas vraiment dans des "plans" de solfège francs, mais à l'instar du dernier Plebeian Grandstand quoique sous une forme différente, plutôt dans une façon de faire : la vindicative, sinistre aridité neurosienne qui se ressent aussi bien sur les moments d'âpre dégelée que sur les passages plus pensifs qui auraient pu virer au légèrement Isis - que justement l'on croyait devoir craindre au vu des teasers - et ne le font jamais ; à la rigueur, ce qu'il peut y avoir de plus malade et lancinant, quelquefois, chez Breach. Une attitude mentale qui, forcément, se marie fort bien à la rigueur black inflexible et non moins sinistre, dont fait preuve toute la tonalité musicale.
La vérité de CHRST, c'est qu'il y avait bien longtemps que je n'avais eu l’occasion de me régaler d'un black metal de pareille lenteur - puisque, la chronique d'Omegaphilia en contrebas en atteste assez, je suis en matière de noirmétal amateur dévoyé, sinon perclus d'atermoiements ; et d'ailleurs, le rapprochement avec le nouveau Merrimack tombe bien, puisqu'à défaut d'avoir tout à fait la même cadence, les deux disques sont parents par leur lascivité. Mais le disque de Deliverance l'est peut-être plus encore - lascif - par la force des choses et surtout celle de son inertie, de sa lenteur aussi harassée que malveillante, empoisonnée, et implacable.
Peut-être la vérité objective serait-elle de se dire que Deliverance est très influencé par Thou - puisqu'on finit par penser à eux, un peu, en face de tels tempos pesants et sludgey nappés de vocaux au pH puissamment corrosif et gargouillant - mais ce rapprochement-là, pour le coup, me paraît à moi beaucoup moins pertinent, et nous continuerons à préférer entendre dans cette musique-ci une chose proprement singulière, unique, saisissante, qui vient prendre (il était temps) la suite des délices qu'on avait entr'aperçus avec le Unravel de Gehenna ; disons, si l'on croisait ledit rêve accablé avec ce qu'on préfère chez nos Khold chéris : la lenteur, la lenteur, la lenteur.
CHRST s'avance donc tout nimbé d'une aura "black metal brûlé par le soleil blanc", "blanc sale", "sous le soleil de Satan", avec la connotation de langueur maudite, impie, empoisonnée, qui s'y attache, et n'usurpe donc pas les connotations King Dudesques qu'on peut voir dans sa pochette et donc faire rejaillir sur la rédemption suggérée par son titre.
Bref toutes les appétissante sensations qu'on peut associer à un album qui ne se défait qu'à de très rares - et brefs - moments de sa tension continue, dont il s'ensuit que vous ressortez du disque rincé, et tout sensuellement endolori d'un sentiment de la grandeur de ce qu'on a traversé, quoi que ce puisse être.

Danzig : Black Laden Crown

... Et sur une note moins égotiste, il serait de bon ton à un moment de rendre hommage à la hauteur d'un homme dénommé Tommy Victor.
Confessons que la première fois qu'on a lu son nom dans le line-up du Glen Big Band, on a tiqué. Et que s'il n'a jamais rien commis de honteux, mais que de très écoutable, à ce poste - ce n'est qu'aujourd'hui que tout soudain l'idée de son embauche paraît dans toute sa lumineuse évidence. Ce n'est pas tout à fait en dépit de lui, de son jeu de guitare caractéristique mais qu'il a parfaitement mis au service de la musique de Danzig, et de cet album en particulier, que Black Laden Crown est une si fabuleuse réussite ; pas tout à fait sans lui et son touché, sur lequel le producteur a exercé ses talents, que l'album a ce ton de cendre et de crépuscule merveilleux, et merveilleusement adapté au crépuscule vocal d'un Glen qui fait rimer la patine joufflue de Louis Armstrong et Elvis Presley... avec la cendre, qui recouvre tout ici, et fait que le prodigieux album a un pied fermement planté dans l'heroic fantasy adolescente, toute pétrie de désir de puissance virile, de sa pochette bien accordée à certains riffs quasiment dignes de Rob Zombie qu'on entend ici - et un dans le monde des albums d'hommes sans âge qui font mal, et le blues.

