mercredi 30 novembre 2016

Light of the Morning Star : Cemetery Glow

En fait, c’est bien plus simple que je n’avais su le voir précédemment. Vous prenez la quintessence des deux disques de Mortuus, et de De Mysteriis Dom Sathanas – mais ce qui s’appelle la quintessence, ce qu’ils peuvent avoir chacun à leur façon de plus extrêmement black metal, nous disons bien "metal", et cadavérique, et spectral, et dieu sait si les uns comme les autres regorgent de cadavérique, de spectral, de lunaire, de morbide – et vous en faites un petit disque de gothic rock. Vous ne vous contentez pas, non, de faire un disque de black metal de très bon goût – fan ardent de Mortuus, on a dit – qui touche sa bille en ambiance gothiques, non : vous faites du rock goth à l’ADN pollué par ce certain type – je fais un petit rappel des épithètes, ou bien vous les avez encore en tête ? – de black metal. Comme qui dirait, pour un mieux-disant cadavéreux, qui monte en puissance au fil d’un court enchaînement de trois morceaux dont le premier vous paraît juste solidement bon, le second déjà plus cuisant et insolent d’inspiration, et le dernier simplement fatal, la voix de Monsieur Light of the Morning Star (ce discret Britannique préfère garder l’anonymat, je respecte donc son souhait), qui ouvre de nouvelles synonymies entre "sinistre" et "enivrant", y apparaissant alors dans toute la majesté de sa malfaisance et de son vénéneux magnétisme, qui à elle seule, avec sa séduction drapée dans sa menace polaire, résume tout ce que j’essayais de vous représenter plus haut : cette sublimation, dans la lumière violette de cette lune malade qu’on imagine éclairer la scène de la jaquette, elle aussi résume bien la synthèse infecte qui s’opère ici – du black par le gothique et inversement ; parvenant à sonner patibulaire sans en être moins vertigineusement hiératique : un genre de statue funéraire aussi amène qu’un spadassin des steppes tartares. Sublimation, peut-être importe-t-il de le signaler - sinon à l’exactitude, du moins à l’équité poétique - dans de nocturnes rivières de gravier, dans la funèbre humeur de quoi Cemetery Glow coule les héroïsmes respectifs intrinsèques à chacune de ses deux matières premières - pour mieux les emmener dans son propre royaume, qui semble fait de forêts où le pire vampire est le vent terrifiant, avec son appétit sans aucun ventre pour l’emplir.
Fatal.

Bon, en fait c'est exactement comme je l'avais vu précédemment, mais peut-être un poil plus clairement. Dans l'impossible et lugubre clarté du disque lui-même. 

dimanche 20 novembre 2016

King Dude : Sex

Des crocodiles, et des coyotes aux yeux hantés par une faim inextinguible qui leur ronge l'esprit, qui rôdent dans des marais noirâtres sous un affreux ciel blanc, une épuisante lumière morte, un vent vif et léger comme le souffle d'un tuberculeux, le rire de crotalito qui caquette et volette sans qu'on l'entende jamais, et partout, la ruine et la cendre.
Une équipée dans les terres sauvages, mais sans espoir aucun, ni du havre d'une destination ni de repos ou répit d'aucune sorte pour l'âme. A la place, la passion, l'enfermement mental, le feu dévorateur ; les cendres. Le double damné de Star Treatment.
Attention, ce disque s'introduira chez vous comme s'il n'y avait rien de plus naturel et inoffensif, aussi naturel et indolore qu'un  robinet qui fuit, et qui goutte toute la nuit, il vous instillera ce qu'il est, avec ses façons doucereuses et ordinaires, comme s'il n'y avait rien de plus naturel, et c'est la maladie ; et il sèmera la dévastation en vous, et vous mangera ; comme on ronge un vieux quignon, en bavant longuement dessus ; il vous mangera.

jeudi 17 novembre 2016

King Dude : Sex


Évidemment que c’est mal fait avec de mauvaises intentions racoleuses, et que ça a la muflerie de convoquer tout ce qui va bien et de bien le mélanger-caca-d’oie, sans aucun scrupule ni la moindre considération de diététique : Eldritch, Nick Cave époque Let Love In, Iggy Pop et Lou Reed entrelacés, un  rhume pile entre celui de l’empaffé de The Sound et Andrew Weatherall, Timber Timbre, Raymond Watts, Bain Wolfkind, Mark Lanegan, les soundtracks de True Detective et Twin Peaks (mais seulement les passages blues graveleux)… Évidemment, qu’attendiez vous ? Évidemment que King Dude est un connard : c’est un métalleux ; et un ricain par surcroît.
Mais bon : dans le genre, ça sonne quand même bien plus mieux que 95% à vue de nez (qui s’allonge) de la production d’Ordo Rosarius Olibrius – et bien plus sexe, puisqu’ostensiblement c’est le propos dudit, justement, autant que celui de King Dude ; niveau érotisme autoritaire et inquiétant, on est bien plutôt dans les eaux huileuses de When did Wonderland End ?, si vous voulez tout savoir. Alors, qu’est-ce qu’on en a exactement à foutre ? Un "vrai goth", c’est quelqu'un qui a suffisamment pigé le truc pour en livrer une ode comme la présente. Chez certains, c’est un statut qui brûle comme un feu d’artifice, le temps d’une chanson. Chez d’autres, on n’en met pas une dedans du début à la fin des albums… Non, je bluffe : je ne sais pas ce que c’est qu’une fin d’album de Beastmilk. Mais, tant qu’on est dans ces clashes que semblerait-il je ne peux m’empêcher de créer par taquinerie, Sex parvient à maintenir à peu près sur toute sa durée la même ambiance envoûtante et torride que les Tétines Noires ne réussissaient à susciter que sur deux morceaux dans Sea, Sex and Burn – deux morceaux qui, certes, en faisaient tout le prix.
King Dude, c'est aussi un Gira qui au détour de la composition de morceaux pour World of Skin aurait basculé effroyablement du côté libidineux de son œuvre de gourou… Pas bien loin de Type O Negative, tout bien considéré, pendant qu’on est dans le suborneur goth armoire à glace autant que pressant. Sans compter, outre l’imposante liste que nous dressions en préambule, d’imaginaire plus ou moins volontairement convoqué par la musique de King Dude – tiens, on a oublié de glisser une version crépuscule/loups-garous/cache-poussière de Natural Born Killers, c’est idiot - les artistes saupoudrages de goulisme metal pur jus, juste ce qu’il faut, et les basses de face B de Cure circa 81 - jusqu'à Dolorian et HTRK inclus, pour vous dire un peu l'aqueux érotisme de la chose… Ah, pour ça, King Dude a bien tout lu, tout digéré, tout bien pigé – et, ce qui est bien plus important que tous les atermoiements de snob refoulé ci-dessus, le voilà aujourd'hui, inscrit certes dans une tradition voire un panthéon, mais se tenant debout pour lui-même au milieu de ses pairs plutôt que déposant à leur pieds une hypothétique offrande adoratrice, avec précisément cette efficace, artisane humilité que les métalleux peuvent y mettre lorsqu'ils... le peuvent ; et en somme parfaitement à la mesure du costume. Le Grand Méchant Loup.
Une phrase comme "Oh I wanna die in 69" aurait pu être le piteux et transparent résumé, d'un tel disque... vous avez deviné la fin de ma phrase ? S'il n'était pas scandaleusement réussi comme il l'est, bingo, avec un tel instinct, un tel flair permanent qui le guide dans les badlands venteux, qui lui permettent d'y échapper comme le coyote, et de mener sa propre captivante histoire (d'ailleurs, prenez à peu près n'importe lequel de ces morceaux, même les plus somptueux d'apparence pendant leur durée, pris isolément, ils semblent s'enfuir comme une traînée de poussière, alors que le film de bout en bout... remarquable ; comment appelle-t-on cela dites vous ? un album ? remarquable), au gré de son impérieuse voix qui dégueule des cendres. Le Grand Méchant Loup.
Jusqu'à se permettre pour finir, de laisser par surprise glisser à terre le costume, comme la plus fatale des effeuilleuses, comme on se présente devant l'autel dans sa native nudité frissonnante, offert et toutes défenses abandonnées... Nous laissant  d'abord amusés, ainsi qu'il semble nous y encourager ; puis pantois et conquis ; la pop, la cendre, le pathétique le plus ravageusement séduisant.


P.S : oui, vous avez le droit de penser à Daniel Darc

samedi 12 novembre 2016

Negative Plane : Stained Glass Revelations

Ces riffs à facettes, ce black metal à base de magnétite, qui semble vu à travers une conscience transformée en vitrail par l'inhalation de quelque encens des Hashishins, et qui évoque d'un instant à l'autre le noise/jazz new-yorkais particulièrement mental, du Big Black, du psyché orientalisant (Queen Elephantine ou... Occultation, hin hin), de la musique baroque, et la batcave la plus intoxiquée et grinçant la folie - sans que lui ait changé un instant, au contraire de votre esprit qui d'une seconde à l'autre et dans un ralenti irréel vole en éclats d'une joie douce comme le cri de la craie ou du doigt mouillé sur la vitre... Y a-t-il beaucoup de disques qui figurent aussi bien la démence, l'insanité, une chose de cauchemar tellement elle ne laisse aucune place au refuge d'un doute quant à sa réalité parfaitement éveillée - quelque part entre la musique d'Erich Zann et celle de Mayhem, l'infernale saleté et désordre d'une âme qui est comme un poussiéreux manoir abandonné aux rats, aux mites et à la méchanceté des choses enterrées sous leur propre poussière ?
Je ne vais certainement pas vous fournir la clé de lecture de cet album, non pas simplement parce que j'éprouve une relative fierté qui m'appartient jalousement, à m'y être introduit - mais que je ne l'ai pas en main, et que Stained Glass Revelations du reste ne se lit pas. De cet album qui s'il en est incarne le mot de "psychédélique" et celui d' "occulte", et en éclaire horriblement l'association de malfaiteurs - la dégustation, pourrons-nous tout juste indiquer, s'obtient non pas par l'extrême concentration sur son miroitement péniblement soutenable, mais par la disponibilité, le regard non-fixé dans le vide entre les choses, le vague, à attendre patiemment que la chose peu à peu se mette en confiance, sorte des replis où elle se tapit, et lentement s'approche de vous, reptant en apesanteur, vous reniflant avec des chuintements soyeux comme des paillettes de verre brisé.
Un disque à ranger sur la même étagère dans votre bureau que ceux de Mortuus, et à comme ces derniers réserver à une écoute tout les tant d'années, pour respecter sans le brutaliser par une trop grande familiarité son bouquet riche mais délicat et fragile, et le toujours savourer dans un moment où l'on est absolument sûr de n'être pas dérangé, en compagnie d'un spiritueux aussi rare et pénétrant que lui, à l'abri du monde et de l'ordinaire.

lundi 7 novembre 2016

Ulcerate : Shrines of Paralysis

Un – non, plusieurs Niagara de sang. La grande chute tout au bout de l’Univers, voilà ce qu’ils voulaient dire par Ragnarok. Pas une bataille, non : la joie ; la joie de l’effusion de sang aux dimensions de supernova, où toutes choses et principes vivants viennent dans un grand tourbillon furieux épancher et faire bouillir tout leur liquide vital. La grande, héroïque saignée finale.

