dimanche 25 mai 2008

Pour un monde meilleur

Dans certaines contrées numériques aux visées dictatoriales, on opprime le chroniqueur, on le conditionne même du cerveau, le pauvre en vient même à s'autocensurer en volume, et à museler, ô monde honteux, son hyperbolite.
Heureusement, nous sommes là, chez SOUM, pour redonner la parole à ces accidentés du webzinat, et parler, c'est déjà commencer à se reconstruire, un peu. Derrière l'extended remix qui affole les foules, l'histoire humaine, tout simplement.


Heu… c’est dans le micro qu’on cause… c’est bon là ? Et la mèche, elle est comment ?

Je pensais à un disque de pur lover pour fêter cette rencontre. Un disque que t’aimes pas, de préférence. Infernal Love, quoi…

« Une fois qu’elle a consommé ce qu’il nous restait de compagnie/tendresse/niaiserie à lui offrir, la femme n’est plus qu’un mur contre lequel l’homme ne fera jamais que buter et s’égratigner sans que la bougresse n’y fasse attention le moins du monde. Et dans ses moments de désespoir brûlant, quand il vient de se faire tèj avec les chaussettes et les derniers mots qu’elle a daigné lui lâcher, l’homme se sent comme un gouffre, traîne dans la rue. Suffoque. Implore. Geint. Et puis souris, sans trop savoir pourquoi... » Tels étaient les mots que mon grand-père, illustre connaisseur de la nature humaine et féminine, aimait à employer quand je venais me lamenter chez lui, le suppliant de me réconforter à chaque fois que l’autre salope m’avait poignardé dans le dos. En général il sortait la teille de rouge et c’était parti pour des heures entières de discussions plus ou moins illuminées sur l’amour, la mort, les relations sociales… ce genre de trucs. Le vieux n’a jamais écouté Infernal Love. Tant mieux, il y pigerait sans doute pas grand-chose. Infernal Love, c’est typiquement l’idée que je me fais de la jeunesse aux bord du gouffre adulte, faite chair et passion, amertume, regrets, désespoir et contradictoire utopie ; il croit en l’amour, avec un sourire en coin, sous sa moustache. Sincère tout en étant maquillé, maquillé tout en étant à nu, à nu tout en étant en jogging, et en jogging tout en étant… dans son lit, à dévisager le plafond en tirant lamentablement sur la dernière clope qui restait dans le paquet. Andy Cairns est comme ça, sur ce disque. Elvis en toc, faux bellâtre, mais vrai romantique… C’est un peu le faciès de Matt Dillon quand il porte la moustache (genre dans Mary à tout prix), cette allure de playboy endimanché, de beau gosse en T-Shirt moulant qui a du mal a faire tenir le masque de l’enculé, du blasé ; ce sourcil circonflexe si forcé qu’il en tire sur la joue, pour le cynisme - et cette moue écorchée qui essaie de ressurgir, planquée derrière ce sourire de sportif, pour la pose… raaah ! C’est un peu comme Robert Downey Junior dans Kiss Kiss Bang Bang, aussi : un marginal flingueur/incorrigible tchatcheur à la verve aiguisée qui a passé l’âge des espoirs aveugles mais qui cherche l’amour entre deux feux, toujours, et qui cache son désespoir derrière les vannes au taquet, la gouaille et un semblant d’orgueil mal placé. Sauf que dedans, à l’intérieur, là juste là, dans le cœur, on est sans blindage, on se sait chou, fourmi de la femme et de sa cruauté sans pareil, de son égoïsme, on craint de redevenir ce petit écolier trop sensible qui butera sur le mur sans cesse, pour tenter de percer à jour ses moindres secrets. On a pas de parfum, inside. On est qu’un mec, donc on a besoin d’une putain d’armure pour pas qu’on voie la détresse… Et on est ringard, parce qu’on le vaut bien… Il paraît qu’Andy est fan de foot, ce qui est certain c’est qu’Andy se met du gel dans les cheveux, et peut être même qu’Andy s’asperge de déodorant Adidas, sans doute même qu’il boit de la Kro, histoire de pousser la dérision jusqu’au bout ; mais même en jogging avec l’air d’un prolo et une canette de Kro, Andy est beau, Andy me touche, Andy est vrai, Andy en dit long, et Andy