mercredi 22 février 2017

Crucifix : Dehumanization

Université de Bordeaux One - Département de Psychologie Clinique
Séminaire "Contresens et Susceptibilité – Learn it the Hard Way !"
Cinquième conférence : "Crucifix, le Désir d’Extermination à l’État Pur"

- …"Crucifix, c’est une machine de guerre", pourrait-on tout d’abord penser. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre, chacune plus puissante que la coalition de toutes les autres. Un implacable essaim de haine semant mort et destruction partout sur son passage. "Une machine de machines de guerre infernale, lancée à 100 km/h", pourrait-on alors précipitamment conclure. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre infernale lancée à pas moins de 140 km/h, faisant fi des radars et se riant des contraventions. C’est l’arme absolue, la suprématie totale pour qui la possède. Des hameaux rayés du cadastre en un souffle ! Des mégatonnes de bombes déversées en un claquement de doigt ! Des territoires ennemis rasés jusqu’aux couches géologiques les plus profondes le temps d'allumer une cigarette ! "L’herbe ne repousse pas sur les roches métamorphiques", disait Nietzsche et il avait bien raison (…) Dehumanization, c’est aussi la chaleur des frères d’armes auprès du feu de camp. Le soir venu, après une journée bien remplie, on échange des plaisanteries grivoises en trinquant dans des crânes d’enfants. La conscience du travail bien fait, les cartouchières se relâchent. Les corps, jusqu’alors opprimés dans des treillis trop étroits, se détendent. Les chaussettes respirent. "Dehumanization, c’est le repos du guerrier", pourrait-on penser. Mais, en fait, non et c’est précisément là où je veux en venir : Dehumanization, c’est le repos du guerrier entre guerriers. Lorsque la camaraderie virile change de nature. Lorsque la soumission au chef devient sexuelle. Lorsque les étreintes entre garçons se…
- Monsieur, Monsieur, Professeur Cousteaux
- Qu’y a t-il, mon jeune ami ?
- Monsieur, il semble que vous fassiez fausse route, qu’au contrai…
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- …
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- Un, un pistolet, pourrait-on penser.
- Quel modèle ? Quel calibre ?
- Je, je ne sais pas.
BLAM, BLAM, BLAM.
- D’autres petits malins, non ? Tant mieux ! Alors c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas que la semaine prochaine notre dernier rendez-vous, "De Vikernes et du Contrat Social", est avancé à 14h. Merci de votre attention.

lundi 20 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness (Addendum)

Bon sang de bon soir ! Je n'en mettrai pas ma main à couper, parce que je n'ai encore qu'une confiance toute relative envers de tels ressortissants de Polaquie - mais tout de même, "Le Délire de Négation", maintenant que je la regarde à nouveau... Si ce n'est pas un hommage à Tom Waits dans son interprétation du rôle de R.M. Renfield...
Pour ce qui concerne Dali, n'étant pas familier de l'accent polonais, il m'est tout aussi hasardeux de statuer autrement qu'avec la plus véhémente subjectivité.

... Allez, pendant que je vous tiens, je ne résiste pas à la tentation de vous en remettre une pour la route, sur les vertiges sans fin de correspondances divines, qu'ouvre ce petit disque : face à leur manière d'interpréter "Stigmata Martyr", on se prend à penser, aussi, que d'une certaine façon Bauhaus avait déjà inventé Ministry, on se dit qu'en tous les cas l'autre crevard cubain avait de vraies racines goth entortillées autour de son petit cœur, qu'entre "Stigmata Martyr" à "Stigmata" il n'y a qu'un mot, qu'entre leurs riffs guère davantage de différence... Et de se rappeler tout à coup que Revolting Cocks en avait déjà révélé faire partie, de ce petit nombre de groupes (avec les Chicks on Speed aidées de Dave Clarke) à avoir su reprendre de très magistrale façon du Bauhaus. J'aime beaucoup, quand tout concorde, se recoupe et fait sens ainsi, et que le temps se renvoie la balle ; depuis bien avant certain mauvais film de science-fiction récent et à l'eau-de-rose.

dimanche 19 février 2017

Black Wine Order : vvvvv

Ça va finir en rafales incohérentes de noms - comme d'habitude ? Mais cette fois, ce sera vraiment, ou du moins encore pire que d'habitude, pour attester à quel point Black Wine Order ne se situe nulle part. Alors, autant y aller direct, pas vrai ?
vvvvv évoquera autant, tour à tour et chaque fois pour ne surtout pas suffire, voire pire - Sisters of Mercy que Atomic Cries, Bain Wolfkind qu'un truc de dark-wave médiévorientalisant pour lequel aucun nom pertinent ne me vient (non, certainement pas Dead Can Dance), un genre d'Omala tout malingre peut-être, de Moon Lay rachitique jusqu'au diaphane ; Danzig réincarné en guise de pénitence en Barry Adamson ; Horse Latitudes et Avgrunden ; Heart in Mouth, un Finitribe de bled roumain paumé ; Angelo Badalamenti retiré à Tchernobyl... En étant moins littéral, alors, pour encore un peu plus prendre la chose par cet aspect onirique dégueulasse, désespérant et pourtant doux à l'extrême, qu'elle a ? Sink, Messagero Killer Boys, Échancrure, 202Project... Ce n'est toujours pas ça, désespérément pas.
Tous ceux-là, mais à la manière de fantômes flasques comme des serpillères, des écharpes de brume au-delà du livide, au stade de vestige, comme une trace sur une vitre, comme des âmes en peine errant et traînant leurs patins dans de blanches et déprimantes limbes, limbes, justement, que sont la musique de Black Wine Order, elle qui parvient à être noire et blanche en même temps, gouffre et poussière, malveillante comme une incantation primitive et confortable comme un martini dry, aqueuse et aride dans sa consistance incertaine - le ton est bien en vérité à l'incertitude, comme celle de savoir si oui ou non le thème initial de "Lvmen" est un hommage aux Sisters of Mercy ; vvvvv, c'est  le truc en minuscules qui n'est pas vraiment là, mais dont la gêne elle est bien présente, juste assez pesante sur le moral pour incommode, matière vide d'une manière de western existentiel dans les décors déserts d'un Nosferatu d'Herzog en proie au doute rampant et à la neurasthénie, trop barbouillé d'il ne sait trop quoi pour avoir les crocs, même si ceux-ci protubèrent toujours aussi ignoblement que son haleine fétide flotte à plusieurs mètres autour, douceâtre, écœurante, hypotique.
Une chose qui, ainsi qu'on le voit, échappe aux phrases, qu'elle disloque, dissout, effiloche, sans que ce l'empêche de suivre son chemin, par capillarité presque, par lente infiltration, à son rythme de soyeuse procession dont sourd, affleure par endroits un caverneux marmottement, nulle part musicalement autant que temporellement.... Une infection.

samedi 18 février 2017

Medico Peste : א : Tremendum et Fascinatio

Comme ils disent, là-bas aux 'Stazuni : "a whole different beast". En tous les cas certainement pas un album qu'il y aurait du charme à découvrir après une rencontre-révélation via une oeuvre ultérieure - en l'occurrence Herzogian Darkness - supposée plus aboutie, et dont on remarquerait attendri les prémices dans ce qui l'a précédé.
Prémices il n'y a pas, ici : plutôt convient-il de dire que tout est déjà là, mais dans autre chose, donc. On trouve déjà ces soubassements de groove nineties mécanicanaille (l'entame de "Livid"... sacré bon sang !), et cette sensibilité goth renversante, qui expliqueront ensuite si l'on veut la réussite, toute en élégance naturelle voire native, d'un coming-out aussi grandiose que "Stigmata Martyr" ; mais ce premier album, qui peut pour cela précisément paraître au premier contact épuisant et un peu moins personnel, est un album de black metal bien plus pur que Herzogian Darkness - enfin, pourvu que vous considériez que l'orthodox est du côté de la pureté : d'évidence on s'inscrit ici dans une obédience à la jonction du meilleur d'Ondskapt - les deux premiers disques, jusqu'à nouvel ordre - et du meilleur des caveaux dandy de Paname - un peu d'Aosoth, beaucoup de Merrimack et Decline of the I, et pour un peu à entendre la majestueuse rampance de certaines séquences, que je vous déflore donc ici, j'en courrais dépoussiérer ce joyau de Verbia Daemonicus, resté tragiquement unique ; c'est là la composante majeure, le terreau sur lequel pousse et prospère florissante la musique de Medico Peste, avec tous ses fruits pourris ; soient-ils ceux évoqués plus haut, donc, et les stridences d'ambiance industrielle, qu'ils savent faire irradier déjà des accords beumeu, aussi, mais encore les couleurs de cabaret dégénéré, et puis de sourds martèlements de tambour qu'on ne leur connaissait pas et qui s'avèrent merveilleusement compatibles voire complémentaires avec un appétit féroce de blastbeat à la frénésie digne de Mayhem, et puis encore aussi une façon de ramper surnaturelle, dont le mérite revient autant aux guitaristes qu'à ce batteur traîtreux et versatile comme un félin, dont les bouillons, associés à ces accents industriels dont je ne laisse pas de vous rebattre les oreilles et sur lesquels il brode avec appétit, rappellent avec des frissons de plaisir que Medico Peste sont compatriotes de Kriegsmaschine, autant qu'ils sont frères spirituels d'Ondskapt - "The Great Illumination", et son finale de buveur de sang... Versatile, virevoltant avec grâce dans la fange, éblouissant dans ses couleurs vineuses, étincelant de pourriture, א : Tremendum et Fascinatio est un festival et une orgie d'une bestialité raffinée que l'on associait plutôt aux Carpathes qu'à la Pologne.
A whole different beast... ou pas. A la manière des démons, la musique de Medico Peste est tributaire de la forme sous laquelle elle est invoquée par l'officiant, mais demeure la même viscéralement : ici sous, en résumé, une apparence nettement plus black metal et appliquée, le groupe reste celui qui fait de l'orthodox atypique ; puis, bon, ce n'est pas comme si c'était tout à fait rien, que de rejoindre le très sélectif club des rampants, où pour ma part je ne range guère qu' Obscurus Advocam, Creeping bien entendu, et Mortuus.
Et pour l'essentiel, l'effet de א : Tremendum et Fascinatio est peu ou prou le même que celui d' Herzogian Darkness : à sa sortie, on se sent fiévreux et sali.