samedi 5 novembre 2016

Deathspell Omega : The Synarchy of Molten Bones

Best of Deathspell Omega ? Mais je veux, mon neveu ! tout ce que moi j’aime chez eux en tous les cas : la luxure rythmique tout en tête, avec des dérapages contrôlés dignes de Pulling Teeth, les relents sanguinolents de Dazzling Killmen que j’avais un peu oubliés, depuis le temps que je ne les avais entendus, la voix à la gourmandise qui fait comme une sorte de pendant rigoriste ( !) du gus de Funeral Mist, ou Aldrahn, comme un vieil ogre finlandais qui viendrait hanter et tourmenter d’une infecte lubricité dictatoriale quelque immense bibliothèque de théologie – et même les plus franches tentations mathcore, je n’ai jamais été contre, sur le principe, seulement leur rendu raté sur les deux disques précédents : ici on m’évoque Converge et Gaza, je prends avec obligeance.
Et puis la petite fraîcheur supplémentaire de le servir, ce condensé de carrière et de déjà-balisé, en une petite demi-heure, ce qui n’est pas si commun, en fait également au passage peut-être le disque de Deathspell Omega que je sortirai le plus facilement à l’avenir – comme pour préserver ce qui, ça tombe bien, est une autre des caractéristiques majeures du charme DsO pour bibi : la fièvre ; permanente ; elle semble cette fois - vraiment ? ou bien avait-on simplement oublié ? - saillir surtout dans une batterie jamais en repos, rappelant entre tous les fils aimants de DsO les insectoïdes cavalcades tambourinantes d'Imperial Triumphant, et une basse qui, lorsqu'elle ne s'amuse pas à jouer des plans hardcore réjouissamment bestiaux tout en rehaussant leur débonnaire allant, leur groove à la fois heurté et fluide, d'un inimitable cran supplémentaire de vitupération maléfique, donne souvent dans une sorte de swing jazz grouillant, intranquille, quasi-cousin (on reste dans l'entomologie si ça ne vous fait rien) du jazz norvégien le plus féroce et aliéné - qui fait que malgré soit l'on pense à Aluk Todolo, quand bien même la mouche infernale semble comme de juste ne pas avoir piqué la même bête – car voilà bien de quoi il s’agit : DsO n’ayant pas cessé avec Paracletus d’être viscéralement black metal, mais ayant simplement cédé un temps aux penchants les plus sentencieux du genre, retrouve ici le versant le plus animal de la chose, lequel ils peuvent à leur aise saupoudrer comme ils le font d’autant d’échardes de noisecore, mathcore et jazzcore sans craindre jamais de perdre le contact avec... la Bête, également connue sous le nom de Dodheimsgard.
Enfin bref : en 2016, Deathspell Omega nous refait 666 International avec un peu de hardcore new-school dedans. Cool. Je pense néanmoins m'en remettre assez bientôt. D'ailleurs, cela s'est fait le temps que ce brouillon repose ; probablement parce qu'il n'y a pas ici que du hardcore et de 666 : il y a aussi beaucoup, beaucoup de pages de théologie écrites en tout petit à lire avec des petits binocles sur le bout du nez, et que toutes ces pattes de mouches finissent par couvrir le chant ondoyant des frelons, à mon grand dam.

mardi 1 novembre 2016

Hail Spirit Noir : Mayhem in Blue

Voilà un titre qui fait un joli programme, en soi, mais je n’ai aperçu Mayhem nulle part, ni d’ailleurs beaucoup de bleu non plus.
En revanche, j’ai de mes yeux vu, on voit d’ailleurs bien mieux avec les pupilles convenablement agrandies à la taille d’assiettes de lait pour le chat de Cheshire par le truchement d’une bolée de mexicains – au coin du bois, entre les troncs des champignons géants, Dodheimsgard et Flying Pooh qui faisaient subir pis que pendre à Opeth, le faisant grimper à tous les rideaux, bramant tout le jazz qu’il sait, à en perdre haleine et encore après, les yeux révulsés, implorant merci…
Putain de bordel, le disque qui est à la fois A Umbra Omega et Monumental Possession, on l’attendait pas, et il est là, bon sang de bon soir, on va faire quoi ? On reprend une poignée de champignons, non ? Advienne que pourra ? Même si dans la fournée il y a aussi Beyond Dawn qui se tape une hallucination des années 20 dans les ruelles canailles de Pigalle – où dans la pénombre, l’espace d’un instant, on a cru voir reconnaître Dan Nakamura et Michael Patton occupés à d’obscures manigances ?
Bon, après, certains rencontrent Crotalito, d'autres le rencontrent pas, comme on dit... Si vous préférez aller vous tirlipoter sur le nouveau Deathspell Omega je ne vous jetterai pas la pierre : moi les dissert' de philo j'ai jamais compris comment ça marchait, ni la philo du reste ; c'est dommage puisque, crois-je comprendre, c'est censé faire accéder à la même chose que me procure le rock'n'roll, surtout botanique tel qu'est celui de Mayhem in Blue : l'éternité.

dimanche 23 octobre 2016

Bölzer : Aura

Comment ordonner ce billet pour fidèlement traduire la sincère admiration que j'ai pour Aura malgré tout ? Ah ! "malgré tout" est lâché, et l'on se doute qu'il y a un loup.
C'est que, malgré une rumeur qui empruntait alors (entre autres) de certaines voix que je respectais et écoutais, je ne me suis pas penché assez lorsqu'elle s'est mise sourdement à enfler autour de Bölzer, que de manière très désinvolte, certes largement suffisante dans leur cas pour sentir l'odeur du potentiel, mais sans aller plus loin, attendant paresseusement Hero pour me mettre sur le coup.
Alors, pour sûr le blackdeath de Bölzer sur Aura est particulièrement goûtu, voire relevé, pour sûr même la voix caverneuse a quelque chose en plus que votre déjà surnaturel growl Iron Bonehead/Invictus ordinaire ; et, pour sûr, on reconnaît déjà Bölzer tout craché à une mélodie telle que celle d' "Entranced by the Wolfshook" et sa façon de vous pourchasser toute la journée, avec son étrangeté, à la fois tellement norvégienne et tellement Kylesa... Mais qu'est-ce, en comparaison de celles de Hero, de bordées épiques - riffs comme refrains, lunaires, renversants et préhistoriques - qui entendues une fois pendant un repas du soir fort bavard, m'ont ensuite pourchassé toute la nuit chaque fois que je me suis réveillé pour de récurrentes mictions consécutives aux quantités de bourgogne blanc épongées ? Bien la première fois à la vérité qu'un disque me fit pareil effet. Hero n'est pas comme Aura un album de black metal alien, Hero est un album d'alien metal.
Ceci une fois établi, pour sûr, Aura est un disque qui aura une place, pas forcément la plus étincelante, mais une place irréfutable dans une certaine histoire du metal - tout comme, si vous suivez mon regard, The Hobbit dans une certaine histoire de la fantasy ; mais justement : pour Dol Guldur, suivez le guide dans Aura ; car enfin, Hero avec ses montagnes enneigées autant que ses cieux, où déboulent de partout d'abominables hilares à poil long armés de casse-têtes, il ne pourra pas vous l'offrir, cette visite-là ; tandis que, question forêt violette et nécromancie nocturne, il faut reconnaître que le bouillonnement de riffs qui font Aura, et les quelques incantations en voix non grondée, plus timides avec la prédisposition à l'obscurité que cela suppose... Une chose est certaine, je ne comprendrai pas toutes ces voix que j'entends qualifier les riffs bölzeriens de lumineux, si ce n'est pour vouloir parler de la lueur de folie dans des yeux révulsés par les plantes de sorcier, ou d'un noir phosphorescent tel que celui que la pochette semble suggérer, celui de la lueur perverse des étoiles au travers même des tâches noires des troncs sinistres, une lumière-gouffre qui brouille les définitions de ce qui est solide et ce qui ne l'est pas... Bon, d'accord : il est très bon, votre disque. On parle bien d'un groupe unique.

samedi 22 octobre 2016

Planes Mistaken for Stars : Prey

Planes Mistaken for Stars se révèlent, enfin ou pas, ceux qu'on avait toujours pressentis : les frères de sang de Twilight Singers, simplement dans une existence moins... luxueuse ? sûrement, mais non moins somptueuse ; moins vieillie hors d'âge et blanchie par les avanies, certainement pas, ni moins cabossée, ni moins doux-amèrement souriante sous le tissu cicatriciel des rides ; moins bourgeois - vite fait - et socialement arrivé - disons : actif - dans la vie, que le gros Greg et sa belle bagnole noir laqué dont il a jamais fini de payer les traites : disons que la différence de statut social ne mesure guère plus que l'épaisseur de revenu utile à carburer aux Craven A pour ses trois paquets de la journée ; ou que le poids familier du cran d'arrêt dans la poche ; disons plutôt que Planes Mistaken for Stars est le frangin qui vit garé derrière une station-service, en changeant simplement de patelin chaque fois qu'il se fait chasser à coup de fusil par un loqueteux des environs dont il a chaviré la régulière - raison probable pour laquelle il dort toujours avec ses santiags déjà aux pieds, calées dans le volant - ce qui, pas davantage que ses joues plus creuses que les flancs d'un coyote et ses cernes d'un bleu morbide, ne réduit en quoi que ce soit le magnétisme ravageur qu'il exerce presque contre son gré partout où il échoue, cause des éternelles rancœurs en question chaque fois dans son sillage... Et dans sa voix culottée au tabac brun et aux tessons de verre, tout aussi vérolée que ses joues, transperce la même infinie délicatesse que chez le Dulli.
Une musique malaisée à étiqueter, du punk, du hardcore, de la soul, ce qui ne paraît pas approprié de toutes manières, et c'est surtout trivial ce qui est encore plus hors sujet, d'ailleurs au fond c'est un disque hors classements pour chanter les déclassés - qui est simplement celle des nuits blanches mais surtout des aubes grises qui les suivent, et du plaisir qu'il se prend à humer l'odeur du tabac froid, du café pisseux et des corps froissés ; il se ressent là une fièvre qui court de Rise and Fall à Dirtfella avec un crochet par The Cure, qui cisaille autant les rotules qu'elle les fait fourmiller d'une irrépressible, douloureuse, exultante tarentelle, un bouillonnement aussi tragique qu'il est affamé de vie, aussi frémissant d'hyper-sensibilité qu'il l'est d'envie de baston. Une tranche chaotique de vagabondage au hasard de la route, ponctué d'épars éclats d'un rire fêlé qui sonne comme une brusque grêle.
Enfin vous avez compris à peu près le topo, on va pas non plus s'enfoncer des heures dans l'impudeur,  et se révéler comme le piètre narrateur qu'on est, quand le disque l'est avec tant d'âpre grâce, et parvient à mettre autant de poésie flamboyante, et pas le moindre bourrelet, physique ou moral, dans un déballage aussi cru et rude qu'il l'est, de propos et de manières. Ca vaut toutes les hallucinations du monde.

