mercredi 22 mai 2013

Brame : La Nuit, les Charrues...

La Nuit, les Charrues... est moins indus que Tenaille, au sens ambient drone, au sens paysage en friche sonore, au sens bande originale de rêves, du terme. La Nuit, les Charrues... est plus indus que Tenaille, au sens empilade de morceaux en forme d'acharné et mécanique concassage et aliénation des cerveaux. La Nuit, les Charrues... est toujours résolument indus, en tant que musique de la peine, de l'homme de peine. Mieux que de la musique industrielle, cependant, La Nuit, les Charrues... est sa sœur la musique agricole. Parce que comme de juste, Brame est toujours aussi fichûment blues : douloureux, renâclant, lancinant, dur, habité par la foi autant que la rancœur. Les étroits d'oreille continueront de trouver cela répétitif et simplet ; ceux qui ont dans une région de la tête des champs à perte de vue y trouveront musique à leur humeur, pour biner encore et encore leur cerveau poussiéreux toute la brûlure du jour durant. Parce que La Nuit, les Charrues... est plus hardcore que précédemment, en ce que, non seulement Brame ne se racontent pas à quel point ils sont blues, se caressant les barbes qu'ils ne portent pas et vous racontant tous les infâmes bourbons qu'ils n'ont pas bu, se contentant d'être aussi ruraux et bruts que peuvent l'être ces deux aimables ours lunaires, mais encore ne prennent-ils même pas la peine et le raccourci faux-ami de jouer américain, pour faire encore plus court et direct : brut, a-t-on dit ? Brame œuvre à la réhabilitation - et à l'appropriation, en passant - de l'épithète "viscéral".
Bref : les deux vieilles carnes aboient encore comme des loups, et du fond de leur grange avec leurs ustensiles bricolés au fond de la remise, ou l'inverse, avec leurs scies et leurs masses, viennent vous rappeler la saine joie de l'acharnement, et le blues.

Unknown Mortal Orchestra : II

Je suis passé à ça d'entrer dans ce billet sur les mots de "il est rare et précieux de trouver album contemporain qui parvienne ainsi à capturer intacte l'humeur, la sensibilité d'une époque révolue comme les sixties" - ou un truc à peu près aussi ampoulé, pour changer - mais heureusement il n'en sera rien, puisqu'au juste qu'est-ce qu'on en a à foutre en fait de plus-value, que le disque soit pas de l'époque ? De même qu'inversement ce n'est pas "pour son époque" qu'un disque tel qu' Overkill met à l'amende, mais bien à travers les âges sans discriminations de genre ni de rien du tout, de même le second album d'UMO me semble, à moi et je m'en félicite chaleureusement en personne, sans conteste possible meilleur qu'un sacré paquet de disques de l'époque que vous voudrez bien ne pas me rétorquer - et ce quand bien même ledit II peut paraître, je dis bien peut, jouer dans une discipline différente d' Overkill, et que j'aurais mieux fait avec le même effet de parler de Houses of the Holy. Et avec tout cela je n'ai toujours pas précisé la fameuse sensation dont il est question ici, je m'en excuse comme vous vous doutez : il s'agit de cette intime conviction qui vient du ventre et en irradie la confiance en le monde, que la seule raison ici-bas de ne point occuper sa vie échevelé à shooter de l'héroïne, manger de l'acide et forniquer, du soir au matin et du matin au soir, est l'imbécillité de lapin la plus étriquée ; que l'été durera toujours, et que ces sourds bouillons d'angoisse dont il est malaisé de croire qu'ils proviennent de ton ventre, n'en sont que les échos karmiques d'un orage ; comme si cet invincible feu qui te porte ne t'avait pas déjà élimé plus fin qu'un spectre ; comme si ce resplendissant soleil n'était pas en train de te manger le cœur tout pantelant ; comme si tout cela avait la moindre importance et que ta chair était autre chose que la pitance du Grand Dieu Pan.

lundi 20 mai 2013

Barn Owl : V

Indépendamment de leur patronyme aux confus mais bien garnis relents de witch-house/chillwave/drone/folk/krautdub/hypnagowhatever qui auraient dû suffire à ce que je les boude dans mon coin, décrétant que c'était un truc de jeunes qui comprennent rien au vrai truc - ce que je n'ai pas fait, parfois je m'étonne moi-même - il y a le fait que leur musique est de consistance ambiante et résolument édentée, mollement vertébrée, aqueusement diluée... Alors comment ? Comment se fait-il qu'elle ait cette action redoutable, certes émolliente voire balnéo-thérapeutique, et cependant cette, oh et puis disons le d'emblée sans ambages, langueur létale, qui vous dissout au fil du disque tandis qu'il vous lave, avec votre consentement indifférent, cette anxiété béatement diffuse, cette gêne comme d'un thé où est tombée juste une goutte du liquide vaisselle saveur amande douce ? Cet album est un grand vide, et l'horreur que ce dernier vient aider à affronter, l'infinité du désert qu'il invite doucereusement à aborder ainsi qu'on ferait d'un départ vers des cieux dont le soir bleu pétrole chasse les dernières lueurs d'orangé - angle que l'on finit par accepter, au moins le temps de parvenir à l'altitude d'où l'on ne revient pas en arrière, à l'apesanteur, et au noir.

dimanche 19 mai 2013

Slidhr : Deluge

D'aucuns que je connais préfèrent écouter leur black metal l'été pour la salubre, je cite, sensation de manger un mister freeze par les oreilles ; quant à moi je dois confesser mieux l'apprécier bêtement et platement l'hiver, et avoir connu le grand frisson Transilvanian Hunger par une minuit de février en attendant le dernier autobus à Joinville-le-Pont - mais peu importe : l'essentiel est établi, que le black metal est une musique dont on ne saurait nier, n'est-ce pas, l'importante composante météorologique.
Slidhr, en fait de déluge, est un sale et persévérant crachin nocturne en forêt, étouffé, tamisé par les frondaisons, et néanmoins salement pénétrant, aussi agréable que la situation des orteils au fond des chaussures qui démontrent depuis plusieurs heures déjà leur flagrante perméabilité. C'est même probablement de là que vient cette inimitable impression d'entendre de la cold wave, quand le disque est objectivement raw et réactionnaire, nonobstant ses passages de dérive chaloupée, qui viennent tenter de corrompre sa rigidité, laquelle prétend les ignorer de son rictus sévère ; un manège à l'image d'un album sous le long duquel maraude la basse et sa lugubre détermination qui a la simplicité de l'homme des bois, voilée d'une menace, d'une angoisse comme une lumière blafarde, qui lui donne de fugaces airs surnaturels ; sans guère de prise pour déterminer laquelle de ces deux attitudes est la plus inquiétante, ni quelle peur exactement, hurlant en silence, se tapit dans ces futaies aux mines de coupe-gorges.

vendredi 17 mai 2013

Adult. : The Way Things Fall

Nous y voici, ceci devait arriver. J'ai un disque d'Adult.. Il suffisait qu'ils cessassent de s'escrimer à faire du tube à la froideur et l'ost-germanisme calibrés pour fashion-weaks, du revival scolaire  obséquieusement dédié à la frappe et l'efficacité à Paris, qu'ils assument un rien de désirs et de sentimentalisme - ô combien dévoyé - et tout soudain le tempérament, le toucher expert qu'on leur devinait, devient criant et manifeste.
Manifestement pas net, traîtreux, poisonneux, dégueulasse, ainsi que sont ces chansons au goût presque aussi amène que celui de la bile, mais juste dissimulé par une illusion de sucre, translucide, toute prête à s'envoler comme la vertu au premier coup de vent, qui faux-jeton lui aussi ne survient pas justement d'un coup, mais par petites saccades infimes, pour ne laisser peu à peu nue que cette amertume crue qui s'avance du fond de la gorge, sardoniquement évaporée, au fond avant tout indifférente, avec sa molle cruauté, et de clairs et nets moments de franche méchanceté, clairs et nets et doux ainsi qu'une lame parfaitement aiguisée et son usage sans état d'âme - je pense, bien entendu, après cette succession de fausses mélancolies smoggy soutenues par un faux tonus moderne, à "We will rest", aimable et rassurante comme une petite Roumaine croisée sur un trottoir. Vous vous rappelez, naturellement, cette vieille scie d'histoire sur la chute et l'atterrissage. Ceci est la façon dont les choses chutent, et "We will rest" est le nom de l'atterrissage.

Queens of the Stone Age : ...Like Clockwork

Haters gonna hate. Enfin sans doute. Enfin, j'imagine. De toutes les manières, j'ai décidé d'un commun accord avec mon psy de cesser d'imaginer ce que les gens pensent, et cela fait le plus grand bien à mon ulcère et ma verve. Après tout, s'il en est pour n'avoir pas encore remarqué qu'Oliveri était parti, et puis que Songs for the Deaf était un album qui boxait dans la catégorie "sympathique"...
Queens of the Stone Age, donc, accomplissent ce que je vais décidément cesser d'espérer à partir de One of Us is the Killer, des désespérants Dillinger : l'épanouissement complet de sa mue en pop-rock de riche, voire variétoche deluxe si vous y tenez, et peu me chaut que d'aucuns les traiteront de plus belle de designer-rock, après tout Trent Reznor est mort depuis trop longtemps, même si on croit entendre son timbre sur le présent album, et le flambeau de l'érotisme carrossé chez Bertone doit être repris ; puis il n'est qu'enfin justice que Josh Homme se concentre quasi-exclusivement de la sorte sur sa voix à humidifier les culottes, qui est on le sait de longue un de ses plus beaux atouts, et fasse couiner la soie à longueur de disque. On pourrait dire qu'ici QotSA concilie la langoureuse angularité d'Era Vulgaris et les vertiges veloutés de Lullabies to Paralyze - sans oublier bien entendu du FM de dancing d'aire de repos sur une autoroute pour 1985 ; ou tout simplement que QotSA continue de grimper, palier par palier, de nous entraîner loin de l'âge où on l'a connu, en parvenant ici à l'alliage de la vulgarité et de la grâce sans utiliser le coupe-file terroriste du over the top : un des coups les plus difficiles à réaliser ; et comme les Queens restent les Queens, le goût de la gerbe et du tournis n'est jamais bien loin, c'est un euphémisme.