vendredi 17 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness

De l'art de composer son menu... Je n'y suis généralement pas (consciemment) sensible ; est-ce parce qu'ici le format ramassé permet de le constater plus aisément, c'est probable ; néanmoins je reste persuadé - avec émerveillement - que le talent singulier que montre Medico Peste dans l'exercice n'y est pas tout à fait innocent.
Et la discipline inclut celle d'accommoder ce qui, cru et devant les yeux sans imagination du profane, n'est pas fait pour aller ensemble. Un mat et sautillant poc-poc de batterie, qui vient rapidement chiper la vedette au blast-beat et qui - là, si vous en voulez de l'involontaire, pour ce coup et ce coup seul cela peut-il probablement se discuter - d'emblée évoquera Therapy?, au moins à l'auteur de ces lignes, ce qui le met toujours dans les meilleures dispositions ; des guitares maladives qui bien vite, du Deathspell Omega qu'on y verra par réflexe - et qui du reste a sûrement été écouté chez Medico Peste, peu importe de savoir avec quel exact degré de religiosité, mais qui s'il est permis de le dire, nous évoquera plutôt la version moins doctorale et plus... malade, tiens, viciée et vicieuse (parisienne en un mot) qu'en peut donner, de ces fameuses harmoniques, un groupe tel que Nyseius sur son dernier album - se voient bientôt dévoyées par Medico Peste en quelque chose qui possède la stridence et la répétitivité d'une sensibilité bien plus industrielle, continuant par le fait d'évoquer Therapy? - sérieusement, certains de ces riffs pourraient avoir été exfiltrés de Born in a Crash -  et Godflesh ; des lignes de basse reptiliennes, prédatrices, claudicantes tour à tour ; et puis des choses plus discrètes, telle cette batterie batcave, digne des Virgin Prunes, qui entame puis entrelarde "Hallucinating Warmth and Bliss", sans oublier cette voix de dégueuleur de cendres chaudes, qui paraît parfaitement dans les clous du style pratiqué, et réussirait presque à occulter un talent aussi singulier qu'il est discret.
En somme rien pour nous empêcher de redonder encore avec le mot malade, qui ne sera toujours pas employé pour la dernière fois, à propos d'un disque dont dès la pochette - ses airs de Septic Flesh, Sopor Aeternus, Marylin Manson voire Rammstein - on est préparé à entendre ensuite des cousinages avec des choses aussi saines que Shining, Lifelover, Karv Du, Urfaust, Circle of Ouroborus... dans ses accents de cabaret décadent occasionnels comme dans ses plus continuels échos d'alcôve capitonnée, bref toute la grande famille du "ça pourrait aller mieux" dégueulassement auto-complaisant, du décadent, du syphilitique et de l'auto-mutilateur, famille dont du reste on a la sensation délicieuse, lorsqu'on rencontre la mélodie de cette triste valse alcoolique qu'est "Le Délire de Négation", d'avoir enfin ressorti des étagères l'un de ses disques préférés parmi les œuvres - vous trouvez ces phrases longues, juste un peu ? Elles le sont, autant que Herzogian Darkness peut pour sa part se montrer direct, compact, concis, au point de prime abord de paraître une chose simpliste, alors qu'il est juste simple et concentré sur son propos, lequel de ce fait et sous ces airs modestes produit d'autant plus efficacement son effet de sape et d'obsession, frappant toujours aigu au même endroit, au contraire de ces références disparates (ajoutez Hell Militia, Aosoth et Unearthly Trance où vous pouvez, pour essayer définir un peu ce qui cloche chez Medico Peste... moi je baisse les bras) qui peinent à situer exactement en quel endroit du bide on se fait perforer... Medico Peste, en toute simplicité, rend l'orthodox inorthodoxe.
Et c'est sur ces entrefaites que déboule, en conclusion et comme une bouffée d'air enfin, à la manière de celle qu'on trouvait en pénultième position sur Skandinavisk Misantropi - du moins le croit-on lorsqu'en résonnent les premières frappes de batterie, après cette daliesque crise de chaude-pisse qu'est "Le Délire de Négation" - ... "Stigmata Martyr". "Stigmata Martyr" que je n'avais entendue depuis des années, et dont je n'avais jamais entendu dans le riff le potentiel canaille (erreur toujours fatale autant que grossière, me direz-vous, de sous-estimer le potentiel "cran-d'arrêt" d'un morceau de bon gothic rock : vous savez, ce punk-rock auquel sans qu'on sache pourquoi il faudrait ajouter le préfixe post ?) au point d'en inspirer le qualificatif "urbain" et "proto-nineties", jusqu'à susciter des réminiscences du morceau d'Helmet avec House of Pain, plus proche (dites vous que c'était ça, ou bien je vous citais RATM et -(16)- ) exemple de ce type de rock industriel de première bourre, à la fois mécanique et félin ; on n'avait pas entendu aussi carnassier et vicelard depuis Pig Destroyer qui reprenait... Helmet, vous n'y échapperez pas.
Allons : renonçons aux trois autres paragraphes qu'on pourrait avoir envie de partager, au sujet de ses joies et ses acidités gastriques, dans son quotidien avec Herzogian Darkness, et les hallucinations auditives que son noir brillant provoque ; abdiquons enfin toute prétention critique, j'ai de nouveau 15 ans : putain, ça c'est du rock, les gars. Vous savez, la même musique, ramassée, féline, fluidement, ouvertement meurtrière, que joue Cowards sur Still (comparaison incongrue ? de une, même choix de donner à son écriture une nouvelle limpidité, quasiment américaine, après un album en forme de roncier, cet art de ce qui est évident et long en bouche à la fois, et qu'on appelle autrement "classique instantané" ; de deux, même façon de finir un disque sur une reprise tout à la fois jubilation et enfonçage de clou dans la plaie ; de trois, même capacité à me rendre volubile jusqu'au point du jour, à propos d'un disque de pas trente minutes ; d'autres questions ?), ou Funeral Mist sur Maranatha ?

Clandestine Blaze : Harmony of Struggle

M'étant déjà suffisamment épanché dessus, comme on se soulage, sur des agoras numériques, je ne vous raconterai pas trop en détail mon rapport compliqué avec Clandestine Blaze, le défaut de la cuirasse de Mikko Aspa à mes oreilles.
Mais cette fois, je le tiens, c'est le bon, puisque malgré l'insuccès des autres albums à m'affoler j'y ai toujours flairé la trace de quelque chose, et me suis acharné sur ses disques : Harmony of Struggle est mon album de Clandestine Blaze.

Entre "Myth Turned Alive" et son ambiance doom boréal où se mêlent merde, neige et sang - et son piano odieux ! -, celle plus space opera, grandiloquente à tout le moins, de "Messiah for the Dying World", le menaçant "Face of Granite", comme un prologue prometteur des pires horreurs, à "Wings of the Archangel", l'invraisemblable rafale de double pédale finale (en bien des sens) du dernier nommé - cet hallali…  à ce stade c'est presque un hommage à la double originelle, celle d' "Overkill"… simplement à la finlandaise -, les chuchotements de cadavre dans son scaphandrier, nombreux, et les lancinants et mélancoliques interludes Memento Mori, qui viennent matérialiser çà et là une ambiance quelque part entre Raison d'Être et In Slaughter Natives qu'on sent subliminalement courir sous tout le disque ; et la façon permanente dont tout cela alterne et ensemble valse et s'entretisse : cette fois c'est bien sûr, c'est bien mon Mikko, et il a mobilisé ici tout le talent qui est en lui pour les ambiances de fin du monde - à sa sauce, c'est-à-dire aussi sale que grandiosement tragique. Une sorte d'horrible et bouleversante collision entre Stabat Mater et Darkthrone (que Clandestine Blaze aime au point de ne faire différence aucune, entre Transilvanian Hunger et Sardonic Wrath, béni soit-il), chantée par sa voix la plus horriblement congelée de prédicateur charognard dans sa cathédrale tombant en ruines au milieu du dernier bombardement.

mercredi 15 février 2017

Oureboros : Mysterium Tremendum

Où donc était passé le talent insolent pour propager la transe des noyaux planétaires, qui s'était penché sur le berceau de Fragmentation et Vita Mediativa, Dieu sait si je les ai usés ? En hibernation, qu'il était, le fourbe, laissant Oprhx se démerder seuls pour le reste de leur carrière (dernier en date, à peu près du même âge que cet Oureboros, compris)... A attendre ce jour présent pour, avec la fraîcheur d'un gardon, venir retrouver Orphx sous une nouvelle identité, et faire la nique à ce que d'autres vieux de la vieille on pu faire dernièrement, me laissant pour ma part chaque fois sur ma faim avec l'envie de les mettre de force à la retraite : In Slaughter Natives, Sielwolf, et dans une moindre mesure Raison d'Être ; on imagine la mort dans l'âme.
L'osmose de la plus raffinée des technologies ambient avec le pouls tellurique des tambours primitifs, pour un mieux-disant basses-profondes et sourdes cadences rocailleuses ; c'est à dire, évidemment, beaucoup mieux que tout ce qu'a pu pondre Brian Lustmord depuis des années, ou Riton Nordvargr pour ne pas toujours taper sur les mêmes : pour vous figurer la chose, imaginer de soyeuses réminiscences des deux illustres ancêtres précités, panachées d'un trait de Mz.412 où se mêlerait Infernal Affairs à In Nomine... sans oublier des effluves des trois illustres déchus, qui n'ont pas été cités par hasard,  puisqu'on en peut trouver ici ce qu'on était en droit d'attendre sur leurs propres productions ; on pourrait même (des fois que vous m'auriez pas vu venir) voir dans Mysterium Tremendum une manière de synthèse des trois... à laquelle se viendraient mêler d'autres choses, toutefois, puisque le laïus de l'éditeur n'a pas tout à fait tort de parler de racines metal (dont personnellement j'ignorais jusqu'à l'existence) s'exprimant ici, et s'entrelaçant à merveille au matériau ambient chamanique : on songera également, çà ou là, aux excroissances modernes où ensemble boursouflent drone, post-hardcore et shoegaze dans une monumentale chorale de larmoiements astraux - pensez The Angelic Process, en forcément moins ouin-ouin-Nadja ; on enterrera aussi, sans même s'en rendre compte, de larges pans de la discographie de Wolvserpent ; et jamais on ne se départira d'un équilibre tel, gracieux comme le dialogue de deux méduses, entre techno et industriel, qu'il ne semble ensuite que pure logique que l'on pense sans prévenir à Elektroplasma, rien que ça - devant ces mouvantes nappes d'un noir d'encre profond et frissonnant. Sans compter, pour le même prix, une conclusion sur un petit morceau digne de Sol Invictus ou Orchestre Noir, tranquillement, histoire de faire remarquer que oui, on pouvait encore glacer un peu plus le fond de l'air.
Vous ne cherchez pas : vous achetez tous ceux qui vus manquent sur les trois.