dimanche 16 octobre 2016

Vermin Womb : Decline

Diocletian meets Weekend Nachos meets Brighter Death Now. Pas mal, avouons le, pour un groupe de grindcore, non ? Celui dont il est question pourrait fort vous rappeler la première fois que vous entendîtes Morbid Angel ; ou Fear Emtiness Despair ; ou les premiers CTTTOAFF ; ou Primitive Man. Vous avez saisi ? si non, le mot que je cherche à vous suggérer est : extrême. Pas très étonnant de voir le disque édité chez un grand fan de The Great City (je me répète ? tout de même pas ma faute si le gars est cohérent !).
Je ne vais pas tenter d'être original, puisque Vermin Womb suggère uniformément à tous ses auditeurs impitoyablement la même image : un torrent de boue, de merde radioactive, de vermine, d'immondice, de boyaux corrompus.
Est-on ici dans le post-grind ? Il est vrai que Vermin Womb possède quelque chose qui le met aussi bien sur un pied d'égalité avec Last Days of Humanity ou Gored, qu'avec toute la génération du blackened omnicore (oui, tout : jusqu'à l'absurdité de The Acacia Strain, que je retrouve ici par endroits) d'aujourd'hui - ou celle du dégueulmetal tout aussi bien - en même temps qu'il irradie par-dessus son nauséeux rythme spasmodique une lente pulsation de morbidité dont le seul parent proche en metal serait un certain MoRT - mais les vrais cousins à chercher, on l'a compris, du côté du death industrial et du power electronics ; en filigrane glacé de son inépuisable furie putride qui fait sans autre intervention de votre part les parallèles avec Impetuous Ritual, l'immobilité glacée de la mort, appuyée sur une faculté de tout l'ensemble à plonger dans les trous noirs dont on connaît peu d'équivalents hormis la voix de Lasse Pykkö, et aussi de faire de sa petite verdâtre palette de blasts une sordide symphonie de miasmes clapotants (ils sont au moins aussi volubiles que le dégradé de ternerie qui constitue le corps riffique du disque, et au moins aussi salubres).
Pas mal pour ce qui reste tout du long, n'en doutez pas un instant, un putain de disque de grindcore. Rien à voir avec un truc pour séance de fitness comme Nails, s'il faut être clair.

samedi 15 octobre 2016

Noxagt : Brutage

Il paraît que les mecs de Noxagt sont des jazzeux, que Noxagt est un groupe assimilé jazz. Ouais ouais, c'est ça. Enfin, je crois que MoE aussi est réputé jouer du jazz. Ce doit être un mot de norvégien, qui veut pas du tout dire ce qu'on entend par "jazz" chez nous, je vois que ça.
Vous prenez le pire de Kaspar Brötzmann (lui aussi, tiens, on a voulu nous faire accroire qu'il jouait du jazz), de Bästard, de Sister Iodine, de Godflesh, des guitares qui sirotent des mégastructures industrielles entières aussi facilement que l'araignée suce le jus liquéfié de sa proie dans la canette qu'elle lui a tissé autour au préalable, vous prenez aussi un batteur qui n'a de batteur que le nom, puisque son vrai métier, celui qu'il exerce dans Noxagt, c'est équarrisseur - vous les lancez sur un thème bien patibulaire et inquiétant (voir les titres des morceaux, c'est pas fait pour les chiens surtout lorsqu'ils vous aident avec l'histoire comme c'est le cas présentement) : rarement a-t-on été battu comme plâtre, rossé, débité, concassé, assommé ainsi que le fait Brutage - celui-là, de mot, je ne sais pas ce qu'il est supposé vouloir dire à la base mais... enfin, vous parlez français comme moi (voire mieux à ce qu'on dit), pas vrai ?
En fait je disais jazz de mémoire, mais il semblerait que je l'aie rêvé, et que Brutage soit classifié dans le noise rock : ça me va mieux ; j'avais assez peu trouvé de grain à moudre jusqu'ici, je crois, dans l'amusante homonymie entre le et la noise - je me rappelle jamais lequel est masculin et lequel féminin - entre noise rock et power noise/rhythmic noise... Enfin, jamais à part avec Staer qui, quel hasard extraordinaire, est classifié copains de Noxagt. Mais alors, là, question Converter joué avec un armement rock'n'roll par une escouade de pachydermes écumants de bave rabique et chargeant sur place : on y est ; en plein. On a largement le temps d'en profiter, aussi, avec le gabarit de ces morceaux entièrement pensés pour et voués à l'abrutissement et la soumission tremblante. Laisser couler un lent filet de bave au coin d'une mâchoire tétanisée, sera le seul mouvement exigé de votre part.

vendredi 14 octobre 2016

Uniform : Ghosthouse

Oui : il arrive un moment, où le revival fonctionne, où l'insolence de cette fameuse jeunesse - qui commence doucement à vieillir, à peut-être aussi être encore supplantée par une encore plus jeune, c'est le principe de la jeunesse, comme de la hype - une qui est encore plus effrontée et irrespectueuse de tout que la précédente - celle qui découvre non seulement la discographie entière de votre groupe culte le plus occulte en une après-midi tueuse de rétine sur internet, mais tout un courant, et aussi tout un autre qui a un peu à voir mais aussi un peu rien du tout - ou tout cela fonctionne, et à plein régime donne des monstruosités inédites et évidentes telles que Uniform.
Pop.1280 sont déjà vieux et recyclables, et les voilà d'ailleurs dans le cyclotron avec Suicide et Whitehouse et les Brainbombs et le A389-core le plus brûlé de la tête et... on se fout de qui d'autre, au bout du compte : ça sort sur un label de connards, ça mélange tout comme des connards de jeunes propres-à-rien, qu'on croirait Orange Mécanique, et d'ailleurs ça n'aspire qu'à tabasser, rosser, rouer de coups, à perdre la vue et le sens dans une spirale stroboscopique de violence gratuite comme une cuite carabinée... C'est, on l'a compris, une énième mue-renaissance du punk, ou du blues de l'ère post-industrielle si on préfère, toujours plus cru, toujours plus radical et acculé, du Joy Division post-Summer of Love et post-World Trade Center, pour un monde qui a déjà cramé tous ses neurones et toute sa capacité morale.
Haust qui se tapent une révélation EBM arctique alors qu'ils ont juste rencontré l'Obsessis de BDN en cherchant un raccourci que jamais ils ne trouvèrent ; Girl Band qui se tapent une descente d'acides en total mode nettoyer le scum de la street, tu vois - même incapables qu'ils sont d'ignorer qu'ils font partie de le scum. Brutal shoegaze cramé à l'acide de batterie. Plus aucune frontière qui ne se corrode et corrompe, entre punk hardcore, industriel, cold wave, power electronics - et doom, oui oui oui ! à preuve en guise de conclusion cette bon dieu de reprise de Black Sabbath façon Big Black (ou Spahn Ranch, leur faux-jumeaux aggrotech) en para-boots quarante-trous, chourées à Claus Larsen pendant qu'il s'étouffait avec la salive écumante d'un poteau de speed un peu trop bonhomme, à moins que ce ne soit, bon sang c'est bien sûr ! la férocité hallucinée de cette martiale cadence ? c'est l'auteur de Wish, voire de "March of the Pigs", dont on reconnaît les ricanants descendants - ah çà ! pour toucher à ce niveau de connardise étincelante, à part les Connards en chef et leur récente reprise de The Horrorist, y en a pas légion.
Vous ne situez pas bien ce Ghosthouse ? C'est très simple, pourtant. HARD.

jeudi 6 octobre 2016

Numb : Numb

Du The Klinik hallufrigogénique presque pur jus (rien que la jaquette, pas vrai ?) - juste, fatalement, accommodé ce qu'il faut façon vieux frigofunk-new-jack canadien fraîchement (hin, hin) sorti du néo-romantique, école vieux Skinny/vieux FLA : la famille, sisiii - et le mec a la voix couleur de Doug McCarthy. Mais bon sang, pourquoi en vingt-cinq ans personne ne m'a-t-il dit qu'il n'y avait qu'un album, de Numb à écouter, mais qu'il FALLAIT, vraiment, l'écouter ?
Accessoirement, on tient ici un ancêtre - ce qui en soi n'a aucune valeur à mes yeux sauf lorsqu'il est encore bien verdoyant, comme est le cas présentement - d'un sous-genre de l'aggrotech particulièrement cher à mon cœur : l'electro-indus de laboratoire d'essais bactériologiques tombé à l'abandon, où rôdent de salaces autistes au milieu des cuves à l'étanchéité compromise : Pain Station, voyez ?

jeudi 29 septembre 2016

Bölzer : Hero

Si Neurosis était Ekpyrosis était Killing Joke était un Diocletian du Pôle Nord était Caronte était Bolt Thrower était Primordial était Bathory était Urfaust était Jumalhämärä était Absu... Je vais avoir du mal à faire entendre mes cris d'alerte, et à ne point pâtir du syndrome de qui trop a crié "au loup", mais... certains disques vous confrontent vraiment à l'impuissance d'un pli trop pris de toujours employer en guise de vocabulaire des analogies. Dans le cas de Bölzer, c'est la brute et indivisible simplicité, l'entièreté de leur musique, semblable à celle d'un météorite mal embouché, qui défie toute prétention sérieuse à les rapprocher de qui que ce soit, sauf à jouer les pisse-froid et vouloir tout réduire à du déjà entendu ; il faut donc bien que vous croyiez qu'on ne pense en fait à aucun de tous ces groupes, sinon comme on se cramponne au mirage d'une voix qu'on a cru croire entendre, loin au milieu des mugissements d'une tempête aux bourrasques dignes de Ragnarok ; le genre qu'on se fait mal à l'oreille à force de la tendre, avec pour seul résultat de ne pas davantage l'entendre à la fin qu'un ultra-son : avec l’œil d'un esprit en pleine désorientation.
Elles ne sont que théoriques, ou poétiques, les raisons très légitimes qu'on peut trouver de citer chacun de ces noms entassés plus haut, auxquels strictement rien de concret et de trivial (à moins précisément d'être pusillanime jusqu'à la furie) ne relie l'abrupte boule de fourrure rêche qu'est Bölzer : Neurosis simplement pour le caractère (et non les traits) d'étrangeté barbare de la musique que l'on découvrait avec Enemy of the Sun (celle-là aussi, je vais finir un jour derrière les barreaux pour la fréquence à laquelle je la dégaine, et pour avoir l'aplomb chaque fois de prétendre que les groupes sont rares qui la méritent) ; Urfaust pour l'âpreté minérale et l'allégresse sauvage de cette voix dont la rudesse des accents ne laissent guère ensuite à citer d'autres que Lemmy et Jaz Coleman ; et ainsi de suite. Sous un autre angle, Bölzer ne s'apparentera qu'à ces groupes qui n'eurent pas cure de ce qui se faisait ou ne se faisait pas parce qu'ils ne paraissaient pas le savoir, du fond de leur lamasserie au-dessus de l'océan des nuées : Celtic Frost, Cardinal Wyrm, Intronaut, Gigandhi, Valborg, Root...
La musique de Bölzer par l'osmose frappante qu'elle entretient entre une rugosité d'allégresse épique quasi-préhistorique, en tous les cas au moins viking, et une aura qui la fait ressembler à un boulet tombant du ciel depuis une lointaine galaxie, ne me laisse guère d'autre choix qu'en référer encore à Warhammer 40k - mais en même temps : on parle de metal, oui ou non ? - et plus spécifiquement aux Space Wolves, dont le nom seul devrait du reste en dire bien assez à votre imaginaire, quand bien même vous ne seriez pas initié au dit univers - vous feriez pourtant bien de l'être, si vous écoutez du metal. On pourrait encore risquer un Potentiam venu du futur, pour tenter de dire la rudesse débonnaire et lumineuse de la chose ; ou plus simplement peut-être parler de la subjuguante jeunesse qui irradie de cette musique - laquelle réussit au passage, avec son paganisme exalté et tourné vers les seules étoiles, à démanger du besoin de caser quelque part, aussi, une référence à Sixth Comm, ben tiens, vous pensez si je vais m'en priver - y a Dead Can Dance pour le même prix, je vous le mets aussi ?En un mot comme en cent, une musique si totale et totalement épique, si cohérente et compacte dans tout ce qu'elle charrie qu'on a envie de l'étiqueter "metal", tout court et pour faire moins pompeux que pan-metal - avec la nuance que, contrairement à au hasard Mastodon, auxquels on a attribué le même rôle fédérateur, ce minerai-ci vient d'ailleurs, et ne semble pas fait pour unifier des multitudes : plutôt quelques clans illuminés, déjà perdus loin de la civilisation sur leurs alpages.
Ou, en plus court, un disque qui porte bien son nom et la simplicité brusque de celui-ci. Les âges farouches et la fin des temps réconciliés dans un peplum rafraîchissant et désaltérant comme une grande chope d'eau-de-vie de cailloux, enivrant comme courir et bondir au milieu de - avec - une avalanche. "See you on the other side", sont les mots sur quoi l'album s'achève. Le dernier arrivé est un empaillé.