mercredi 15 mai 2013

Crown : Psychurgy

Crown reste Crown, hein ; quand bien même ils ne parviennent ici à effleurer que quelques secondes dispersées la candeur neuneu-wave-metal brusque de The One, et la majorité de leurs riffs souffre-t-elle d'une enflure certaine, gonflement des tissus également connu sous le nom du timesofgrace-syndrome - ils restent Crown, donc continument touchants, avec une nudité et une innocence indivisible - eh, vise un peu aussi la masse glaciaire, t'as intérêt d'avoir un sacré maudit piolet si tu veux ébrécher quelque chose de ces barbes en forêts de stalactites, de ces montagnes perdues dans les cieux lourds de neiges éternellement en suspension - et même quelques unes rescapées de ces maladresses salutaires - dont la moindre n'est pas celle couillûment placée en tonitruante conclusion - qui sont la matière-même dont se forge leur si particulière et inhumaine musique ; les maladresses ingénues de robots terraformeurs tels que celui qui officie à la batterie, voilà en vérité ce que j'attendais à la place de ces fautes bien humaines que j'entends.
Je me suis pourtant acharné dessus, pour la très bonne raison qu'une certaine personne aux avis toujours au minimum dignes d'attention n'a pas mégoté en fait d'éloges dessus, mais j'en reste là : Psychurgy à mon sens ne respecte pas les proportions établies par The One, ne parvient pas sur sa durée à la même densité tartifère, à maintenir comme ledit cette pression permanente sur le palpitant, qui était peut-être du reste le fait de cette absence, que j'ai vue relevée ici et là et qui moi me passe complètement au-dessus, de transitions, de ponts, de ce genre de machins structurels censés lénifier l'abrupt des dénivelés entre les blocs dont sont fait les morceaux - mais diantre, pour quoi faire, dans le cas de Crown ? On pourrait également, pour faire un peu plus le cuistre, dire que Crown est en proie aujourd'hui aux mêmes difficultés que connaît parfois Red Harvest, notamment sur A Greater Darkness, ce qui, faites excuse, est déjà un peu un problème de riches, on ne va pas non plus les plaindre.
On me rétorquera sûrement, peut-être même avec quelque raison, que c'est moi qui ne suis pas aux proportions, qui vois trop petit, et je ne m'aventurerai pas sur ce terrain, où je me verrais obligé de désobliger Crown, pour qui je nourris le plus grand respect. On sait ce que je pense d'un genre musical faux-ami, qui ne s'accommode que de la plus grande et pure simplicité.

mardi 14 mai 2013

The Child of Lov : The Child of Lov

Un bien joli son d'ouate moite titillée de trépidations et de couinis à la Outkast, un chant généralement fausset comme il va bien par les temps qui courent - Unkown Mortal Orchestra, Black Keys... Scissor Sisters ? - à couleur vintageysante et garante de soulfulness, quelques volutes d'encens ramené d'Orient - "Eugene's Lament", y es-tu ?... Non, sincèrement, très jolie tentative d'album de hip-hop aphrodisiaco-tragique en milieu opiacé. On aurait presque atteint le niveau du grand maître de la montagne, nommément Tha Last Meal, dont il faudra bien que je parle un jour et dont en attendant le présent billet servira de recommandation - pressante.
On me signalera que cela n'a rien à voir, gangsta, tout ça, mais que voulez-vous, si j'ai vu Scarface une bonne quarantaine de fois ce n'était ni pour les flingues ni pour la poudre...

lundi 13 mai 2013

Cerekloth : In the Midst of Life We are in Death

Instrumentalement, on est presque sûr que c'est du death - mais pas tout à fait non plus, pour commencer à se figurer un peu le machin : on penserait au Moonspell des premières démos, à Ataraxy, à un truc grec, genre Horrified ou Chaostar, bref à de la malfaisance pompière et poussiéreuse typiquement européenne - à la rigueur à Nightbringer, pour l'amour de la soie et du cramoisi qu'on en déduit, un Nightbringer tout encombré de caillots de sang à différents stades de formation... et à du Deathspell Omega, indubitablement quoique subtilement (relativement), qui vient déjà brouiller la situation.
Mais, soit dit sans vouloir manquer de respect à leurs talents de peintres, on s'en fiche un peu, parce que la grosse affaire, ici, c'est vocalement qu'elle a lieu. Le type de Cerekloth, il te déballe l'agglomérat ultime entre touts les spectres de stridulation utilisés chez, on prend sa respiration, Hell Militia, Arkhon Infaustus, Soilent Green, DsO, Aosoth, Sonne Adam, Disciples of Mockery. Oui, ça fait du monde ; ça tombe bien, le type a du monde dans le gosier, et un nombre de glottes assez difficile à déterminer ; il mâchouille la ferronnerie, aussi, avec une sensualité joliment soulignée par les guitaristes ; on a compris, c'est de bestial, de sanguinolent, de purulent, de turgescent, de Harkonnen qu'il va être question dans l'histoire, quelque mélodiques que puissent être les morceaux ; d'ailleurs, on pourrait parler d'une sorte d'Arkhon ambiance retrouvailles pour la fin du monde au centre de la terre. C'est, vous en conviendrez, d'une importance presque accessoire lorsque de toutes les façons on tient ainsi - ahem - emboîtés (mais si, vous voyez bien...) un organe pareil et une pochette pareille.

Starfish Pool : Amplified Tones

Starfish Pool a son trou noir rouge avec Dante's Carnival plus loin ci-dessous - je n'aurais pas dû divulguer qu'il s'agissait de techno dans le billet, si vous saviez comme je m'en veux, mais on perd la main que voulez-vous... - il a aussi rassurez-vous son trou noir noir.
Oh, on trouve bien des beats, sur Amplified Tones ; mais l'effet en est encore plus engourdissant que l'album de Gez Varley sur Tony Montana, et vous n'en retirerez que ce qu'il y a à tirer de Starfish Pool : une bonne grosse irradiation carabinée, qui va vous immobiliser direct, puis vous paralyser totalement, puis vous faire plonger ; s'il y en a qui s'imaginent encore que la techno est une musique sportive, et puis aussi s'il y en a qui s'imaginent que Plastikman c'est dangereux, dissolvant et qu'on peut y rester, voire que Pan Sonic désigne autre chose qu'un très gros potard de volume : le contact avec Amplified Tones n'est peut-être pas recommandé ; pensez donc, un album qui intitule simplement "Seductive" son morceau le plus toxique, le plus métaboliquement intrusif, le plus étranger aux états conventionnels de la matière et tout spécialement de la vôtre, le plus indifférent à votre intégrité et votre individu - et qui, le sagouin, a le front de porter parfaitement son titre... Les douze minutes qui vont venir sont plus traumatisantes que l'intégrale du Traité du Sommeil de Ritchie "Bertrand" Hawtin ; et ça peut faire un peu concentré pour l'estomac mal accroché ; d'autant que la suite ne va pas faire dans le tendre plateau de succédané de silence pour ceux qui voudraient "atterrir" : Dive, The Klinik ou Suicide paraissent bien plus proches d'Amplified Tones que tous ces machins pour grandes tiges binoclardes qui n'assument leur musique de danse que pareillement corrigée oculairement. Et attends donc d'avoir pris pied dans "Lackland". Tu vas tellement désirer, pouvoir être rien qu'un petit têtard vert fluo dans l'écran bien délimité d'un oscilloscope... plutôt que cette flaque dans l'océan noir.
Le monde est une fable. Ta vie est une fable. Ton identité est une fable. Sois le bienvenu dans ta cellule d'élévation, où rien ne viendra déranger tes atomes pendant qu'ils t'emmènent à ton stade suivant.

dimanche 12 mai 2013

Hypnoskull : Electronic Music Means War to Us 2

Un nouvel Hypnoskull, en quelque sorte c'est pareil qu'un nouveau Darkthrone ou un nouveau Motörhead : du diable si on en a quelque chose à secouer de savoir si ça change la donne ou quoi que ce soit de cette eau-là. Comme c'est la loi en terres électroniques, on y trouvera forcément un peu de dubstep et autres trucs actuels, et comme c'est la loi chez Patrick, ce sera fait avec l'acerbité avec laquelle on expulse l'excédent de jus de chique de sa joue tout en enclenchant le lance-flammes.
Notez d'ailleurs qu'un tel vocabulaire matamore n'est pas le plus adéquat ici, tant malgré son nom cet album n'a pas la méchanceté de IOUM. Il dégage plutôt la tranquille assurance d'un parrain-clochard qui détient toutes les clés de la cité et t'en fait visiter tous les envers et les déversoirs à la nuit tombée, aux commandes de sa pelleteuse sport personnelle, en ré-arrangeant et dévastant quelques portions au passage, voilà la guerre que conduit Patrick, tout dans la décontraction et la chiquenaude, à l'exception de quelques brusques poussages de gaz en forme de rappel acéré du gabarit auquel on a affaire en la personne de ce vieux Patrick, faudrait voir à pas trop le prendre pour un perdreau. Les basses, il en trimballe pas que pour groover, il n'est jamais prudent de l'oublier.
Est-ce que cette suite est le meilleur album d'Hyonoskull à ce jour ? Sans doute pas,mais du diable si on en a quelque chose à cirer, Patrick nous a déjà donné pléthore de boucheries pour les grands jours, alors le chaloupé hip-hop et les copeaux qui voltigent du plat du jour suffisent à faire ronronner d'aise. La prochaine fois, en revanche, il sera temps de penser à faire très mal.

samedi 11 mai 2013

Noshinto : Revenge of the 50ft Monogroove

Patrick, question musiques électroniques tu l'as compris : il est trapu. Je te laisse taper Hypnoskull dans le moteur de recherche sur le côté. Et avec le one-shot Noshinto tu vas comprendre pourquoi Patrick peut tout se permettre. Patrick n'est pas un putain de goth. Patrick n'est même pas bodymen : il est belge, et il connaît Dirk ; la body est dans ses gènes à sa disposition quand il le souhaite. Pas là. Là, il laisse surtout couler de lui toute la techno pure et dure dont il est capable. Pas du hardcore, non. Hardtech et hardhouse parfaites, outrageusement sèches et nerveuses, qui fourmillent dans tous les muscles, le ventre, bouchent le palais, compressent les reins, écrasent les couilles, de la qui fouette, claque et déchaîne, de la qui met la grosse pression et le pied au plancher, les G qui déforment le museau quand ça accélère - c'est à dire, à ce qu'il va te paraître, tout le temps - de la décharnée et affamée, du rush sans merci à l'acide de batterie comme t'en entendras pas d'autre en club, comme un soudain débarquement de capuches que le physio a pas géré : mental et ultra physique tendance tight, un Ghost in the Shell qui retrouve plus sa codéine, dépouillé et ultra compact, serré tassé tendu comme pas deux, démarré à une allure déjà alerte et qui ne fera l'heure durant qu'accélérer de façon aussi alarmante que subreptice, appesantissant de plus en plus une pression qui en dispose en propriétaire avec tes nerfs, dévorant les kilomètres de dancelfoor piétinés tout en rongeant tes synapses avec des sons vrillés de micro-puces étalonnées dans des ateliers clandestins d'écolières japonaises dirigées au fouet électrique, ne pumpant qu'avec une grâce précise et fatale, ambiance bagarre au rasoir dans une ruelle de cyberpole déserte dont même Current Value ressortirait la couenne en fines lanières... tu visualises vaguement le malaise, oui ? ou je continue ?
Patrick is all about the groove ; le reste, c'est des conneries.
Resistance is ... not.

