mardi 22 avril 2008

C'est moi la teigne

Parlons un peu de metal hardcore : je sais pas vous, mais moi j'écoute ça comme Soilent Green : comme une cantate. Un torrent de mots et d'émotions. Evacuons donc d'entrée la question de la musique, voulez-vous ? J'aime ces formules qui servent à rien : d'une, vous ne voulez pas c'est pareil, de deux, vous n'existez pas il n'y a qu'à voir qui commente ce haut lieu de l'ego trip.
Or donc, Ringworm fait du metal hardcore, qu'y a-t-il d'autre à savoir ? Peut-être qu'ils sont de Cleveland, mais c'est pas au niveau de la musique qu'on va beaucoup le sentir, vous allez voir. Alors, ben c'est du metal hardcore, i.e du thrash stéroïdé joué avec le plus grand sérieux catastrophiste, mais pas le plus slayer dans le genre, le guitariste n'est pas le plus hardi tronçonneur que vous entendrez, ni le batteur l'ouvrier de l'année au marteau-piqueur, on n'est pas chez All Out War. Le son est plutôt propre, voire glissant, comme des gants en plastique qui farfouillent dans de la viscère, et les envolées mélodiques nombreuses, au contraire des moshparts Mennen. En fait Ringworm joue un thrash avec un côté héroïco-heavy assez prononcé. Juste avec une furie punk désespérée qui se pose là - ou plutôt qui ne se pose pas ; jamais.
Et qui est d'autant plus impressionnante portée qu'elle est par Monsieur Furnace, Human de son prénom. Le cousin physique de Tommy Victor en moins jovial porte très honorablement son nom de scène, c'est le moins qu'on puisse dire. Le gros viandard tout bleu amène tout le paquet au rouge dans son torrent de glaire qui tient à la fois de Dwid Hellion et John Morrow. (evil+tough)x as fuck. Ces glaires-ci sont pleines de sang et de larmes de rage, et ce qui va vous dépouiller, ce n'est pas une moissonneuse batteuse à quoi on jette des Kerry King, c'est cette géhenne en bermuda. Le type est une version adulte et hard-boiled du Révérend Dirtkicker. Et pas de méprise : je sais comme ce dithyrambe peut laisser dubitatif dans une chapelle musicale où les mecs se font une obligation de sonner toujours plus écorché super vénèr que le voisin, à base de rugissements inhumains, eh bah tout faux ! Dans Human Furnace il y a Human, et HF n'est pas une crevette deathcore, il vocifère comme un homme et, comme ces vocalistes death qui ne growlent pas, ça fait toute la différence. Attendez un peu de l'avoir entendu gargouiller "hangman". La bave aux babines, l'oeil révulsé, le rictus dégoûté, il donne à la fureur moulinatoire de Ringworm l'ambiance fatale qui les affilie sûrement à l'illustre aîné de Cleveland, et personnifie le venin unclean de l'artwork crochu d'Away. Y a comme un goût de fer dans l'air.


Ringworm : the venomous grand design

sweet revenge, so divine

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