mercredi 30 avril 2008

Vaz : Demonstrations in Micronesia


Grelottant, hagard, du noise rock de redescente fiévreuse, bourdonnant de panique dans les trépidations de train fantôme.
Clarté des petites heures blêmes, frissons de confusion nerveuse. Gorge en corde à nœuds et dents en étau.

mardi 29 avril 2008

Pain Station : Dead is Dead



Scott (Sturgis, banane) met la pression. Pour cet ultime album de Pain Station, vous aurez donc droit à une sorte - vous n'en rêviez pas, il l'a fait - de Converter version lounge, pour situer - très deep, le lounge, que tu vas t'y noyer, dans ce pouf. Une mélasse terrible, funky comme du Nine Inch Nails d'humeur vénéneuse, à ceci près que Scott ne se rêve ni en Roger Nelson ni en Vincent Furnier. Plutôt en sac plastique sur ta tête. Le seul moment un peu orgasmique Depeche Mode décolle sur la répétition de I can't seem to breathe, I'm afraid I will suffocate. Ambiance. Malaise. Tout le reste n'est que dark-hop qui compresse toutes les sensations, moiteur noire comme la poix, obstruction de toutes les voies par la respiration compacte des masses sonores, beats en spasmes d'asphyxie, bribes de mélodies hallucinatoires en forme de pertes de connaissance, gargouillis terminaux, chutes de tension, crépitements strangulatoires. Le cerveau sombre, s'étourdit, se nécrose dans un rêve tout noir et écrasé. Cécité, engourdissement, l'abîme de la privation sensorielle, toute libido laissée vingt milles lieues à la surface. La brûlure des liens n'existe plus, la cagoule n'existe plus, la voix indistincte du bourreau n'existe plus, la voix de ta conscience n'existe plus, les taches de lumière folle n'existent plus, le frisson apeuré de tes alvéoles n'existe plus, le monde n'existe plus, tu es un peu moins qu'un atome de néant.
Tu es sûr que tu veux le faire ? Je commence à serrer ...

Meatjack : Days of Fire


Les sous-mariniers, vous avez pu le constater, n'aiment pas les étiquettes - pas celles du commerce.
Aujourd'hui, le mezcal-metal. Et si vous croyez que ce sera l'unique représentant détrompez-vous : j'en ai une mignonne petite pile, à base d'Ultraphallus, Melvins, Black Elk, Jumbo's Killcrane.
Alors concernant Meatjack, on parle fréquemment de Today is the Day, tant il est vrai que si Meatjack picole assurément plus hardi que Steve Austin, il conviendra d'éviter de le laisser préparer les mojitos si vous êtes un tant soi peu sensible au goût du vitriol. Mais en revanche, cantonné à votre salon, il mettra à tout coup le feu à votre petite soirée entre amis, il y a du Enemy of the Sun sur le patio dans ce disque-là, avec beaucoup de quiche au champignons pour tout le monde, des mélodies en bordée de Yakuza décoincé du cul, des piques à brochettes dans toute la cagna, personne ne sait bien où il habite ni avec laquelle de ses petites copines il est venu, et puis on a autre chose à foutre avec tout ce carnaval de bestioles cauchemardesques qui arrivent du désert là-dehors, éteins la lumière ça les attire, et ce con de Brian qui veut absolument nous montrer un truc avec le tisonnier, mais qui a eu l'idée de cette putain d'infu - c'était à quelle heure déjà ?
Bon, demain ce sera Bagdad dans toute la baraque, et quand tu vas vouloir aller à la selle tu vas comprendre ce que post-hardcore veut dire, mais le lever du soleil, avec les potes ou au moins ceux qu'on a retrouvés, cette sensation que ç'a été moins une mais qu'on l'a sauvé, ça fait partie de ces trucs, tu sais, pour tout le reste il y a Eurocard Mastercard.

Angelcorpse, Arkhon Infaustus, Revenge, Temple of Baal / Nouveau Casino, Paris

Venu voir Revenge, avec la fausse idée qu'Arkhon jouerait en tête d'affiche et que je pourrais rentrer tôt, et ressorti, assez tôt il est vrai, avec mon premier cd d'Arkhon Infaustus. Et je me suis fait chier pendant Revenge. A part mettons les 3 derniers morceaux. Va comprendre, Clitandre. Peut-être le son imbitable qu'ils se sont tapé, qui m'a obligé à revenir tout au fond de la salle pour distinguer de la batterie autre chose que des échos de cymbales. Ou la vision des ces deux gros tas de viande tondue avec leurs voix surmixées, qui si elles apportent la délicieuse touche grind égoutière sur les albums ... ici, non, quoi. Du surplace, du tabassage bovin et non avenu. Du coup, Arkhon et son Deathspell Omega en plus rectiligne et crunchy, donc quelque part et si vous suivez bien, du Overmars tel qu'il devrait être, sans l'irezumi à deux balles dont ils n'ont compris que les fleu-fleurs, a eu raison de mes dernières réticences à son carpet-bombing de double-pé, à ses trémolos malades, à son ambiance infernale gotho-ursine - et ce malgré l'amusante découverte que je connais l'un de leurs guitaristes (et le tiens pour un piètre individu) et que le second, arboré qu'il est en plein milieu de la scène, est comique tant le moindre de ses gestes le démasque comme le Kickback de l'affaire. Chapeau les mecs, vous m'avez eu.
Ensuite, il y avait Angelcorpse.
J'allais partir. J'avais eu mon compte, cervicale, tympans, c'était plus prudent. va savoir pourquoi, je retourne au troisième rang. Le son explose, blast dans le rouge cash. Je vais pour me barrer, escale aux gogues, et je reste. De plus en plus captivé. De plus en plus hilare et heureux sous le déluge. Angelcorpse, j'aime l'album que j'ai mais je l'écoute avec parcimonie, parce que c'est la version ultrametal de Making Orange Things, quand même. Eh ben en live, c'est encore mieux. Le son est fracassant, il déchire les oreilles, et les morceaux emportent tout dans une hystérie apocalyptico-atomique. Arkhon est dark ; Angelcorpse est evil ; plus, t'exploses. Et juste comme je me disais bon, si la prochaine c'est pas Phallelujah je me tire : Phallelujah ! il l'annonce !
Ils ont dû en jouer quelques autres, après. Moi je suis rentré. Heureux.

PS : si, j'ai parlé de temple of Baal, regardez bien.
PPS : Toom est vivant.

lundi 28 avril 2008

Crust : Crusty Love

A croire que l'incident Chainsaw Massacre était pas un cas isolé... Z'ont tous un grain, là-bas ou quoi? T'as qu'à voir les gars de Crust ; l'air texan a pas l'air de leur faire que du bien, à ces oiseaux-là. C'est quoi cette zique de malade? Ca part dans tous les sens, on dirait du Butthole Surfers meets Scratch Acid -  des voisins à eux, des consanguins, oui... Sauf qu'ici, ça cartonne à la dure : range tes binouzes, sors la coke et les poppers ! Chez Crust, quand on montre sa bite, c'est pas juste pour le fun, c'est pour laisser des traces, de sales traces si tu vois c'que j'veux dire. En ça justement, leur musique à ces gars-là a quelque chose de salement phallique : elle te viole par tous les trous, avec le plus de perversité possible puis te laisse t'étouffer dans ton sang, tes sanglots et ton vomi au foutre. C'est ça l'amour, le vrai ! Celui que t'oublies jamais. Celui qui t'empêche de t'asseoir sans douleur pour une période indéterminée : chez ces mecs-là, un vibromasseur ou une ponceuse électrique, c'est du pareil au même. L'amour, le vrai. Celui qui laisse des traces. Et donc Crusty Love. Un de ces disques sales et bouseux dont tu te remets jamais vraiment. Une fois la lecture démarrée, tu te retrouves comme cet auto-stoppeur qui a eu le malheur de se faire embarquer par un type douteux, le genre sardonique, et qui se retrouve forcé d'écouter ses histoires sordides, en se demandant à quelle sauce il va se faire bouffer : t'es pris au piège, séquestré, et tu flippes un peu d'être à la merci d'une poignée de tarés taris aux mœurs plus qu'inavouables. Leur noise-rock cramé rugit à présent dans tes oreilles, semblable au moteur d'une tronçonneuse, mais tu sais que ce qui t'attend est pire encore. Ces mecs-là sont pas là pour te découper en morceaux, ils te veulent vivant, bien vivant, pour que tu puisses garder en tête le moindre détail des sévices qui t'ont été infligés par leur joyeuse communauté ; le tout ayant pour but que, dans la déraison qui sature maintenant ton petit cerveau traumatisé, tu perpétues à ton tour leur tradition. Ils sont comme ça, les sudistes, à fond dans les traditions, mais il vaut mieux pas toujours savoir lesquelles. Tu piges pourquoi, maintenant. 

samedi 26 avril 2008

Asche : Distorted DJ


Que vous soyez dominateur ou soumis, il vous faut cet album pour transformer votre pathétique piaule en backroom donjonnesque. La plus grosse moustache en rubber qu'on puisse imaginer. Honnêtement, objectivement, je ne puis vous dire l'effet qu'il peut avoir sans savourer les samples qui commencent de dégouliner de partout à partir du 3ème titre, et leur provenance : un fascinant documentaire sur une maison close S&M de grand style à New York, dont les employées rigoureusement fatales répondent aux questions du réalisateur tout en traitant distraitement les richissimes clients courants. Moi je connaissais le film avant, la surprise fut d'autant plus agréable de reconnaître les inoubliables voix. Mais, l'objectivité, aujourd'hui plus encore qu'à l'ordinaire : on l'encule. Et puis, lesdites belles sont hautement qualifiées, donc l'articulation est aristocratique, et les timbres magnétiques.
Et la matière sonore elle-même est bien assez explicite pour donner frissons et rougeurs cutanées. Rythmiques scandaleusement lubriques, une outrageuse house indus où la saturation sert de gel, feulements de statique, craquements de fouet électroniques, caresses crépitantes, miaulements synthétiques, et les bass drums qui ... bah, euh, qui te bourrent, quoi. Au début ça commence fort classiquement par taquiner, jouer avec les coups de pression et les accalmies, mais bientôt la température a trop monté sous les combis pour que les répits tiennent plus de quelques instants, c'est la guerre dans ta pulpe et tu perds le compte de ce qui reste à te faire endurer dans la caisse à outils, comme tes repères et la confiance en ton aptitude à soutenir jusqu'au bout les festivités, qui se terminent d'ailleurs regrettablement vite.
Un disque abrutissant et qui fait mal au cul.