Inferno : Gnosis Kardias (Of Transcension and Involution)

Le Dracula de Coppola, mais traversé comme on le ferait d'une fête foraine trouvée par erreur au fond de la nuit tchèque - toute peuplée d'yeux soulignés d'un khôl lourd de menaçantes suggestions - avec barbouillé sur la face un doux et enfantin sourire d'ecstasy, et ressenti à travers l'épais matelas d'une bande-son constituée de multiples couches de The Top, de Dolorian, de Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions et d'Urfaust, alternées encore et encore de plus en plus fines, jusqu'à obtenir un flou scintillant de vieil or, source de narcotiques vertiges, dont la liquide ivresse ne connaît guère d'autres équivalents, que celle qui emporte dans ses euphoriques bouillons la colère du divin Mardraum... Et les vrilles graciles, délicates comme la rosée sur une toile d'araignée, aucun, malgré l'envie, qui brûle, d'affilier le disque au seul autre avec lequel vraiment il ait des affinités de silhouette (à part Omniabsence filled by His Greatness, bien entendu) à savoir Erotomysticism. Quasiment, le Dracula de Coppola tout nacré de sa joyeuse collision et interpolation avec le Münchhausen de Gilliam.
Où d'autres s'échinent en vain à prendre leurs airs les plus mal intentionnés de grenouilles de bénitier inversé, Inferno se contentent d'avec largesse déverser leur son, occulte au sens le plus physique du terme, lui qui vous immerge dans l'épaisseur et la profondeur d'une dimension insoupçonnée la minute d'avant avoir lancé le disque, qui vous catapulte au milieu d'une soyeuse pluie en suspension de particules au goût de fer douceâtre sur la langue, bruissante des élytres nombreuses d'une parpadelle d'angelots aussi ocres que bossus... Vous valsez, les yeux mi-clos de plaisir.
Avant de peu à peu vous apercevoir que le grésillement s'est ralenti, qu'il vous engourdit tous les membres, qu'il y a peut-être là un peu plus stupéfiant qu'un simple comprimé d'ecstasy, que vous êtes embourbé dans ladite strate de la réalité et ne disposez plus de l'option d'en sortir, pas plus que d'échapper au plus puissant narcotique; que, pour débonnaires, bienveillantes que puissent paraître les fulminations de la cascade de cendres qu'est cette voix, elle ne vous en a pas moins - au contraire - enseveli dans un cul-de-basse-fosse de la réalité dont vous n'êtes pas prêt de vous extirper, ni de cesser d'y onduler sans répit.
Après, il faut reconnaître : pour une oubliette, la décoration y est somptueuse. L'inquiétant épilogue qu'on peut entendre, cependant, après le grandiose et bacchique finale, laisse présager d'ultérieures aventures possiblement moins réjouissantes. Seront-elles documentées dans le prochain album, on ne peut que l'espérer.

mardi 14 février 2017

Power Trip : Nightmare Logic

Bien sûr, que moi aussi j'aime Kill'em All, et même un peu Ride the Lightning même si je l'ai revendu.
Mais de Power Trip j'attendais un peu autre chose qu'un album de Metallica.
Du coup, si je veux du thrash ultra-belliciste, j'imagine qu'il ne me restera qu'à ressortir enfin mes Warbringer, comme cela me pend au nez depuis déjà longtemps, et si je veux du sur-congestionné, à réécouter Violator voire enfin acheter Chemical Assault. J'ai lu quelque part (pudeur) une formule du style "si les Cro-Mags avaient pu se blairer pendant l'enregistrement d'Alpha Omega, voilà ce que c'eût pu donner", voyons, hum, mais, très chère, pour quelle raison voudriez-vous donc que des primates qui jouent telle musique pour pugilat dussent éprouver la moindre bienveillance réciproque en la jouant, dites moi ?
Du coup, l'analyse est sans doute très juste, et dit fort bien ce qui de mon point de vue cloche profondément chez Nightmare Logic : on a la nette sensation que ces mecs-là s'entendent super bien ; on les imagine même facilement, ainsi encouragé par des formules si obligeantes, se décocher sourires et amoureux clins d'yeux à la façon des twins-guitaristes d'Iron Maiden pendant le morceau de bravoure, sur la scène principale d'un festival - contexte où à ce qu'on me dit Power Trip font merveille.
Mais continuez donc à les sucer, avec un peu de chance ils vont fondre. Du thrash fondant, c'est tout ce qu'il nous manquait.

dimanche 12 février 2017

Atropine : Assailant

Il en restait un peu, je vous le mets quand même - non, pas de point d’interrogation. C'est à dire que je me l'injecte au minimum deux fois par jour depuis bientôt une semaine, y a pas de raison que vous
n'en profitiez pas.
Or donc, Atropine, indiscutablement, s'affilie autant à l'école ultra-gluante - et ultra-sélective - des Mortal Constraint - qu'à celle, plutôt canadienne une nouvelle fois, des trucs electro-indus intelligents tels que Scar Tissue, Index ou Mentallo and the Fixer… parfois trop intelligents, justement, ou plutôt trop purement spéculatifs, erreur que ne commet jamais Atropine, ce prédateur alpha, insomniaque, du bocal de bouillon de culture ; en techno, il aurait encore fallu avoir l'insistance de noter les allures limites psytrance que prend par endroits Assailant, ou les échos de Zen Paradox, auxquels il marie son Skinny Puppy (que, du reste, on a un peu trop eu hâte de circonscrire à Mind : The Perpetual Intercourse, puisque celui d'Atropine opère un peu la jonction entre ce dernier et Too Dark Park, ou les moments les moins, hm, cubains de Rabies)…
Et à la fin de s'apercevoir que ce qu’il aurait surtout fallu citer, au rayon référence illustre balaise, c'est… tout simplement Download, quand ils étaient encore affreusement bons, tranchants, infectieux - c'est à dire jusqu'au III en ce qui concerne la qualité pure, mais vous avez normalement dû déjà déduire que la lumière zen de ce dernier n'est pas des masses le propos d'Atropine... Pour ce qui est de grouiller de détails griffus et corrosifs autant que pouvaient l'être aussi bien Furnace que The Eyes of Stanley Pain chacun dans leur genre, en revanche, Atropine est une vraie cochonnerie insidieuse.

Y reste plus que Dive à caser, vous le foutez où vous voulez : il y sera.

vendredi 3 février 2017

Atropine : Assailant

Bon, niveau réjouissance du tastevin, déjà, on est bien garnis : on a, ainsi que l'a signalé un autre connoisseur, du FLA époque de référence - pour bibi, Gashed Senses - du Skinny Puppy des mêmes parages, Remission, Bites et Mind - quelques flamboyances qui arrivent à sans équivoque s'inscrire dans la descendance glorieuse de "Assimilate", sans démordre en valeur intrinsèque ; on a du Cri du Chat, avec des moments qui n'auraient pas à baisser le nez sur un disque de Trial, Simbolo ou Morgue ; on a de ce que Celtic Circle peut avoir eu de pas trop douzième zone, bien au contraire, à savoir du Putrefy Factor 7 ; on a l'acrimonie effarante d'Insurgent...
Mais surtout, surtout, Atropine ont tout compris, rythmiquement, et tiennent bien fermement cet art typiquement dark-electro, de vous démanger de furieuses fourmis cybernétiques les genoux, les coudes et les épaules, de vous infecter d'une bilieuse pulsion de vous désarticuler comme un pantin cyborg déréglé - ou pour les plus bio, de danser le Stefan Ackermann - et bon à envoyer à la casse pour agressivité contre-productive - sans un seul instant donner véritablement dans la trance, la techno ou même, ce qui eût été accueilli avec bien plus d'indulgence, house. Atropine vous suscitera pour sûr des envies de dancefloors, mais seulement peuplés de créatures dans le goût de celle de sa pochette, pour le dire autrement. D'instiller la fièvre, les spasmes, l'inconfort musculaire, l'intranquillité - mais jamais l'envie de marteler du poing en l'air ou de pulser de quoi que ce soit.
Et pourquoi y penser, aussi ? Eh, parce qu'il ne s'agirait surtout pas de s'aller imaginer qu'Atropine n'utilise que des sonorités ringardes, farouchement nostalgiques et restées bloquées dans la préhistoire d'un genre, où la techno de toutes les façons n'existait pas, au moins à la connaissance des bodymen valeureux. Non, vous n'aurez pas la sensation d'écouter un disque Celtic Circle ; seulement quelque chose qui en a retenu tout ce qu'il y avait à en retenir, niveau gargouillisme et suintements de vice.
Une impossible acid-techno, discrètement aussi exigeante que du Cristian Vogel, mais à la patience et capacité d'inertie d'insecte, et toute collante de sécrétions aux usages obscurs. Pour tout fan de Skinny Puppy peu friand de clones imbéciles et à contresens, du nanan.