samedi 17 septembre 2016

Cristian Vogel : The Assistenz

Toujours faire confiance aux vieux. Qui a besoin d'Andy Stott et autres Actress ? Quand il suffisait d'attendre (quant à moi je suis très patient, lorsque je suis confiant) que ce cher vieux moineau renoue un peu avec une veine qu'il n'avait plus réellement explorée depuis le surnaturel Specific Momentific - ou plutôt inverse les proportions qui régissent la plupart de ses disques, lesquels contiennent toujours un morceau de techno-ambient frigorifique telle que je l'affectionne déraisonnablement, au milieu de ses nombreuses pistes dans le goût d'un Zen Paradox en plus mental, certes fort estimable et ingénieux, mais moins précieux à mes oreilles, tant Vogel paraît en avoir donné le meilleur cru dès Body Mapping - et nous serve le ci-devant album, où une piste d'abstract-acid pour dancefloor mental paraît à demi égarée au milieu, donc, de tout un album qui semble comme qui rigole remettre au goût du jour - que je ne connais pas, mais le traitement des infra-basses et des rythmiques ici sent au moins autant la modernité et la technologie récente, que la parfaite maîtrise des façons anciennes de faire précipiter le beat pour faire franchir les paliers de réalité, et croyez bien qu'il en faut, de la maestria pour ainsi brouiller les frontières entre Starfish Pool, Laurent Hô et Somatic Responses... brouillard, il s'agit bien de cela, et givre également - la bonne vieille techno de l'ère Mille Plateaux et consorts.
La vérité ? Ça fait zizir.
La pochette, en revanche, beaucoup moins, Cristian ; je ne suis vraiment pas content.

mercredi 14 septembre 2016

The Wounded Kings : Visions in Bone

Le doom (traditionnel, s'entend : je ne vous parle pas de monoriff accordé en tough-drone majeur, c'est triché) peut être une rigoureuse dégelée ; comme se faire démolir à coups de canne par un cadavre en redingote et qui glousse, au détour d'une ruelle dont les flaques scintillent comme dans un conte fantastique. Ou comme on redonne une fraîcheur à l'expression "mettre une danse". Ah çà ! pour valser, ça valse.

La version officielle de l'histoire a beau être que l'album n'était pas supposé être la conclusion des Wounded Kings, difficile de ne pas le voir comme expulsé en tant que tel, tellement sa longue et langoureuse éruption de violence liquide ressemble à un feu d'artifice et un grand rire final, où se condense une énergie suffisante à plusieurs vies d'un groupe, et si celui-ci avait l'intention de continuer après ça, on ne peut qu'être perplexe - et avide - quant à savoir la suite qu'ils imaginaient à pareil disque, même vaguement. Visions in Bone, on ne me l'ôtera pas de l'idée, n'a pour seuls vagues parents que des disques de groupes qui tiraient leur révérence et un feu d'artifice par la même occasion, en plein dans la bouche de leurs auditeurs - nommément ? Ramesses et Pulling Teeth.

dimanche 11 septembre 2016

Wovenhand : Star Treatment

Il aurait dû le faire il y a bien trop longtemps, mais peu importe : il s'est décidé enfin.
Il a rompu toutes les amarres, tout abandonné en plan derrière sans laisser d'adresse ni prévenir personne ; tout ce qui pouvait évoquer le superflu et le bouffi, et ça faisait beaucoup. Il a chaussé une paire de lunettes d'aviateur, un vieux chapeau dont la dolente robustesse paraît avoir surclassé déjà et laissé au cimetière plusieurs propriétaires, acheté une vieille guimbarde décapotable de même trempe, sur le critère principal qu'elle possède un lecteur de cassettes pour y glisser sa seule munition : une vieille compilation de Johnny Cash ; il a jeté sur le siège passager sa seule compagnie utile : un livre de poèmes de Jim Morrison aux pages jaunies et cornées ; et aussi un pochon de mexicains dans la boîte à gants, pour les nuits glacées dans le désert. Il est onze heures du matin, il fait déjà trente-cinq degrés à l'ombre sur la route qui se perd au loin vers l'Ouest des pionniers, vers Joshua Tree et encore au-delà - et il n'y a pas d'ombre, pour s'abriter du regard divin du ciel presque blanc assourdissant. L'heure est parfaite pour prendre la route, comme on embrasse ce même ciel, sur la langue le goût métallique du présent infini.
Pour la première fois depuis des années, Andrew Eldritch se sent bien.

mercredi 7 septembre 2016

Nag : Nag

C'est bien triste à dire, mais la chose en est une mathématique : il n'est pas question d'une insuffisance de ma part, d'une incapacité de mon corps à tolérer ce type de musique (on verra lequel, et comme ce type de soupçon eût pu être justifié) très longtemps - ce qui représente une durée variable d'un jour à l'autre, d'une humeur à l'autre.
Non : chaque fois que je regarde l'horloge de l'album et le titre du morceau qui casse l'ambiance - laquelle ne revient plus jamais - c'est la même chose que je lis : "The Last Viking" - même si un autre pic de navrance dans cette morne fin d'album qu'il inaugure est atteint avec "Ancient Wisdom".
Mais alors, avant cela (piste 8 sur 13 : puisque, n'est-ce pas, on est déjà acculé aux tristes comptes), pardon ! quelle ambiance et quel surnaturel brio virevoltant, dans cette manière de cousin fastcore de Haust, chez qui les morceaux skaters des derniers Ceremony (avant leur virage The Smiths calamiteux, s'entend) semblent brutalement possédés - électrocutés - par la fureur hallucinée de Dodheimsgard.
Ça secoue, à tout le moins. Ce qui s'appelle revisiter la figure typiquement black metal de la tornade gelée qui vous passe dessus - et proposer une nouvelle définition de la fraternité entre black metal et punk rock, aussi.
Les bons comptes font les bons amis, dit-on. A vous de voir si vous êtes amis de Nag.