(le second cd, c'est des remixes, de l'album précédent, par tous les inévitables de l'indus rythmique ; j'ai une tête à vous en faire l'inventaire ? signalons simplement que Converter ne s'y illustre pas aussi mémorablement qu'à l'accoutumée)

vendredi 25 avril 2008

Hazard County Girls : Divine Armour


Une sorte de grunge gothique. Ou de version doom de L7, plus portée sur les émotions vaporeuses... Bon, ok, ça ressemble à Hole. Mais Hole qui n'essaierait pas de nous vendre ses filets de limande (vous avez remarqué, j'aurais pu dire morue, je l'ai pas fait). Ou encore des Babes in Toyland poétiques. Je m'efforce souvent de refréner ma propension à définir un groupe par d'autres, ce n'est pas l'occasion de le faire : oui, la sérénade que nous jouent les HCG n'a aucune originalité de forme, elle tisse des motifs bien balisés. Toute la personnalité indispensable de cette bande tient à un climat enivrant, un parfum de filles paumées et ébréchées, rustaudes et lunaires, de gothique campagnard, de virée nocturne dans les bois avec la décapotable grinçante de daddy, des visions des étoiles entre les branches qui défilent, le ronflement du moteur de la guimbarde dans le murmure pressant de la forêt, le frôlement du vent dans les cheveux qui se délient comme les langues plus tard, autour d'une caisse de bières qui ne réchauffent rien, et dont on éteindra avec des rodomontades éméchées et des obscénités un peu forcées les braises de ses lubies et ses blessures de fille sensible voire un peu trop rêveuse pour ce bled de chemises à carreaux et de banquettes arrière à la sauvette.
Je sais pas vous, moi je chavire.

jeudi 24 avril 2008

Grief : Torso


Ah, Torso ... Ça commence comme du sludge dans tout ce qu'il peut avoir de plus générique : des gros riffs qui font graou, des gros trémolos que t'as intérêt à te tenir à carreau, de la batterie qui se prend pour un éboulement paralytique, et pourquoi pas des momies toutes molles avec des têtes de mongols pendant qu'on y est ? Mais, qu'est-ce qui s'ébroue là tout à coup, un peu avant la fin de ce "I hate Lucy" (c'est malin ça, vraiment ...) ... patatras, un solo ! Ivresse stoner d'abord, mais très vite ça s'emmêle les pinceaux, se met à faire des bulles, et de façon tout aussi saugrenue que c'était arrivé ça repart, encore une louchée de gros riffs pas contents et déjà ça enchaîne, et là c'est l'accident, bête et brutal : sur un roulement de tambour au sex appeal chaloupé du dernier chic néandertalien, gracieuse comme un sac de fumier, sophistiquée comme l'emploi du mot "pachydermique" dans une chronique de sludge-post-doom, déboule "Polluted". Un putain de bordel de bougre de nom d'une pipe de grooove à faire headbanguer une minerve ; deuxième, puis troisième éjaculation stoner poussive ; ajoutez à ça l'art du vautrage panoramique de Jeff Hayward au micro, et vous comprenez avec béatitude que l'hymne de Grief n'est définitivement pas "I hate the human race", no fuckin way.
Ensuite ? Les avis divergent. D'aucuns, dont certains que je tiens en haute estime, grommellent qu'il ne se passe plus rien, sur le reste du disque. Depuis quand devrait-il se passer quelque chose, dans l'extase ? Non, après un coup du lapin aussi magistralement magistral, on ne peut que nager dans le bonheur vrai, celui du quartier de viande dolent au bout de son croc. La nuque à l'état de céleri rémoulade, on se laisse planer vers le fond comme un vieux sac poubelle, on dégringole l'escalier des bpm avec l'empressement d'une limace arthritique, and still groovin ; le marasme sonore continue de mollir, ralentir, s'embourber, chaque interminable minute un peu plus, les riffs spongieux et pitoyables de s'avachir les uns sur les autres dans la mollusquerie la plus vile, le batteur cogne comme un gros déchet qu'il est, Hayward continue à se couvrir méthodiquement de son vomi, bref, tout le gourbi s'adonne sans entraves au bonheur de pédaler dans la semoule. Oh, il y a bien des passages où ils font mine de s'énerver sur leur rabot émoussé, histoire de t'en faire pisser de la sauce blanche, enfin, on perçoit l'intention, au moins ; rien de bien grave, aucun risque réel d'accélération de votre cadence de pendouillage de tronche, sauf à être un authentique énervé, auquel cas je vous prierai de quitter la pièce, merci. Non, l'idée générale (haha, et pourquoi pas la dynamique, aussi) c'est bien : jusqu'à quel point peut-on se liquéfier ? Vous allez vous surprendre. Vous vouliez qu'il se passe quelque chose ? Regardez, on dirait bien que vous avez fait sous vous de joie.

mercredi 23 avril 2008

The Blinding Light : The Ascension Attempt


Hein qu'il est joli, l'emballage ? C'est du Bannon, donc y avait pas 36 possibilités, c'était soit les ailes, soit les orbites. Et des mouchetures.
Le même Bannon a dit en interview (dans un hasardstriel bien connu) que c'était Swans meets Crowbar, le programme. Mouais. M'est avis qu'il sortait de l'une de ses fameuses séances d'aiguilles de 7 heures, la fripouille. Je corrige donc pour lui : c'est Slayer, qu'il voulait dire. Slayer qui meets Crowbar - vous êtes déçus, j'ai pas raison ? Si j'ajoute que c'est du hardcore à moissonneuse-batteur, je vous vois déjà guigner la sortie, avec un air de moi les trucs de coqs aux hormones à la Hatebreed ça me fait rien, nana ni nana : ta gueule. Je parle pas de ce Slayer-là. Je parle de celui qui égorge toute la ferme du voisin à la nuit venue, et sa famille pendant qu'on y est, du roi fulminant de l'accord thrash label diabolicus. Je pourrais encore parler de Neurosis, mais là aussi on va se méprendre. Le Neurosis des mauvais jours, le barbouillé de sang. La voix de l'ex-chanteur de Threadbare rappelle l'étrange férocité de Steve von Truc circa 93, sans la barbe et les dreads. Et tout ce beau monde laboure, pilonne, massicote, mouline très fin, rouleau-compresse, hache, débite en survoltage, piétine, aplatit - et Crowbar, tu l'avais oublié Crowbar, pas vrai ? Pas non plus nécessairement celui que tu voudrais, toujours pas ; pas le Crowbar lover, pas ton doudou du bayou : le vieux Crowbar en short, tu sais ces shorts où on fait rentrer tout Madball facile ? Quoiqu'on peut aussi penser au Crowbar de "Fall back to zero", pour quelques passages angoisse où les guitares miaulent d'amour à la lune. Ou aux passages les plus flippants et détraqués des Poacher Diaries. Avant que de replonger dans le carnage pour, je vous le donne en mille, du Slayer dégoulinant de malveillance, celui-là même que Converge viole si bien sur, au hasard, Unloved and Weeded Out ; t'as saisi l'idée générale : t'y couperas pas. Au fait : c'est toi qui vas en faire sur le mur, des mouchetures.

Converter : Exit Ritual


Lourd, assurément, de plusieurs tonnes. Comme d'essayer d'inspirer tout le ciel plombé et sa morne menace, comme les graisseuses volutes goudronnées qui descendent dans tes poumons, comme le couvercle d'abrutissement qui vient étouffer ta conscience, comme la peur qui rampe et écrase tout. Mais,mis à part sur son premier album et encore, je n'ai jamais senti chez Converter ce côté total robotico-militaire que tous veulent y entendre. Les art-war de Stefan Alt ont beau nous mettre sur cette piste, avec leur monomanie des structures et produits de l'industrie toute-puissante, je vois moi dans l'absence complète de vie qui semble y régner, la vie justement, qui se tapit partout, dans l'ombre de sa terreur animale ; la vie également à voir, agonisante, dans ces carcasses déchiquetées et oxydées, photographiées comme des plaies et dont la musique donne à ressentir dans toute leur palpitation ; une vie monstrueuse, das neue Fleisch, The Bodyhammer, ce que vous voudrez, mais un genre de retour à la préhistoire, aussi, une préhistoire toute en mâchoires métalliques barbares, en écailles corrodées, en jungle toxique, en dégazages mugissants. La bouillie organique, certes, est ici moins imprévisible et bouillonnante que dans le bourgeonnant Blast Furnace, et pour tout dire, les moments où la sauvagerie de toutes ces saloperies se déchaîne bien raréfiés par rapport au susdit, mais on s'en identifie d'autant plus au misérable Scott et à sa stupeur terrifiée de cannabinomane tout neuf halluciné dans la touffeur vaseuse de ce one man's land de mercure souillé, la torpeur râpeuse de ce cauchemar vaudou. Impuissance qui se teinte, à force de pénible confusion, d'un vil et pouilleux ravissement hypnotique, vaguement radieux, définitivement irradié.
La drogue c'est de la merde, on vous avait prévenus.
Et si vous voulez vraiment que Scott vous montre ce que c'est qu'inhumain, comme dans absence totale de vie carbonée, allez écouter Xenonics K-30 et vous faire stériliser.

mardi 22 avril 2008

Synapscape : Now

Wow ! (désolé) Les Laurel et Hardy de Bielefeld ont retrouvé la magic touch de leurs deux premiers albums, avant que je me fâche avec eux pour cause de poum-tac saturé par trop imberbe : une espèce de machin pas bien net autant techno futuriste que rituel percussif furtif, l'osmose épatante des deux se faisant dans la claudication générale, des beats dentelés et spasmodiques, des grimaces vocales crachotantes, des solvants oniriques qui servent de mélodies. Alors depuis, la tambouille s'est encore troublée, on y trouve de la trance, Xanopticon est passé par là, les héritiers Orphx aussi, et ce foisonnement grinçant ne trouve pas toujours à se caser sur tous les morceaux, certains finissent forcément plutôt typés, mais grosso merdo c'est jamais beaucoup plus précis que de l'electro-indus qui n'oublie pas que ses rythmiques étaient crêpues avant d'être crêpées, et qui au contraire les emmène avec son entrain cliquetant en terrain paranormal. Pour ceux qui aiment jacker sardonique et désarticulé, c'est du nanan.