Ouais ; Tommy Victor guitariste de blues. Ca fait drôle, pas vrai ? Et voilà comment on se retrouve, des années après, avec la suite de How the Gods Kill ; tranquille.
D'ailleurs, "Eyes Ripping Fire", bien malin qui saurait dire avec certitude et bon ordre si c'est un morceau de Danzig ou un du meilleur Prong - la vérité étant qu'il est les deux... tout comme, à regarder en arrière, "How the Gods Kill" était déjà bien étincelant d'harmoniques furieusement prongiennes, autant qu'en tous points diaboliques ; ou comme, justement, les sonorités et l'ambiance sorcelière de l'intro d' "Eyes Ripping Fire" est un énorme rappel de How the Gods Kill. Ce n'est pas uniquement Tommy, qui a réussi son intégration : c'est Glen aussi bien, qui a enfin sublimé la mue industriel de son blues...
Je veux, que ça fait plaisir !

samedi 10 juin 2017

Merrimack : Omegaphilia

Des mélodies à la fièrement, puissamment norvégienne, non pas presque : trop grandioses et de sensibilité wagnérienne pour être aisément digérées par un estomac de crado, une petite nature qui ne tolère pas Immortal, et Under the Sign of Hell uniquement à petites doses (bibi, qu'on a aisément reconnu), une batterie en surmultipliée qui donne au tout l'envergure musculaire d'un Nile ou d'un Behemoth (le gonze s'appelle Blastum, et vous pouvez vous estimer prévenu : l'homme tapisse), et l'effet d'épuisement assorti ou presque... Franchement, aux premières écoutes, difficile d'entendre autre chose que ce tonitruant appel à... partir en croisade contre les chrétiens ? pour le metal ? pour le plaisir ? En tous les cas à chausser son destrier, et harnaché des ses plus nobles et rutilants atours, encore, à dégainer son plus scintillant attirail, et à faire gronder un tonnerre de sabots à travers la forêt enneigée. La première écoute de ces riffs, dans les replis de certains desquels on croit entendre résonner des cornemuses, s'est soldée par un dumping syndrome et l'envie d'envahir la Pologne au bout de deux pistes.
Et pourtant çà, là, un peu partout, en iridescences ou tout comme, des touches qui subtilement mais décidément affilient le disque à Funeral Mist - tant celui de Salvation pour la fureur, que de Maranatha pour la ferveur, et la décadence, malgré une façon différente (tant que ça ?) d'être romantique, moins dans le narcissisme de la scatologie - et à Medico Peste - pour cette voix barbouillée de cendre, mais aussi bien pour certaines façons de faire pleuvoir les notes qui ne relève pas toujours de "Transilvanian Hunger", et pour les suaves stridences, et leur propre forme de ferveur, plus onctueuse et néanmoins brûlante. 

Finalement, Merrimack n'a pas changé depuis les deux albums précédents : il est toujours cette chose difforme et belle, en égales - et larges - proportions ; finalement, cette pochette lui va bien, à ce disque. Et l'on finit par voir la poignante, la perçante, la sanguinolente et douloureuse beauté dans cette foi en ce qu'on appelle parfois l'art noir ; et puis aussi, parce qu'il n'y a pas que le metal dans la vie même si c'est admirable (et qu' Omegaphilia vous la fait bien vite partager, cette foi enflammée) la beauté dans cette sorte de fadeur maladive, écœurante, enivrante (c'est que je commence à réellement m'attacher à cette pochette, et surtout à ses teintes...), qui a bien toujours ce goût de Merrimack : douceâtre, doucement écœurant, et tellement pénétrant, de black metal hermaphrodite en diable ; dans, au bout du compte, quelque chose dont on partage la fascination morbide ; cette douleur lancinante et permanente, lovée à son aise dans cette animalité débridée rappelant l'Arrow in Heart d'Aosoth, nichée au cœur de cette voix dont la fièvre rappelle la jeunesse de Marco Neves ; qui pourrait, devrait être celle toujours assortie à au moins une forme du black metal, et pourtant ne l'est pas toujours, pratiqué comme est le style par tant et tant de Monsieurs Mégot en corpsepaint... On finit même, pour tout dire, par ne plus voir aucune difformité, seulement de la cohérence entre le côté un peu suranné et guindé de cette pompe mélodique et rythmique, et le dandysme déchiré, tellement français, d'un disque auquel on finit par trouver des ponts avec le second Decline of the I, sa délicatesse, ses manières distinguées ; aussi raffiné après tout que le tableau d'Arcimboldo que paraissait The Acausal Mass, ni totalement true, ni totalement orthodox ; mais en même temps, quand on y songe, orthodoxe et français...