samedi 28 janvier 2017

Red Harvest : Hybreed Redux

L'intérêt de ressortir Hybreed en version "dépoussiérée", "remasterisée" ou ce que vous voudrez, en 2016 ? J'ai envie de vous renvoyer à mon article sur la démarche similaire qu'effectuait Justin Broadrick il y a quelques années, pour Streetcleaner. Hybreed et ce dernier sont assez semblables par beaucoup d'aspects : les deux sont, sans même avoir à être présentés différemment de leur version originale, des disques brûlants de vie et de tranchant au présent, sans l'indulgent truchement d'aucune contextualisation - un peu comme Overkill, en effet, maintenant que vous le dites : des disques à l'épreuve des modes, que celles-ci soient de production ou de genre. Des disques de soul music, voilà l'affaire.
Et cependant, tout comme Streetcleaner, Hybreed n'a rien à perdre à se voir décapé - pourvu que ce soit fait avec respect et compréhension pour ce qu'il est : pour rester dans la tautologie et la lourdeur pédagogique, à la condition préliminaire de ne surtout pas avoir la balourdise de croire qu'il puisse "avoir vieilli", "sonner daté". Là n'est certainement pas l'idée, puisqu'elle est plutôt de révéler, délicatement, avec une infinie précaution, ce qu'il peut avoir caché jadis par le seul effet de certaines limites technologiques, quand bien même elles n'ont pas suffi à l'empêcher de révéler toute sa grâce essentielle.
Le résultat, évidemment, supervisé qu'il a été par un amoureux de l'album - au stade sacerdotal ou maniaque, on vous laisse juger : afin de le faire en âme et conscience, rappelez-vous qu'il lui a préalablement, voici quelques mois, fêté son anniversaire en le rééditant tel qu'à l'époque, sur cassette - est celui espéré. La version 2016 d'Hybreed est fidèle à la version originelle tout comme le Redux de Streetcleaner : en ce qu'elle est, surnaturellement, encore plus Hybreed qu'Hybreed lui-même ; qu'elle semble Hybreed tel qu'on l'entend lorsqu'on en rêve ; un luxe douloureux de détails hivernaux s'y révèle, enivrant et coupant comme une goulée d'air arctique ; le nouvel Hybreed réussit l'exploit irréel de sonner à la fois plus tranchant et cependant plus engourdi et ascensionnel encore que l'ancêtre - au point que presque par moments on croirait que des pistes ont été réenregistrées, vocales ou de guitares, à force de se sentir fourmiller de partout de cette étrange cadence nouvelle que l'album semble avoir gagné, cette irréelle et pourtant encore plus réelle, poignante, torturante, léthargique fluidité, cet état de paresse divine qu'il provoque et qui paraît à la fois hibernation sous les glaces qu'il évoque, et fièvre à la mesure de celle qui l'habite... En fait et pour le dire clairement, ce nouvel Hybreed vous donne l'impression de l'écouter sous ecstasy... et en même temps, cela aussi, l'impression d'être en pleine montée d'ecstasy,  n'est encore qu'une caractéristique constitutive, fondamentale de l'album - non ? Son sujet, sa matière, son effet, ce que vous voudrez...
Aujourd'hui sous cette forme encore un peu plus, Hybreed est un album d'élévation, d'abrasion, de ponçage, d'émondage de l'âme, de son affûtage comme un couteau pour s'enfoncer dans la lumière glacée ; un processus de purification qui pourrait s'avérer âpre, et qui pourtant irradie seulement la bienveillance, et une chaleur grouillante qui déborde de ses sublimes morceaux ambient, eux qui sont d'une sensualité devant autant au plus grand art techno qu'aux obscurs envoûtements dans la façon de Linköping, et dont l'agitation magnétique vous met en résonance de telle sorte que vous continuiez à jouir de cet état de stase au milieu même des riffs les plus mécanisés - ou, moins étonnamment, au milieu des lancinantes vagues de guitares, régulières comme le temps, dont le taux d'iode rendrait admiratif Geordie Walker même ou Robert Smith... Il s'agit bien de cela, et pas uniquement pour des considérations purement relatives à de certains types de sonorités : Hybreed, son éternelle jeunesse, son goût d’essentiel, d'existentiel, de sensuelle vérité spirituelle, sont de la même étoffe - en moins pop, mais sûrement pas en moins frappant d'évidence ; ce qui si on calcule bien, va le percher à un état où la confusion avec le divin est vite arrivée - que les albums de The Cure et Killing Joke ; le genre d'albums qui peuvent vous laver rondement de tout besoin d'écouter quoi que ce soit d'autre, pendant des semaines d'affilée, tant ils vous emplissent et comblent entièrement - d'âme, froide et brûlante comme l'appel du pôle et du désert complet.
Un authentique travail de restauration, au point où il confine à la sorcellerie ou à l'alchimie : c'était bien le moins qu'on devait, après tout, à un album dont la sorcellerie vous fait toucher à votre part minérale, comme à un état de grâce fiévreuse, auquel on parvient par la minutieuse corrosion de tout le reste, et qui incarne au plus haut point l'alchimie industrielle, l'humanité qui se niche en son cœur. Ou plus simplement, rendre les choses à la beauté de leur nudité élémentaire. Il est bien question de cela : la simplicité. Ce qui n'est jamais peu.
Quant au concert de reformation, dont la captation suit Hybreed sur la présente édition, Red Harvest s'y montrent tels qu'en eux-mêmes : plus ovniaques que jamais ; ni tout à fait post-hardcore, ni tout à fait black metal, ni tout à fait industriels (mais quand même beaucoup, cela) ; et tout à fait laids comme la découverte de Neurosis en 1993 ; ténébreux, inquiétants, une monstruosité tournoyante et stroboscopique dont le spectacle hypnotise même à distance. C'est donc aujourd'hui, fidèlement à sa foi, un très grand disque et un très grand groupe, tous deux loin au-dessus de toutes vos catégories habituelles, que Monsieur Damien vous propose gentiment - mais somptueusement - d'enfin reconnaître ; est-ce que "le monde" le fera un jour ? En tous les cas vous, vous aurez été prévenus. De nombreuses fois, même, puisque je vais me répéter : vous l'avez toujours eu, ce disque, vous verrez ; il ne vous manque plus que de l'acheter pour vous en apercevoir.

Cet homme est un bienfaiteur de l'humanité.

mardi 24 janvier 2017

Uniform : Wake in Fright

Ce coup, c'est cuisamment impossible à ignorer : Pop.1280 prennent la correction qui leur pendait au nez. Je vous arrête de suite : ce n'est pas moi qui veux à toute force faire s'affronter les groupes : ce n'est pas moi qui ai fait publier les deux groupes sur le même label, que je sache, avec la similitude de son et de façon de chanter qu'ils entretiennent ? Alors, bien sûr, Pop.1280 cherchent plutôt à s'affilier du côté Suicide ou Birthday Party de la Force - ce qui peut facilement s'avérer un handicap avec moi, quoique The Birthday Party soit pour moi un peu comme Breach ou Black Sabbath : un groupe dont les héritiers reconnaissants valent incommensurablement mieux que lui-même - alors que Uniform tape dans... tout ce que l'on va voir dans quelques instants - mais on parle bien tout de même, le minimum d'objectivité commande de l'admettre, dans la même chose à savoir un genre d'EBM-batcave bâtard, qui se définit avant tout par une virulence obscène de tous les instants.
Uniform, donc, confirme ici ce qu'on a commencé surtout à voir éclore avec Ghosthouse : qu'ils sont les héritiers d'un esprit qui court de Pailhead au NIN de l'époque "Wish"... court-circuité par une sorte de version idéalisée - en ce qui me concerne - du Ministry de la fin des années 80, qui pour être moins ostensiblement déshumanisée par les machines n'en serait pas moins invraisemblablement sauvage, au contraire. Uniform s'adonne pleinement à la dimension dancefloor cyberpunk de cette musique mécaniquement hachée ; toutes sortes de riffs hard - là encore, ainsi qu'annoncé benoîtement par le carnage qu'était la reprise de Black Sabbath sur Ghosthouse : on est loin de FLA et ses samples de Metallica, je vous préviens aimablement - prennent donc ici, horriblement découennés et déchromés, les traits grimaçants et les couleurs cauchemardesques du trip surrégime d'amphétamines de sagouin, qu'est la musique d'Uniform, qui fait toujours moins de différence, entre swamp-goth-boogie de horde vandale, et power-electronics : dans le manque et la dèche on ne fait que peu de différences, de manière générale, ou de chichis et autres coquetteries ou tours à éplucher les poires avec la fourchette et le couteau. Uniform met bien l'accent sur le punk dans cyberpunk, et sur les poux radioactifs teigneux qui vont avec. Wake in Fright combine ce que l'aggrotech américaine ou canadienne des belles années peut avoir eu de mieux, ce qu'il y a de plus hargneux chez Babyland, Stereotaxic Device et Spahn Ranch, avec un concentré toxique de "Stigmata" et "March of the Pigs", et la fureur dégénérée du noise-rock... et en fait quelque chose d'encore moins sympa que tout cela réuni. Une musique de rats gros comme des castors qui courent partout avec des yeux jaunes à leur sortir du crâne, et mangent toute chose trop lente pour se mettre à l'abri dans un concert de crissements insupportables ; une tarentelle avec un marteau-piqueur, où l'on croit apercevoir sous la douche furieuse de copeaux de toutes sorte, les Swans de 84 qui déboulent, à poil façon premier Terminator, dans le futur acide d'un décor de disque de Brighter Death Now à ciel ouvert, où les larsens vous donnent la grippe aviaire...
Enfin, bref : on a rarement entendu aussi décapé et décapant. La frontière entre EBM et punk y disparaît sans même qu'on y pense ; le The Mind is a Terrible Thing to Taste du troisième millénaire est le croisement, évidemment grêlé de petite vérole, entre Slayer et Corrections House. Une partie de moi me glisse qu'on appelle cela "industriel" ; je la félicite. Et je me félicite qu'il en existe encore. Le premier qui prononce le nom de Youth Code, en revanche, sera rossé sans merci.

dimanche 15 janvier 2017

Dario Moreno : Viens

À toi, Marie-Mandale, petite boulangère lippue,
À toi, Marie-Mandale, au crâne rose recouvert de cheveux blonds trop fins,
À toi, Marie-Mandale, j’offre mon cœur !