Atavist : II : Ruined

L'extremesludgedoomwhatever à la coule, bah tiens, j'allais t'en parler. Et, qui l'eût cru, c'est royalement cool. Atavist II a un grain de son au-delà du colossal, un peu comme Monarch!, encore plus rugueux et épais, mais sans les copeaux qui volent, et sans la fournaise. Tout aussi extatique que les Bayonnais, mais quand la sensation de puissance exsudée par les papillons est torridement evil et bacchique, et te fourre une tranche de pastèque dans la bouche, Atavist eux t'engourdissent de zenitude, donnent une face placide, indifférente, sereine. Faut dire aussi, qu'est-ce qu'il fait bon se laisser engloutir, ensevelir, dans ce compost de basse, ce vrombissement paralytique, aux senteurs fantomatiques des guitares, leurs larsens en soupirs et leurs gratouillis clairs épars et désolés ... La voix est tout aussi lointaine et pulvérulente, elle vient déposer sa pelletée sur des emballements qui n'en sont pas, qui ne brusquent rien, qui viennent juste t'appuyer un peu sur la béatitude, là où les commissures des lèvres se relèvent mollement toutes seules. Tout est caresse agravifique, groove dévitalisé, celestialité terrugineuse, ralentissement des rythmes vitaux, volupté hibernatoire. Il y a, aussi, des accélérations, qui arrivent d'un coup brusque malgré les interminables minutes de montée qui les précèdent ; vlan, on se décide comme un sanglier, à la Grief ; et pardi, c'est une reprise de Grief qui nous attend bien obligeamment à la fin de l'album, cohérence quand tu nous tiens. Histoire de se quitter dans un dernier hoquet d'ivresse calcinée. Des mecs qui ont tout compris à Grief, c'est pas si courant, écoutez moi voir comment c'est beau, comme on comprend presque rien sous le tombereau de basse qui vient comme une ultime tonne de fumier nous border dans notre douillette fosse.

C'est moi la teigne

Parlons un peu de metal hardcore : je sais pas vous, mais moi j'écoute ça comme Soilent Green : comme une cantate. Un torrent de mots et d'émotions. Evacuons donc d'entrée la question de la musique, voulez-vous ? J'aime ces formules qui servent à rien : d'une, vous ne voulez pas c'est pareil, de deux, vous n'existez pas il n'y a qu'à voir qui commente ce haut lieu de l'ego trip.
Or donc, Ringworm fait du metal hardcore, qu'y a-t-il d'autre à savoir ? Peut-être qu'ils sont de Cleveland, mais c'est pas au niveau de la musique qu'on va beaucoup le sentir, vous allez voir. Alors, ben c'est du metal hardcore, i.e du thrash stéroïdé joué avec le plus grand sérieux catastrophiste, mais pas le plus slayer dans le genre, le guitariste n'est pas le plus hardi tronçonneur que vous entendrez, ni le batteur l'ouvrier de l'année au marteau-piqueur, on n'est pas chez All Out War. Le son est plutôt propre, voire glissant, comme des gants en plastique qui farfouillent dans de la viscère, et les envolées mélodiques nombreuses, au contraire des moshparts Mennen. En fait Ringworm joue un thrash avec un côté héroïco-heavy assez prononcé. Juste avec une furie punk désespérée qui se pose là - ou plutôt qui ne se pose pas ; jamais.
Et qui est d'autant plus impressionnante portée qu'elle est par Monsieur Furnace, Human de son prénom. Le cousin physique de Tommy Victor en moins jovial porte très honorablement son nom de scène, c'est le moins qu'on puisse dire. Le gros viandard tout bleu amène tout le paquet au rouge dans son torrent de glaire qui tient à la fois de Dwid Hellion et John Morrow. (evil+tough)x as fuck. Ces glaires-ci sont pleines de sang et de larmes de rage, et ce qui va vous dépouiller, ce n'est pas une moissonneuse batteuse à quoi on jette des Kerry King, c'est cette géhenne en bermuda. Le type est une version adulte et hard-boiled du Révérend Dirtkicker. Et pas de méprise : je sais comme ce dithyrambe peut laisser dubitatif dans une chapelle musicale où les mecs se font une obligation de sonner toujours plus écorché super vénèr que le voisin, à base de rugissements inhumains, eh bah tout faux ! Dans Human Furnace il y a Human, et HF n'est pas une crevette deathcore, il vocifère comme un homme et, comme ces vocalistes death qui ne growlent pas, ça fait toute la différence. Attendez un peu de l'avoir entendu gargouiller "hangman". La bave aux babines, l'oeil révulsé, le rictus dégoûté, il donne à la fureur moulinatoire de Ringworm l'ambiance fatale qui les affilie sûrement à l'illustre aîné de Cleveland, et personnifie le venin unclean de l'artwork crochu d'Away. Y a comme un goût de fer dans l'air.


Ringworm : the venomous grand design

sweet revenge, so divine

Seekness : Devious Destiny


Voyage au bout du monde, s'intitule l'intro, en référence à une bande dessinée que je n'ai pas lue. La pochette met la puce à l'oreille : ce n'est pas l'Australie qui est au programme. Enfin, la puce : si seulement ... On fréquenterait volontiers des puces en gros plan, plutôt que les ectoplasmes mal taillés et mal tangibles dont on en vient à peupler les présentes limbes pour s'y sentir moins sordidement seul. Et mal barré. Hello, is anybody there ? Anybody at all ? Le malaise est froid, poisseux, toxique, figeant. Cthulhu ? Faites moi rire. Rien n'a de nom ici - et commence donc par essayer de me dire où tu es. Tu sèches, pas vrai ? Quelle planète, peut-être ? Ah, mais est-ce seulement une planète qu'il faut chercher ? Ou bien ne serait-ce pas tout simplement le cauchemar de ton réseau nerveux ? Tu es sûr d'être vivant ? D'avoir un nom, peut-être - ou au moins une dénomination ? Dans quelle langue, quelle espèce, quel état de la matière ? As-tu seulement quoi que ce soit pour me prouver que tu avais une vie, une autre ? T'as queue d'al. T'es queue d'al. Tout horizon est ici, ne cherche pas à comprendre les lois d'ici il n'y en a pas, il y a des pulsations sournoises, il n'y pas de temps le temps est mort avant la création du monde - tu sens pas l'odeur ? - il n'y a que des modulations de la pression sur ton brimborion zézayant d'existence, des stridulations de la matière, des torsions grotesques de la texture de l'élément - le tien ou l'extérieur, ça fait sans doute une grave différence, sauf que t'arrives plus à la faire, même en t'imaginant retourné comme une chaussette. Pourtant il y a quelque chose ici - d'autre que ce que nous appellerons toi par commodité, veux-je dire. Une ignoble certitude, quelque chose d'inerte et qui te voit, que tu ne peux situer ni identifier, mais qui t'imbibe de partout, te digère, te glace, suce goulûment ce battement organique que tu crois bien t'appartenir. Ou bien est-ce ta peur qui te cerne de partout, brouillard gluant qui monte en traînant du pédoncule, et givre les lambeaux de ta lucidité ? Ton esprit qui se fait la malle en tâtonnant d'un gargouillement égaré ? Tu te poses trop de questions, tu te disperses - comme si ta substance assommée le faisait pas déjà bien assez ; allez je t'aide, la question essentielle : ousqu'est la sortie ?
Je t'ai dit que t'étais nulle part, vrai ? Du coup, je te laisse trouver ta réponse tout seul avant de passer complètement à l'état gazeux.

lundi 21 avril 2008

Charger : Confessions of a Man (mad enough to live amongst beasts)


Mandales, salive polluée, épluchage méthodiques des amygdales (à vif), abus toxiques acharnés, échardes partout, vous connaissez la chanson et les paroles ; et si ce beau discours vous êtes du genre pas las de l'entendre, Charger le fera mieux que moi, avec la furie virulente qui sied. Sauf que je vais insister, par pure animosité gratuite. Parce qu'il n'y pas de raison - que tu douilles pas, veux-je dire. Et dans tous les sens du terme. Parce que c'est de sludge école britonne qu'on cause. Par ici on s'arsouille pas à cette merde sucrée de Southern Comfort. En revanche on a la main un peu lourde sur le crystal meth, et après on a la trique tendue à exploser pendant des jours. Obsédant, à en finir par se la gratter avec du barbelé. Moments de volupté. Malheureusement, cette ponceuse en surchauffe de Tim Machin, délicieux vocaliste dont les petits soucis de socialité tiraient la violence du pack vers l'hallucinatoire, a débauché après cet album. Profitez-en donc sans retenue - ou bien continuez à dodeliner sur Confederacy of Ruined Lives, que voulez-vous que je vous dise ...

samedi 19 avril 2008

Hatebreed : The Rise of Brutality


Hatebreed, c'est beau comme le coude de ton meilleur pote sur quoi tu viens te péter le nez dans la mêlée. Les riffs s'adressent aux couilles archipleines qui sommeillent en toi, le dress code marcel est strict. Il manquera un petit quelque chose sans le timbre dégorgeant de naïve ferveur du gamin, mais je le laisse résumer l'affaire : Every drop of blood ; every bitter tear ; every bead of sweat ; I, LIVE, FOR, THIS !