The Sidewinder : Colonized

Blood of Heroes, JK Flesh, Grey Machine, Pale Sketcher... sans oublier accessoirement le titre du prochain Godflesh : non, Justin n'a plus trop la vista ces dernières années, et s'il semble parvenir à donner de bons concerts de Godflesh, pour ce qui est des musiques électroniques, il est juste un peu à la rue. Fut une époque où c'était le contraire d'être le cas, puisque le compact Mick Harris lui-même confessait dans une interview à la sortie d'Evanescence que c'était l'autre grand couillon qui lui avait ouvert tant et plus d'horizons cruciaux du genre dub, world, acidhouse (c'était d'ailleurs bien pour ça, ajoutait-il d'une voix probablement sucrée, qu'il n'avait que de la navrance pour Godlfesh)... Fut une époque où l'on ne guettait que ça, les nouvelles identités technoïdes de Justin le sorcier.
Et si le nom de sorcier, au moins à ladite époque, lui allait comme un gant, c'est peut-être même encore à l'unique album de The Sidewinder qu'il colle le mieux. Comme il s'agit de JKB, bien entendu le hip-hop sourd de toutes les craquelures de la roche aride, nommément ici celui de Techno Animal et même du meilleur, plus précisément, i.e Re-Entry et ses émanations de cauchemar tropical opioïde, mais déshydratées en laboratoire pour venir altérer de poison illbient la composition de la ci-devant came, épaissir d'un léger pouvoir sédatif cette techno acoustico-indus qui peut rappeler autant Riou que Starfish Pool pour la sécheresse caustique de la violente et épuisante hypnose qu'elle opère et qui fouette le mental, nerveuse et pesante tout à la fois, mais rappelle surtout toutes les visions pré-conscientes de transe et de traque rituelle cannibale dont chacun est tout à fait libre de regorger à sa guise, merci, et de savourer à l'occasion justement, tranquillement, dans le chant de la sueur qui s'évapore et des lucioles sur la brousse toujours vigilante, et tous les souvenirs de cette époque mal localisée sur la flèche du temps, où vous n'aviez pas de coccyx au bout de la colonne vertébrale, mais une sonnette.

The Body : Master, We Perish

The Body, je vous cherche pas les liens, je crois qu'à peu près tout ce qu'ils ont pressé sur cd est évoqué ici ou sur Slow End, et vous y trouverez tous les termes apocalyptiques et terroristes qu'il vous faut pour vous faire une idée si vous voyez pas déjà le bousin.
Et donc The Body, on le sait depuis la toute première rencontre avec le bloc de mort formé par leur visuel, leurs intitulés et leurs sacrées foutues tounes, on a essayé de le dénier mais on en est revenu, c'est la pire chose qui soit arrivée au village global hardcore moderne, depuis et pour un bail ; The Body c'est un peu les Blut aus Nord de tout le merdier, il y a les autres et puis il y a eux, et puis après eux il y a plus les autres, c'est le truc qui te donne envie de dire une seule chose et cette chose c'est AH OUAIS D'ACCORD.
The Body c'est le groupe de rock (sans commentaires) qui sait obtenir le même résultat que Haus Arafna et Brighter Death Now, c'est le goupe qui joue ce que This Gift is a Curse s'escrime à ensevelir sous la fureur et la rocaille pilée, c'est ce que Death Engine touche du bout du doigt la nuit au coeur de ses rêves, c'est ce que Neurosis se garde bien de réitérer depuis Enemy, c'est ce que les Swans transforment en communion sur scène, The Body c'est quelques crans bien ignominieux au-dessus de tout le reste de la violence contemporaine parce que The Body ce n'est pas la violence, c'est la terreur et c'est l'épuration ; sale, avec les armes chimiques et les machettes, montées parfois en baïonnettes sur les vits aussi grisâtres que disproportionnés, les radiations, les yeux cousus et les organes saturés d'enzymes qui se nourrissent de leur hôte dans le même temps qu'ils l'hyperstimulent, bref : vous visualisez l'ambiance. Je ne possède hélas pas le vocabulaire psychiâtrique qu'il faudrait pour en donner un encore plus complètement vivant (sans commentaires) panorama.
Et donc, ceci est un nouveau The Body. Court, mais ça ne fera pas une différence fondamentale sur la quantité de vous qu'il restera après. Seulement peut-être la surface de terrain sur laquelle on vous retrouvera dilapidé, vu que du coup ils déballent la puissance de feu adéquate appropriée à cette succinte fenêtre de tir.

vendredi 10 mai 2013

Starfish Pool : Dante's Carnival

Dante's Carnival. L'aura du disque est à la hauteur des promesses du frontispice. Welcome to hard psychedelia. Car sous l'apparence de froideur asexuée tendance Benelux ascendant Dave Clarke, grimacent une aussi vultueuse que tumultueuse foultitude de choses bien plus sûrement nées de la psilocybine que d'aucune sorte d'amphétamine empathifiante, soyez en persuadés avant de songer entrer ici, mes canards.
Prenez les concepts acid, hard, house et trance, mettez-les à fondre ensemble sous un rayonnement torride offrant toutes apparences de nocuité, et laissez rissoler et onduler selon la tectonique de ces appuis rythmiques qui subliminalement sans cesse se meuvent et déséquilibrent le sujet, émergeant et coagulant en nouvelles strates avant de re-gazéifier dans le même temps mais un ordre différent, au milieu du jeu des ombres portées et des reliefs qui se pourchassent tour à tour en une charnelle foire, langoureusement rugueuse, parfois interrompue dans la brutalité d'une torture capricieuse, tantôt consumée en ne laissant derrière elle qu'un cerveau qui caquète de l'appétit d'un opercule plastique sur ressort.
Indépassable sommet de techno, dur comme un soleil africain, trou noir au rougeoiement carmin de pure sorcellerie qui sans garder aucune trace ni preuve d'une quelconque origine organique, parvient à un effet si sensuel, à infliger à la matière obéissante de sa proie toutes les métamorphoses de sa nature. Une harassante séance de vaudou chimique qui ne se traverse jamais innocemment.

jeudi 9 mai 2013

Death Engine : Amen

Forte est la tentation de laisser la méchanceté dire "deux morceaux pour rien". Parce que les deux premiers passent un peu trop sans qu'on s'en aperçoive, privés de la longueur de calvaire et de l'impact quincailler que Death Engine peut déployer live ; parce que même "Gun", le morceau mis en avant un peu partout pour annoncer la parution d'Amen en vinyl, et qui m'avait fort efficacement convaincu quelques heures avant leur concert de ne point m'amuser à manquer quelque chose qui s'annonçait gros - "Gun", donc, leur morceau le plus impressionnant et efficace assurément, perd un peu ici des attraits supplémentaires dont il se pare en concert, la place que peut y prendre "le machin chelou à la guitare" par exemple, et toute l'audace globalement et la fraîcheur qu'ils peuvent mettre à étirer et laisser développer leurs morceaux dans la répétition et la stridence entre indus et noisisme axe Sonic Youth/Kill the Thrill/Binaire, avec le son dur et sec qu'ils pouvaient avoir dans la pierre de la cave de l'Up & Down, mais ça c'est fatal, Gerda aussi au même endroit sonnaient beaucoup plus effrayants que d'ordinaire. Tout cela, cet acharnement halluciné, surnaturel, on le retrouve un peu davantage dans la seconde moitié de cet alerte et alarmant mini, qui du coup, plus qu'une démonstration de ce qu'ils savent faire, et ne fût-ce "que" du TGIAC de plein ciel, de voltige en ciel d'orage, que ce serait déjà beaucoup mieux que bien d'autres aspirants à petits bras - a plutôt les airs d'un teaser, et Dieu sait que cette sorte de chose m'agace. Messieurs, il va falloir passer aux choses sérieuses à présent ; ne me laissez plus cette latitude pour baver sur ce qui me frustre, sur ce qui est absent, et lâchez-moi les chiens un peu dessus. Je chipote, bien sûr, le dernier morceau est vraiment très bien, même justement un peu trop, trop allumeur, et montre un peu trop pour votre propre tranquillité ce que vous avez sous le pied. A bientôt donc.

Terveet Kädet : Musta Hetki


Non, mais Terveet Kädet, c’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus les jeunes. Ce qu’il leur faut maintenant c’est des héros virils et musclés, genre Rocky. C’est un fait, mais c’est dommage car les légendaires torgnoles de Tornio n’ont rien perdues de leur saveur : Musta Hetki invite à une fête troglo arrosée d’eau de vie où des têtes de mule en fin de droits, maroufles crucifiés par le système, t’assènent, format brève de comptoir, des convictions de pilier de bar (…et si t’as pas compris… je peux répéter si tu veux…). Ne pas s’attendre à ce que ces finnois finissants finassent, polissent la musicalité rugueuse de leur langue à coups de pierre ponce. Bonnes buffes et bons torchons. Enthousiasme barbare, franc du collier, frontal.
Over 30 years of pure finnish hardcore…on ne se refait pas !

mercredi 8 mai 2013

Mombu : Niger

Je ne vais pas m'humilier tout seul à nouveau en ré-essayant d'expliquer ce que fout Mombu. Il suffit qu'on se fourre bien dans le carafon que Zombi était une récréation, ceci devient bien clair à l'écoute de Niger, et qu'elle est finie.
Prodigieux, ce disque est prodigieux par l'usage fessatoire et monumentalement grisant qu'il fait de la répétition, absurde et forcenée, et de la rugosité, heurtée et cabossée, pour en tirer une limpide musique qui, sur votre serviteur du moins, a l'effet d'une boisson désaltérante comme des litres et des litres d'eau claire bue à gorge déployée, et euphorisante jusqu'à l'orgiaque comme l'oxygène, le speed garage et le divin timbre du saxophone baryton.