Je me suis ouvert la cage thoracique.
J’ai mis un genou à terre.
Je tends l’organe à bout de bras.
J’ai la pose requise.
Ça pisse le sang et ça fait un mal de chien.

J’ai cru que tu ramasserais le scalpel.
Que tu ferais de même.
Que nos péricardes vides accueilleraient chacun le cœur de l’autre.
Que nous recoudrions nos poitrails nus du joli fil doré de l’amour.
Que nous graverions VVP+MM=AE sur l’écorce d’un grand chêne.
Que…

Le vent chasse un nuage qui fait sa route vers l'infini.
Il ne se passe rien.
J’ai dû mal interpréter ton sourire commerçant.
Je rentre chez ma mère en pleurs.

Depuis cet épisode, mon cœur rétréci dans sa cage sonne comme un grelot dès que je prononce le mot "Amour".
Depuis cet épisode, j’ai une préférence marquée pour les femmes qui abusent du fond de teint.

lundi 9 janvier 2017

Light of the Morning Star : Nocta

Soyons rationnel, un instant avant que de, par le vent mordant des morceaux qui viennent, se faire déloquer de toute considération dépassionnée : sachant ce que l'on savait, à savoir Cemetery Glow, et voyant cette pochette frappée de ce titre, chargée de toujours autant de référence à Mayhem et toujours autant de sensibilité goth exquisément aristocratique et dédaigneuse... Y avait-il une surprise à attendre de Nocta ?
Non, certes. Mais, comme je pense l'avoir déjà dit un autre jour à propos d'un autre disque d'un autre groupe, ce n'est, très trivialement, pas parce qu'on n'est pas étonné de la qualité des morceaux et de leur effet sur soi, que pour autant l'on est pas divinement surpris et ravi par leur exacte - l'on n'ose dire réelle - couleur et la réalité - pour le coup - présente de leur effet sur soi. On pourrait autrement dire que Nocta existait déjà, on en avait l'intime conviction au cœur, et qu'il ne restait plus qu'à le rencontrer pour que les étoiles soient alignées.
Et pour se renverser en arrière dans un rire de ravissement. Non, la famille Addams ce n'est pas forcément Barry Sonnenfeld, voilà qui est clair aux premières notes du disques - puisque Light of the Morning Star y confond Fester et Dracula (à la rigueur, et puisque l'auteur du disque semble tout de même chérir cette version 1991 : vous gardez Angelica Huston, mais vous mettez Gary Oldman dans le costume de Fester) avec autant d'aisance qu'il le fait de Mortuus et Mayhem, soit deux formes de maladie aussi différentes que carabinées, qu'on n'aura du reste pas la balourdise de définir par des comparaisons qui en dissiperaient la trouble et inquiétante séduction : en jouant son rock lunaire, cadavéreux et puissant pourtant sans aucun doute ; comme il marie avec la plus maussade majesté clavecins fantomatiques et lignes de basse qui tour à tour grattent les os ou se meuvent parmi des ombres sans causes tangibles... En vérité non seulement les fameux clavecins, mais encore toutes sortes de semblables sortes de détails du plus furieux et glacé gothique se sont cette fois délicieusement affirmés (bien entendu dans une discrétion du meilleur goût, se fondant avec une exquise réserve dans le gris glacé et mordant des guitares), ainsi qu'on ne pouvait que l'espérer enfiévré, depuis un Cemetery Glow dont on s'éloigne un peu ici de la sinistre chape, du déluge cruel, pour... un déluge plus sensuel ; le vampirisme, Mortuus, je l'ai dit, déjà, oui ? je m'y perds, quelquefois, quand il faut ré-expliquer des évidences telles que le gothique - pour une enfilade de morceaux noueux qui paraissent - pour le meilleur - durer bien plus longtemps que leurs formats pragmatiques et droit au but, et offrir bien plus que ceux-ci ne pourraient le laisser soupçonner de pérégrinations dans leurs méandres brumeux, glapissants, frissonnants, et traversées comme un vent polaire par ce sentiment religieux à nul autre pareil (... je me comprends) ; le mérite en revenant également, discret, à une batterie, mais également à la voix, pourtant toujours pudiquement drapée dans son manteau d'épouvante - bien plus versatiles, émancipées et capricantes qu'il n'y paraît à ce premier coup d’œil qu'elles ne cherchent pas à démentir... Mais bientôt peu à peu les morceaux se développent, s'étirent comme des toiles d'araignée ou des ailes de chauve-souris, et révèlent leur ampleur épique, mate et pourtant profonde, sous leurs dehors immédiatement familiers voire intimes, leurs espaces et leurs courants d'air, leurs couleurs aussi à mesure que l’œil s'accoutume aux ténèbres... Le violet de Cemetery Glow, que l'on retrouve intact sur "Lord of the Graves" ? Le gris sensuel et mortuuesque du bien-nommé "Grey Carriages" ? Le tournis couleur de lune acide, de "Ophidian"  (oui, les titres des morceaux sont comme cela, et leurs paroles de même : simples avec mordant et élégance : on dit "classique") ?
Irons-nous pour autant jusqu'à parler d'air ? de pop ? de lumière ? Clairement, le matin est encore loin, si non hors de portée. Disons que justement Nocta sait jouer du tragique plutôt que du fatidique et de l'implacable, ce qui est encore plus cruel et offre davantage de plaisir ; le jeu plutôt que la domination ; pour ça, au rayon du tragique, et à celui de son jeu pour y être à loisir la plaie et le couteau, le doute n'est pas permis : Light of the Morning Star est citoyen goth de première catégorie, tout comme il l'est au titre de la nervosité qui sous-tend la langoureuse valse avec les eaux profondes, de sa silhouette efflanquée, quoique généreusement découplée. Non certes, en dépit des couleurs que vous croirez apercevoir dans l'égarement que constitue cette étourdissante suite de morceaux, l'humeur est à la nuit d'hiver glacée ; et le fil rouge, c'est le cas de le dire, un bouquet de tragédie ferreux et pourtant - ou plutôt partant - irrésistible comme un bourgogne. Autant dire qu'on en boit d'une soif inextinguible, et comme qui rigole.
Mais après tout, peut-on vraiment affirmer que les choses se finissent mal, lorsqu'elles se finissent en un pareil "Five Point Star" ?


mardi 3 janvier 2017

Lingouf : Quatuor Solitaire

En lévitation. Flottant librement, entre techno et electro... Aucun des deux, et encore moins de leurs subtiles nuances, n'est à la mode, ça tombe bien, Lingouf n'a jamais eu cure de... qui que ce soit, en fait. Lingouf trace sa propre route. Libre. Sa techno l'est, riche de ses penchants de plein air comme de ses ascendances belges école Reload Records, de sa house, de ses racines EBM, et son electro l'est aussi, magnifiquement narrative comme peut l'être la dark-wave la plus boursouflégriffue, car cela sied à merveille à la part d'enfance (donc de monstruosité) et de féerie (certains savent peut-être ce que "fée" désigne, du reste) si forte chez Lingouf ; ici davantage que dans de dernières sorties presque ostensiblement (on parle quand même de Lingouf) conceptuelles, réconcilié avec une simplicité qui n'avait peut-être jamais été aussi candide, rayonnante ; poétique à la hauteur d'un Orbital qui aurait dépassé de loin ses propres plus grands jours.
Lingouf, encore, toujours plus, le seul à savoir faire pousser des fleurs sous le Thunderdome ; de belles et pétillantes asphodèles ; et la grâce de germer au milieu des bassdrums.

dimanche 1 janvier 2017

Khold : Til Endes

C'est un album de Khold : évidemment, que ça ressemble à Darkthrone - ou à Celtic Frost, dites comme vous préférez. Mais cette fois en particulier, puisqu'un album de Khold est toujours un plaisir de fin dégustateur, vous pourriez y trouver de curieux effluves de Slayer. Disons que Til Endes met en lumière des ponts somme toute naturels entre la superlative malveillance démoniaque qu'on a toujours su apprécier chez Slayer, qui met ces derniers à part même dans un genre malveillant par définition (une définition qui a été en grande partie rédigée... par Slayer) tel que le thrash, et une musique norvégienne à laquelle du coup ils ont deux-trois choses utiles à apprendre ; d'autre que Destroyer 666 et autres conneries du style, s'entend.
A part ça, Til Endes reste avant tout du Khold, c'est à dire qu'on y retrouvera avec délices leur art de la suspension vertigineuse, de la répétition abrutissante, et leur maniement hors pair de la pelle - le plat et le tranchant, mon gars - appariés ainsi qu'il se doit - mais aussi : ainsi qu'il est rare chez les chevelus - à la juste conscience du peu de nécessité qu'a un bon riff d'être garni en notes : on pensera moins précisément à Unsane que de coutume, sur cet album, mais on relèvera toujours ces étranges et subliminales accointances punk hardcore qui rendent Khold totalement unique. D'ailleurs, puisqu'on est un peu dans la précision des analogies : on a coutume de dire également de Craft qu'ils ressemblent énormément à Darkthrone, et je ne saurais vous dire pour leurs premiers disques que je connais très peu, mais quant à Void, c'est plutôt à Khold qu'il ressemble, et doit beaucoup à mon avis ; autant que peut-être le Black Hole Crew des Haust, Nag et Okkultokrati. Il est plaisant de le signaler.
Tout à fait personnellement, les considérations du type "ce groupe devrait être plus connu et reconnu" me passent totalement au-dessus, même en parvenant à faire abstraction de ma possessivité jalouse et de mon complexe d'élitisme bien ordinaire : peu importe qu'ils soient suffisamment connus en proportion de leur énorme talent, mes Khold : moi je les connais, j'en suis bien content, et c'est ce qui compte avant tout, non ? Et en découvrant quelque temps après sa sortie leur dernière livraison - cet impossible machin qui est Celtic Frost et Breach en même temps - oh que oui, je suis content.

samedi 31 décembre 2016

Ecce 2016

J'aurai essayé, encore une fois, de me limiter - non pas en-dessous de 5, ce qui est du plus haut ridicule et difficile sans s'obliger à établir un barème mathématique totalement incompatible avec son objet, ou alors être atrophié des sens, de naissance ou par vieillissement prématuré - mais simplement pour, encore et toujours, ne pas risquer de diluer le message avec des albums simplement excellents (tels que ceux de Fange, Seremonia, Ghold, Hipoxia, Bölzer et tant d'autres beautés qu'on eût voulu honorer, et qu'il a fallu pourtant  se rompre le cœur à remiser en coulisses) ; la fournée 2016 ne l'aura pas vu de cet œil. Pour une bonne moitié des disques épinglés ci-dessous, je me suis exclamé une fois ou l'autre, en mon for intérieur humilié : "Merde, cette fois le voilà l'album de l'année !". C'est assez dire combien l'expression, au singulier, n'a pas de sens à mon sens.