(et comme dirait l'autre, y a même des Let's Go ... claaasse)

Hail! Hornet : Hail! Hornet

Magie du thrash. Le nom du groupe est en carton. La pochette en bois. Et la musique, elle me donne grave pas envie de me casser le cul à vous fignoler un nouveau tableau de la sociopathie ordinaire comme vous aimez à en relire, avec tous les "dégénéré", "glaviot", "latte", chibre" bien en place là où il faut. H!H vaut mieux que ça. H!H, ça se fait pas chier à riffer consanguin rampant perturbé mes couilles. C'est bien mieux, ça thrashe. H!H, c'est une version swamp de Ringworm, autant dire que c'est sévèrement mortel et que vous devriez déjà être en train de pousser le mulot sur l'achat en un clic, que ça saccage ton vilain museau de sludger à manies dans la jouissance qui est la récompense du vrai kamikaze des cervicales ; le mec a la glaire tellement habitée de feu que c'en devient gospel, et derrière ça te transforme en mayonnaise allegro comme du Birds of Prey qui a pris la même chose que Tante Adèle. C'est épuisant tellement ça groove, c'est mon total coup de coeur du moment au milieu de tout le chaosdeathmathgouzigouzicore que je m'enfile, ça donne envie de se tomber dans les bras en se tordant les quéquettes, et si ça te troue pas le cul en beauté je crains que notre amour ne soit impossible.

vendredi 18 avril 2008

Le Moignon bombe le torse


Sielwolf : nachtstrom

J'aurais voulu être un embryon sain. Mais je suis né comme ça. Au début tout semblait aller. C'est à ma sortie d'hôpital que ça a dégénéré : mon premier contact avec la crasse.
Toutes les impuretés du monde viennent se coller à moi, comme à un aimant. Je vis avec elles et mon corps change au fur et à mesure de ce contact. Je suis sale, je pue, mon épiderme enfle sous les infections, je suinte, je crache des mollards noirs de poussière. Lorsqu'une maladie traîne, je suis le premier à la choper. Tout le monde se moque de moi : je les dégoûte. On me persécute, on me tabasse. Chaque nouveau contact avec le sol noircit un peu plus mon visage de particules d'asphalte.
Il fait nuit. Marchant dans la rue pour rentrer chez moi, j'observe les néons bourdonnant des lampadaires. Le son, l'éclairage est différent, ce soir. Radiations... Ils passent un snuff à la télé. L'image est floue, mais j'arrive à distinguer en détail chacune des diodes cathodiques du poste. Leur lumière irradie ma rétine, mes yeux, mon cerveau, mon corps tout entier...
Je ferme les yeux.
J'entends le bourdonnement des radiations.
Maculée contagion...
C'est pour maintenant.
Explosion de carcasse!
Tripaille en décomposition!
Tumeurs inoxydables!
Exosquelette en amiante!
Le nouveau cancer de l'humanité.
Toutes les impuretés du monde viennent se coller à moi, comme à un aimant. Toutes, cette fois-ci, plus rien n'y échappe, la lie de la Terre gravite vers moi, inexorablement. Je suis un amas d'ordures et de boîtes de conserve. Je suis le golem grimaçant, vomi par la Terre purulente. Chaque geste que je fais peut mettre en branle des intempéries nocives ou des vent toxiques. Mes pieds sont faits de carcasses de voitures, mes mains, de machoires de bulldozers. Je suis un ramassis de pus, de plaies infectées, de tôle froissée, de merde et d'immondices avariées. Il y a sur mon corps suffisamment de souches bactériennes pour décimer le continent. Il y a sur mon corps de quoi écraser les derniers récalcitrants, les étouffer, les éventrer, les hacher, les écarteler, les vriller, les scier ! J'ai tout ce qu'il faut sur mon corps, mon beau corps, mon corps de fléau. Je ne suis plus un embryon d'impuretés. Je suis la purge et la curée. Et partout ou je passe, plus rien ne repousse, partout ou je passe, le sol s'imprègne d'une traînée d'acide, de mazout et de rejets organiques que l'humidité et l'usure ont réduit en une bouillie indissoluble. Je suis le funeste prophète qui entraîne la raison du monde dans sa chute. Admirez-moi, la seule vue de ma fétide splendeur condamnera votre sain esprit! Touchez-moi, la contagieuse laideur de ma peau flétrira la vôtre! Écoutez-moi, les rugissement huileux qui jaillissent de ma carcasse trahissent les moteurs tranchants qui pulsent mon organisme ; leur son est si râpeux qu'en les avalant, vos gorges exploseront. Laissez venir à moi vos petits enfants : je suis la coqueluche, les oreillons, la scarlatine, la rougeole, la varicelle et la rubéole, je suis cela et bien plus encore !
L'avenir est tracé, il n'y a plus d'autre issue possible.
Après moi, le déluge, puis plus rien.

Le Moignon

mercredi 16 avril 2008

Moumouuuune !

Diamanda Galas, la Cité de la Musique, Paris, 15/04/08

Quoi, vous y étiez pas ? Vous croyez vous êtes des bons ? Vous êtes des pas bons. Vous voulez savoir comment c'était ? C'était as usual. Fendesque. C'à dire que ça fendait la poire, et le coeur. Moqueur et tragique. A filer le sourire comme une tranche de pastèque, et la chair de poule loin dans la tripaille, et le mal aux mâchoires. Putain. Des highlights ? Le premier qu'elle a chanté en grec, puis la ballade en éclairage rose. Après, j'ai perdu le compte, le fil, pied, trop de blues dérangé, zézayant et impérial, essentiel, trop de Brel - salope !- de Piaf, de sciage de coeur bien vif. J'en ferai pas des kilomètres, vous aviez qu'à être là et je garde le reste pour moi.
Heureusement, le Moignon était là, bien souple du coude comme il sied à l'honnête homme, sans quoi j'aurais été bien marri que la dame blanche n'arrive à la zouam que demain.
Y a des soirs comme ça, tu sens bien comment ta vie c'est trop de la merde en sachets fraîcheur.

mardi 15 avril 2008

Integrity : Seasons in the Size of Days


Ce disque me fait à chaque fois penser à Neurosis. Pourtant c'est du metal hardcore. En même temps, Neurosis aussi (pour la dernière fois : le post-hardcore, c'est Fugazi, ou plutôt non, Quicksand, Fugazi c'était emocore qu'on appelait ça, dans le temps, vous comprenez maintenant pourquoi c'était vraiment mieux avant ?). Neurosis des jours où ça sent vraiment la fin des temps imminente sur ta tronche, pas Neurosis qui s'écoute prophétiser sur les temps de grâce. La grâce, c'est pas exactement le propos ici, malgré les quelques passages recueillis qui mouilleront les barbes d'un petite larmiche salée et noueront un peu les gorges de taureau. Neurosis avec Dave Edwardson qui voudrait pas prêter le micro - et c'te voix étranglée-là donne pas envie d'insister de trop. Un passage à la caisse qui commence tout de suite maintenant, dans la fosse, mais une fosse plutôt à la Conan qu'à la CBGB - de toutes les façons ils sont pas de NYC, c'est des tantouzes là-bas. Le ciel est à l'orage et à la barbarie retrouvée - comme la pochette nous l'annonce, oui, vous commencez à me connaître. On est tough et c'est rien de le dire, mais pas d'humeur à faire le coq, l'oeil est hanté, hagard, fixé sur le ciel prêt à se fendre, les porcs sont lâchés dans les rues et fouaillent partout, y a du mouron à se faire, y a du passage par le fer dans l'air. Tu vas en pisser des menhirs, prépare-toi c'est commencé.

lundi 14 avril 2008

C'est plus un guest


C'est un squatter ! Il se fout visiblement de l'actualité, pas de ses fétiches, un nouveau bon point pour lui.

MINISTRY psalm69

Fais tes prières, mon gars, car la fin du Monde est proche... Il est temps d'ouvrir la Bible, 69ème psaume et de lancer un dernier appel de détresse vers ton Seigneur. La fin du Monde, ouaip. Tu la sens pas venir ? L'électricité dans l'air. La chaleur monte à un point insupportable, comme si mille personnes crachaient leur CO2 dans la même pièce. Infernale étuve. Les murs suintent, Les papiers peints se décollent, la tuyauterie succombe à la corrosion. Dehors, une sale odeur de soufre s'élève des caniveaux, ajoutée à celle du bitume qui commence à chauffer, que dis-je, à brûler, sous les pas d'une émeute d'hommes, de femmes, d'enfants animés par la peur, la colère, la folie. La fin du Monde, j'te dis ! Les bagnoles brûlent, les sirènes crient. Entends les impies accomplir leurs derniers rituels malsains, ils hurlent à tue-tête au moment de porter le coup de grâce à la chair sacrificielle qui les supplie en retour. La fin du Monde, mais ouais, bordel ! Les vitrines explosent en mille morceaux, et les corps viennent s'affaler sur les bris de verres, laissant au passage des traînées écarlates sur le macadam. Les voleurs de télé à la petite semaine en profitent pour faire leur office, persuadés que cela leur sera profitable pour l'avenir - comme s'il y en avait un ! Les flics tabassent tout ce qui passe en espérant au bout du compte neutraliser la foule incontrôlable, en vain. La fin du Monde! Les rues sont en feu, la ville en transe, ça baise sur tous les trottoirs, et y a que les camés qui restent prostrés, de peur que leurs têtes n'explosent sous la pression du sang bouillonnant, cramé à l'héro. C'est l'heure du dernier fix de toute façon. La fin du Monde... L'homme à son plus primitif. L'instinct de survie a pris le dessus, on se piétine, on s'écrase, pourvu qu'on s'en sorte le premier, on laisse une traînée de cadavres que les corbeaux viennent becqueter en guise d'ultime souper. Le ciel est d'un noir opaque, mais les quelques personnes plus éveillées peuvent apercevoir l'ombre d'un ange de feu au travers des nuées de gaz toxiques. C'est le soir de l'humanité, l'aube d'un ordre nouveau. Amen.


Le Moignon

Grief : Turbulent Times


On croit souvent à tort que Grief, c'est mou du genou. La vérité est plus amusante et simple : Grief n'a pas de genoux. Ni de colonne vertébrale. A la rigueur, une fricassée de rotule dans une pulpe tailladée. Car Grief, vois-tu, c'est un peu ce type bon pour la décharge qui se tortille mollement sur le carreau, en spasmes harassés et navrants, tous les membres exotiquement brisés, à pleurer ses dents par des orifices pas vraiment d'usine, et qui te braille en gargouillant de revenir te battre si t'es un homme, avec si peu de conviction qu'on a l'impression de l'écouter se maudire tout seul dans l'hémorragie qu'il est, et dieu que c'est assommant ! Chez Grief, contrairement à d'autres groupes qui lui doivent beaucoup, Monarch! et une tripotée de moins indispensables, on n'attend pas en tremblant le prochain coup de massue en suspens insoutenable du batteur. Aucune tension. Popaul, ça fait beau temps que le mec s'en est fait un rata. Et quand parfois ils nous font la faveur d'un solo, d'un coup d'un seul toute cette mollusquerie nauséeuse, cette mornitude acide, cette ramance dantesque explose dans tout son jouissif : en apesanteur, vigoureusement aux fraises, et ... ciel, oui : bienheureuse.

Grief a pondu un album groove, un jour. Mais, chut ! Il est l'heure de se coucher à présent, papy Gulo vous racontera celle-là une autre fois, petits impatients.

Et les disques en bois ?