Le black metal rosâtre, Monsieur, c'est quelque chose. Et le servir comme fière réponse au non moins charnel mais bien plus outré Maranatha, que ce soit dans sa souillure à la cendre ou dans le ton de chair qu'il utilise - ce n'est pas à la portée de n'importe qui.
Tellement sonné pour le compte qu'on en serait presque passé à côté de l'autre signe de chapeau discret dont on peut les soupçonner, à un autre album - mais si, vous savez : pareillement aussi héroïquement virevoltant que néanmoins salé du goût de son propre sang, et pareillement estampé d'un pentacle... Vous le voyez venir, comme un loup dans le vent ?

mercredi 7 juin 2017

Phrenelith : Desolate Endscape

Les premières fois, il vous passe un peu dessus - en fatigant juste un peu, mais rien de trop pénible non plus. Ultra linéaire, rythmiquement comme riffiquement, avec ces mélodies ultra-primaires qu'on dirait du death metal pour les moins de 36 mois avec une hache en plastique.
Puis il devient de plus en plus collant, et putride. On s'aperçoit qu'en fait les instruments à corde ne sont là que pour faire, non pas tapisserie quoique le mérite soit le même, mais texture, et épaissir celle-ci ; qu'elles n'ont donc pas besoin d'en faire davantage, rayon notes, que les deux suffisantes à instaurer une ambiance death metal tragique ; peut-être même que si il n'y avait pas ce degré zéro de la mélodie, mais à la place un choix de l'atonal, la sauce n'aurait pas si bien pris, et l'on aurait eu une soupe indigeste, un disque de Monokrom, ou un énième album de war-metal 4.0 à la néozède ce qui fait par des danois n'aurait pas nécessairement été aussi réussi que chez un Witchrist.
Bref ; le reste - tout - se passe dans la lune de miel dégueulasse entre cette voix ULTRA-putride, genre du goregrind avec une âme - très sale -, et ce tapis, quasi-continu du début à la fin, de double-pédale, non moins putride et invraisemblablement sinistre. L'un comme l'autre aussi incapables de répit qu'ils vont pépères. Une sorte de furie au trot modéré, qui donnerait presque envie d'y coller un qualificatif du type "hilare", si les deux ne puaient pas, au sens le plus littéral possible, une morbidité dépourvue du moindre humour ou sentiment guilleret. Il y a dans cette infatigable rythmique d'artificier quelque chose qui tient à la fois de l'insatiable, comme si l'on regardait jouer Rich Hoak, et d'une austérité et d'un anhédonisme total. Simplement la discipline et le plaisir afférent, du travail bien fait d'annihiler méthodiquement, tout ce qui se trouve de vivant, à longues, mornes et infatigables rafales inhumaines, de munitions lourdes et de lance-flammes.
Et le disque de vous coller, vous coller, et vous coller toujours plus, dans cette hostile boue de merde, de sang et de matières moins rationnelles : on pense à Bolt Thrower, ne serait-ce que pour ces contours objectifs de rouleau-compresseur fatidiquement lancé sur le charnier d'une guerre sans espoir, mais niveau cosmogonique le seul qui, a-hem, colle, ce serait un Realm of Chaos en moins énervé, et en beaucoup plus noir-foutu-voué au Chaos et à la Guerre Éternelle. Desolate Endscape pue également la misère, mais vue depuis la vue surplombante du bourreau, et de celui qui ne la savoure pas même comme un quelconque dépravé sociopathe que vous pourriez penser, mais comme un soldat galvanisé par son adéquation à une idéologie totalitaire, mortifère et administrative. On aura rarement fait plus Warhammer, vous pouvez le dire - au-delà du simple fait d'être parfaitement à sa place chez la maison qui publie Sempiternal Dusk et Krypts. Aussi parfaitement, constitutivement apte à traduire ce qu'elle a de plus mélodramatique et brutal à la fois, et mettre en son le pathétique qu'il y a dans ce moment où dans la boue, le sang et la viscère et sous le fracas des armes lourdes, se fait piétiner et assassiner, par des fils de pute de militaires sociopathes narcissiques, le rêve de lumière scientifique fasciste de ce fils de pute d'Empereur de l'Humanité. De toutes les manières, à peu près tous les bons disques de death metal doivent pouvoir postuler comme bande-son à un récit de WH40K, pas vrai ? Desolate Endscape est celle de cette émotion-là en particulier, de ce nœud-ci. Oui, j'aime à dire que le death metal est une musique de sybarites et de la sensualité ; mais parfois aussi, pour ce qui est du désespoir, le death metal se pose juste un peu là ; sous une certaine forme, à un certain calibre, à tout le moins.
Si vous êtes sensible à ce genre de grandiose, et au plaisir de sentir votre cerveau tourné comme du boudin... soyez sûr que vous tenez là un album grandiose.