lundi 5 septembre 2016

Cowards : Still

Tiens : et si cette fois, pour le groupe avec lequel on allait pomper l'air aux Connards, on prenait Plebeian Grandstand ? Après tout, Still joue de nouveau ultra-dru sur le registre black de leur hardcore chaotique (pour le coup je comprendrais presque cet ami néo-zélandais admirateur du travail de Francis Caste, qui rangeait Rise to Infamy quand je le lui ai recommandé dans les albums enfants de Converge : du Converge, à la rigueur dans le noir, mais qui serait resté bloqué sur Hell Militia plutôt que Slayer ?), et puis déjà à l'époque où l'on avait tout d'abord détesté Shooting Blanks and Pills, on avait bieeeen pensé à Deathspell Omega.
Qu'est-ce donc qui fait que, si l'on compare ces deux groupes qui, en exagérant à peine, jouent tous deux du black post-orthodoxe avec des traces fantomatiques de hardcore - l'un nous paraît plus dangereux, menaçant comme une haleine au ras du visage, que l'autre ? Cowards, puisque ce sont eux qui ont ma faveur, non seulement de toute évidence parce que le hardcore y est moins fantomatique, moins en savant filigrane invisible, mais aussi parce que (est-ce seulement autre chose ?) la sensibilité emo - l'émotion, sous sa forme changeante et vivante, car le black metal ne connaît la plupart du temps que le mépris et la momification - elle aussi ; et que c'est cette passion, ce désir, douloureux, qui hurle de partout et se tord dans les fureurs de ses démangeaisons, qui fait tout simplement que Cowards va vers vous au lieu de vous regarder. Plus simplement encore, quand Plebeian Grandstand - pour liquider une référence au bout du compte mal choisie (comme toujours avec Cowards, qu'on a toujours un peu tort de voir comme un groupe qui ressemble autant à d'autres qu'il y paraît) - joue du metal, urbain autant que vous voudrez mais du metal, Cowards joue du hardcore : embroché comme un genre de fakir taré d'autant de tringles d'acier que vous voudrez, mais de hardcore ; si vous préférez, du black punky comme un pou, nuisible comme pas permis, et doomy-aggressif avec ça, au point que décidément, je vais leur lâcher la petite comparaison avec Creeping qui me démange depuis tout à l'heure : la musique de Cowards est pour sûr beaucoup moins portée sur la forêt et le lycanthropisme (quoique... lorsque déboule l'homme du Calvaiire et des chandails pleins de dents, l'abominable petit homme des bois de Laval...) que celle de Pavlovic et sa meute de cadavres aux yeux qui luisent dans le noir, mais certainement pas moins sur les ambiances de lune rousse ; comme qui dirait la traduction urbaine de ce cri de Nazgûl plus sadique que l'original.
Comme on ne va pas passer la nuit, qui va être longue comme toujours avec eux, à jouer à Pif et Hercule (lequel comme chacun sait est renoi et encule Pif), on ne va pas s'emmerder à dire qui est le plus subtil, chacun choisira son camp, entre le savant et le traîtreux. Cowards, donc, brouille les pistes entre hardcore et black metal, à tel point que le nom parisien qu'on va avoir cette fois l'envie de citer n'est pas celui qui toujours leur pend au nez, mais plutôt Aosoth - et même pas tant pendant les blasts, que les coups de freins langoureux qui, Dieu bénissent, sont plus en nombre que jamais, et bien dirigés droit dans le caniveau, lieu dont Cowards avec Still toujours davantage fait son lit, et son décor d'élection, avec un engagement plus entier et fervent que jamais.
Vous me direz, je suis vachement convaincant à vouloir à toute force vous les faire voir hardcore tout en ne citant que des groupes de beumeu ? Pour sûr, s'il faut absolument citer des groupes de punk extrême, il faudra aller chercher uniquement dans les groupes de hardcore funèbre, les Daggers, les Cult Leader et les Early Graves... et au funèbre ajouter le morbide. En même temps, vous êtes au courant qu'y a un mec d'Eibon, chez eux, oui ? On parle forcément de quelque chose d'aussi hybride et insaisissable que plein de dents. N'est-on pas chacun, très ordinairement, un peu plus que ce que l'on mange ? Il y a, pour sûr, quelque chose de la sauvagerie sanguinaire du black metal dans Still, et le même souffle lourd de la bête que chez Creeping, dans les ralentis comme dans les accès de furie, ou le glapissement glaçant des larsens ; du black metal en civil, alors ; car si la violence de Still me fait penser à quelque chose, c'est surtout au paisible dernier plan du Silence des Agneaux, ce soir d'été tranquille dans lequel paisiblement se fond Anthony Hopkins, libre entièrement et vierge, supposé mort ; des gens normaux, sans hypothétique part de ténèbres à purger, aiment-ils à se décrire, et je les prends volontiers au mot, puisque j'aime à croire que la folie est l'état de n'importe qui, temporairement ou pas, qui cesse de douter des ficelles qui agitent la marche du monde ; et pendant les quelques minutes où il vous fait le coup de l'évier, Still vous débarrasse de tous doutes, et vous montre l'absurde mêlée où vous êtes, de juste un peu plus haut que d'habitude, tout en vous susurrant dans l'oreille ses commentaires narquois - il est bien question de caniveau en vérité : de celui où sans le voir on nage sa vie entière : vous voyez, rien de bien surnaturel ou maléfique, rien que de très normal et quotidien. La folie pour autant que le mot ait un sens, germe sur le quotidien le plus normal. Ah, ils n'aiment pas bien non plus les étiquettes et les épingles à papillon qui voudraient les attacher à une musique de la forêt ?  "Paris' most nothing", hein ? Ça tombe à merveille : on parle ici d'une forêt qu'on connaît tous depuis l'âge le plus tendre : loup y es-tu, m'entends-tu, que fais-tu ? Et on connaît tous depuis tout aussi longtemps le plaisir qu'il y a à jouer à ça. Et si Cowards à la fin c'était un truc très simple, candide et naturel, comme de la bidoche ? C'est pourtant pas faute d'avoir été prévenus.
Voilà ; plus prosaïquement on tient là probablement - sans manquer le moindrement de respect aux galipettes dans le verre pilé de Rise to Infamy, à ses dédales de ronces, ses miaulements inquiétants, sa façon propre à lui d'être non moins inclassable, ses riffs hallucinants, tout ce qui fait qu'il mériterait une troisième chronique, BREF - ou à la nuit hagarde couleur gnôle de Hoarder, ou leur ôter quoi que ce soit de leur précieuse valeur - des châtaignes qui constituent la plus décapante salve des chats de gouttières de Cowards : sinon le plus limpide dans ses intentions (restons sérieux : Cowards ? limpides ? d'ailleurs c'est la particularité des mecs normaux, de ne l'être pas, contrairement aux psychopathes du hardcore négatif dont on sait toujours quoi attendre, le pire évidemment et la destruction du monde moderne au petit déjeuner tous les matins pour commencer du bon pied) du moins dans son impact, d'ailleurs si vous êtes adeptes du terme "imparable" et ne le confondez pas sottement avec "tubesque", c'est le moment de le placer, c'est au point qu'à les entendre pour une fois moins retors on les comparerait presque plus légitimement à... non je ne l'ai pas dit : disons que le terme "rouleau-compresseur" décrit assez bien la limpidité dont je vous parle, une fois la chose enrubannée dans du barbelé ; la chose en étant une expéditive et qui pourtant dans les bornes de son format compact parvient à prendre le temps qu'il lui faut pour s'étaler sur ton museau, dont même la preste rouste qu'elle constitue tire d'autant plus de fraîcheur vivifiante de sa concision qui est en fait concentration dans le pilonnage, qu'il se fasse dans les virevoltes où les caresses à l'enclume - et encore d'autant plus par la façon dont elle se conclut, sur ce qui est à la fois un brutal appel d'air faisant oublier (un peu) toute la touffeur qui la précède, et un coup de marteau supplémentaire sur le clou - qui se trouve être posé au sommet de votre tête.


Car bon, voilà : à la fin, il y a la reprise de The Horrorist.
Est-ce qu'on peut, une énième fois et gâchant ainsi le silence qu'on avait réussi à faire sur le fameux nom pour une fois, comparer cela à Kickback, donc, reprenant Geto Boys ? Sûrement, d'ailleurs Kickback a inventé le concept de reprise, c'est bien connu. Mais :
- Est-ce que ce n'est pas autrement plus décoiffant et moins téléphoné comme idée, Oliver Chessler que Geto Boys ?
- Est-ce que ce n'est pas mortellement réussi, cette espèce de groupe de hardcore corrosif, pollué, strident (mon dieu la basse, cancérigène au dernier degré, bon sang ce riff qui n'est qu'une tige de rouille, doux Jésus cette batterie, moqueuse, moqueuse... vous croyez que c'est donné à tout le monde, de jouer de la techno sur une batterie, et que ce soit aussi bestial ? demandez donc à Paul Ferguson, s'il galère pas comme un chien...), qui vous joue de la house à coups de clé anglaise ?
- Est-ce que le morceau n'explose pas, comme on lâche un langoureux renard, de l'appétit carnassier de le jouer ?
- Est-ce que mon cerveau n'a pas vicieusement bien fait d'oublier, dans un de ses recoins poussiéreux, que les ladres m'avaient confié vouloir la faire, en certaine brumeuse nuit dans les montagnes - afin que je puisse profiter à plein (fouet) de l'extatique surprise de reconnaître les premiers mots de la chanson ?
- Est-ce que leur version n'est pas au moins aussi glauque et horriblement réjouissante que celle de l'affreux Monsieur Chessler ?
- Est-ce que la chose n'était pas faite pour eux et pour le ton, dans tous les sens du terme, de leur odieux guitariste ?
- Est-ce que la chose n'est pas salissante comme du DJ Rush en très grande forme ?
- Est-ce que rayon hardcore, ça se pose pas juste un peu là - comme une tête de chat mort énucléé ?

A toutes ces questions, la réponse est : PUTAIN, OUI.
En voilà du Grand Méchant Loup de la forêt de gratte-ciel, pour clôturer à point un petit disque, brusque comme une mandale, avaleur comme une bouche d’égout, bien à l'image d'une journée dans une grande ville.

A part ça, on trouve également une reprise de Police, sur Still ; je ne dirai dessus rien, je ne connais pas l'originale, mais elle ne PEUT PAS ressembler à ça, c'est une chose sûre ; ne serait-ce que parce qu'elle déchire.
On n'y trouve pas toutes les autres, de reprises, qu'ils m'avaient confié comploter, ladite nuit dans les bois, et sur lesquelles je continuerai donc de préserver un secret de conspirateur en espérant qu'elles voient le jour.