C'est vrai quoi, ça manque un peu par ici, trouvez pas ?
Gros son bien nourri et torve, batterie volubile bien pêchue, chant plein de malveillance aride.
On croirait Soilent Green, aux prises avec le dysfonctionnement érectile.
Bonjour à tous, je m'appelle Mike Williams, et je n'ai pas bu depuis 23 jours.
Bonjour, Mike.



Eyehategod : confederacy of ruined lives

Mal aimé, je suis le ...

Je suis venu vous parler d'un disque qui a mauvaise presse. Un ami de bon goût (oui, j'en ai aussi) l'a qualifié de purge, d'aucuns, nombreux, le voient comme une sombre bourrinade, en somme : mauvais.
Ils ont raison ; sur tout. C'est une formule galvaudée, comme il y en a hélas beaucoup dès lors qu'on veut causer de trucs épatants, car les gens sont impressionnables - mais ce disque ne vous veut pas du bien. Non. Ce disque est sale, insane, dégénéré, pervers au dernier degré, il est mauvais en vérité - très mauvais. Je ne sais pas pourquoi je m'échine à tenter de vous faire ressentir dans le fond de la gorge à quel point, tant sa pochette seule doit suffire à vous mettre la grosse pression, et le cœur au bord de vos lèvres balbutiantes. Enfin, sans doute que si vous aussi aviez porté ce totem impur sur le râble durant un éprouvant périple au bord du k-hole, vous verriez trop exactement ce que je veux dire. Les photos du livret également sont un avertissement éloquent. La première fois que je l'ai feuilleté à un stand d'écoute de la Fneuque, j'ai pas pu acheter le disque. Joie dans la mutilation avec tonton et pépé, fétichisme militaire (avec les mêmes), la sociopathie jubilante. Et tout ça est parfaitement à l'image de la musique : stérile, brutifiante, inflammatoire, consanguine, sulfatante, omniphobe, viciée, hystérique, dangereuse, débile. Vertiges et renvois coming your way, cocksucker.

Depuis, faut croire que je sors pas assez, voir des gens, je me suis retrouvé à mettre le disque pendant que le chirurgien préparait le scalpel et le bec bunsen avec quoi il allait m'opérer sans anesthésie.



dimanche 13 avril 2008

Despised Icon : The Ills of Modern Man


Y a pas, avec une bonne grosse moustache tout passe bien mieux, même le deathcore. Même s'ils ont toujours les mains pleines de doigts, si vous voulez les gars j'ai un coupe-cigare ...

Ufomammut : Idolum



Dopethrone ? Faites moi pas rire - Dopethrone, ce disque de musique de danse pour hippies benoîtement clean ? Allez ramasser du foin pour vos cigarettes récréatives, les enfants, et laissez les vieux clapoter dans leurs synapses cramées.

samedi 12 avril 2008

Abscess : Horrorhammer


Dans notre série "t'es con ou tu fais les dents ?", aujourd'hui Abscess.
Sludge ? Punk ? Death ? On s'en cague. Abscess mélange les styles comme il mélange la foncedé, au jugé, et donc de moins en moins frais et pertinent à mesure que l'addition chimique s'alourdit. Vous pouvez me croire, j'ai vérifié (pour une fois que je suis journalistique, je jure c'était pas exprès) ; bon, il manquait encore du monde à la pesée, vous savez comme c'est, on a jamais tout le matériel qu'on voudrait sous la main, mais ça se bousculait déjà assez au portillon de la perception pour commencer d'être en radieuse phase avec ce frénétique merdier qui clapote et tartouille n'importe comment, ce ramassis de loquedus faméliques mais au taquet, et vogue la branlée, on met le pied au plancher d'un coup quand ça prend, on se vautre l'instant d'après, crache ta purée par le blair - et paye ta gorge carbonisée. On vibre à se cogner aux chambranles, on se sent turgescent et résidu de peau de zob nécrosé à la fois, le talon de la botte et le ratelier qui valse, le tout en mode strobo mal réglé, et bien chaud pour mordre à en avoir la mâchoire paralysée.
Le pire, c'est qu'après vous pensez à cet album quand on vous parle de rock'n'roll, d'où des malentendus. Prévoir une pelle.

vendredi 11 avril 2008

Pain Teens : Beast of Dreams


Un voyage en Orient avec une provision d'opium, et une rousse. T'aurais dû te douter que ça finirait très mal, aussi. Déjà dans le train, la messe était dite ; déjà hors du temps, hors du monde, Swimming tu étais, parce qu'elle t'a persuadé de goûter le machin sans attendre d'être arrivés, pour savoir, et puis arriver à la bien. Sur le coup ça ressemblait tout à fait à une idée formidable, et vous vous êtes sentis formidablement bien. C'était élégiaque, avec un petit parfum païen qui t'émoustillait. Vous étiez seuls au monde, et vous étiez les plus beaux. Mais la nuit et le wagon couchette venus, tu as commencé à regretter d'être si seuls. Totally freaked out bitch, putain. Flippante, la Manouche. Du genre de celle dont tous les mecs rêvent, croyant que c'est encore meilleur quand t'as peur, que les insatiables c'est bonnard, ces conneries. En pire. Pire que vorace. Une obsession gluante, avide, végétale, un piège qui ne laisse rien filtrer de l'extérieur. A compter de ce moment-là, tu n'as plus eu aucune prise sur rien. La fin du voyage a été un black-out dans ta vie, et il n'y avait rien à l'arrivée. A partir de là ç'a été la nuit, Baiser Corail, un cauchemar luxuriant où tout et davantage peut arriver, et d'abord le grotesque et révoltant, la ténèbre peuplée de toutes les grimaces difformes et les hululements impies, les caresses monstrueuses, elle t'y traînait par la main dans son fol gambadement en chantonnant des horreurs d'un chuchotement ravi, horriblement complice, qui se bousculait à la cohue de cris du souk grouillant de convoitises débridées, enchevêtrées. Bien plus tard, ou pas, peu importait, dans une sérénité revenue, tu as à nouveau distingué la lumière, et dedans il y avait de merveilleuses volutes de fumée, lourde qui paressait, et cela t'a frappé d'une béatitude non-pareille et de Volupté, et tu es vaguement revenu au contact de certaines réalités, vaguement ennuyeuses mais inévitables, la prise régulière de l'aliment unique et vital, la substance de ce monde où elle était ton guide et ta tendre mère dépravée, dans les rayons de la Lune, la seule qui sache les berceuses pour te donner le sommeil, ou te glacer d'effroi quand une de ses ires capricieuses la gonflait, à la taille d'une Idole énorme de chair. On n'a jamais su, si vous aviez fini par disparaître ensemble, au fur et à mesure, dans les échos fantomatiques et grêles de l'Invitation de l'ailleurs, ou si elle t'a laissé, finalement, à t'éteindre dans les doux grincements de la folie. On n'a plus jamais entendu parler de toi, en fait.

More mutilated prose


SPOKE ORCHESTRA interdit aux mineurs

Spoke Orchestra, quatre garçons dans le vent.
D'abord, il y a Nada, pervers fatigué, obsédé par les putes et les travelos ; rapporte leurs frasques en toute objectivité, en pur spectateur. En pur voyeur. Ensuite il y a Felix J, jeune loup désabusé, rejetant en bloc les modes de vie bien rangée ; recherche l'extrême pour oublier sa misérable condition d'homme, dût-il en crever. Il y a aussi D', écorché vif, aux manières brutales, que les racines, familiales ou raciales, ont défiguré ; porte son passé trouble comme on dissimule un cancer du testicule, il est foutu, on ne peut plus rien pour lui. Enfin, il y a Franco Mannara, ombre des trois autres, présent quoi qu'il arrive, quand bien même on n'en voudrait pas. Chacun joue son rôle de façon précise et autarciste, sans se soucier des trois autres. Normal, Spoke Orchestra est un collectif, pas un groupe. Tour à tour les Griots viennent poser leurs mots, racontant leurs histoires, enchaînement de faits divers sordides : le plus glauque sera le mieux, quitte à rajouter une couche de glaçage mazouteux autour : ici, un trav' fait son dernier trip à la morphine sur un lit d'hôpital, en succombant aux derniers sévices d'une MST ; là, un "bon" père de famille fait avorter sa traînée de fille à coups de coude dans le bide, avec renfort d'eau de javel par le gosier ; ailleurs, un gamin désespéré s'amuse à défier la mort sur une portion d'autoroute, en essayant d'arrêter les voitures avec son corps. Ça, et tout le reste.
Côté musique, c'est Franco Mannara qui se charge du bidouillage, le seul peut-être à prendre en compte la présence des trois autres. L'ombre, je vous disais. Austère amalgame de rock noisy, d'electro et de rap de rue, ses instrus sont à géométrie variable ; pas de vrai parti pris artistique, pas de performance épique ni de tape à l'œil, ici, il s'agit de frapper juste et dans le ton, pour enliser l'assistance et lui coller le nez dans le ramassis d'ordures qui sert de prose aux conteurs.
A croire que c'est la censure qui a poussé le collectif à l'intituler "Interdit aux mineurs", ce disque n'est effectivement pas à mettre entre toutes les oreilles. Recommandé cependant pour ceux qui voudraient dévorer à pleines dents quelques tranches de vies de nos merveilleuses cités-banlieue : "Fille downtown épouse la crasse pour changer d'air". Nuff said.


Le Moignon

jeudi 10 avril 2008

Impossible n'est pas ...

Mesdames et messieurs, je vous l'annonçait tantôt, et il déboule déjà, le featuring promis, comme qui dirait qu'il a tout pigé l'esprit de cette taule, ici on se rue comme un mort de faim, on y va, on a pas peur, vous l'avez bien saisi ça.
C'est une star, vous le connaissez tous, ou bien on vous a fait un mauvais parti en vous indiquant le chemin d'ici : c'est une star, que dis-je, une idole (mais on vit avec notre temps, on est bling bling), il fait rimer gnon avec trognon, il a déjà soumis Belleville ...
Il a plein d'avenir, il est beau, il est amputé ou atrophié d'un peu partout, il sent bon des chicots, il a la truffe luisante de tes sanies, c'est d'la bombe à viande, bébé, et ça vient d'Luzarches ...