castagne le cœur en y mettant du baume, et tout ça se passe entre hommes bien sûr, c’est fraternel. Andy c’est mon frangin, voilà, en plus d’être un de mes meilleurs potes. Andy, c’est Ian Curtis avec un bandana. Et sur Infernal Love, il est… comment on dit déjà… ? Ah oui : beau. Infernal Love, c’est toute la matière passionnelle de Troublegum et Nurse (et Born In A Crash, un peu) peaufinée, remodelée façon vieux gosse, cajolée, patchoulisée, sublimée, ringardisée, softisée mais envenimée, qu’on retrouve, mortelle dépouille parfumée étendue sanglant à la merci des rapaces voltigeant par-delà la cime des cieux tels des anges malfaisants – ok j’exagère. En fait, c’est un disque-spleen façon Therapy ?, donc c’est la classe. N’eut été cette merde de « Loose » que j’exècre, on tient là le Big Boss de la bande à mon Andy. Maintenant, je te fais la liste des commissions, que tu n’en rates pas une miette. « Stories » ? Un « Nowhere » romantique. « A Moment Of Clarity » ? Des génériques de fin de film pour teenager comme ça, j’en veux tous les matins, gros blasé de gothique. De même, on ne peut être insensible à « Diane » ou « Bowels Of Love », à moins d’être un gros insensible, justement. La première aura même su toucher le cœur d’un psychologue, et pas seulement à cause du patronyme - c’est dire sa fuckin’ puissance émotionnelle. Quand à la seconde... hum… voilà, messieurs, ce que j’appelle un slow, un vrai. Pour le reste, ça se bagarre dans la joie et la mauvaise humeur : « Misery », c’est du Metallica avec une vraie voix d’homme – « Me Vs. You », c’est un appel tragique pour une dernière partie de jambes avec celle qui fut ta moitié - la touche de violon, grave, l’impression d’y être enfin, à ce moment tant attendu ; la sensation que c’est bon, mais l’arrière-goût te faisant comprendre que ça se terminera pas comme ça a commencé. « Jude The Obscene », « Bad Mother », tout ça… on va pas s’éterniser non plus dans les détails (c’est pas le genre de la maison). En bref (ahah), I.L. c’est le spleen du célibat tel que je me l’imagine et tel que je le ressens : aigri de l’amour, blasé des femmes, mais avec la petite lueur de vulnérabilité fleur bleue et d’immaturité qui guette et qui survit, tant bien que mal, quand les vannes s’éteignent et que les vieux élans de romantisme se réveillent. Infernal Love est un disque passionnel, le genre d’album qu’on ne voit qu’une seule fois dans une disco (lolilou lilette, je l’avais jamais faite celle-là), et j’aurais grand peine à lui trouver un frère de chambre. Naïf, cynique, cruel, tendre, cocasse, teenager malheureux et adulte en proie au démon de midi, il est tout cela, il est mon oncle et mon frangin, mon grand pote aussi, il me comprends quand je suis seul et me prévient des jours qu’il reste à compter quand je suis de retour dans le manège de cette pute – tellement personnel qu’il pourrait même me faire écrire des métaphores pourries, sous le coup de l’émotion - car si je devais te parler des fois où ce vieil enculé m’a réconforté en me beuglant la berceuse, il me faudrait remplir un livre de trois mille pages au moins, avec mon sang et mes larmes. Il n’y a rien à comprendre, tout est dans le cœur, bébé. Infernal Love est stupide et beau, comme un amoureux. Y’a de forte chances pour que ceux qui aiment pas soient du genre à fuir leur adolescence à toutes jambes (celle des papouilles et du reste) par peur de se blesser, encore, par peur de leur propre naïveté, par peur de ce qu’ils sont. L’amour, ça nous flingue mais on en aura jamais assez. There’s nothing darker than love that’s gone sour – Satan’s spit – Love’s that’s gone sour.

Salope, si tu m’entends, sache que je pense à toi très souvent, et pas juste quand je me la secoue.


Jean-Jean

2 commentaires:

Liria a dit…

M'est restée en travers de la gorge depuis 12:30. Sûrement que le background rose a aidé la persistance rétinienne. J'attends la pro.

Raoul a dit…

T'es le roi èmatété