Une année pleine de Finlande, ainsi qu'on ne peut manquer de le constater avec l'impuissance qui sied ; une année pleine de musiques gothiques, aussi, soit qu'elle ait réellement été fertile pour celles-ci et que ce fichu revival commençât à porter des fruits juteux, ou simplement que j'aie enfin décidé de lever le nez du ras du guidon metal, et d'aller retrouver le goût d'émotions un peu plus subtiles, équivoques, et non moins impérieuses. Une année pleine de doom aussi, parce que. En somme et pour prendre un peu de cette hauteur critique qui est le moins qu'on est en droit d'attendre d'un commentateur autorisé, une année pleine de trucs.

Comme chaque année il aura fallu faire des choix déchirants, pour éviter de céder à la complaisance, envers les copains (et ce ne sera pas elle mais la plus impitoyable équité, qui aura valu à Sink après mainte délibération une place sur l'Olympe, aux côtés de Jean-Pierre), rencontrés ou pas, envers soi-même et la tentation de faire un palmarès qui a de la gueule, ou la peur d'en faire un qui se trompe sur le sens de l'histoire... Rien à foutre. Certains des petits chéris ci-dessous, vous pouvez le croire, ont vaillamment, opiniâtrement, narquoisement, résisté à plusieurs vagues de tentative d'écrémage et de les balayer comme mineurs, pas assez dotés des épaules des vainqueurs ; et vaincu chaque fois par l'humiliation de l'auditeur.
Un seul critère rend les choses un peu plus faciles et beaucoup plus honnêtes : voici les disques qui feront qu'on se rappellera 2016, dans mon cœur au moins, comme l'année de leur sortie.





Les ultra-lourdes rotations de 2016

Binaire "Ground Z"
Neurosis "Reach" 
Neurosis "Bending Light" 
Urfaust "Voodoo Dust"
Planes Mistaken for Stars "Clean up Mean"
The Wounded Kings "Beast"
Okkultokrati "Hard to Please, Easy to Kill"
Cowards "One Night in Any City"
202 Project "L'Amour Brûle"
Uniform "Symptom of the Universe"
King Dude "Who Taught You how to Love ?"
Witchhelm " I am (Wolf)"
Sink "Consolation"




Le morceau de 2016 pas de 2016

Haust "Days"




Les sales hasards de calendrier 2016
("je t'ai pas marché sur la gueule, c'est toi qui t'es glissé sous ma botte, biquet")

Darkthrone qui tente un retour au black quand Sordide sort son second album.
Antaeus qui tente un retour façon roi du black violent, quand Barbarian Swords sort... son second album.
Dead Congregation qui sort un disque.



Le film de 2016 : ex-aequo

 

A part, parce que tous deux ne pouvaient pas tout à fait être dans la même catégorie que les autres, et ne pouvaient pas ne pas être là.



A la vôtre.

vendredi 30 décembre 2016

Dead Witches : Ouija

En étant méchant, le disque de Dead Witches est tellement creux qu'il sonne comme le disque de bubbledoom que ferait Jack White (rien que pour la pochette, ils l'ont méritée, celle-là ; en même temps nous on aussi on a mérité ce qui nous arrive : rien qu'à la pochette on aurait dû passer très au large) s'il décidait de tenter sa chance et rafler la mise dans le doom - alors que Mark Greening.
En étant gentil, creux ou vide peut se voir comme une qualité, lorsqu'on parle musique de cimetières et de populations aux cavités oculaires généralement... En étant de bonne humeur et composition, Ouija sonne tout à fait comme le disque qu'Electric Wizard n'a pas tout à fait réussi à sortir, manière de croisement entre la forme de Dopethrone et le fond de Time to Die ; Ouija sonne comme le disque qui est en train de tourner chaque fois que vous rendez visite à votre dealer, ou à votre pote fan d'Electric Wizard - c'est pas le même ? oh, puis c'est vous et votre conscience que ça regarde, après tout - un disque dont le premier morceau a l'air d'être le plein milieu, celui de la fin aussi, et celui du milieu, ben... Sans début ni fin, rien à foutre ni des débuts ni des fins, aucun enjeu, encore moins à branler si possible que n'importe quel disque du Wizard, aucun véritable inconfort de quoi que ce soit, même pas le vague restant d'aigreur et de rancœur qui se devine çà ou là chez Oborn, pas non plus trop de violence ni d'acidité dans le ricanement... Bon, si jamais vous êtes d'un prosaïsme en kevlar blindé, disons que l'album n'a probablement de doom que les riffs, et qu'en dehors d'eux il s'agit surtout de hard-blues. Ou alors, plus terre-à-terre encore, que ce choix de voix - qu'on entend moins que le micro à travers lequel elle passe, pour être clair : très Jack White, ça aussi - empêche, au moins chez l'auteur de ces lignes, toute identification et implication émotionnelle ; parce que musicalement, il y aurait moyen, de faire quelque chose dont la décadence vous contamine, vous émoustille, vous concerne...
Là, rien à faire, on sait que la distance qui vous sépare, vous debout, de ce canapé en ruine, est un fossé infranchissable, que vous ne serez pas assis dessus une seule minute avant de repartir vers votre chez vous riche d'une diffuse, légère, mais réelle augmentation de votre satisfaction concernant le bon sens qui règne, toutes proportions gardées, dans votre propre existence ; d'une conscience plus éclairée des limites de votre amour pour les limites, si vous préférez.
Stup-doom, si vous préférez. En tous les cas l'anti-FFD - j'ai sursauté lorsque j'ai relu le line-up. Sérieusement, c'est limite Femen, d'embaucher une gonzesse pour lui faire à ce point nier ce charme qui n'a de sens que dans un monde phallocrate.
Le pire ? C'est sans doute que le fin mot de toute cette affaire, qui peut fallacieusement paraître d'une séduisante et poétique absurdité sous certains angles, se résume sans doute dans l'hypothèse que fait mon collègue sur un site spécialisé, et les embrouilles gangsta-judiciaires de rappeurs auxquelles les doomsters semblent avoir goût autant que les black métalleux.
Sinon, il est pas trop mauvais, le batteur, il a fait d'autres trucs ?

lundi 12 décembre 2016

OvO : Creatura

Il existe une intersection entre Skinny Puppy (les auteurs de Too Dark Park, je sais pas si vous avez entendu parler ? un de ces mecs a sorti un album appelé Devil in my Details ?), Diamanda Galas et Made in Mexico. Si, si.
Elle se situe au fin fond d'une forêt, comme vous vous en doutez, et comme vous vous en doutez les noms de Gnaw, Cut Hands, Mombu, Haus Arafna, Hecate et peut-être quelques autres - sont subsidiaires et sub-entendus, une fois qu'on commence à visualiser géométriquement comment l'affreuse chose se peut : affreusement.
La chose pourrait presque, par endroits, sembler être parue chez Fich-Art, mais elle est italienne, et ce n'en fait que la teinter d'un maléfice propre, inédit à Bielefeld.

Verdun : The Eternal Drift's Canticles

Petits veinards : vous avez droit à la « chronique du recul », dont n’a pas bénéficié le site spécialisé.
Alors, pour sûr davantage qu’alors, je vois ici ce que je voyais dans la démo de Verdun : du Neurosis et du Electric Wizard en masse – en masse parce qu’en toute candeur, ils ne se dissimulent pas, et du reste pourquoi auraient-ils à le faire ? mais ne sautons pas les étapes ; les riffs et les cadences me paraissent moins extra-terrestrement liquides qu’alors. Mais ce que j’entends, surtout, c’est ce que j’entendais déjà dans leur démo... poussé ici à un nouveau paroxysme – Verdun a toujours joué au paroxysme, il se trouve simplement que leur paroxysme se hausse avec les années – à savoir les très lourdes volutes malades de hardcore psychédélique.
Puisqu’on est dans le journalisme musical, vous vous rappellerez aussi comment j’ai dit depuis la première fois, quand je n’en connaissais aucun sinon de vue, que ces petits gars-là sentaient le putain de potentiel. Sans faire de révisionnisme aucun, heureusement qu’Electric Wizard donnait dans le full-on bubblegum-doom, la première fois que j’ai vu jouer Verdun juste avant eux, tant déjà à ce deuxième concert de leur existence ils étaient déjà imprenables en terreur pure… Ce n’est, donc, allé qu’en empirant ; pour ce qui est de mettre la branlée à une tripotée de groupes de doom, autant que de groupes de hardcore.
Puis après tout, ce n’est pas comme si ça tombait sous le sens, d’accoupler Neurosis avec Electric Wizard, et les registres du doom moderne sont remplis des affreuses choses commises par ceux qui l’ont cru ; le pont existe, certes : il s’appelle Verdun (comme, soit dit en passant, existe ce qu’on appelle « le post-hardcore » : il s’appelle Neurosis, et n’a pas de deuxième prénom). Seulement eux ont été capable de modeler sur la forge – frappes monumentales du batteur appuyées par les ahanements d’effort calibre Héphaïstos du chanteur, métal en fusion des riffs, il n’y a qu’à se servir – ce prométhéen et monstrueux alliage, et d’en faire la chose la plus compacte, dense et charbonneuse possible : ce n’est pas manquer de respect à Yob que de l’affirmer, Yob ne joue pas du hardcore.
Tant et si bien que les gros chunks restants de Neurosis et d'Electric Wizard ne font finalement plus que surnager, comme un vocabulaire fluidement disloqué par le torrent des émotions, éperdument dans l'épouvantable magma des propres fulgurances permanentes de Verdun... Pas à dire, rarement doom aura-t-il été aussi déchiré, écartelé, la souffrance du propos en unisson total ici avec la souffrance de l'exécution - et pourtant jamais ne cédant à la dislocation, toujours plus hurlant, toujours plus monumentalement douloureux et pourtant herculéen... Pas à dire, avec Prométhée, l'emo ç'avait quand même une autre gueule ; autrement plus bonhomme.
Non, assurément il n’est pas besoin de savoir ce que ce disque a coûté. Il suffit de l’écouter, le cœur ouvert – ou d’écarter ses bras, il l’ouvre à votre place.


