jeudi 24 avril 2008

Grief : Torso


Ah, Torso ... Ça commence comme du sludge dans tout ce qu'il peut avoir de plus générique : des gros riffs qui font graou, des gros trémolos que t'as intérêt à te tenir à carreau, de la batterie qui se prend pour un éboulement paralytique, et pourquoi pas des momies toutes molles avec des têtes de mongols pendant qu'on y est ? Mais, qu'est-ce qui s'ébroue là tout à coup, un peu avant la fin de ce "I hate Lucy" (c'est malin ça, vraiment ...) ... patatras, un solo ! Ivresse stoner d'abord, mais très vite ça s'emmêle les pinceaux, se met à faire des bulles, et de façon tout aussi saugrenue que c'était arrivé ça repart, encore une louchée de gros riffs pas contents et déjà ça enchaîne, et là c'est l'accident, bête et brutal : sur un roulement de tambour au sex appeal chaloupé du dernier chic néandertalien, gracieuse comme un sac de fumier, sophistiquée comme l'emploi du mot "pachydermique" dans une chronique de sludge-post-doom, déboule "Polluted". Un putain de bordel de bougre de nom d'une pipe de grooove à faire headbanguer une minerve ; deuxième, puis troisième éjaculation stoner poussive ; ajoutez à ça l'art du vautrage panoramique de Jeff Hayward au micro, et vous comprenez avec béatitude que l'hymne de Grief n'est définitivement pas "I hate the human race", no fuckin way.
Ensuite ? Les avis divergent. D'aucuns, dont certains que je tiens en haute estime, grommellent qu'il ne se passe plus rien, sur le reste du disque. Depuis quand devrait-il se passer quelque chose, dans l'extase ? Non, après un coup du lapin aussi magistralement magistral, on ne peut que nager dans le bonheur vrai, celui du quartier de viande dolent au bout de son croc. La nuque à l'état de céleri rémoulade, on se laisse planer vers le fond comme un vieux sac poubelle, on dégringole l'escalier des bpm avec l'empressement d'une limace arthritique, and still groovin ; le marasme sonore continue de mollir, ralentir, s'embourber, chaque interminable minute un peu plus, les riffs spongieux et pitoyables de s'avachir les uns sur les autres dans la mollusquerie la plus vile, le batteur cogne comme un gros déchet qu'il est, Hayward continue à se couvrir méthodiquement de son vomi, bref, tout le gourbi s'adonne sans entraves au bonheur de pédaler dans la semoule. Oh, il y a bien des passages où ils font mine de s'énerver sur leur rabot émoussé, histoire de t'en faire pisser de la sauce blanche, enfin, on perçoit l'intention, au moins ; rien de bien grave, aucun risque réel d'accélération de votre cadence de pendouillage de tronche, sauf à être un authentique énervé, auquel cas je vous prierai de quitter la pièce, merci. Non, l'idée générale (haha, et pourquoi pas la dynamique, aussi) c'est bien : jusqu'à quel point peut-on se liquéfier ? Vous allez vous surprendre. Vous vouliez qu'il se passe quelque chose ? Regardez, on dirait bien que vous avez fait sous vous de joie.

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