Sordide : Fuir la Lumière

Comme il faut bien partir de quelque part (de même qu'on se lève le matin, du pied qui vient et non en se livrant chaque fois, en guise d'obligatoire ablution préliminaire, à une méditation en règle sur l'état des lieux de l'humanité depuis les origines, et après avoir dûment pris une position philosophique claire et ferme en conséquence), non seulement pour aborder une chronique autour d'un disque (on ne chronique pas les disques, à mon sens, pas comme on en fait le banc d'essai dans la presse automobile et le webzinat), mais également pour aborder la rencontre avec un album : bien figurez vous que j'ai justement, peu de jours avant d'entendre Fuir la Lumière la première fois, enfin remis la main sur un exemplaire du As Happy as Possible des Thugs, que je n'avais plus eu l'occasion d'écouter depuis une vingtaine d'années au jugé. Et que j'ai trouvé cela un heureux hasard.
Que Sordide jouent le black comme on joue du punk, ce n'est pas à rappeler... sauf si c'est pour le dire différemment, l'observer sous d'autres angles ; en concert par exemple, on dirait du punk ouvragé, sans perdre un iota d'hivernale fureur, voire le contraire, par... les gueux érudits de musiciens qu'ils sont après tout, du punk médiéval savant, minutieux autant qu'il est écorché vif, bref : on n'est pas là pour parler des concerts de Sordide (qui sont très très bien, j'en ai vu deux, merci), quand bien même Fuir la Lumière leur ressemble beaucoup. Et donc, il y a quelque chose, si lointain soit-il, des Thugs chez Sordide, dans la cousine façon de faire de l'extrême avec des émotions un brin rustres et grises, et pourtant riches en granulosité, de donner justement un grain invraisemblable, vertigineux, qui vous engloutit, au terne désespoir des provinces d'en France...
Disons comme quelque chose qui serait à une hasardeuse intersection d'un certain noise-rock écorché, et de The Arrival of Satan. Car, n'est-ce pas, même le vieux fou que je suis ne viendra pas vous soutenir qu'il y a tangiblement du Thugs ici, même en ne gardant comme il était sous-entendu que les morceaux les plus obsessionnellement répétitifs et stridents qui, on s'en doute, ont ma préférence ; et Sordide descendent fouiller dans d'autres émotions, rien qu'un peu plus féroces... mais d'un autre côté, le dernier (et seul que je connaisse) album de T.A.O.S me fait irrépressiblement penser à Kill the Thrill et au son limite industriel du noise-rock corrodé de la France des années 90, encore à peine fraîchement émergeant de la scène alterno : on n'en sort pas. Sordide, indiscutablement, est un groupe de black metal unique, l'étant assez pour évoquer la quintessence du true - alias le vieux Darkthrone - tout en parvenant à faire jaillir de ces trémolos, non pas les habituelles images de blizzard, mais celle d'une cruelle pluie bien française qui vous mine le moral jusqu'aux os et qui font tomber la nuit sur le plein midi : là-dessus, pas de doute sur la présence du guitariste d' Earth's Disease et de sa calme tête de mule, de sa singulière façon de valser dignement bourré, même si elle n'est pas tout à fait la même ici non plus, vu que la section rythmique, différente, n'est pas constituée de petits caractères. C'est du reste un peu cela qui rapproche un groupe comme Les Thugs de The Arrival of Satan, cette capacité à vous plonger dans le vif du vécu, au cœur du quotidien, au ras de sa texture, au plus près de son ressenti crépitant sans début ni fin - plutôt que de vous dresser les grands tableaux pompiers du metal. Le quotidien sans fin est bien autrement sans merci que tous les tableaux volés à Gustave Doré ; on me rétorquera que les dragons et les démons sont des métaphores ; je répartirai que Sordide est trop las et ulcéré pour les métaphores merveilleuses et leur onctueuse politesse.
La crudité, à commencer par celle de leur sonorité si proche du noise rock (mais aussi tout simplement le caractère patibulaire en soi d'un morceau comme "L'Ombre", qui relève d'une menace dont peu de beumeu est capable : cette partie de basse, c'est quasi du Unsane... mais sous les traits d'une cadavérique et médiévale maigreur inconnue de ces derniers, et puis quant aux stridences de scierie qui nimbent son commencement, et à ces macabres tambours de conclusion... bref), est ce qui caractérise Sordide, bien plus qu'elle ne le fait des grimés qui enregistrent leurs répétitions depuis la grotte d'à côté ; le ton sur lequel ils s'adressent à vous, la couleur de ce dont ils vous veulent abreuver. D'un point de vue métallistique, attention, Sordide sont sur-crédibles, et administrent une raclée en règle comme on n'a pas si souvent l'occasion d'en manger. Mais ils dépassent de ce strict cadre, respirent bien trop grand, avec trop d'appétit et de rage pour s'enfermer dans un carcan de métaphores, de champ sémantique obligatoire, de ton, de ce que vous voudrez - est-ce qu'on dégueule dans les pointillés ? - que ceux-ci ressortissent au true black, au black'n'roll, au black punk, au punk rock, ou même au post-black, dont on trouve çà ou là quelques éclairs d'effronterie, comme en passant, juste parce qu'il n'y a pas de frontières si ce n'est pour les piétiner avec ses boueux godillots de gueux... De ce point de vue, pour sûr Fuir la Lumière donne un nouveau sens - et ce qui importe plus : une nouvelle fraîcheur à la dénomination "raw black".
A tout prendre, c'est mieux ainsi : sans la précision "metal", qu'elle soit au sens stylistique que comme stricte notation de matière, même si on en trouve des textures (car Fuir la Lumière est aussi métal que l'est une scie) : on est davantage dans la rouille, ce qui m'arrange, puisqu'elle est l'étreinte de la pluie et du métal et puis aussi que cela nous rattache à certain grandiose morceau de Darkthrone, datant de pile la période où ils faisaient la jonction entre true black et punk (tiens, on n'a pas parlé d'une scie à l'instant ?) - seulement le noir, couleur de l'orage qui vient, et pour le qualifier le cru, l'amer - et l'acide aussi, parfaitement, ce n'est pas pour rien qu'on parle des limites des métaphores - lesquelles, on l'a dit, concernant Sordide, qu'on imagine volontiers faisant des lettres de la manière dont Amebix forge ses propres armes... Quel besoin, du reste, de métaphores obscures, qu'elles soient la dépravation ou la démonologie, quand vos desseins et vos dégoûts sont si explicites, l'obscurantisme si grimpant autour de vous, vos démons si réputés, et le black metal par ses seules harmoniques symbole si parfaitement approprié - la rébellion, ça vous dit quelque chose ? Fuir la Lumière, il s'agit bien de cela ; rappelez moi comment on appelle le Moyen-Âge ? Bref.
Vous aimez les raccourcis expéditifs et percutants ? S'il était un disque nommé Colère Sardonique, écrit en France en 92 (loin de moi l'idée de dire que la province c'est 1992, hein ? n'empêche que mes potes vieux punks de Saint Etienne aiment beaucoup Sordide) sous le coup de prophétiques hallucinations sur le millénaire à venir et sur la Géhenne où la course du Saint Progrès allait nous enfoncer, à en faire paraître riante la nuit yuppie des années 80... il ressemblerait étrangement à Fuir la Lumière ; en moins tortueux ; en moins littéraire. Non, ce n'est encore pas cela, décidément : Sordide contient bien trop de choses, dans son black metal qu'on a envie de bombarder black metal de rue, mais alors de ruelles aux figures de sentiers, plus inextricables et inquiétantes que toutes les forêts du black à chapeau pointu, trop d'obscure enluminure encrassée et pourtant déliée, dans sa brusque simplicité de tous les instants, instille bien trop de fantastique dans les brutales bouffées de quotidien dont il nous fait partager l'acuité pareille à celle d'un tapis d'éclats de verre... pour ressembler à autre chose que du Sordide.
Laissez vous donc griser par l'odeur de la curée et du carnage, qui vient.

vendredi 2 septembre 2016

Okkultokrati : Raspberry Dawn

Pas de suspens : hallelujah, il est là. Le nouveau grand petit groupe goth à cran d'arrêt, statut qui semble maudit puisque déjà The Horrors et The Eighties Matchbox B-Line Disaster semblent avoir succombé de ses suites - ah, pardon, on me signale que The Horrors ne sont pas morts... j'avais pas remarqué ; il paraîtrait même que zZz non plus. Iceage ? Pas tout à fait en règle pour être licenciés de la fédé - mais ça n'empêchera pas Okkultokrati de les bouffer tout crus. Bref, et avant de déflorer trop la suite : ouf, on ne sera pas en désespoir de cause obligé de se rabattre sur les gentils bègues de Pop. 1280.
Bref, évidemment Okkultokrati n'aura pas exactement les mêmes ressorts que l'un ou l'autre de tous ceux-là, et ne nous fera jamais, c'est sûr, un  Skying - quoique... Raspberry Dawn batifole plus d'une fois dans les pâturages d'un rock'n'roll grade "âge d'or" tel que peu d'autres hormis Lecherous Gaze savent en accoucher aujourd'hui - et pour autant reste goth jusqu'au bout de ses ongles aussi endeuillés (goth, punk, je vous refais pas le powerpoint) qu'ils sont noirs ; sans en rien renoncer - cette question : juste un combustible de plus bienvenu dans le Grand Accélérateur - à ses envies de cold clinique, entre Seventeen Seconds et Melting Close, avouées sur Night Jerks - mieux : en les fondant carrément (en émergeant puis y replongeant, comme qui rigole, facile comme un dauphin, dans ces eaux glaciales) à leurs morceaux nouvellement incandescents de ce pur extrait de pan-rock'n'roll solaire, pareil à l'oiseau d'or en fusion de la pochette de The Ascension Attempt : comparez ça à Primary Colours de qui vous savez s'il vous chante, mais niveau soul de congélateur avarié avec fuites du réacteur nucléaire (en cherchez pas dans le commerce, de ceux-là, contactez-moi directement en privé), on est bien au-delà cette fois des habituelles comparaisons à Second Layer et Clockcleaner, on monte même avec "Hard to Please, Easy to Kill" encore plus haut sur ses ailes en feu que le susdit piaf, là où l'atmosphère s'effiloche et le ciel devient indigo et vous dépiaute par lambeaux de chair pantelante de joie, dans une orgie ultra-violette (quand je vous disais que, finalement, Skying n'était peut-être pas hors de leur portée... en fait on y est en plein, en croisière psychédélique ; simplement avec pas tout à fait le même calibre de fièvre) où après tout ils retrouvent, comme on se réunit avec sa moitié d'âme, leur part de black metal, à son état gazeux le plus jovialement chacal ; ensuite, vous allez bien rire si jamais vous avez le malheur de penser à Pop. 1280, en entendant la monstruosité de "Hidden Future" : pas besoin de jouer les méchants et les rampants - pas le temps surtout, quand on a autant d'amour à donner, et d'aussi longs crocs pour le prendre - même pas besoin non plus de donner dans les gros appels du pied à l'EBM, lorsqu'on possède une voix EBM dans l'acception la plus punk de la chose, lorsqu'on sait changer le rock en EBM frénétique : pas davantage qu'il n'est besoin de surjouer l'insolence lorsqu'on possède l'insolence du talent, à échelle aussi astronomique... Et de virevoltants sauter sur un nuage juste à côté qui passe, qui a les yeux de Robert Smith, partir en un vol plané aux allures de shoegaze, dans pourtant l'euphorique stupeur de quoi l'on croit entendre des voix angéliques qui vous caressent d'aussi rassurante façon que du November Növelet - cependant que le morceau continue narquois, ruisselant de feu vital, ses cabrioles rock en plein ciel... et de disparaître, à la manière dont on pousse d'un coup le levier de la propulsion dans le rouge alors qu'on croyait déjà y être depuis longtemps, et se décolle la peau du crâne : dans une grisante traînée de wave-a-billy, comme une version apollinienne d'Alien Sex Fiend ; intitulée "Magic People" : sans commentaire, bandits. Tout le monde sait que l'extase peut être une sensation aigüe et pénible, mais ce n'est pas ça qui rend la chose moins dure à traverser chaque fois ; un peu comme les orgasmes de deux heures de long.
La new-wave à l'échelle prométhéenne : pour sûr, l'âge d'or d'Okkultokrati est juste un peu plus vaste que le tien et que celui de la plupart des groupes, et Raspberry Dawn est de ces albums qui d'un coup viennent rendre visible une trajectoire qui y a peu à peu mené, et dont l'éclat éblouissant rejaillit sur le lustre déjà solide de ce qui l'a précédé - non content d'être en soi un album monstrueusement tubesque (grade "irréfutable" et gravé instantanément dans le marbre) et varié sans pour autant une seconde donner dans le collier de gimmicks alignés avec une absurdité managériale, sans cesser un instant d'être Okkultokrati jusqu'au bout des dents, ce groupe de punk surnaturel pétri de black swamp devant lequel on a pu s'émerveiller avec Snakereigns.
En fait c'est simple, Raspberry Dawn est une fusée à réaction alchimique, l'express éblouissant de cuivre qui relie les sixties tout droit aux eighties - et continue sa course de comète vers le futur, vers des extases encore inconnues, tout droit au fond du noir abrasif du cosmos. Ou aussi bien une qui relie l'enfance et sa violence de joie, sans étape, aux appétits les plus madérisés du fauve adulte. Une sauvage crise d'euphorie, au niveau de la fureur de liberté que Sheep on Drugs avait atteint, comme un palier radieux, une vision d'un futur fait purement de musique, sur One for the Money ; une rafale, une farandole d'attentats à la pudeur qui vous colle au siège du début à la fin, à en briser tous les os, vous laisse avec tout le corps balafré de brûlures d'azote liquide, un sourire crispé de douleur dans les mâchoires, et les pupilles noyées dans les étincelles framboise de cette aurore (wowowow, je l'ai même pas faite exprès, celle-ci) après laquelle vous ne serez plus jamais tout à fait le même. Plus grand que n'importe quoi. Juste comme est censé être le rock. Qui a besoin de post-punk ? Le punk est bien vivant et il t'embrasse bien fort.