Anatomia : Decaying in Obscurity

Cela fait déjà quelques années que vous attendez que Coffins ressortent un bon disque comme ils en furent capables ? Plus la peine d'attendre, ils y arriveront encore moins maintenant que, dans l'exercice du death rituel japonais dégoûtant, les petits Anatomia, qui eux ont connu des débuts bien moins fracassants et pour tout dire laborieux, viennent de hausser le ton de PLUSIEURS crans, avec cet album gluant et triste comme une coulure de sperme refroidi autour de laquelle furètent les cafards dodus. Comme quoi en death il n'est pas nécessaire de réinventer et/ou défaire la Création comme qui pisse pour péter la baraque, on peut encore aujourd'hui, avec un petit album qui n'invente rien, aller directement titiller d'une pesante gifle au poisson mort des choses telles que Forrest of Equilibrium, Transcendence into the Peripheral et Into Darkness, avec un album fétichiste qui plus est ; en y apportant tout de même ce plus-produit du glacial coulis d'air immobile chuchoteur de calme mortel et pénétrant (ben voyons...), et cette si aimable humeur de pierre parce que bien entendu, si vous l'aviez pas vu venir tant pis pour vous, Anatomia et ses parcimonieux mais parfaitement magistraux synthés nous ramènent directement à une certain obscurantisme de chambre froide suédoise - Linköping, si vous voyez ce que je veux dire.
Et malgré tout, après tout, Anatomia restent, non moins qu'à leurs tâcherons débuts où la remarque se faisait souvent à leurs dépens, indissociables d'Autopsy, mais tandis qu'Autopsy donne de cette musique particulière (qu'ils ont inventée, soit) la version surchauffée par les appétits impulsifs et la pression brûlante du désir, Anatomia eux la dressent avec un absolu contrôle vertigineux et permanent, toujours vampiriquement froids même au moment de scier la bidoche pas tout à fait refroidie, même dans les moments groove à la rigidité rigoureusement chambrée, jamais plus véhéments qu'un vieux coldcrust du fond du bac à légumes ; les deux groupes sont si l'on veut des sortes de frères n'ayant juste pas la même définition, thermique surtout on l'a saisi, de la mort-vie - c'est bien ainsi qu'on dit ? Il va sans dire que l'un et l'autre sont aussi massivement sexuels.
Et au bout du compte c'est rien qu'un peu aussi ce qui compte, pour faire du death, qui est une musique sensuelle, et qui ici donne à toucher, à lécher et à humer, avec son grain à la fois engourdi et visqueux comme rarement, et tellement gros, cru et denté, et ce chant profond comme une grosse souche morte d'humidité depuis quatre-cents ans, et cette succession de pièces surgelées aussi gonflées de lumière, de pureté, de beauté, d'espoir qu'un chapitre de Berserk - et cela est bel et bon, car un album de death, il doit aussi nous donner une bonne tranche de terreur. Et là croyez-moi, les gourmands vont être régalés.

Death Engine, 7/5/13, Up & Down, Montpellier

Au début, tu te dis que peut-être après tout Céleste ont-ils vraiment initié quelque chose, et que surtout This Gift is a Curse est passé par là et ça y est, les kids ont pété les plombs et muté, et l'ultra-violence a franchi un nouveau palier historique, tout ça.
Puis tu te dis que t'as du mal à savoir ce qui fait tourner leur moteur, si c'est l'indus, le screamo, le postmachin, un beumeu subliminal... Et que même si tu as un peu peur de ne sûrement pas retrouver le son de laminoir qu'ils peuvent rendre dans la délicieuse cave exigüe de l'Up, tu DOIS savoir de quoi il retourne, essayer du moins de comprendre un peu mieux comment il goupillent leur truc, et faire tourner ce cd sous toutes ses coutures. Ça tombe bien, quelques exemplaires sont à vendre sur cette tournée. Bon à savoir si jamais vous la croisez : ils font des rappels pour les mecs qu'arrivent à la bourre, n'hésitez pas à demander, ces gars sont des petits cœurs.

mardi 7 mai 2013

Antediluvian : Logos

Un album d'Antediluvian et a fortiori un album tel que Logos ne se décrit pas commodément, et ne s'analogise pas mieux.
Deux indices, toutefois : si vous avez trouvé de la jouissance à écouter Vexovoid, n'écoutez pas Logos, notre équipe à votre service vous invitera plutôt à vous orienter vers la discographie du groupe Nile. De deux, n'écoutez pas non plus Logos si l'idée de vous palper et tâtonner parmi les viscères vous rebute le moins du monde et si l'étoffe dont sont faits les cauchemars (vous savez, ces trucs fouillis avec des larves annelées qui palpitent et s'insinuent, des fois) n'a pour vous rien d'élémentairement sexuel, ni les déchirures justement dans le chaste tissu de la réalité : c'est un conseil d'ami à prendre très amicalement.
Va vraiment falloir cesser de me faire radoter et tâcher à trouver un autre suffixe que -metal pour ce genre de clients, la dernière fois c'eût été -mud, pour celle-ci -pulp me semblerait très à propos. L'album est d'ailleurs également recommandé à tous ceux qui auraient, malgré leur non-détention d'un tourne-disques, puissamment hésité à se procurer le dernier Anatomia dans son édition vinyl.

dimanche 5 mai 2013

Wrathprayer : The Sun of Moloch - The Sublimation of Sulphur's Essence which Spawned Death and Life

Au milieu de la coupante poussière minérale des corniches du Monde Inférieur, le large et majestueux cours d'un fleuve d'or en fusion et ses acerbes méandres descendant vers le Centre... est un spectacle suffisamment impérieux et hypnotique pour que je me dispense de plus ample construction narrative, merci, d'autant que l'effet de cette collision entre Jules Verne et Pete Helmkamp est surprenamment extatique de limpidité somptueuse, voire monacale.

samedi 4 mai 2013

Aosoth : IV : Arrow in Heart

Il va être difficile à propos de ce disque de se retenir de citer un ami du Roi Heenok, "je suis le gros chien" - parce qu'il ne faut pas, ce disque ne prête pas trop à rire - et pourtant, tellement si ! tant il est, comme disent les anglo-saxons, ridiculement méchant et contondant, tant il donne envie d'éclats de rire, de joie à la découverte de sa méchanceté majestueusement écrasante qui, et ce n'est pas plus mal pour tout le monde, achève de le détacher de Hell Militia à qui il laisse le pus, la pisse et la concupiscence, pour devenir pour sa part une manière de Neurosis du black metal - et donner s'il vous plaît à la formule un sens qui n'est pas celui de tous ces machins binoclards pour fétichistes des cervidés, qu'on nous fourgue par palettes biodégradables entières depuis bien trop d'années. Oui-da, il y a du Neurosis ici ; ne fût-ce que pour la façon de jouer hardcore, alors même qu'Aosoth est si puissamment metol, avec ses doubles-pédalages léonins ; car, autant Aosoth ne peut se classer  ni avec évidemment le black scandinave assermenté ni avec le gris-black nord-américain, autant sa brutalité ne l'affilie-t-elle pas pour autant à une quelconque confédération de crevettes méchiflues ; on pourrait à la rigueur essayer de s'imaginer un Deathspell Omega moins mental, moins confiné à sa cellule capitonnée, un DsO - celui des grosses pièces empoisonnées pour les compiles et de Fas, n'est-ce pas - plus charpenté, trapu et affamé : un DsO molosse, pour y revenir, décidément ; car où Hell Militia, pour rester à rôder dans la nuit froide qui tombe, convoque la campagne française sous l'Occupation, Aosoth lui nous emmène baguenauder  et claquer des dents sur la lande des Baskerville. Et puis, pour continuer sur les mâtins et les mâchoires en étau, je trouve également dans Arrow in Heart un développement plus franc, avec cette cohabitation entre le blizzard-guitare et une basse qui concasse des noix entre ses phalanges, du quasi-hardcore carnassier que j'entendais par endroits dans The Desanctification.
Arrow in Heart, naturellement, n'est rien de tout ceci, de tous ces noms cités pour rien. Vous entre-apercevrez peut-être Aosoth coulé, tapi, dans les ombres profondes creusées entre toutes ces choses qu'il paraît être tant qu'il ne nous a pas pris à la carotide, dans ces fosses où le goudron prend des reflets de tissu de pierre précieuse ; dans les mystères de ce brin de voix râpeux comme peu, de cette basse qui épaissit de ténèbre orageuse ces bourrasques ébourrifantes de superbe, de cette batterie rigoureusement sauvage ; et tout ce qui fait la menace sourdre de cette musique éclatante et fruste, moderne et archaïque, animale et théâtrale, qui égare sa proie aussi bien qu'une promenade nécromantique en forêt - insérez ici la citation de Dante la plus pédante que vous aurez en réserve - entre ces ombres qui rapidement grandissent et grandissent et bientôt avaleront tout et tout rond.