PISSED JEANS : hope for men

La première fois que je suis tombé devant cette pochette, je me suis d'abord dit que ce devait être un truc gay, sans doute à classer au rayon pop intello à côté d'Arab Strap et autre casse-couillerie du genre. Faut croire que j'avais tout faux. Et faut croire aussi que ces gars-là ont un certain sens de l'humour, même si ça frappe pas de prime abord. Ce qui frappe, c'est plutôt une grolle, un pain, une batte, autre chose, dans les dents.
Encore que... Hope for men, c'est pire qu'un gros kick dans ton ass, en fait ; Hope for Men, c'est un psycho vicelard et enragé qui pousse le zèle à se glisser entre tes jambes pour pouvoir te mordre les couilles ; pour sûr, c'est tout de suite plus intime. Là, la douleur remonte aux tripes, tendue comme un arc, filet de bave en coin de bouche, envie de te péter la tête contre les murs ou de t'étrangler avec le fil de ton micro imaginaire. Et tout le toutim.
Premier coup d'ouïe, gros noise rock de bouseux à fort taux de larsen, à croire que les mecs savent pas jouer. Et pourtant, entre deux pains, ces cons-là déballent leur science du riff qui tue, celui qui te prend la gorge autant pour le rentre-dans-la-tête que pour la rage sous-jacente qu'il véhicule. J'ai dit sous-jacente ? Je peux aussi te causer du vocaliste qui gueule sans vraiment gueuler, genre t'as de la chance que mes potes soient là sinon j't'aurais déjà PÉTÉ LA GUEULE. Je pourrais aussi te parler d'une soi-disant pause en milieu de disque, piano bluesy et voix tout en spoken words. Le tout enrobé d'une perversité qui n'est pas sans évoquer Oxbow... Tu m'suis? Le tout suivi par "I've still got you, ice cream", histoire de redémarrer sur les chapeaux de roues, avec tes lèvres collées sur le bitume. Classe.
Le groupe s'essaie même à d'autre exercices de style sur la fin du disque, mur noise sur "The jogger", puis performance Khanatienne de "My bed" qui finit malgré tout par dégénérer dans le chaos habituel, histoire de conclure le disque dans les bons termes. Quelques essais réussis, semble-t-il, puisque les morceaux passent tout seul dans ton estomac, sans faire d'esclandre, mélangés en bouillie digestive avec tout le reste. Et t'as pas intérêt à recracher sinon je te fais BOUFFER TON VOMI.
En résumé, ce disque bute : jetez-vous dessus avant qu'il n'ait le temps de vous choper là ou ça fait mal aux burnes.

Le Moignon

Benedicta

Tiens, et si je parlais d'Eggnog ? vu que je ne le vois chroniqué sur aucun de mes spots à inondation favoris ?
Une leçon - une correction, plutôt ;

ça commence par un bourre-pif ; obtus et tribal, comme Crover peut l'être ; ça enchaîne dans la fumée du pneu fondu sur du metal hurlant, du hard rock strident, en deux morceaux une montée affolante, dans le vil, l'exorbité, les babines retroussées ; et, crac ! une messe noire, plus ferrugineuse que toutes les bigoteries usuelles ; le tout aboyé par un Buzzo à tout péter .

Rhââ, lovely ...

(03/10/06)

En noir et blanc c'est plus classe

La mort blanche (le manteau de)

Le disque s'intitule Songs of Grief and Solitude. Il est de Drudkh. Et, prémisse aggravante, les accords et mélodies nunuches du groupe seront surenchéries par des guitares électroacoustiques et un flûtiau.
Hé bé, rien du tout, que nenni, walou !
Le résultat est terrifiant d'absence d'émotion ; les doigts gelés dévident sans faille les chapelets de notes gourdes, avec une morne application mécanique les grêles ritournelles villageoises, la platitude est plus que hagarde comme l'est Filosofem, elle est d'une indifférence sans borne, sans nom, elle est morte ; même les montées de volume épiques des morceaux électriques fervents de cucuterie d'origine sont là, exécutées c'est le mot avec une morosité machinale irréprochable, comme goutte de la neige au bord d'un ruisseau malingre qui passe pour ne se jeter nulle part . Aplatissant.

La mort noire (les bubons de)

L'agencement de ma compile a l'heur de me servir juste après cette purge un pilonnage d'un groupe qu'il porte bien son nom : Grave.
Tout est grave dans Into the Grave : la voix qui donne envie de chercher une lampe de poche, le bain de goudron dans lequel les grattes se disputent la même carcasse de note, le tapis de blasts paresseux qui dandine son groove bovin d'une patte sur l'autre sans jamais rien donner à entendre qu'on puisse réellement vraiment accuser ni de vitesse ni de prolixité : juste une meute de charognards qui s'acharnent et dépiautent en grognant comme il se doit ; ça ne purule ni ne suppure tant que c'est low, gras et moussu comme une décomposition en forêt sous les arbres noirs qui grimacent - par exemple ! une autre connexion avec Drudkh/Hate Forest - et, tiens, faudrait une fois que je dise toutes les horreurs qu'il y a à dire de cette abomination d'HF, mais un autre jour, parce que deux pavés de viande faisandée c'est déjà un morceau à s'enquiller.

(14/11/06)

Cop Shoot Cop : Release


Mon premier contact avec CSC, à l'époque - plus exactement le single, "Two at a time". Commençant à peine d'entrer dans le Chicago sound, en pleine exfiltration du son de l'Inrockuptible où je m'étais jamais vraiment satisfaisamment reconnu, hors les Lydie Barbarian sessions (à qui le magasin Hit Import à Nice doit d'avoir connu Scorn avant que tout le monde s'y mette, via commande de votre serviteur), j'avais bien aimé, forcément, mais j'avais vite préféré Suck City, trouvé au déjà plus noise et hélas périclité Headache.
Pour ce qu'il est coutume d'appeler le chant du cygne (j'ai pas potassé la bio du groupe, je sais pas si c'était enregistré comme tel), Cop Shoot Cop remonte à la surface. De la mélodie partout, plus même qu'à leurs débuts, de la classieuse, un noise rock plus que catchy, irrésistible, rock'n'rollement basique, avec toute la finesse que ça suppose (demandez à un boulanger, la baguette et le croissant c'est ce qu'y a de plus tendu à faire, bien du moins) qui fait vibrer assurément, une basse sexy et noueuse, des bouts de slogans comme it only hurts when I breathe ça se refuse pas, one of these I'm gonna get myself a job, one of these days I'm gonna finally believe in god, if you find a priest strong enough to believe ... tout ça est irrésistible et picote le bide comme il faut et ... je suis chiant, je kiffe cet album, je suis bien content qu'ils l'aient fait, et je peux pas m'empêcher de penser à Consumer Revolt, à cet enivrant, prometteur, brutalement batcave, héritage qu'il inventait aux Swans, à ce machin plus noir que du Donald Goines, ce sac de chats jetés au fleuve dans la nuit. Vous êtes pas plus avancés ? Moi non plus, mais y a un truc de sûr : que c'est bon ! Ce son m'a toujours parlé immédiatement, au ras du bitume, juste dans l'angle mort des phares, cette course trémulante et cabossée dans les dédales interlopes, ces joues émaciées sous les rayban qui n'ont à barrer que les hoquets des néons torves, avec ici la décontraction pour la galerie en plus. Ça emballe en masse. Comme si CSC te faisait faire un tour du block, gamine, après avoir vidé les cendars. Ne t'y trompe pas, y sont toujours enfouraillés, vise la boîte à gants.

The plot thickens

Down here, au moins une personne se pâme pour Grief, donc les trucs qui font tenir droit, style ligne éditoriale, on voit pas bien l'utilité.
Et donc, des featurings de prestige sont à prévoir, qui taperont au jugé - whose fist is this anyway, comme disait l'autre ?

mercredi 9 avril 2008

Cop Shoot Cop : Consumer Revolt


Cop Shoot Cop, ici à son sommet charbonneux, c'est du gothique de rue. Autant dire que le talc, ici, on connaît pas, et je peux vous dire que ça sue abondamment. Et les bagues armures, je vous en parle même pas, pas trop leur truc non plus. Mieux la barre à mine. Parce qu'évidemment, Cop Shoot Cop c'est LA bande-son de Chicago (t'as pensé à la comédie musicale, et tu le sais : tu sors). L'indus façon règlements de comptes, c'est pas avec des baguettes qu'on tape sur la tôle, si tu me suis - tu vas pas tarder à piger le truc de toutes les façons. Les surins sont de sortie. Une musique toute en ruelles, même, que des passages encombrés à la dépotoir entre les immeubles, plus noirs que le cul d'un nègre, il fait jour un quart d'heure par jour. Ça grince, ça claudique, coups de vice à tous les étages, éclats de voix qui tombent des fenêtres sur l'escalier d'incendie, suivies souvent du crieur lui-même, échanges de malédictions bilieuses et d'horions empoisonnés, la sauvagerie urbaine comme seul élément d'ordre. A un moment, un mec resté sur le carreau a un bout de chanson de Culture Club qui vient obséder ses derniers instants. C'est le seul moment de mélodie que vous aurez.