mercredi 30 novembre 2016

Light of the Morning Star : Cemetery Glow

En fait, c’est bien plus simple que je n’avais su le voir précédemment. Vous prenez la quintessence des deux disques de Mortuus, et de De Mysteriis Dom Sathanas – mais ce qui s’appelle la quintessence, ce qu’ils peuvent avoir chacun à leur façon de plus extrêmement black metal, nous disons bien "metal", et cadavérique, et spectral, et dieu sait si les uns comme les autres regorgent de cadavérique, de spectral, de lunaire, de morbide – et vous en faites un petit disque de gothic rock. Vous ne vous contentez pas, non, de faire un disque de black metal de très bon goût – fan ardent de Mortuus, on a dit – qui touche sa bille en ambiance gothiques, non : vous faites du rock goth à l’ADN pollué par ce certain type – je fais un petit rappel des épithètes, ou bien vous les avez encore en tête ? – de black metal. Comme qui dirait, pour un mieux-disant cadavéreux, qui monte en puissance au fil d’un court enchaînement de trois morceaux dont le premier vous paraît juste solidement bon, le second déjà plus cuisant et insolent d’inspiration, et le dernier simplement fatal, la voix de Monsieur Light of the Morning Star (ce discret Britannique préfère garder l’anonymat, je respecte donc son souhait), qui ouvre de nouvelles synonymies entre "sinistre" et "enivrant", y apparaissant alors dans toute la majesté de sa malfaisance et de son vénéneux magnétisme, qui à elle seule, avec sa séduction drapée dans sa menace polaire, résume tout ce que j’essayais de vous représenter plus haut : cette sublimation, dans la lumière violette de cette lune malade qu’on imagine éclairer la scène de la jaquette, elle aussi résume bien la synthèse infecte qui s’opère ici – du black par le gothique et inversement ; parvenant à sonner patibulaire sans en être moins vertigineusement hiératique : un genre de statue funéraire aussi amène qu’un spadassin des steppes tartares. Sublimation, peut-être importe-t-il de le signaler - sinon à l’exactitude, du moins à l’équité poétique - dans de nocturnes rivières de gravier, dans la funèbre humeur de quoi Cemetery Glow coule les héroïsmes respectifs intrinsèques à chacune de ses deux matières premières - pour mieux les emmener dans son propre royaume, qui semble fait de forêts où le pire vampire est le vent terrifiant, avec son appétit sans aucun ventre pour l’emplir.
Fatal.

Bon, en fait c'est exactement comme je l'avais vu précédemment, mais peut-être un poil plus clairement. Dans l'impossible et lugubre clarté du disque lui-même. 

dimanche 20 novembre 2016

King Dude : Sex

Des crocodiles, et des coyotes aux yeux hantés par une faim inextinguible qui leur ronge l'esprit, qui rôdent dans des marais noirâtres sous un affreux ciel blanc, une épuisante lumière morte, un vent vif et léger comme le souffle d'un tuberculeux, le rire de crotalito qui caquette et volette sans qu'on l'entende jamais, et partout, la ruine et la cendre.
Une équipée dans les terres sauvages, mais sans espoir aucun, ni du havre d'une destination ni de repos ou répit d'aucune sorte pour l'âme. A la place, la passion, l'enfermement mental, le feu dévorateur ; les cendres. Le double damné de Star Treatment.
Attention, ce disque s'introduira chez vous comme s'il n'y avait rien de plus naturel et inoffensif, aussi naturel et indolore qu'un  robinet qui fuit, et qui goutte toute la nuit, il vous instillera ce qu'il est, avec ses façons doucereuses et ordinaires, comme s'il n'y avait rien de plus naturel, et c'est la maladie ; et il sèmera la dévastation en vous, et vous mangera ; comme on ronge un vieux quignon, en bavant longuement dessus ; il vous mangera.

jeudi 17 novembre 2016

King Dude : Sex


Évidemment que c’est mal fait avec de mauvaises intentions racoleuses, et que ça a la muflerie de convoquer tout ce qui va bien et de bien le mélanger-caca-d’oie, sans aucun scrupule ni la moindre considération de diététique : Eldritch, Nick Cave époque Let Love In, Iggy Pop et Lou Reed entrelacés, un  rhume pile entre celui de l’empaffé de The Sound et Andrew Weatherall, Timber Timbre, Raymond Watts, Bain Wolfkind, Mark Lanegan, les soundtracks de True Detective et Twin Peaks (mais seulement les passages blues graveleux)… Évidemment, qu’attendiez vous ? Évidemment que King Dude est un connard : c’est un métalleux ; et un ricain par surcroît.
Mais bon : dans le genre, ça sonne quand même bien plus mieux que 95% à vue de nez (qui s’allonge) de la production d’Ordo Rosarius Olibrius – et bien plus sexe, puisqu’ostensiblement c’est le propos dudit, justement, autant que celui de King Dude ; niveau érotisme autoritaire et inquiétant, on est bien plutôt dans les eaux huileuses de When did Wonderland End ?, si vous voulez tout savoir. Alors, qu’est-ce qu’on en a exactement à foutre ? Un "vrai goth", c’est quelqu'un qui a suffisamment pigé le truc pour en livrer une ode comme la présente. Chez certains, c’est un statut qui brûle comme un feu d’artifice, le temps d’une chanson. Chez d’autres, on n’en met pas une dedans du début à la fin des albums… Non, je bluffe : je ne sais pas ce que c’est qu’une fin d’album de Beastmilk. Mais, tant qu’on est dans ces clashes que semblerait-il je ne peux m’empêcher de créer par taquinerie, Sex parvient à maintenir à peu près sur toute sa durée la même ambiance envoûtante et torride que les Tétines Noires ne réussissaient à susciter que sur deux morceaux dans Sea, Sex and Burn – deux morceaux qui, certes, en faisaient tout le prix.
King Dude, c'est aussi un Gira qui au détour de la composition de morceaux pour World of Skin aurait basculé effroyablement du côté libidineux de son œuvre de gourou… Pas bien loin de Type O Negative, tout bien considéré, pendant qu’on est dans le suborneur goth armoire à glace autant que pressant. Sans compter, outre l’imposante liste que nous dressions en préambule, d’imaginaire plus ou moins volontairement convoqué par la musique de King Dude – tiens, on a oublié de glisser une version crépuscule/loups-garous/cache-poussière de Natural Born Killers, c’est idiot - les artistes saupoudrages de goulisme metal pur jus, juste ce qu’il faut, et les basses de face B de Cure circa 81 - jusqu'à Dolorian et HTRK inclus, pour vous dire un peu l'aqueux érotisme de la chose… Ah, pour ça, King Dude a bien tout lu, tout digéré, tout bien pigé – et, ce qui est bien plus important que tous les atermoiements de snob refoulé ci-dessus, le voilà aujourd'hui, inscrit certes dans une tradition voire un panthéon, mais se tenant debout pour lui-même au milieu de ses pairs plutôt que déposant à leur pieds une hypothétique offrande adoratrice, avec précisément cette efficace, artisane humilité que les métalleux peuvent y mettre lorsqu'ils... le peuvent ; et en somme parfaitement à la mesure du costume. Le Grand Méchant Loup.
Une phrase comme "Oh I wanna die in 69" aurait pu être le piteux et transparent résumé, d'un tel disque... vous avez deviné la fin de ma phrase ? S'il n'était pas scandaleusement réussi comme il l'est, bingo, avec un tel instinct, un tel flair permanent qui le guide dans les badlands venteux, qui lui permettent d'y échapper comme le coyote, et de mener sa propre captivante histoire (d'ailleurs, prenez à peu près n'importe lequel de ces morceaux, même les plus somptueux d'apparence pendant leur durée, pris isolément, ils semblent s'enfuir comme une traînée de poussière, alors que le film de bout en bout... remarquable ; comment appelle-t-on cela dites vous ? un album ? remarquable), au gré de son impérieuse voix qui dégueule des cendres. Le Grand Méchant Loup.
Jusqu'à se permettre pour finir, de laisser par surprise glisser à terre le costume, comme la plus fatale des effeuilleuses, comme on se présente devant l'autel dans sa native nudité frissonnante, offert et toutes défenses abandonnées... Nous laissant  d'abord amusés, ainsi qu'il semble nous y encourager ; puis pantois et conquis ; la pop, la cendre, le pathétique le plus ravageusement séduisant.