David Meiser : Transitional Stage

C'est amusant, le bal des promos. celle que vous guignez et badez comme un crapaud mort d'amour parce que vous l'avez assidument courtisée et fleurie depuis ses timides et pourtant si ravageurs débuts, vous bat froid parce qu'elle est devenue la reine de la soirée, tandis que toutes sortes de petites olivâtres arrivées au dernier trimestre et que vous n'aviez même pas remarquées viennent vous proposer toutes sortes de choses un peu curieuses, mais ma foi, pourquoi pas ? Où y a de la gêne y a pas de plaisir, ne dit-on pas ? Et puis il y a bien un prix à payer pour écrire de manière aussi insupportable : ce sera donc, il apparaît, de n'avoir de rapports que de dépit, et de voir se tirer les soupirantes dès lors qu'elles ont commencé à signer de autographes. J'exagère, naturellement, il y aura toujours Cercueil, Gorse, Welldone Dumboyz et Caligula, pour ne pas m'oublier tout à fait dans mon grenier rose. Mais profitons donc de David Meiser pendant qu'il n'est pas encore big in China, et pas seulement pour pleurer misère, s'il vous plaît.
David Meiser fait très bien deux choses à la fois de ses petits doigts agiles : tartouiller une solide et épaisse ambiance de futur administratif et paranoïaque, névrosant, sédatif, claustrant et assommant  à souhait, et bâtir une pure efficacité techno, idéalement rectiligne et hypnotique, dit ainsi avec ces adjectifs ça ne paraît pas si a priori antinomique, et pourtant croyez bien que ça l'est, il y a bien cette transe infatigable, mécanique, irrésistible, sans entraves spirituelles, cette compulsion purement physique de la techno, et ce climat résultant d'une action elle bien mentale de la chose en question, laquelle par surcroît commande en l'occurrence assez impérieusement de regarder entre ses pieds et se laisser moisir sur pied bien gentiment, en inspirant bien à fond le lourd gaz d'obéissance qui nous est dispensé par le tube à l'austère robustesse couleur de mastic. Depuis les promesses jamais tout à fait réalisées d'Aural Blasphemy et Tarmvred ce qui ne nous rajeunit pas, on n'avait pas eu tarpin d'occasions de se payer des tranches de ce type d'expérience de soumission assourdie, de couvercle psychique, de free party mi-onirique chuchotée sous couvre-feu et camisole, si ce n'est bien sûr de loin en loin avec les événements que sont toujours plus ou moins les albums d'Asche.
Alors ces deux modestes morceaux de David Meiser, supposés être les premiers d'une série d'e.p qu'on espère longue et mise un jour bout à bout, ça vous console de bien des choses.

vendredi 3 mai 2013

Vhöl : Vhöl

For fans of/file under : alchimie.
"La suite de Ludicra", a dit un de nos lecteurs.
Je ne saurais être plus en désaccord. Chacun voit évidemment midi à sa porte, et il y a dans le présent orchestre autant de VIP que d'instruments, mais qui d'autre, sérieusement, que ce volcan de fleur d'oranger de Mike Scheidt, pouvait-il pondre cet album incandescent et hystérique de beauté ascensionnelle ? Cette manière d'anti-Absu en miroir dont l'avalanche d'orcs furibards serait remplacée par la même sainte fureur mais portée sur les ailes d'aussi pieux que longilignes templiers nimbés de lumière blanche ? Cet aller-simple pour le soleil qui t'est donné à vivre depuis la meilleure place : le cœur porté à blanc du réacteur de la fusée ? Vhöl aveugle et liquéfie, pour refaçonner son auditeur à sa convenance, à son extra-terrestre semblance taillée pour les fougueuses chevauchées à travers les cieux de mercure pâle et de toute-puissance gazeuse, et pour sa trajectoire non euclidienne futuriste et dionysiaque, mytholgiquement aussi endiablée qu'un Riitiir orchestré par une Jex Thoth à califourchon sur Proscriptor McGovern. "Insane with Faith", et tout est dit. C'est encore bien plus splendide, clair et enivrant que tout ce que je saurai jamais dire.La preuve radiochimiquement turgescente que ça fonctionne dans les deux sens : autant des disques tels que les derniers Merrimack et Aosoth peuvent me scier les pattes par la façon dont ils jouent une musique si loin détachée du rock, autant il peut me foutre par terre ici d'éprouver combien il est bon de jouer du Liturgy mais en y réinjectant du putain de feu rock surgi des lombes de l'histoire ! Non, vraiment, à part Mike Scheidt...

mardi 30 avril 2013

Menace Ruine : Alight In Ashes

Attachée à un poteau, condamnée aux bêtes, une voix forte, haute, altière, récite ses cantiques. Volontaire, résolue, stoïque, un pied déjà dans les limbes, elle fait face, affronte les assauts sournois d’orgues de barbarie chancelants, les souffles lancinants de mellotrons rouillés, les ondulations reptiliennes de clavecins hésitants, mortifères. Aucun des fauves ne la touche, la voici maintenant athénienne, une parmi sept, à bord d’un navire aux voiles de jais voguant vers la Crète. Attente sacrificielle dans un paysage émotionnel délabré, figé, vert de gris.

Seul bémol à l’étrange dualité de ces rivages de boue céleste : la plage la plus longue est inaccessible.

dimanche 28 avril 2013

Puce Moment : Puce Moment

Au cas où entre les Andy Stott et Fausten ci-dessous il vous reste encore un peu de place pour un rabiot d'ice-dub moderne, mais que vous souhaitez continuer à éviter le tout-venant des disques glaciaux comme une giclée de déodorant Ushuaïa Nature sur l'aisselle, rencardez-vous voir avec le nouveau projet-machin des Cercueil. En fin de compte pas si surprenant, ils arrivent sur ledit haut-plateau par leur propre chemin tout en simplicité : une manière de Cerceuil version post-mortem, version l'autre côté du rideau toxique, version corps astral - que vouliez-vous, qu'ils se refissent ? Quand ce que l'on sait faire le mieux est voler... Puce Moment vole donc, avec une féminité élémentale et une majesté de raie manta au milieu de noires fosses marines aussi abyssales que leur température à en rendre à Kirlian Camera et au Cure de 81, et qui est l'élément où eux sont d'humeur la plus féline et placide - limite averse tropicale.
Tout compte fait, allez voir ce disque même en cas de réponse "non" ou "nsp" à la question initiale ; au cas où une visite de la vertigineuse new wave de Cercueil en terre ambient techno voluptueuse soit chose à vous faire pressentir le ravissement boréal le plus catastrophique, la complétude façon Leutha voire Carla Subito en musique d'after pour petits matins blancs. Et sous la noire et coupante épaisseur de la banquise de découvrir que se cachent une extase qui se fragmente en lents prismes à l'infini.
Trouant. Vous allez voir qu'on va y arriver, que je me remette à écouter Starfish Pool.

samedi 27 avril 2013

Fausten : Fausten

L'album qui te confirme que : oui, tu as bien fait de revendre celui de JK Flesh, et non, cette musique-là n'a pas cessé d'en avoir à dire avec venin, c'est juste JKB qui ne sait plus que radoter et bégayer, dans cet idiome. On en ressortirait presque ses Electric Ladyland IV, V & VI pour mesurer l'ampleur de la mutation.
Celui aussi qui sonne la fin de la récré pour tous ces foutus albums de "techdub", "bass music" et autres "dubstep" sonnant comme de la house jouée par des indie-rockeux, et aux ennuyeuses pochettes MOMA que même le grey metal commence à devoir se farcir à présent, confer Altar of Plagues. Voici, petit, ce que lourd, opaque et oléagineux veut dire. Voici ce que c'est que de rendre la réalité et le temps visqueux, élastiques, épais, comme savent le faire les bons vieux disques de death ou de weirdbreak - et non pas linéaire et métronomique comme votre krauttech moderne le fait si mignardement, avec ses morceaux qui passent aussi rudement que des reportages dans le magazine TGV, et avec le même pouvoir d'annihilation. Fini la techtruc béate-abrutie, il est l'heure de se remettre aux vrais produits qui secouent et à la musique des insectes libidineux qui sont les maîtres de ce monde, à cette matière informe, changeante, changeuse, immersive, impérative, insidieuse, indirecte, à cette cochonnerie qui a toutes les qualités d'un simple état passif mais tout le comportement d'un envahisseur (mal) intentionné - et qui te démonte les viscères et te démolit le foie avec délices et lubricité. Oh et puis plutôt que de persister à vouloir vous mal décrire la consistance et l'action chimique de Fausten, pourquoi ne vous renverrais-je pas à la bien commode définition de sludge ?

vendredi 26 avril 2013

Lutomysl : Overcoming Babel

La vérole plutôt que la barcarole, ou comment avoir tout mais alors tout ce qu'il faut pour bricoler un rocking chair tout à fait cossu incrusté de motifs Drudkh et Envy alternés, et en préférer faire un poteau à crucifier dont les deux poutres pourraient se faire baptiser Converge et Lifelover.
L'album ne tient certes pas cette vivifiante promesse en strict continu, mais pour tous les moments où l'on ne sait plus dire de ce que l'on entend s'il relève de la bête mélodie tradi à scier l'âme, du new school mk. XII, ou juste du vieux beumeu collection dépression d'automne... il vaut son prix d'engelures.

jeudi 25 avril 2013

Ghostface Killah & Adrian Younge : Twelve Reasons to Die

Le gars Ghostface, c'est un peu le Rudy Ratzinger du rap : il te vous sort des théories d'albums à la douzaine, qui sont presque toujours sympathiquement chiants ; et au milieu de cette courante discographique, il te place, avec son timbre boudeur presque infantile que j'ai longtemps confondant avec celui horripilant de Raekwon, des sacrés bon dieu de splendeurs tout bonnement renversantes ; des vrais coups de peau de vache, des Ironman, des Supreme Clientele et des Big Doe Rehab. Du coup ça fait chier, mais faut toujours vérifier tout ce que ce genre d'olibrius sortent, comme un vrai douanier, y aller de sa petite palpation triste et démotivée, mais toujours prêt à dresser la queue et faire fête comme un clébard. Procédons.
Le tout nouveau polar de Ghostface est généreusement doté d'une atmosphère lourdement sicilienne, vaporeusement onirique et fauve, suavement brûlante, à la façon experte et enfiévrée d'un imaginaire porno sixties conséquemment intoxiqué, tout transi de chœurs de sirènes ruisselants d'épopée et de démence comme un arrangement pour Léo Ferré. Et comme c'est du Ghostface Killah bien sûr, la préscience de la tragédie sourd de partout, enivrante, dissolvante, soyeuse, digne d'une adaptation de Donald Goines par Jean-Pierre Melville avec un Pacino de 21 ans.
On parle depuis des lustres aux bébés b-boys, le soir à l'heure du coucher, de Supreme Clientele 2 voire d'Ironman 2. Pas certain qu'ils seront aussi tuants que cette chose-ci.