Reverend Bizarre : In the Rectory of the Bizarre Reverend

Voilà le disque (et non le groupe) que j'ai en tête quand je parle, au sujet de Neurosis ou Soilent Green, et éventuellement de Life of Agony mais c'est pas encore fait, de ces cadences magistrales, irrésistibles, dominatrices ; voilà le parangon de la puissance ; cette lenteur effarante, juste assez enlevée pour ne pas verser dans le gouffre funeral suicidal marasmique ce que tu veux, et démanger d'une horriblerment torturante envie d'accélération, la criante transcription de ce drame du plaisir mâle, de ce moment de sa piteuse jouissance linéaire où il se sent douloureusement au bord de décharger, le meilleur moment et il le sait le nigaud, celui qu'il faudrait faire durer jusqu'à l'évanouissement, la corde sur quoi il faudrait jouer, là où tout frémit formidablement de partout, où le moindre effleurement fuyant, le moindre mouvement subreptice rend tout aveuglant - et qu'il ne peut soutenir longtemps, et fait, toujours trop vite, chuter dans le feu d'artifice à la Joel Schumacher qui le rend à sa rassurante masculinité, sa petite morbidité d'humain et sa tristesse d'animal. Voilà, mes enfants, ce qu'Albert et ses mignons ont le pouvoir de faire durer des heures, avec un savoir-faire qui leur permet de se laisser envoler dans quelques chevauchées extatiques bien senties, par accès,le tout baignant dans la méchanceté rampante qui fait les bonnes parties roboratives encore plus capiteuses.
Eh bien, que voulez-vous dire de plus ? N'est-ce pas assez indispensable à l'avidité de tout être avantageusement constitué comme je vous espère ? Ah, oui, le dernier morceau fait plus qu'honneur à John Ronald Reuel, mettant cette pesanteur impérieuse au service d'une peinture comme si vous y étiez de la condition de hobbit en pleine ascension. Majestueusement doomed.
In the Rectory en 3 mots : Satan is Love

Stumm : I

Je m'aperçois à presque chaque fin de chronique que je viens d'écrire une paraphrase de la jaquette ou du titre de l'album, au filtre évidemment de ma subjectivité chérie. Autant dire et pour couper court aux analyse analytiques et atermoiements musicophilologiques (hein que je suis gentil ?), que je ne suis pas près de passer à la musique dématérialisée ; en même temps, le progrès, ce que je peux m'en caguer ... L'album, vous récriez-vous comme de petits consommateurs que vous êtes ? On est en plein dedans, et doublement, attendez de voir.
Ce disque, je ne sais pas d'où m'a pris l'idée d'en parler, sans doute l'envie de taper une chronique monoligne, le genre sans verbe, vous voyez d'ici. Et puis très vite l'évidence s'est imposée que sa pochette d'une franchise confondante se chargeait de lui bien mieux que je ne saurais avoir l'énergie cassatoire de le faire. Vous avez forcément déjà été confronté à, voire été, ce chiard inutile qui boude dans le coin et qui, grand moment de solitude comme on dit de nos jours, sent bien le ridicule qui s'agrandit un peu plus chaque seconde qu'il prolonge sa navrante revendication. On l'ignore, on bavarde comme si de rien n'était, ça finira par lui passer et il reviendra parmi la compagnie - voire pire : en fait, on espère vaguement que ça ne lui passera pas, et très vite on l'oublie totalement. Très grand moment de solitude. Un peu comme le gars qui a gagné le championnat du monde de cache-cache.

Buzzov*en : Sore

Buzzov*en, je n'ai jamais pu mettre à côté d'Eyehategod. Longtemps, ça m'a gêné, et du coup je les mettais plutôt en-dessous. Cette espèce de côté evil téléphoné en PCV, voire en PVC, bancal, simpliste, limite Hocico. Rien à voir avec le vice AOC, vieux et plus impossible à ravoir que l'odeur acide à tomber d'un clochard, d'Eyehategod. Puéril, en fait. Voilà ce qu'est la hargne sludge de Buzzov*en. Pas de blues, cette musique perdue d'innocence, tannée par les rudesses d'une vie d'homme, abîmée dans une calme conversation d'une urbanité de coin du feu, et foutue d'en remontrer en rouerie à ses propres démons.
Ce qui se noie ici, ce n'est pas une brochette de foies carbonisés, c'est l'enfance ; dépecée, écartelée, démembrée, énucléée, décervelée : défigurée, mais toujours là, à gésir sans fin dans son sang dans la cave sordide, à pleurer de rage impuiussante, de la haine absolue des enfants, surtout si on les a fait passer par tout. Sore est la bande-son infirme de Devil's Rejects, de la cavale pathétique de cette clique de Peter Pan difforme qui fuit en vain son propre désespoir dans un enfer de malfaisance et de mutilation. Ceux-là, à l'opposés des rusés affreux d'Eyehategod, ne savent pas grand chose du mal qu'ils font, il est épidermique, éruptif, il n'est pas intention de nuire il est le seul langage qu'ils connaissent, le seul rapport avec le monde appris, il est misère qui se défend comme un chat de gouttière qui sait que la farce de ce samedi finit mal, les grimaces belliqueuses d'un brimborion à l'oeil pas tout à fait sec du qui vient encore de servir de paillasson et d'urinoir à l'interclasse.

Soilent Green : Inevitable Collapse in the Presence of Conviction


Comme qui dirait, Soilent Green pour moi c'est d'abord un son. Un son étrange. Presque abstrait, tant son grain, sa saturation très généreusement ronflante, sonne froid et tronçonne sans abraser à coup de saleté au potard, clair à en avoir les yeux qui brûlent. Un son qui fout les miquettes. Parce que ce machin froid comme du métal chauffe vite la conscience à blanc, franchissant la limite du malaise. Comme celui d'Iron Monkey, le son de Soilent Green emplit tout l'espace de son renflement dégénéré, comble tous les interstices ; trop puissant comme une nausée en train de remonter par les narines, une turgescence trop forte pour l'orifice qu'elle investit : ça file des étourdissements, on ne sait plus ni rendre ni s'évanouir, mais Soilent Green ne se contient pas assez pour ventripoter complaisamment et se vautrer en vociférations dans son pus comme les sus-nommés ; ces pervers-là sont des polymorphes rigoureusement débordés par leur propre débordement en tous sens, et à ce jeu-là c'est toi la souris, toi l'objet qu'on prend et qu'on outrage à le faire dinguer par toutes les directions, la proie de ces assauts d'énorme groove plouc défoncé, le jouet des ficelles qu'il tire frénétiquement, du flot d'ordure dont la partie vocale huile le tout, les brusques pilonnades hystériques, les déchirages plus appliqués, et les vieux mettages à l'amende façon tu-sens-comme-je-pèse-là? Le délire dominateur est intarissable, et bouillonne à flots comme une cantate swampdeathgrind sans arias, rien qu'un cauchemardesque récitatif ; la tyrannie versatile exercée sur le tempo exsude la maîtrise des plus grands, des vrais érotomanes sociopathes, comme dans le presbytère de qui vous savez. Soilent Green est raide de partout, sauf des articulations. Soilent Green est en vrac et va te mettre en vrac.
Tiens, faites-moi penser à vous parler d'Abscess, bientôt.

Chromatics : Night Drive

Les musiques de club, les bonnes, les seules donc, ont, se doivent d'avoir, quelque chose de viscéralement vulgaire, un machin genre la tache de la bourgeoise de MacBeth, corollaire probable de ce que les folles, de préférence leur summum les drag-queens, ont le sens du clubbing vissé au corps (dans le fondement ? me faites pas dire ce que j'ai pas dit), un instinct tu peux pas test pour le truc irrésistible qui s'adresse au mauvais goût en toi, celui qui réjouit les sens façon camion.
Côté cold-wave et petite musique curiste, c'est plutôt on se noie vaporeusement dans la classe, l'élégance glaçante, suavement tranchante, d'un érotisme où l'on cherchera en vain à démêler limpide, languide et frigide.
Alors, mélanger ces deux-là, comme on fait de la vodka et du Perrier, ça vous paraît mêmement la plus saugrenue et difforme des idées typiquement 00's ?
Non, ça donne juste une came d'une classe folle.
Sinon, le sous-texte de ceci se trouve ici - c'est que je suis quelqu'un de très pudique ; mais vous pouvez croire le damné gamin comme si c'était moi, c'est un gars à la bien.

Warhorse : As Heaven Turns to Ash

Que le ciel est calme, doux, un cotonneux couvercle de plomb. De cheval on ne voit pas beaucoup, sinon de fer, sous la forme décomposée de bikers fantômes, tant toute vie animée semble avoir fui où que l’on regarde, ou peut-être se tapir, figée dans le pressentiment de la désintégration imminente.
Tout est paisible comme tout se mue limpidement en cendre sous l’irradiation éblouissante, tout tombe en morceaux en grésillant, on entend des voix brûlées mais elles sont lointaines, et tombent dans le vide comme tout le reste s’effondre et se désagrège tranquillement, vague après vague de destruction portée par les riffs vrombissants qui mettent instantanément à frire toute matière ; par bribes à combustion spontanée diffusent des taches liquides, plainte languide du cerveau qui s’écoule par les oreilles avec la conscience et toute crainte – on se laisse bercer par le ronronnement interminablement agonisant qui dévore et ronge ce qui était réalité, et se dissoudre comme un rêve dans un rien serein, ouaté, traversé de spectres de mélodies élégiaques.
La toute dernière qu’on entendra, au piano, nous rappellera confusément que cet endroit s’appelait Hiroshima, dans un autre état du temps, en un ultime spasme de conscience de soi, juste avant l’extinction complète.
As Heaven turns to Ash en trois mots : lysergique, lytique, létal

Paw : Dragline

Le groupe du frère de David Yow, mais si vous savez, celui qui a été élevé par Lemmy et qui s'est mis à Pearl Jam à l'adolescence pour faire chier papa ; ça envoie, en toute logique, du hard grungisant qui pète le feu, avec une désastreuse prospension à baisser son calbute en public dès qu'ils sont assez faits, c'est à dire aux alentours de 9h du mat'. Mais aussi, comment ne pas avoir de sympathie pour un groupe dont le chanteur répond au nom de Mark Hennessy ?

Wildildlife : Six

Les taches de lumière qui dansent, l'air désespérément aride qui devient aqueusement rouge, la poussière qui évanouit la texture de toute chose, les insectes que l'on soupçonne, le vent souverain et ensorceleur, l'esprit qui s'élève et se dépouille - pas de doute, c'est le désert profond.
Le martèlement au centre du cerveau, l'acide qui brûle les veines, les hurlements lointains et les complaintes propitiatoires, les grincements obstinés, la désolation grouillante, le bourdonnement affamé, les coups de frayeur qui se réverbèrent - ou est-ce le cri d'un des esprits de ce lieu sauvage ? - pas de doute, Mescalito n'était pas le guide le plus indiqué pour partir en goguette avec mes copines les pom-pom girls, surtout quand on ne connaît rien à la Traque.

The Kills : Midnight Boom

Est-ce du rock ? Est-ce de l'electro ? Est-ce que c'est différent ?
C'est de la dance music, bébé, tu vois ce que je veux dire, tout ce qu'il faut c'est de la basse pour irriguer, et des rythmiques pour balancer les secousses, et pour le sel t'as les grattes qui griffent et la voix qui caresse, ou l'inverse, et le reste c'est comme les fringues, tu m'suis ?