samedi 27 mai 2017

Danzig : Black Laden Crown

Mon dernier bulletin de santé est lourd ; d'entrée dès les premières notes de guitares, mais plus encore dès mes premières lasses syllabes, pâteuses, douces, ébréchées, émoussées, fatiguées ; lourd comme tout ce que la chose peut avoir de bon ; lourd comme cette allure physique générale qu'on peut me constater, sur la pochette de mon album de reprises d'il y a quelques mois ou bien en tapant simplement dans Gogole Images, à vous inspirer presque le cran de me donner du "Hey, nice tits !", sauf que vous ne le ferez pas car peu importe la notoriété internationale de cette fameuse vidéo que vous avez tous vue, vous n'êtes pas vous-mêmes le chanteur des Northern Kings, alors vous ne pousserez pas non plus le bouchon de l'irrespect trop loin à la face de la vieille carne épaisse que je suis aujourd'hui ; lourd comme une vieille carne fatiguée, précisément, lourdement appuyée sur un groupe qui joue métallique, terne, fatigué, culotté de cambouis dans tous les replis - et lourd - comme s'ils étaient une bande de coreux new-yorkais (on aurait presque envie de placer Type O Negative, mais c'est pas comme si Johnny Kelly jouait sur le foutu disque) vieillissants tournant en rond comme de vieux lions dans une vieille cage, entre leurs disques de Motörhead et leurs vinyls de blues ; sensuel ? je veux, mon neveu ! Fourbu, aussi, est un mot qui sautera à l'esprit à m'entendre dans cet état où je suis, et qui sera chargé d'autant de compliment et de succulence qu'il est possible ; lourd et sensuel comme un slow avec un sac de frappe, mon seul ami, mon double en usure et en corpulence ; lourd de sensualité fourbue comme une prestation d'Harvey Keitel, et comme la tension dans un bouclard de motard après minuit ; lourd de beauté comme une patate dans le pif qui me laissera, moi, à dégueuler mon déjeuner et chercher mon souffle dans des poumons qui grincent autant que les harmoniques de Tommy Victor et toutes mes articulations, plié en deux les mains aux genoux, mais toi sur le carreau pour le compte, comme une ruine écœurante dans tes fluides répandus.
C'est moi qui vous racontai comment tuaient les dieux : je saurai bien vous montrer comment ils périssent, dans un crépuscule de plus en plus clair et aveuglant, disparaissant dans un éclat d'étain douloureux et sans espoir, dont la nuit inversée - à moins que ce ne soit l'enfer d'un jour éternel sous un soleil noir - subséquente de qui vous contemplerez le retour d'entre les damnés de Johnny Favourite, bouffi, défiguré, ravagé, et roi indifférent en ce royaume de peine.
Comme j'ai dit jadis : "If you don't want pain, you don't understand".