Girls Names : The New Life

Un soupçon de douce-amertume des mers bleues de Macao, un rien d'élégiaque candeur adolescente, un tenace air de velours côtelé remis au goût du jour à NYC un matin de déprime, un subtil fumet de thé au jasmin amélioré au tanqueray de chez le Chapelier Fou, beaucoup beaucoup de The Cure période jusqu'à Seventeen inclus, avec bien entendu un bon trait de reggae à l'ancienne et de western comme dans le temps = LOURDE FICHUE ROTATION, MON CON.
Ces mecs ont sûrement été élevés aux Horrors et à Esben & the Witch, et alors ? On se croirait en 83, parole, en pleine osmose avec cette divine indifférence.

dimanche 21 avril 2013

Deuil : Acceptance/Rebuild

L'anti-Altar of Plagues - pour qui je professe un respect sincère, hein, qu'on ne se méprenne pas - la preuve que rien ne sert de chercher la nouveauté, et à jouer des trucs "malins" comme si on était dans un épisode de Top Chef. Deuil, je l'ai pensé avant même de me rappeler leur nationalité, ont une qualité rare qu'ils partagent avec AmenRa : ce don pour jouer une musique non seulement simple mais balisée, mais la jouer de façon simple, modeste, sans chercher à monter l'ego en neige dessus à vigoureux coups de poignet, et en comptant simplement, c'est beau, sur la sincérité intense de la composition et de l'interprétation. Oh, ce n'est pas tout à fait Burzum non plus, ni votre groupe de blackened slowcrust le plus générique signé chez Greg Anderson, on est tout de même davantage dans le registre des maladies orphelines, là où errent les solitaires tels que Sieghetnar, Drear, Nox Inferi, Vrolok, puis ils ont également d'autres arguments, tels une humeur négative particulièrement défaitiste et torpilleuse d'humeur - merde, je repense à AmenRa du coup, mais il faut savoir le prendre comme un compliment - douloureuse jusqu'après l'épuisement, ainsi que peut l'être Buried Inside, et sereinement appuyée par un grain à la limite de l'industriel contemplatif, avec cette saturation-laminoir source de paix similaire à celle de Primitive Man, et dans laquelle on finit par reconnaître une douce lumière, plus que dans les épars chants de gorge rituels plus ou moins toundra-friendly ; vous me direz, comme à ma triste habitude, je n'ai fait qu'établir un rapport de conformité avec les intitulés du disque, groupe et titre (il y a deux morceaux sur la présente démo, vous devinez leurs titres ?). Eh bien oui, ce qui n'est pas peu en cette ère de patronymes monosyllabiques ou quasi et pseudo-coup de poing en kyrielles : Deuil tout comme Verdun se montre à la hauteur de son nom honnête et direct (le français ça aide), tient ses promesses de pierre grise d'institution psychiâtrique pour fins de vie, et fait son boulot, à la fois religieux et hardcore. Bon doomanche à tous.

samedi 20 avril 2013

Altar of Plagues : Teethed Glory and Injury

Cet album est très certainement très forward-thinking et très bien fait, et très farci de très belles idées, rafraîchissantes et oxygénantes pour du beumeu, tous ces arrangements subtilement électro, aériens et intoxiqués, et tous ces passages à la batterie qui développent la devanture danse contemporaine de la chose.
Mais une fois que vous aura envahi l'image de Streetcleaner ré-interprété par Jesu, avec un cerf sur la pochette, il sera difficile de l'expulser, autant que je vous prévienne. A part, comme lorsqu'on chasse de sa tête un horrible tube obsédant par un autre horrible tube obsédant, en pensant à un reportage sur Neurosis présenté par Georges Pernoud.

Cathedral : The Last Spire

Quand un groupe lambda, de type couramment appelé "combo", nous rejoue, dans la situation type "nouvel effort", la vieille vente flash à la sauce back to basics, on sait que l'on va se sentir navré, pour eux et pour nous.
Lorsque Cathedral le fait, on saura dorénavant, et pour longtemps dans l'écho tonitruant de l'auto-coup de pelle final qu'ils se mettent à cette occasion sur l'occiput, qu'il faut pas trop y compter - ni sur la navrance ni sur les rataillons de fond de réserve oubliés et les démons de midi flapis. A un hypothétique Forrest Grump 2, il faudra donc ajouter les modalisateurs majeurs que sont l'art de la décoration salon de thé zeuhl, le goût du gras gratuit et du dindon-doom et l'ahurissante connerie disco-péquenaude développées dans toute la suite de la bulbeuse œuvre ; et aussi la joie de propriétaire prospère qu'ils ont fini par trouver dans leur vaste royaume acide peuplé de pierre grimaçante et de flore circonspecte.
Bref, quand Cathedral décide qu'il est l'heure de conclure les débats avant d'aller vaquer chacun ses petites affaires, il ne le fait pas avec le dos de la cuiller ; plutôt d'un vigoureux moulinet de cuiller en bois sur les gencives. Pour leur propre enterrement, les cons balancent donc un de leurs tout meilleurs albums, un machin triomphal et en pleine forme, tellement beau et veau qu'on aura l'obligeance de ne pas parler de chant du cygne merci - d'ailleurs ce qui colle le mieux à Cathedral c'est plutôt le cri du cygne bien vivant, alerte et vindicatif. En fait... la pesanteur, le puissant ronron d'aise, les aiguilles qui se plantent dans la chair par intermittence... Bon sang mais c'est bien sûr, The Last Spire c'est un Chat de Cheshire en pleine santé et béatement assis sur toi !

vendredi 19 avril 2013

Watertank : Sleepwalk

Torche, Helmet, Quicksand. Difficile d'écrire quoi que ce soit sur Watertank en la jouant comme Perec avec ces trois vocables, la fiche promo ne s'y essaie d'ailleurs pas, avec une très simple honnêteté, la même qui transpire du ci-devant disque et avec laquelle lui non plus ne tâche pas d'éviter qu'ils soient prononcés. Et dame ! pour quoi faire ?
Helmet : Watertank est bien plus aérien, plus planeur dans les nuages, loin au-dessus de l'immensité des champs. Torche : Watertank est bien moins tête-à-claques, moustachu, outré, et n'a pas cet atroce goût de Sunny Delight. Quicksand ? Aah, baver sur Quicksand, ben voyons... disons que Sleepwalk est moins Gus Van Sant que Manic Compression, mais en même temps Quicksand pour moi c'est un simple Slip. Mais disons que Watertank est moins tendu et angoissé que ce dernier, attendez la suite, et qu'il sait en faire une qualité, la voilà l'affaire. Normalement on commence à cerner un peu mieux à ce stade la plaisir que je tire de Sleepwalk mais peine à définir, la sensation de cette musique à la fois ultra-orthogonale et ascensionnelle, le lâcher-prise, le laisser-aller, en un mot la décontraction qui peuvent se dégager d'un chant pourtant si rasé de frais et si en brosse, qui passe son temps à effleurer avec une matutinale nonchalance ce stoner-core heavy aux riffs stick large, capable de rester à la coule même à la lisière de jouer du 16, grâce peut-être à une lumière qui finalement mieux que Torche réussit à retrouver la capacité de doux engourdissement que possédait Floor.

Alors Torche-like peut-être, n'empêche qu'en ce qui me concerne, Torche s'arrêtant à "Healer" et Harmonicraft, soit un tube et des tubes, Watertank vient sans un seul tube à la dimension américaine de la discipline, de leur donner de la roue arrière à sucer pour un sacré bon moment.

jeudi 18 avril 2013

Head of the Demon : Head of the Demon

L'envers du doom, ou son fantôme, peu importe que la cossardise ait si facilement raison de mes velléités d'analyser ou inventer les figures artistiques, on aura plus tôt compris en écoutant cet effarant album, qui réussit brillamment à se faire éprouver aussi pesant que la mamelle de pierre de quelque affreuse idole de la Grande Mère Lubricité de quelque affreux Orient pouilleux et dépravé - sans jamais avoir recours aux facilités du gros son ou du gros riff terrassant. Lourd et aérien, tel est le doom narquois de Head of the Demon,  qui nous montre avec amabilité que le vrai pouvoir et la vraie présence  se contentent d'appuyer, et d'une infinie patience, car tel est sans doute aucun ce qui caractérise le mieux ce disque poussiéreux, ferronnier, dont les manières sont celles de qui remue nonchalamment les braises dans l'âtre, de la bête tapie paresseusement dont seule l'acuité des pupilles qui suivent tous les mouvements alentour décèlent la létalité à l'affut. Un disque qui amène le sexe qui manque chez Valborg, dans la manière avec laquelle il vient jouer à la torture au milieu de tous tes fantasmes sur Gilles de Rais et Joris-Karl Huysmans. Il suffit de dire que ce disque n'admet pas trop de pareils hormis un certain Embrace the Narrow House qui paraît bien nerveux et sentimental en comparaison.

mardi 16 avril 2013

Jotunspor : Gleipnirs Smeder

Gorgoroth est un de ces groupes - avec Napalm Death même si dans ce dernier cas c'est moins frappant puisque les membres en CDI servent quand même un rata tout à fait bouffable - qui valent essentiellement par leurs membres partis paître ailleurs : Wardruna, God Seed, ... N'oublions donc pas le petit album de Jotunspor.
Un album de genre true/viking black un peu à la... Trelldom, tiens, on l'avait oublié - un album de black blackistique, donc, mais où la neige n'a rien de beau, que du gris boueux qui nécrose gentiment l'humeur, avec sa texture cafardeuse à la limite d'un Leviathan nettoyé de toute son exubérante superbe, un true pas très metal puisque taillé plutôt dans le bois humide, assurément noirâtre, un truc occulte pour sûr tellement il est obscurantiste, renvoyant même plutôt carrément à Un-Core qu'In Slaughter Natives, et aux passages les plus gluants et mortifères de l'insane Incipit Satan, sur le fil qui sépare le clochard des bois de l'ours, un machin qui rôde aux lisières du village à glapir et feuler sa détestation nyctalope et impuissante alors qu'il ferait mieux de la boucler le temps que tout le monde s'endorme, pour emporter un mouflet à becqueter.