Deutsch Nepal : Dystopian Partycollection

Deutsch Nepal n’a jamais fait dans l’evil, la bimbeloterie de hurlements, les gri-gris hémophiles, les tremolos démoniaques ; non ; son Excellence Lina Baby Doll a toujours été satan sur le mode hallucinatoire, avec un solide éthylisme comme toile de fond permanent. Tout sauf rituel donc, comme dans costume rituel, comme dans mode opératoire consistant à canaliser les puissances en les invoquant dans une forme imposée pour les réduire à une dimension contrôlable.
Sur cette compilation à la confondante unité, il est dans sa veine la plus directe, dépouillée, frontale : les rythmes ne se dérobent pas en volutes sous les pieds, les languides ectoplasmes ne changent pas de forme pâteusement au seuil de la perception, les grésillements ne tournoient pas hors de leur axe, les vagues sont régulières, les masses tiennent à peu près en place ; plutôt beaucoup de ses tambours lointains et obstinés, lugubres, et surtout beaucoup la voix du coquin qui a pris goût à chanter, à croasser d’amour sépulcral pour des idoles psychoactives confuses, les entités que suggèrent si léthargiquement ses albums les plus immersivement hypnagogues (Comprendido, Tolerance, Benevolence …). Sous cet angle-là, la situation est encore plus flippante. Un peu comme si John Zewizz cessait de roucouler avec ses chaudasses succubesques pour faire des yeux de crapaud mort à Azathoth.
Comme dirait Tony, come join the dance.

Gala : Come into my Life

Une perle délicate, que nous tenons là … Un disque de pure dance nineties, qui ressemble tout simplement à Gala Rizzatto : assurément pas le charme le plus raffiné et aristocratique du monde, avec ses traits ovales un brin épais, plutôt une sorte de beauté très familière, modestement radieuse et distantement peinée, qui en fait la séduction subtile et douloureuse, un goût de mélancolie diffuse, de fêlure douce-amère toute italiennes – mais oui, la même qu’on entend quand Eraldo Bernocchi fait gémir sa guitare pour Sigillum S ou Scorn – qui sourd de ces anthems faciles aux mélodies gentiment vulgaires, transcendées par l’expressivité à délicate fleur de voix de la ragazza, dans son art confondant d’à la fois rayonner de l’allant optimiste inoxydable neuneu de cette génération technoïde, et caresser d’une tristesse lointaine, et profonde. Une sorte de Brut de Pomme attitude aux grands yeux d’eau souriant doucement, et au tempérament lunaire qu’on sent comme un songe qui chantonne dans son coin de la décapotable tandis que les autres ragazzoni s’exclament et apostrophent.
Gala, elle poigne comme la jubilation cotonneuse et acide d’un bon xeu, juste comme Ice MC dans Trainspotting, elle fait exulter avec le pincement, comme un petit matin d’after devant une Adriatique de mercure étal – après, pas sûr qu’on puisse espérer capter toute cette saveur quand on n’est d’aucune riviera, du genre qui aime pas Californication, voyez …

Faith No More : We Care a Lot

Bordel. Il était plus que temps que je découvre ces débuts effarants du groupe qui à 15 ans m’a donné "Zombie Eaters". FNM matraque ici, avec sa basse déjà caillasseuse, un funk métallique dépouillé et frigorifié, parfois wavisant, toujours sinistre, tout emmailloté de synthé dévitalisé ; le drame est déjà là, pas le mélo, cet album a autant de couleur et de lumière qu’un vieux t-shirt blanc trop secoué en machine.
Et ce matériau premier prix est parfait pour ce qui vient s’y vautrer avec fracas : Chuck Mosley. Grande voix que ce type-là ; complètement excédée, bourrée comme un coin, totalement why do you bother, elle explose de toute sa vulgarité comme on laisse gueuler un peu de toute la rancœur et de la douleur qu’on a en magasin à se laisser marcher sur ses pieds de vaincu de la vie, à la sortie d’une autre soirée au comptoir, à la qui soulage même pas style, avant d’aller se coucher pas trop tard non plus, pasque c’est pas demain qu’on donne sa foutue dèm, et puis que c’est pas dans ce rade et avec ces potes qu’on aurait ramené une souris pour réchauffer sa foutue piaule.
En 1985, Faith No More fait du Joy Division à l’américaine, avec un déchet de l’Amérique au micro. Indispensable.

The Gault : Even as All before Us


Jamais plus, disait le corbak. Jamais plus je ne pourrai parler de cet album, qui présente pourtant toutes les dispositions pour, comme d'un que je connais tristement trop bien. Plus la force, plus la témérité de plonger dans un disque de cette eau régulièrement comme je l'aurais fait trop volontiers il y a quelques années, par l'effet de ce que la même illustre plume appelait la fascination du vide. Trop certain de la vitesse ... vertigineuse, oui, à laquelle on s'abîme toujours plus étourdiment dans son propre vide, de comment il peut être laborieux de s'arracher à la quasi-paralysie, à la torpeur énorme, à l'hébétude infâme - rien que d'en causer, la texture m'en revient déjà ...
Ce que c'est long, un dimanche après-midi ; surtout s'il est onze du mat' ; que tes yeux tuméfiés de larmes ne voient jusqu'à l'horizon - bas - que du blanc, aveuglant, assommant ; ce que c'est pénible de cesser de pleurer, surtout quand les sanglots en sont au stade du râle animal ostinato ; quand le monde est liquide comme ces rideaux de guitares toxiques, un éternel présent plat, la même minute à perte de vue qui se bat en duel toute seule, tourne et vire, morne et brûlante comme la plainte d'Ed Kunakemakorn, rauque à force d'avoir meuglé à l'agonie, et qui se traîne de morceau en morceau comme un kaddish brisé et ulcéré. Liquide est cet album en lente cascade limpide qui emporte des lambeaux de toi au fil de son tranquille cours, il attise placidement tes plaies, dans les rides de ses riffs filandreux. Une loque bonne à tordre comme tu l'es, essoré, sans plus de forme ni de tenue que du linge sale. Une interminable dégringolade par pans, une inexorable javellisation sur une carcasse déjà au-delà de la déliquescence. Le corbak ne meurt jamais.
En 3 mots ? je crois que j'ai déjà droppé du mot-clé jusqu'à plus soif, mais disons :
sublime, gothique, sans issue

Venetian Snares : Find Candace

Je suis en train d'en faire une sérieuse - de connerie. Je vais le regretter et, quelque chose me le dit, peut-être bien au-delà de ce que je peux imaginer, peut-être même trop, au-delà de ce dont je pourrai me tirer.
En fait c'est même sûr et c'est pour ça que je n'arrive pas à me le dire explicitement, ou ce sera la panique absolue, celle qui fige sur place transi et entièrement soumis à son sort. Toutes mes cellules me le hurlent, tous les compteurs s'affolent dans le rouge, danger ! Oublie tes disques de beumeu occulte, de speedcore, de ritual, de power electronics, d'extreme sludge, toute ta musique qui fait graou graou, et cours, chaque seconde de plus qui s'écoule est une grâce inespérée pour ton intégrité, ton innocence - ah, tu crois l'avoir jetée aux moulins il y a bien longtemps ? Oublie ça, ce disque va t'apprendre ce que relativité veut dire.
Et tu continues ! d'avancer, de t'enfoncer, vers le coeur de la saloperie, vers où l'avertissement devient un larsen, une nausée ; ton sang commence à cailler lourdement, quelque chose d'insondablement wrong vicie l'air qui t'effleure, te murmure à l'oreille des promesses, te gourmande ; la tension atteint le seuil de l'insoutenable, and still climbing. C'est donc pour ça que les petits oiseaux ne bougent plus, quand le serpent commence à les couver de sa braise, c'est comme ça que ça fait ?
Et puis l'ignoble disque s'achève, et tu t'en es tiré. L'angoisse s'éternise, tes mâchoires peinent à desserrer et ton regard se ballade nerveusement, mais la menace n'est jamais devenue la terreur qu'elle exsudait à plein nez, et au final tu ne sais pas bien à quel outrage atroce tu as échappé, et il ne t'est rien arrivé. Mais est-ce bien certain ?

Hellhammer : Demon Entrails

Satan aussi a été jeune.
Même qu'il cognait comme un sourd - faut dire aussi qu'il avait un physique exigeant.
Evidemment que ce disque est essentiel, connaud.

Alice In Chains : Dirt

Que dire qui n'ait déjà été rabâché sur cet album historique ? Hahaha, en tous cas pas cette entame elle-même éculée, aussi usée que ma copie de Dirt et les jeans de ses chemises à carreaux d'artisans.
Ce qui est sûr, c'est qu'on y arrivera pas si on a trop la tentation de marquer chroniqueur, dans son CV, si on est du genre qui se permet pas de noter un disque avant la deux-centième écoute. Re-hahaha. Je ne me sens pas non plus en veine d'exploit, genre la chro univers, virtuose et passionnée, forme audacieuse, exercice de style au service de l'oeuvre - hahaha, putain déjà trois fois ?
Maintenant que vous le dites, ce disque m'a jamais ôté le sourire, au contraire ; bon, à l'époque je ne souriais déjà que d'une joue et souvent pas pour les raisons indiquées, mais j'anticipe. Merde, je me suis paumé.
Ce que je peux dire et pour couper direct aux fastidieuses informations à caractère informatif ( de toutes façons, tu connais pas le topo sur Alice tu prends la porte), c'est qu'au moment de sa sortie je n'étais pas encore toxicomane, même pas clopeur. Je n'ai même pas commencé tout de suite avec, pour te dire (ça s'est plutôt fait au moment de Superjudge, si je me rappelle bien). Et pourtant il m'a parlé direct, pourtant il a été un tournant, une sorte de libération, révélation d'un besoin en même temps que sa réponse, le genre de plans qui vous collent dans les transes ; en ce, déjà, qu'il me parlait, que pour la première fois on me parlait, quelqu'un qui te tire à part dans la cohue, pour te parler à l'oreille, et qui a l'air de foutument bien te connaître toi et ce qui t'attend, et qui te piège immédiatement.
C'a été le début de tout ou presque - y a quand même eu Robert S et Dave G bien avant, et Morten H encore avant eux - la découverte qu'il existait des types sur qui le bien-être n'exercait aucune espèce de charme, et je dis ça aujourd'hui, parce qu'alors c'était juste un nouveau monde qui s'ouvrait et la divine surprise de le trouver si plus conforme que l'autre. Le germe du sludge et du doom et de pas mal d'autres trucs, c'est là qu'il a commencé à incuber.
Parler du disque, le décrire ? J'en avais pourtant l'intention, ne fût-ce qu'un peu, mais pas moyen, je le distingue même pas, ce serait une histoire d'out of body experience. Impossible de le qualifier le moindrement. Dirt, c'est ma Bovary à moi.