P.S : oui, vous avez le droit de penser à Daniel Darc

samedi 12 novembre 2016

Negative Plane : Stained Glass Revelations

Ces riffs à facettes, ce black metal à base de magnétite, qui semble vu à travers une conscience transformée en vitrail par l'inhalation de quelque encens des Hashishins, et qui évoque d'un instant à l'autre le noise/jazz new-yorkais particulièrement mental, du Big Black, du psyché orientalisant (Queen Elephantine ou... Occultation, hin hin), de la musique baroque, et la batcave la plus intoxiquée et grinçant la folie - sans que lui ait changé un instant, au contraire de votre esprit qui d'une seconde à l'autre et dans un ralenti irréel vole en éclats d'une joie douce comme le cri de la craie ou du doigt mouillé sur la vitre... Y a-t-il beaucoup de disques qui figurent aussi bien la démence, l'insanité, une chose de cauchemar tellement elle ne laisse aucune place au refuge d'un doute quant à sa réalité parfaitement éveillée - quelque part entre la musique d'Erich Zann et celle de Mayhem, l'infernale saleté et désordre d'une âme qui est comme un poussiéreux manoir abandonné aux rats, aux mites et à la méchanceté des choses enterrées sous leur propre poussière ?
Je ne vais certainement pas vous fournir la clé de lecture de cet album, non pas simplement parce que j'éprouve une relative fierté qui m'appartient jalousement, à m'y être introduit - mais que je ne l'ai pas en main, et que Stained Glass Revelations du reste ne se lit pas. De cet album qui s'il en est incarne le mot de "psychédélique" et celui d' "occulte", et en éclaire horriblement l'association de malfaiteurs - la dégustation, pourrons-nous tout juste indiquer, s'obtient non pas par l'extrême concentration sur son miroitement péniblement soutenable, mais par la disponibilité, le regard non-fixé dans le vide entre les choses, le vague, à attendre patiemment que la chose peu à peu se mette en confiance, sorte des replis où elle se tapit, et lentement s'approche de vous, reptant en apesanteur, vous reniflant avec des chuintements soyeux comme des paillettes de verre brisé.
Un disque à ranger sur la même étagère dans votre bureau que ceux de Mortuus, et à comme ces derniers réserver à une écoute tout les tant d'années, pour respecter sans le brutaliser par une trop grande familiarité son bouquet riche mais délicat et fragile, et le toujours savourer dans un moment où l'on est absolument sûr de n'être pas dérangé, en compagnie d'un spiritueux aussi rare et pénétrant que lui, à l'abri du monde et de l'ordinaire.

lundi 7 novembre 2016

Ulcerate : Shrines of Paralysis

Un – non, plusieurs Niagara de sang. La grande chute tout au bout de l’Univers, voilà ce qu’ils voulaient dire par Ragnarok. Pas une bataille, non : la joie ; la joie de l’effusion de sang aux dimensions de supernova, où toutes choses et principes vivants viennent dans un grand tourbillon furieux épancher et faire bouillir tout leur liquide vital. La grande, héroïque saignée finale.

samedi 5 novembre 2016

Deathspell Omega : The Synarchy of Molten Bones

Best of Deathspell Omega ? Mais je veux, mon neveu ! tout ce que moi j’aime chez eux en tous les cas : la luxure rythmique tout en tête, avec des dérapages contrôlés dignes de Pulling Teeth, les relents sanguinolents de Dazzling Killmen que j’avais un peu oubliés, depuis le temps que je ne les avais entendus, la voix à la gourmandise qui fait comme une sorte de pendant rigoriste ( !) du gus de Funeral Mist, ou Aldrahn, comme un vieil ogre finlandais qui viendrait hanter et tourmenter d’une infecte lubricité dictatoriale quelque immense bibliothèque de théologie – et même les plus franches tentations mathcore, je n’ai jamais été contre, sur le principe, seulement leur rendu raté sur les deux disques précédents : ici on m’évoque Converge et Gaza, je prends avec obligeance.
Et puis la petite fraîcheur supplémentaire de le servir, ce condensé de carrière et de déjà-balisé, en une petite demi-heure, ce qui n’est pas si commun, en fait également au passage peut-être le disque de Deathspell Omega que je sortirai le plus facilement à l’avenir – comme pour préserver ce qui, ça tombe bien, est une autre des caractéristiques majeures du charme DsO pour bibi : la fièvre ; permanente ; elle semble cette fois - vraiment ? ou bien avait-on simplement oublié ? - saillir surtout dans une batterie jamais en repos, rappelant entre tous les fils aimants de DsO les insectoïdes cavalcades tambourinantes d'Imperial Triumphant, et une basse qui, lorsqu'elle ne s'amuse pas à jouer des plans hardcore réjouissamment bestiaux tout en rehaussant leur débonnaire allant, leur groove à la fois heurté et fluide, d'un inimitable cran supplémentaire de vitupération maléfique, donne souvent dans une sorte de swing jazz grouillant, intranquille, quasi-cousin (on reste dans l'entomologie si ça ne vous fait rien) du jazz norvégien le plus féroce et aliéné - qui fait que malgré soit l'on pense à Aluk Todolo, quand bien même la mouche infernale semble comme de juste ne pas avoir piqué la même bête – car voilà bien de quoi il s’agit : DsO n’ayant pas cessé avec Paracletus d’être viscéralement black metal, mais ayant simplement cédé un temps aux penchants les plus sentencieux du genre, retrouve ici le versant le plus animal de la chose, lequel ils peuvent à leur aise saupoudrer comme ils le font d’autant d’échardes de noisecore, mathcore et jazzcore sans craindre jamais de perdre le contact avec... la Bête, également connue sous le nom de Dodheimsgard.
Enfin bref : en 2016, Deathspell Omega nous refait 666 International avec un peu de hardcore new-school dedans. Cool. Je pense néanmoins m'en remettre assez bientôt. D'ailleurs, cela s'est fait le temps que ce brouillon repose ; probablement parce qu'il n'y a pas ici que du hardcore et de 666 : il y a aussi beaucoup, beaucoup de pages de théologie écrites en tout petit à lire avec des petits binocles sur le bout du nez, et que toutes ces pattes de mouches finissent par couvrir le chant ondoyant des frelons, à mon grand dam.

mardi 1 novembre 2016

Hail Spirit Noir : Mayhem in Blue

Voilà un titre qui fait un joli programme, en soi, mais je n’ai aperçu Mayhem nulle part, ni d’ailleurs beaucoup de bleu non plus.
En revanche, j’ai de mes yeux vu, on voit d’ailleurs bien mieux avec les pupilles convenablement agrandies à la taille d’assiettes de lait pour le chat de Cheshire par le truchement d’une bolée de mexicains – au coin du bois, entre les troncs des champignons géants, Dodheimsgard et Flying Pooh qui faisaient subir pis que pendre à Opeth, le faisant grimper à tous les rideaux, bramant tout le jazz qu’il sait, à en perdre haleine et encore après, les yeux révulsés, implorant merci…
Putain de bordel, le disque qui est à la fois A Umbra Omega et Monumental Possession, on l’attendait pas, et il est là, bon sang de bon soir, on va faire quoi ? On reprend une poignée de champignons, non ? Advienne que pourra ? Même si dans la fournée il y a aussi Beyond Dawn qui se tape une hallucination des années 20 dans les ruelles canailles de Pigalle – où dans la pénombre, l’espace d’un instant, on a cru voir reconnaître Dan Nakamura et Michael Patton occupés à d’obscures manigances ?
Bon, après, certains rencontrent Crotalito, d'autres le rencontrent pas, comme on dit... Si vous préférez aller vous tirlipoter sur le nouveau Deathspell Omega je ne vous jetterai pas la pierre : moi les dissert' de philo j'ai jamais compris comment ça marchait, ni la philo du reste ; c'est dommage puisque, crois-je comprendre, c'est censé faire accéder à la même chose que me procure le rock'n'roll, surtout botanique tel qu'est celui de Mayhem in Blue : l'éternité.

dimanche 23 octobre 2016

Bölzer : Aura

Comment ordonner ce billet pour fidèlement traduire la sincère admiration que j'ai pour Aura malgré tout ? Ah ! "malgré tout" est lâché, et l'on se doute qu'il y a un loup.
C'est que, malgré une rumeur qui empruntait alors (entre autres) de certaines voix que je respectais et écoutais, je ne me suis pas penché assez lorsqu'elle s'est mise sourdement à enfler autour de Bölzer, que de manière très désinvolte, certes largement suffisante dans leur cas pour sentir l'odeur du potentiel, mais sans aller plus loin, attendant paresseusement Hero pour me mettre sur le coup.
Alors, pour sûr le blackdeath de Bölzer sur Aura est particulièrement goûtu, voire relevé, pour sûr même la voix caverneuse a quelque chose en plus que votre déjà surnaturel growl Iron Bonehead/Invictus ordinaire ; et, pour sûr, on reconnaît déjà Bölzer tout craché à une mélodie telle que celle d' "Entranced by the Wolfshook" et sa façon de vous pourchasser toute la journée, avec son étrangeté, à la fois tellement norvégienne et tellement Kylesa... Mais qu'est-ce, en comparaison de celles de Hero, de bordées épiques - riffs comme refrains, lunaires, renversants et préhistoriques - qui entendues une fois pendant un repas du soir fort bavard, m'ont ensuite pourchassé toute la nuit chaque fois que je me suis réveillé pour de récurrentes mictions consécutives aux quantités de bourgogne blanc épongées ? Bien la première fois à la vérité qu'un disque me fit pareil effet. Hero n'est pas comme Aura un album de black metal alien, Hero est un album d'alien metal.
Ceci une fois établi, pour sûr, Aura est un disque qui aura une place, pas forcément la plus étincelante, mais une place irréfutable dans une certaine histoire du metal - tout comme, si vous suivez mon regard, The Hobbit dans une certaine histoire de la fantasy ; mais justement : pour Dol Guldur, suivez le guide dans Aura ; car enfin, Hero avec ses montagnes enneigées autant que ses cieux, où déboulent de partout d'abominables hilares à poil long armés de casse-têtes, il ne pourra pas vous l'offrir, cette visite-là ; tandis que, question forêt violette et nécromancie nocturne, il faut reconnaître que le bouillonnement de riffs qui font Aura, et les quelques incantations en voix non grondée, plus timides avec la prédisposition à l'obscurité que cela suppose... Une chose est certaine, je ne comprendrai pas toutes ces voix que j'entends qualifier les riffs bölzeriens de lumineux, si ce n'est pour vouloir parler de la lueur de folie dans des yeux révulsés par les plantes de sorcier, ou d'un noir phosphorescent tel que celui que la pochette semble suggérer, celui de la lueur perverse des étoiles au travers même des tâches noires des troncs sinistres, une lumière-gouffre qui brouille les définitions de ce qui est solide et ce qui ne l'est pas... Bon, d'accord : il est très bon, votre disque. On parle bien d'un groupe unique.