Kabul Golf Club : Le Bal du Rat Mort

Si les Blood Brothers en avaient, les appellerait-on mon oncle ? A-t-on encore envie d'écouter ce genre de musique ? Quel est le lien de parenté exact entre Daughters et Psyopus ? The Locust n'auraient-ils pas mieux fait de nous donner des albums de dsico ? Ainsi que le chante si finement Frustration, too many questions, ain't got no answers.
Et on s'en fiche un peu, tant que Le Bal du Rat Mort tient de la sorte à la fois les promesses festives bastringue de son intitulé, et celle des relents de terreur de sa pochette, avec sa brutale java de lucioles terroristes, armées de basses irradiantes et de guitares cortico-fissurantes, qui le porte toujours intact et impérieux à travers des atmosphères de mélasse aussi obscures que le grand Primus (celui de Pork Soda, donc) où les gigues et les pavanes disloquent les tendons selon des manières qui rappellent l'abominable Cut and Run - pas tout à fait rien, on peu le constater, mais Kabul Golf Club n'est pas tout à fait rien, il va falloir se le dire.
On est donc en droit d'attendre, avec la sévérité qui est dûe aux enfants gâtés par le talent, qu'ils passent à présent de l'entêtant à l'obsédant, et de la rougeur au tissu cicatriciel, derrière eux.

dimanche 7 avril 2013

Suicidal Tendencies : 13

Le printemps et derrière lui l'été commencent enfin à se montrer - en tous les cas dans mon secteur, le reste ne me concerne qu'avec une très joviale modération : le timing pourrait-il être plus parfait pour, en attendant qu'on sue vraiment et puisse enfin sérieusement regarder s'il y a quelque chose à sauver dans le nouveau Clutch, se régaler d'un vrai bon album de hard, un de ceux qui donnent envie de prendre la rocade en skate direction les plages, quand bien même le vent encore frisquet saisit quelque peu les mollets, un album solaire qui nous donne des couleurs au blair et finalement quasiment tout ce qu'on attend de Jane's Addiction mais en mieux à notre taille, parce qu'on a vieilli et fait du lard, et finalement sans avoir besoin d'y penser renoncé à être aussi cool et lunaire que Perry Farell, et qu'il est l'âge de savoir que ce qui nous convient le mieux c'est une bibine bien fraîche, un bermuda bien large, des tongs et des riffs qui s'avalent aussi rondement que des chips ? Un disque copain qui a toujours la banane et une raclée en réserve à te mettre.

samedi 6 avril 2013

Von : Dark Gods - Seven Billion Slaves

Un son immondément métallique et filandreux, d'une clarté et d'une profondeur odieuse, pourtant obscènement emplie du carillonnement infernal des guitares, une voix grouillante entre Karl Willets et le gars de Simbolo : je n'ai jamais réussi à adopter le culte qu'on voue çà et là au mythique autre "album" de Von, mais cette fois en revanche, l'ignoble ambiance de grotte consacrée pour l'office décérébrant des dieux de l'ordure et de la reptation primordiales fera infailliblement de moi un adepte conquis, par ces vocaux gluants aux furieuses psalmodies souillées, et ces riffs archaïques, pisseux et paralytiques répétés jusqu'à l'insanité, dans un disque qui ne semble qu'une longue diarrhée rituelle poissée de sang ; je vous dirais bien qu'un paquet de groupes black orthodoxes devraient en prendre de la graine, mais à la limite ce premier volet de Dark Gods aura davantage à voir avec des groupes plus spécialisés dans le sabbat, l'orgie et la dégoûtation, type yelworC, Inanna ou Beherit, n'en déplaise aux pauvres Watain. Le proto-machin de Von fait bien mieux de rester encore et toujours proto et larvaire des dizaines d'années après la course à l'armement, le progrès n'a jamais été un truc très mésopotamien de toutes les façons, et il n'y jamais rien fallu de très sophistiqué ni pour coller la gerbe ni pour échauffer le sang, et puis l'affaire de Von c'est même surtout de faire régresser ses ouailles, jusqu'à leur vice le plus rustre, jusqu'au sordide désespoir animal que ressent l'offrande dans son attente vile, jusqu'au limon et à la souille à laquelle ils appartiennent de plein droit. Il est des albums qui ne sont que de longs, déplaisants, épuisants tunnels d'avilissement. Si vous vous êtes toujours demandé en ayant les foies de vérifier, ce que ça faisait vraiment de s'asseoir sur une fourmilière, le disque s'applique aussi, notez bien.

69 : Adulte

35 ans après, le punk n'est toujours pas mort, alors, logiquement ou pas, il y a toujours un post-punk devant à gambader et folâtrer, tantôt à la façon d'un attardé à l'enthousiasme gauche et inquiétant, tantôt d'une sauvageonne terriblement excitante et indomptable - à se déhancher avec une bizarre grâce prolétaire, et force grincements grisants d'un psychisme ligaturé dans toutes sortes de manies et lubies. Adulte est un album follement fier et qui laisse à deviner qu'il doit forcément exister des équivalents de danses de salon, compassées, sévères et menaçantes, pour chacune de ces 9 choses définitivement pas faites pour s'agiter dessus comme des mioches aux inflexions hasardeuses et aux convulsions mal contrôlées - avec leurs acides mélodies qui dissolvent l'entendement aussi facilement que l'eau un morceau de sucre, ce qui est bien normal pour de la cold, quand bien même elle vient comme ici d'étranges tropiques.

DM : DM

"Coup de biniou, coup de biniou...". Blague à part (elle finit forcément par frapper le tympan, dès qu'écouté le disque en boucle ce qui finit forcément par arriver pourvu qu'on ait du goût) ce morceau et même carrément ce refrain est un des moments cuisants d'un album qui n'en manque pourtant pas, car le pénible "Soothe my Soul" mis à part, Delta Machine ne compte qu'au mieux des bons morceaux faciles - "Angel" et "Soft Touch/Raw Nerve", en comptant bien - au pire de solides gifles - à peu près tout le reste, dans un mouchoir où l'on prendrait volontiers ses aises à l'année. Les vieux pédés moches de Sounds of the Universe sont portés disparus, le parquet du bal est propre et net pour les retrouvailles avec les indécrottables curieux-amusés de nouvelles technologies d'Exciter, les love-pasteurs de Songs of Faith and Devotion, les ombrageux tombeurs de Violator et les vieux beaux de Playing the Angel. Voilà pour le genre de réminiscences qui vont se bousculer pendant ce velours d'album. OK, remballez-moi tout le revival gothsynthever : les patrons sont rentrés de vacances et va falloir me ranger les i-pods dans les tiroirs fissa-fissa. On retourne au boulot, les branquignols.


NB : vous faisez pas avoir comme moi, si jamais vous aimez les gâteries à la "Only when I lose myself", c'est peut-être pas tout à fait le niveau mais l'édition avec bonus possède néanmoins quelques charmes qui s'envisagent.

Melvins : Everybody Loves Sausages

En voici en revanche d'autres qui n'invoquent pas la sainte teinte en vain. On ne va pas en faire un bloc, ce serait mal barré puisqu'il est ici question d'un album de reprises - ce qui paraît, du coup, être la solution pour qu'enfin les Melvins parviennent à ressortir un bon disque, (A) Senile Animal commençant à dater.
Or donc, une reprise de Venom avec Scott Kelly au chant, sur le papier on se gratte la tête, à entendre ça encule, comme qu'y disent les gosses, la voix un peu poussée et porcine du vieux barbudo tartinée sur ce son hostile à la limite du Moss et ces riffs prognathes, mes enfants... Puis une reprise de Queen, ça c'est toujours une bonne idée, peu importe si y a du second degré de merde on le sent pas, et les Melvins qui neuneu-isent à fond les bananes c'est toujours bon aussi ; mais les Melvins le slip en feu sur l'air de "Black Betty", c'est banco aussi bien sûr ; ensuite y a un truc (flemme d'aller recouper les infos et ce genre de truc) qui sonne époque Stooges, avec un chanteur qui sonne tout à fait comme l'idée que je me fais de Mark Arm, et c'est bien bonnard aussi, limite du Icarus Line mais en version rurale, pour dire ; puis du gros punk bouseux neuneu ; et quand même encore, aux milieu de quelques agréables pantalonnades, deux gros morceaux, mais ce qui s'appelle du gros morceau dans tous les sens du terme : Thirlwell impérialement fiévreux , fatal, embrasé sur "Station to Station", et Biafra... eh ! ma foi, la même, sur, attendez la suite... "In Every Dreamhome a Heartache" ! et la vieille bique se permet encore de faire jeu égal, comme on dit dans le jargon, avec Ferry, ce qui est presque plus une performance, techniquement, que pour Thirlwell vu que Thirlwell, et puis vu que Bowie, hein...
Bref : pour tout ça, on passera avec magnanimité sur un rose il faut bien le dire assez rougeâtre.

The Kniphe : Shaking the Habitual

Rololo, sérieux ce que les mecs sont pas prêts à faire, pour choper un bon papier ici... Hé, Dreyer, t'es gentille, tu me ranges ton phi et fuschia, tes rêves d'Afrique, tes installations d'ambient de dix-neuf minutes, ta techno minimale pseudo-astringente, ton godmundsdottirisme de plus en plus galopant, vocalement et prétentieusement parlant tout à la fois, ton titre programmatif vaniteux - et tu recommences à faire tes imitations de Cindy Lauper ; et que ça saute.
Shaking the Habitual, ou tout ce qui peut exaspérer chez les scandinaves, norvégiens et autres finlandais de tous bords.