samedi 20 mai 2017

Fleshpress : Hulluuden Murri

Dissonez, dissonez, il en restera toujours quelque chose...

Pas forcément.

Que Fleshpress aient viré noise-rock jusqu'à nouvel ordre, c'était déjà bien accepté voire très bien. Qu'ils mêlent du black metal à un noise-rock assez typiquement finlandais - donc allumeur - ainsi qu'ils le font ici, ç'aurait pu être très bien lorsque, vers la fin du disque, cela évoque Khold en version redessinée par Egon Schiele - quelle pochette, hein ? Mais lorsque cela vous rappelle que peut-être Mikko ne fait pas que gronder dans Deathspell Omega, c'est moins ébouriffant, surtout si de ces derniers on ne pense qu'au plus aride et stérilisé.
Pour nous faire du Fleshpress re-sludge, avec des apports de ses hobbies power-electronics comme il s'en trouve (trop peu) ici, en revanche, c'est quand il veut.

vendredi 19 mai 2017

Temple Nightside : The Hecatomb

Tu m'étonnes, qu'ils étaient sur Ancient Meat Revived... Limite le concept tenait juste pour eux - enfin, si l'on occulte l'intérêt en soi des possibilités de bonnes surprises, voire des résultats réellement étonnants dans la transposition et la réappropriation - mais le créneau du Cold Meat Industry-metal, plus encore que pour Grave Upheaval (qui, accordons le, signaient la plus pétrifiante prestation de ladite compilation), il est incarné en eux, en leur façon de riffer le black metal, en leur façon de le chanter : comme un putain de frigo. Pour vous dire : on pense à plusieurs reprises... à la reprise de "Necrose Evangelicum" par Grave Upheaval. On pense également à Mz.412 - non pas pour confronter les réussites respectives d'un hypothétique programme similaire, puisque les deux n'ont pas abordé la symbiose BM-CMI dans les mêmes termes - mais pour le coup, le flambeau a été repris avec ferveur. Vous voyez les murailles de la pochette ? La façon de riffer, et le relief des riffs également d'ailleurs, est à peu près d'une aussi inflexible sévérité verticale ; les guitares ne riffent pas : elles tombent ; et pour la température, j'imagine que vous avez senti la couleur : là-dessus en particulier, pas de doute, on a  affaire à un membre d'Ill Omen... Les vocaux sont aussi gluants que la prestation de Gary Oldman en Old Vlad, quand ils ne se perdent pas carrément dans cette bonne vieille Slaughterhouse, pour y désosser à l'aise le pauvre Urfaust qui n'en demandait pas tant. Pas tout à fait la Nouvelle-Zélande à laquelle on s'attend... à moins que ce ne soit là, tout compte fait, ce que j'espérais (ça devient tellement récurrent, cette pirouette, on devrait en faire une séquence de l'émission, hein Thierry ?) de la part de Misery's Omen. C'est ce qui est pratique, on finit toujours par s'y retrouver, dans le Chaos.
Pour vous sentir, réfugié sur l'îlot de votre sofa, tel Sigourney Weaver dans son appartement du 55, Central Park West, le disque est parfait ; et dans le même temps, si jamais vous parvenez à faire abstraction des copieuses écharpes d'air glacé qui viennent tout emmitoufler autour de vous, vous disposez d'un tout à fait commode album de black metal conquérant, en forme de fluides avalanches d'armées d'orques qui tombent de partout au plafond tandis que leurs tambours affreux claquent depuis le fond du bac à légumes.