lundi 29 août 2016

Various Artists : Ancient Meat Revived

Où comment des groupes dont le metal à la base est assez goûtument comparable à du Cold Meat Industry (Grave Upheaval, Temple Nightside, Antediluvian...), à de la coulée d'azote liquide ou à des monceaux de terre, et peu porté sur les riffs au sens "hélicoptère avec mes cheveux" du terme, se mettent, pour l'occasion d'un hommage à CMI, à jouer du riff gentiment épique, bien lisible, et du tambour qui te fait regretter de n'avoir jamais acheté la bande originale de Conan le Barbare.
Ce doit être une très vilaine manœuvre de mauvaise foi pour tenter de démontrer qu'en fait, au jeu du cékicé qui est le plus sombre, c'est le metal qui gagne. En tous les cas ça fait de rigolos petits morceaux de dungeon-synth sans synth, dans la discographie des groupes concernés. Pour qui, en revanche, espérait entendre ce que les capacités d'étouffement du metal néozed pouvait apporter à une musique déjà très étouffante telle que celle, au  hasard, d'In Slaughter Natives : c'est raté.
Peut-être - attentes, pré-conçues, pré-conscientes, encore, toujours... - est-ce qu'on espérait juste que lesdites outre-profondes guitares viennent jouer un rôle humblement décoratif dans la supposée suzeraineté obscuristique du matériau de base - et n'a-t-on pas réalisé que cela, on le tenait déjà, fait qui plus est de fort belle manière lustrée, sous la forme du dernier Of Darkness. Le résultat obtenu ici, donc, et qui semble assez homogène, est tout autre, puisqu'il ne ressemble trop facilement ni à la matière d'origine, ni aux rendus accoutumés dans ce type de metal evilémental ; bien plus true black que ne l'ont jamais été les groupes concernés, sans être pourtant proprement dit l'absolu du true black dans toute sa pureté, mais... enfin, le son de Linköping a toujours été un cousin du necro-spiritual norvégien, aux hivernales révérences assez voisines, et il n'est que de repenser aux flous artistiques et autres malentendus de l'époque, quant au passif des membres de Maschinenzimmer 412, ou aux ganaches des Mental Destruction - ou même à l'amoureux accueil réservé par mes amis en cheveux de l'époque aux disques d'Arcana - pour avoir finalement la sensation de retrouvailles longtemps attendues en rêves, devant ces morceaux qui finalement ne sont surtout décevants que parce qu'ils ont toujours été là en filigrane, et chéris à ce même degré, malgré une évidence moins flatteuse pour l'ego que l'innommable boue de nécro-infrabasses qu'on aurait voulue être le sexe de l'enfant.
En vérité c'est une époque que fait revivre cette irrésistible compilation, en se permettant même d'en restaurer pour en faire reluire bien fort et bien grandiose les couleurs.


mardi 9 août 2016

Ghold : PYR

Comme qui dirait que Ghold ressemblent de plus en plus à Neurosis, plus précisément à Enemy of the Sun, et plus précisément au milieu de ce dernier, là, la partie encore plus âcre et désagréable que le reste - et encore plus précisément au coin en bas à droite de l'arrière de la pochette de l'édition originale : le logo Alternative Tentacles, voilà, vous y êtes.
Quand la très grande majorité de leurs héritiers prend Neurosis pour un groupe mélodramatique, emphatique, quasi-lyrique, il est bon d'en tenir un qui se rappelle que Neurosis - lesquels l'ont un peu oublié aussi - a été un groupe qui vous déverse des brandons, de la cendre et de la limaille de merde direct dans le cerveau par les canaux à cerumen ; un groupe qui vit dans la poussière d'un bidonville de Calcutta ou Bombay. Ghold sont tout sauf un groupe à riffs ; bien plutôt une version cauchemardesque, obèse et sacrée de Lightning Bolt (oui car après tout, pourquoi pas un groupe de noise rock, puisque le genre est poreusement limitrophe autant avec le rock industriel qu'avec le psychédélique ?) ; et PYR une liturgie qui consiste à cogner comme un sourd, à battre comme plâtre jusqu'à vous en faire gicler l'âme du corps, comme on la vomit par les pores à longs jets d'urine trouble à en charrier des copeaux de rouille.

samedi 6 août 2016

Den of Apparition : Uncanny Din

Den of Apparition se montre maître à ouvrager une linéarité dont sont capables bien peu de métalleux, frappés fatalement qu'ils sont de complexe du musicien, doté d'un instrument et incapable de rester quelques secondes sans le tripoter un peu partout pour jouir de la sensation de construire, de composer ou que sais-je encore ; il y a, de toute évidence, du Godflesh chez Den of Apparition - déjà, ce n'est pas ce qu'il y a de plus metal et de caractéristique du complexe que je viens de dire, surtout qu'on parle, plus précisément, presque exclusivement de ce beat typique d'une intro de morceau sur Streetcleaner, celui qui ressemble au halètement ou au pouls impossiblement haché et dératé d'un cauchemar, qui bat comme un tambour de guerre, et à la rigueur quelques unes des filandres de dissonances vagissantes ou glapissantes qui çà et là le traversent comme des spectres malades - et aussi assez probablement du Impetuous Ritual, ou du Antediluvian ; mais il y a surtout beaucoup de Cold Meat, du Mental Destruction, du Archon Satani et du MZ.412, bref du death industrial - voire carrément de l'ambient rituel dans le goût de Cranioclast - qui sait s'étaler comme le mercure, et marteler inlassablement au même endroit, aussi longtemps qu'il y faut pour obtenir l'effet souhaité - la soumission et la dissolution, et certainement pas de composer, croyez moi.
Il s'entend également ici, par-dessus, par-dessous - partout - l'indécent feulement de la bête, un souffle frigorifique plus long et vaste évoquant Mortal Constraint, ce qui dira bien assez combien, si ce n'est pas une découverte (on a bien cité les auteurs de Through the Cervix of Hawwah), du moins c'est un saisissement d'entendre comment d'aucuns peuvent pratiquer le metal comme on fait l'ambient du meilleur tonneau - celui qui s'avère, en dépit des idées reçues sur l'appellation, bien plus mouvementé et périlleux que bien des musiques plus structurées, articulées, que sais-je encore : une course effrénée pour son intégrité mentale à travers les corridors de la plus abjecte panique glacée peut se révéler tellement plus nourrissante pour l'esprit...
Le fait que ceci n'ait pour l'heure qu'une existence digital freine mécaniquement l'enthousiasme ; et pourtant on se retient avec peine qu'on retrouve ici ce qu'on a plus ressenti aussi franchement avec Blut aus Nord depuis pas mal de temps, le réalise-t-on brusquement, ceci dit sans rien enlever au fort capital sympathie de leurs derniers disques : c'est assez dire du potentiel suggéré ici, sur le registre "plongée brusque dans l'outre-monde".

vendredi 5 août 2016

The Blood Brothers : Young Machetes

Le disque qui révèle The Blood Brothers comme le groupe qui reprend le flambeau de Jane's Addiction, Faith No More et At the Drive-In ; en invoquant sur sa trajectoire incandescente le Queen d'A Night at the Opera, les concerts de Foxygen, Matthieu Chedid, le Manson de Mechanical Animals , Hesitation Marks en version Woody Woodpecker sous LSD avec le Robert Smith des parages Head on the Door/Kiss Me à la direction de l'orchestre...
Spazzcore, queer, cartoonesque, légèrement cabaret forcément quand bien même moins que Crimes : tout en somme pour taper sur le système en deux-deux ; et pourtant ils en font juste de la pop comme elle doit être - soit une comédie musicale effrénée et dansante, un feu d'artifice de couleurs, et des émotions tout aussi fruitées y assorties ; juste en un peu plus abrasif. Du glam avec le feu de ses quinze ans, du punk au même tarif.
Et puis, faire d'un cartoon une expérience musicale aussi brûlante, à part Jim G. Thirlwell et Dixie Collins, qui ?

lundi 1 août 2016

Hipoxia : Si Devs Esset Occidendvs Erit - Monvmentvm ab Khaos I

Au niveau de ce que l'objet suggère et charrie - vous savez aussi bien que moi combien ça compte - force est d'admettre qu'on part mal : entre la pochette, le nom et le titre, on a le Destruction Ritual de Krieg, tout le black dépressif et le power electronics qu'on peut rêver ne surtout pas écouter, on imagine le truc qui vous fourre avec insistance ses lames de rasoir soigneusement couvertes de rouille et de sang frais sous les yeux...
Mais in extremis avant de passer son chemin bien vite sans y risquer un poil d'oreille, on achoppe sur le mot qui change tout : Espagnol. Et puis en la regardant de plus près cette pochette, au-delà de son académisme placide, bon reflet de celui de surface de la musique y contenue, elle a quelque chose, qui achoppe lui aussi, qui intrigue et invite à y rentrer, dans cette église saccagée ou juste abandonnée par qui, ou ce qui, la squattait, ne sait-on mais déjà se sent-on démangé de savoir... Le piège vient de s'ouvrir, et de ronronner vous y voir entrer ; presque tout est déjà joué.
Si jamais vous avez voté pour l'hypothèse "cette église a été rongée par une étrange infection", toutefois, vous êtes déjà plus avancé sur la voie de ce que vous allez découvrir ; je ne suis pas sûr que cela change fondamentalement l'issue, cependant - à savoir votre certitude à la fin d'avoir été infecté vous aussi.
Non plus qu'y change beaucoup de savoir qu'il n'y a rien à trouver ici des suggestions énumérées en préambule : SDEOE est un album de sludge - cette musique aussi languissante, voire langoureuse, qu'elle décape la chair sur la carcasse à vue d’œil.

samedi 30 juillet 2016

Converge : All We Love We Leave Behind

Bien sûr, que le disque a, pas qu'un peu, des allures de Big Converge Show de l'emoSlayer Violence Héroïque - déjà vu Jake jongler avec son micro ? déjà vu la dégaine de tough Dave Grohl de Nate Newton ? alors vous voyez ce que je veux dire.
N'empêche que ça marche. Les aspirations stadières, abordées, différemment mais notablement, sur No Heroes autant que sur Axe to Fall, sont ici totalement endossées et engrangées dans une disposition globale de maîtrise totale de sa palette et de sa musculature - ce qui veut dire qu'enfin, après les deux maladroits albums précédents, on retrouve l'incisivité et le venin qu'on est en droit d'attendre de Converge ; mais nouvellement mariés, pour un mieux-disant décoiffant, à une véhémence pop qui ridiculise instantanément tout ce que après quoi Trap Them court désespérément pour l'avoir tenu brièvement le temps de Darker Handcraft. - sauf que Converge, dans leur recette magique pour faire de l'entombed-pop, ajoutent une bonne épaisseur de peau de citron étiquetée Kill Sadie : ça relève drôlement , ça donne du peps comme on dit dans le jargon télé-culinaire, ça évite l’écœurement si prompt à se déclarer devant les plâtrées rockin'swedecore ; et puis ils ont Ben la Bourrasque, c'est à dire la réincarnation de Des Kenzel en stroboscope : ça change pas mal de choses, lorsqu'il s'agit de passer au palier supérieur, celui où on est tout seul à surplomber les autres, kiltran.
Ca n'est pas aussi traumatisant que You Fail Me et When Forever Comes Crashing, qui restent intouchables d'ailleurs cela même Converge le savent, et ils n'y touchent pas ; mais ça met la super patate et l'envie de mordre, éventuellement sa propre jambe, à égales doses.