Frustration, 5/4/13, le Mojomatic, Montpellier

Ou comment les vieilles vannes servies dans la semaine aux collègues qui ne pouvaient assister à cette tournée pour cause d'annonces trop tardives, ici ou dans le Nord-Est, se sont retournées la date venue contre leur auteur. Oui, on le suppute à présent : la frustration était bien présente ce soir. Le diable était comme a son accoutumée dans les détails et il me doit ce jour encore un peu plus de pognon.
Etait-ce un mauvais soir ? une mauvaise balance ? une mauvais fatigue dûe aux traquenards que sont nos boissons régionales, le pastis et le jack ? Ou bien jouent-ils toujours ainsi ? Frustration aujourd'hui avait juste pas assez de batterie, et - un comble - trop de basse, ou plutôt une basse pas assez définie, et juste l'infime manque de nerf qu'il ne fallait pas, le chanteur peinant à la poursuite de quelques rares fractions d'instant de rage sharp, les fameux sons de synthés qui vrillent la tête eux non plus pas assez définis finissant par tous ressembler, comme le signalait une oreille connaisseuse, à du mario-bros-core... Tout cela convergea à faire d'une musique dont le génie repose, on le saura encore plus douloureusement après cette séance, sur l'acuité, la nervosité et la sécheresse rythmique - ainsi que sur des nuances subtiles mais bien plus certaines sur leurs disques, et qui ici se perdaient presque totalement au profit d'une agréable mais longue bouillie d'hommages à Joy Division en mode sautillant mais rien qu'un poil mollasson, au point qu'on en venait à attendre et chérir précieusement leurs quelques non-tubes, les morceaux atypiques qui emportent moins la massive adhésion sur les albums et qui ici sortaient grands vainqueurs - leurs moments plus electro, ou plus franchement indie-pop - le nouveau morceau était au petit poil, dans le genre - ou encore, carrément et bien évidemment, un salutaire "Faster Faster" en fin de premier rappel.
A aborder avec méfiance et mesure la prochaine fois.

vendredi 5 avril 2013

400 The Cat : STF Helix Nebula

Acide, cela on l'avait retenu des quelques lives qu'on avait affrontés d'eux ; abrasif aussi, comme du verre pilé et ainsi qu'il se doit des auteurs de The Process to Define the Shape of Self Loathing. Mais rugueux on ne s'attendait pas à ce point. Rugueux comme toute une théorie de groupes sonnent aujourd'hui, certes, mais rugueux surtout, avec partout ce nappage sucre glace fait à la paillette de verre broyé, comme un groupe de vieux noise français à la brûlure un peu froide sur les bords - comme Sister Io, comme Kill the Thrill dont ce diable de chanteur parvient à évoquer Nicolas Dick, tant par un timbre... rugueux, que par la décontraction d'un accent anglais méridional tout ce qu'il y a de punk, en particulier sur un "Old Breach Player" éprouvant comme du bon KTT - mais que l'on aille pas, malheureux, avec ma maladresse commencer de se figurer qu'il y a grand chose d'autre à voir entre les deux groupes, qu'une égalité de pairs dans la vieille classe de parrains : 400 le Matou reste, malgré la surprise d'un son somme toute lisible et oxygéné, le même sauvage torrent de lave qu'il est sur une scène, à la fois rockant et offensivement dru, en permanence amené au bord de la sortie de route autant par les dérapages de ses musiciens - batteur atteint d'une maladie tropicale, bassiste qui aurait quelques tours de sinistrerie à apprendre au DsO de son inoxydable t-shirt, guitariste chlorhydrique - que par le tempérament yowesque de son vocaliste ; et qui réussit à te laisser sortir avec davantage de bleus, d'écorchures et de vertiges de ses trente-sept tourbillonnantes et aériennes petites minutes de violence orageuse (couronnées qui plus est de cet épique "Epilogue" qui rappellera de dantesques souvenirs aux Yellfesters de l'été dernier), que bon nombre de pavés hardcore moderne au bison Buffalo Grill. Frais à l'image des ses sempervirens auteurs.

mercredi 3 avril 2013

Batillus : Concrete Sustain

Ainsi voilà donc ce qu'il bricole aujourd'hui, le caricatural musicien aux dreadlocks traînant jusqu'à terre, que j'avais aperçu parmi la galerie de caricatures scéniques dont Jarboe aimait s'accompagner, la fois que je l'ai vue sur des planches ? Je dois avouer m'être assez peu fréquemment posé la question, remarquez. Et pourtant... Batillus, c'est typiquement le petit groupe qui fait de petits albums, typiquement le machin qui indépendamment des questions de style se classe aux côtés bien fréquentés de Black Sun et Blessing the Hogs, et te sort un album comme Concrete Sustain, qui n'est certes pas un album où tu expérimenteras les affres trémulantes de ta propre mort, non, plutôt un album où tu vivras un joli petit paquet de trucs raffinés, selon l'angle d'une certaine perversion de la nature, bien entendu, ou selon celui de leur subtilité, puisque Batillus est aussi typiquement ce que l'on appelle dédaigneusement un truc pour les connaisseurs, une musique qui assurément n'existerait pas sans un certain nombre de fondateurs de son inspiration, Godflesh de toute évidence, mais dont il serait parfaitement balourd de nier la singularité, faite de, justement, un peu de hardcore rural de garçon-boucher-cuir façon Black Sun, de hardcore tout-à-l'égoût de garagiste sociopathe façon Blessing the Hogs, et d'un maussade groove funky-militaire, qui donne des saveurs toutes boisées à ce sympathiquement bref petit machin qu'on s'imagine bien écouter dans un caveau de prohibitionnistes, au milieu de berzercrusts tous gaulés comme Scott Kelly qui fument des bâtons de chaise, à cette musique qui croise avec nonchalance sur les eaux de bas-fonds futuristes dont l'anxiété torpide se retrouvera à l'envi chez Pain Station ou Gridlock. Un de ces petits poinçons discrets qu'on n'oublie pas.

mardi 2 avril 2013

Pryapisme : Hyperblast Super Collider

Tout comme l'extra-terrestritude, l'hystéro-loufoquerie musicale a tôt fait de fatiguer le chaland - encore plus vite si l'on prend mon cas, que voulez-vous on a ses intolérances ; et quand bien même elle chercherait à se défaire de toute cette pesante festivité et à se mêler de sérieux, si c'est pour se payer des Disco Volante, merci bien !
Mais Pryapisme a le chic - celui que n'a pas eu à mon sens le dernier Igorrr, celui pour tailler dans le lard avec amour mais juste, pour user de tous les trucs potaches et potentiellement prévisibles - en l'occurrence évidemment du gaming instrumental, et puis l'inoxydable fête foraine, et les mélodies horrifico-épiques en plastoc fluo-pisseux - et que ça cogne, pourtant, à t'en faire rentrer de plain-pied dans le mode plein-écran, et entendre discrètement l'issue de secours qui se verrouille derrière tes fesses, sans autre solution que de suivre le disque où il te mène dans ses vertigineuses farandoles de démence - soit à la conclusion que curieusement, c'est Igorrr que l'on catalogue breakcore alors que les Pryapisme, souvent affiliés d'office au metal, sont sans doute ce qu'il y a de plus proche de ce que pouvait être Venetian Snares avant de sombrer dans un coma dont il ne s'est au bout du compte jamais complètement réveillé... tout en ne s'en contentant pas, et en persistant à mixer très velouté Purcell, Van Halen, Morricone, Schiffrin, Peter Sellers, Emotional Joystick, Doormouse, et à ne jamais être, ni Rococo Holocaust, ni ce moussorgsky-jeunet-black-nintendo-helloween-dhg-yello-amstrad-mayhem-machin-metal qu'il pourrait tristement se contenter d'être. Au lieu de quoi ils continuent avec superbe de tituber à la délicieuse lisière de l'éprouvant.

Moss : Horrible Night

On peut risquer de le dire sans trop craindre de se planter : jamais morceaux de trad doom n'auront-ils sonnés si sinistres et désespérés. Horrible Night donne à vivre l'expérience de l'oubliette mentale de Black Masses avec le détachement et l'outre-solitude cosmiques de la démo de Noothgrush (ainsi que, tout naturellement, la malignité pré-humaine qui n'appartient qu'à Moss) et croyez-le ou pas, mais lorsqu'on parvient, par un certain effet du masochisme le plus têtu, à se concentrer sur cette glaciale, stagnante et blême chose, ça fait drôle.
Malheureusement, le disque en tant que tel n'est pas tout à fait à la hauteur de ce programme ni de ces glorieuses références.

jeudi 28 mars 2013

Divorce : Self Titled

Les terres brûlées, l’ancien volcan, tu peux faire une croix dessus. Ça fait belle lurette que le point de non-retour est dépassé. Elle, dans son vieux peignoir mal fermé, se laisse aller. Carrément. Le regard vide, tu t’y étais presque habitué. Mais depuis la prise de décision, elle ne mange plus. Consomption volontaire et crises d’hystéries complètement ingérables pendant lesquelles elle gueule comme une poissonnière en gésine. De quoi la faire enfermer. Nervensäge, ça et les travaux de construction dans le voisinage. Tu t’apprêtes à boire le calice jusqu’à la lie : la maison qu’il faudra vendre, les amis qui devront faire un choix, le mobilier (quelle idée d’acheter un nouvel ordinateur le mois dernier), la bagnole… Adieu veau, vache, cochon, couvée. Comme disait le philosophe : "l’amour c’est comme un élastique, quand ça casse ça fait mal". Certes, mais entre un coup de sang et une crampe d’estomac tu te dis que cette attente de convocation n’est qu’un mauvais moment à passer et que, quand tout sera terminé, il te suffira de donner un coup de pied dans un arbre pour qu’il tombe dix filles à marier, toutes prêtes à s’occuper de toi pour les plus petites choses. Ça va jouer sale au tribunal. Prestation compensatoire ? Comptez une demi-bouche, Monsieur le juge, je vous dis qu’elle ne mange quasiment rien. Elle va comprendre, ta-préférence-à-toi, ton Anémie Poulain, ce que c’est qu’un Connard.

mardi 26 mars 2013

KEN Mode : Entrench

Ça fait depuis Mennonite que je sais pas vous, mais moi je me collette sans guère de succès avec l'un minimum exacte, en tous cas parlante, description de KEN Mode - difficulté qui paraîtrait presque s'accroître à mesure qu'ils se métallisent, et devraient selon une logique normale devenir plus calibrés - pack complet Douches/Ballou/Graham/Turner aidant, sur le Venerable précédent, Bayles ici - mais non, et quand bien même pendant Entrench ils montrent encore un peu plus souvent les dents et la grosse voix et les slogans pas contents bien clairs... On continue à ne pas véritablement y croire et c'est tant mieux, on continue à se rappeler plutôt leur bon sourire de types qui font cette musique pour le franc plaisir qu'elle leur donne ; et plus ils se métallisent plus sonnent-ils tout au plus comme une version metal de Hawks... Et puis il y a cette sculpture détaillée sous tous les angles par le livret, qui ... enfin, je vous laisse imaginer d'après l'aperçu ci-contre, qui paraîtrait plus de circonstance pour un Primus d'humeur sinistre et grimacière. Probablement le fin mot de l'histoire est-il simplement, comme a dit quelqu'un, "crazy fucking Canadians !". La vraie question d'importance, au vrai, c'est : quand est-ce qu'ils vont se décider à lourder ces sacré bon sang de ballades à la barbe flamboyante dans le couchant ?!