lundi 25 juillet 2016

Mizery : Absolute Light

Chacun voit midi à la porte de sa propre culture : certains vous diront Leeway, d'autres Cro-Mags, d'autres encore Killing Time ; et moi avec ma crasse ignorance je voudrai vous faire entendre ici expansé à bloc le peu que je trouve de bien dans les vieux Biohazard (même si, du peu que je connais de Killing Time, j'irai sûrement pas dire le contraire).
La vérité - ouais moi j'la connais, comme disait Charles - c'est que Mizery jouent du thrash post-nuke, comme Power Trip, sauf que leur badlands à eux se situent notablement plus au Nord, via cette façon de sonorité tellement froide et tellement ferrugineuse qu'elle en dépasse le simple gimmick pour faire "nineties à donf", et se hisse même à la hauteur des meilleurs machins qui se foutaient de la limite avec l'industriel, pendant précisément lesdites années (sérieusement, si le riff du début de "The Hard Goodbye" est pas pile à l'endroit de la SF où thrash et indus ne sont qu'une seule et même acide chose ?) : on frise la thrash-cold par endroits, dans un savoureux entre-deux entre Godflesh et le Therapy? de Judgement Night, ou entre Kill'em All (en v'là un autre, tiens, de disque des badlands post-nucléaires), les vieux Amebix et le premier Faith No More. Froid est le maître-mot ici, tu peux le dire mon cochon. D'ailleurs les vingt-six minutes de l'album paraissent longues, pour peu qu'on le suive un peu de loin - et il s'y prête - tellement chaque note en paraît congelée, dévitalisée par une forme de gangrène ferrugineuse, paumée dans la réverb, désespérée, dissoute dans la limaille geordienne (quoi ? fais pas l'étonné je t'ai prévenu, j'ai dit FNM et j'ai dit Godflesh) des guitares... quasiment du hardcore d'ambiance, t'as tout compris, immersif comme un petit film ; où tout même l'aboiement des molosses a le goût de l'aluminium et la couleur du béton noir de pollution tout pissé de pluie sans fin. Le pied.

Du coup le disque répond à cette grande question, qui j'en suis sûr te taraude la nuit : qu'est-ce que j'aime dans Biohazard ? Le Killing Joke qui s'ignore. War dance, ma gueule.

samedi 23 juillet 2016

Fange : Purge

Y a pas photo : voici venir du sludge, certifié misère ricanante et qui bouche les artères.
Pourtant cela ressemble sourdement à du Converge, ne serait-ce que (pour ne pas encore et toujours citer When Forever Comes Crashing et The Poacher Diaries) dans la voix de Matthias, laquelle sonne comme Jacob Bannon qui aurait avalé le groupe - tout le line-up, oui - de beumeu parisien le plus dépravé et SM que tu peux imaginer dans tes coupables rêves ; puis à du Diapsiquir aussi dans certaines plaintes de guitare (c'est bien simple d'ailleurs : avec Purge et le prochain disque de Cowards, on a la vivifiante impression que deux groupes au moins, ce qui suffira amplement, ont digéré l'héritage s'il y en a un à faire du jeu et du ton de Toxik Harmst, et savent, plutôt que le réciter absurdement, en tirer le strict nécessaire du suc sans les défauts et auto-complaisances), au passage, puis à du Entombed en mode bourrée du bourreau, et à du larsen glapissant de maître du scalpel contaminé... Y a même un morceau qui démarre sur une rythmique traînante à la lisière du trip-hop, embraye sur un riff-lézard elwizardien... avant de virer à nouveau au Bunkur de backroom.
Purge ressemble surtout au hideux ruisseau qui s'écoule de l'arrière-cour du boucher, entre les pavés, vers l'égout ; au remake de Videodrome dans l'Yonne, par Gaspard Noë (celui de Carne, pour rester dans le même genre d'intitulé, tenez) ; Purge vous suffoque d'envie de vous vautrer dans le sang, la tripe, le boudin, les tentacules et la merde la bouche ouverte, pour les baiser, les boire ou s'en gaver comme une oie à en avoir les organes qui éclatent, on ne sait - du diable si on s'en soucie ; Purge, on s'y adonne à l'aveugle, comme à un bas penchant, à une pulsion, on s'y ouvre de toutes ses terminaisons nerveuses, les intérieurs à l'air, on s'y colle-serre comme si on pouvait se faufiler dans la moite mêlée de boyaux de son illustration de couverture, et bien vite on se fait, se mélange, s'amalgame à son ardeur nauséeuse, à sa bestiale absence de grâce et de chichis intelligents, à ses façons directes et sans fard, à l'homogénéité délicieuse qui se cache derrière son apparente difformité, à sa visqueuse pente. Wolverine blues goes to hell.

mercredi 20 juillet 2016

MoRkObOt : GoRgO

Sérieux ? Lightning Bolt ? Un seul Lightning Bolt n'est-il pas déjà assez épuisant, faut-il vraiment que d'autres groupes en jouent aussi ?
Soyons honnêtes, c'est la pensée qui m'est venue immédiatement aux premières notes de GoRgO, et a failli être cause que je passasse à côté de la dernière partie du disque, dont nous parlerons sûrement plus bas. Heureusement, en insistant rien qu'un peu on discerne bientôt, sous l'éreintante cavalcade de l'aigrelet et des riffs qui décapent l'émail des dents, une joviale élasticité digne du Primus des Mers de Fromage et du Soda de Porc, voire d'un Meshuggah qui se serait enfin décidé à se lancer plein pot dans la musique de kermesse, envoyant comme des quilles dinguer Chrome Hoof et Don Caballero sur son passage de taureau folâtre.
Oui, MoRkObOt démontre un talent non pareil pour rendre tout festif, même les riffs paraissant joués à la perceuse - en plus de ce talent, non moindre mais qu'il partage avec au moins les deux groupes sus-cités, pour brouiller de magique façon la distinction entre funk et metal (oui : metal, puisque GoRgO l'est au moins autant que le dernier Lightning Bolt ; metal comme des copeaux de métal qui se constituent en essaim de frelons), chacun effaçant ses défauts pour un commun mieux-disant aussi ultra-compact qu'ultra-bouncey. C'est même probablement ce que MoRkObOt, au moins ici, possède de plus que les autres groupes italiens labourant dans un champ similaire (jazz-core ou ce que vous voulez) : une manière d'art de la juste mesure, aussi étonnant soit-il pour une musique qui doit posséder au moins les apparences de l'euphorie sauvage la plus débridée, un savoir-garder le cap, qui est impératif lorsqu'en tous cas l'on ne possède pas le sang africain de Mombu, à qui tout ou presque est permis - contrairement à Zu, qui ennuie facilement... ou MoRkObOt sur l'album antérieur que j'ai connu, et qui avait fini à la revente - lorsqu'il s'agit de battre la campagne en sautant comme un chien fou... tout en - rien n'est aussi simple, petits malins - ne se verrouillant pas de trop dans une trajectoire de char d'assaut - ce qui arrive également à Zu, mais vise surtout Shining, pour laisser un peu les Italiens tranquilles. Et GoRgO, toujours aussi étonnant soit-il, et peu apparent au début, des écoutes et du disque - mouline une musique aérée, oui Monsieur, dont le funk dru et d'acier pourtant se respire, contrairement à l'importune neige de copeaux tourbillonnants qu'étaient leurs disques précédents : au cas où vous vous demandiez si je voulais dire qu'on pataugeât ici dans une flaque de gentille médiocrité façon Zolle : on n'a pas par mégarde cité Don Caballero, dont MoRkObOt rappelle la façon de ne jamais oublier, cependant qu'on joue les papillons papillonnants, de régulièrement aplatir ceux qui restent cloués au sol, à grands coups d'écrase-merde.

Vous dites ? Et la fameuse dernière partie ? C'est celle où (avec le grondant "Ogrog", et son genre de deathcore gonflé à quelque hélium muté) l'on s'aperçoit que depuis en fait quelques minutes déjà, subrepticement l'orage s'amoncelle au-dessus de la kermesse, sous le couvert du crépitement général, que les joyeux droïdes qui emportent tous dans leur toupie depuis le début commencent d'avoir les dents qui poussent et le regard qui se fige dans une fixité dangereuse, et que Meshuggah commence à ressembler à Flowers of Romance (revenu du futur), le groove permanent autant qu'il est disloqué de prendre de bizarres reflets broadrickiens, le tout bien entendu sans jamais avoir la politesse de franchement et explicitement verser dans la déclaration d'ouverture de la bagarre ou la curée, d'ailleurs bientôt les voilà qui, on ne sait au juste si pris au piège de leur propre pouvoir électro-magnétique de griserie, ou à la façon d'insectes engourdis par la montée de la nuit, commencent de se perdre dans l'étourdissement, la torpeur, la stupeur et toutes ces sortes d'états éclairés et d'entre-deux ; et que Flowers of Romance commence à ressembler à Heavy Lids voire Ghosts, d'étranges barrissements mi-plaisir mi-angoisse de s'élever du brasillement qui s'apaise, jusqu'à ce que peu à peu le disque semble s'éteindre - sans s'éteindre, justement - se clore - sans se clore, justement - sur une lente et molle pluie de lucioles, une ascension de chuchotis mi-menace mi-promesse enjôleuse, au point que tant qu'à faire dans la référence italienne on imaginerait presque une version à l'érotisme plus féérique mais non moins capiteux de "Douce Nuit", rien que ça, pendant les dernières secondes du disque brusquement grosses de regret, de mystère ravivé et de langueur. Ce qui en fait un peu plus, et autre chose, que ce qui était déjà probablement l'un des meilleurs albums - à part ou avec ceux de Mombu, eux aussi un peu autres - dans ce style si prisé en Italie et si balisé. Et pour le coup on adhère, sans retenue ni l'avoir vu venir, à cette mythologie extra-terrestre qu'ils se sont inventé autour - tant pour l'aspect potache de la chose, que pour celui de cartoon qui fait peur.

Alors après, si ça peut leur faire plaisir de jouer une nouvelle fois les coglione, et rendre un hommage visuel aux Sex Pistols, autant vous dire que c'est peccadille.


jeudi 14 juillet 2016

Pharaoh : Negative Everything

Tiens, j'avais jamais remarqué, ce mirage qui sous certains angles lui donne des miroitement mêlés de Godflesh (celui des jours sans aucun funk, ultra-dépressifs à faire passer le premier Jesu pour... oh puis la flemme de chercher), Darkthrone et His Hero is Gone.
La complainte du bunker abandonné à la nuit du pôle. Le truc casse-tête à ranger sur les étagères, plausible autant (c'est à dire jamais tout  fait) dans le hardcore funèbre - Planes Mistaken for Stars, Daggers, Tortuga - en plus funèbre encore, que du côté du black metal le plus lugubre. Forte est la démangeaison de botter en touche vers la cold-wave piquetée d'industriel. Car passés la surprise et l'émerveillement des premières fois, la poussière une fois prise, l'album reste le même inquiétant étranger, si vous voyez ce que je veux dire.