mardi 27 mai 2008

Kayo Dot, Danishmendt, Mains d'Oeuvres, Paris, 26/05/08

Danishmendt : tueurs de chez tueur, ces post-hardcoreux de chez nous ! le batteur matraque ses fûts comme si sa vie en dépendait, les gratteux jouent la bave au lèvres, c'est à une véritable apocalypse de violence cathartique que nous assistons, traversée par des éclaircies méditatives, mais le ton est le plus souvent à un pachydermisme du meilleur aloi ; on reste pantois devant cette musique aussi abrasive que lancinante, et assurément viscérale. Bluffant. La scène a un avenir radieux avec des sidérurgistes de cet acabit.

Vous voyez le topo, où j'en rajoute une brouettée ?

Kayo Dot : du jazz pour ceux qui comme moi refusent d'en écouter, qui dissone crari contemporain, tendrement tendu, vaporeux, onirique, tout ça. Très bonne surprise pour ma part, m'a impressionné le mioche.

Gregor Samsa : j'avais piscine

dimanche 25 mai 2008

Katharsis : VVorld VVithout End

Si on célébrait le solstice de l'hiver-qui-consume en un teknival, et qu'il avait lieu en Norvège (au hasard, vers Espedal ?), voilà comment il sonnerait.
Je doute très fortement qu'oncques ait entendu de pareil monstre. Même la piste-titre, qui commence pourtant par une intro bien homologuée, entame sur du plus que mid-, et comporte au moins un vaguement identifiable refrain, finit par se laisser emporter par sa transe blastoïde et riffeuse et se fondre dans l'unité orgiaque de l'album en fusion. Bien possible même qu'il y en ait d'autres, des intros, mais tout juste s'en est-on rendu compte qu'on les oublie, elles sont bien vite amalgamées au déchaînement insane de cette musique de derviches tourneurs sataniques outre-surexcités, à cette hystérique célébration du torrent de riffs, avec ses passages où ça ralentit - juste ce qu'il faut pour faire haleter, un demi-bpm - avant de passer trois vitesses d'un coup de cravache, mangez ça mes frères c'est béni, et par-dessus de replanter une autre accélération, un cran de plus dans le vertige - étourdissement, engourdissement, papillotements, bourdonnements, c'est de l'ivresse à l'état toxique pur, toute résistance est grotesque. Cette frénésie affamée qui passe la démence par son obstination jubilante, ce tonnerre roulant indistinct de la palpitation du grand organisme frémissant à l'unisson, quiconque part en camping sans savoir où tous les premiers mai le connaît et le reconnaîtra sans doute possible, cherchez même pas à discuter.

Fixmer/McCarthy : Between the Devil...

Souvenez-vous. 2004. Une fois passée une "Freefall" irrésistible dont on ne savait pas encore alors que, tout comme le titre de cet album est à compléter d'un "and the wide blue sea", elle se finirait aujourd'hui en Into the Night invinciblement racoleur - hormis cette ouverture de garçon coiffeur, disais-je, la bonne vieille EBM se transformait dans nos biscottos éberlués en musique de trance putassière et chercheuse de merde qui mettait une danse mémorable à n'importe quel yaourt allégé pour clubber colorisé et amical, tombant sur le dancefloor comme la Légion sur Kolvezi, et en grand équipement s'il vous plaît. La voix tondue d'un Doug qui n'a pas dû se faire porter pâle à beaucoup d'après-matches, et le programme de muscu rigoureux et méthodique d'un Terry qui a son petit talent pour faire les sonorités modernes rendre hommage digne aux cliniciens ancêtres. Et déjà, un peu partout dans la mêlée, de ténébreuses et persuasives inflexions de comme si un chanteur goth avait des couilles au cul - imaginons, un instant.
Ambiance four, la lumière va avec.
Ruthless soulful trance body music, kinda. Ça fait longtemps que les hools ont trouvé ce qu'il y avait de tout bon pour eux dans un xeu, au reste.

Sous le fumier, les pâquerettes


Crénom, y’a encore des humoristes pour présenter ce disque comme du sludge malsain et crasseux aux jeunes couillons dans mon genre.

LOLILOU LILETTE

J’aime tellement les étiquettes, et j’aime tellement faire mon Gulo du pauvre quand je sens pas l’inspiration, que je vais faire simple et quelque peu tranchant, sauf que là ça sera même pas littéraire ou joliment dit, ce sera juste l’idée, quasi grosso, que j’ai de cette rondelle de pure poésie : Acid Bath, c’est du grunge romantique ; dès lors, la question n’est pas de savoir si c’est malsain ou si ça a les ratiches propres, de savoir si ça sent le bayou ou si on peut le ranger a côté de Eyehategod ; la question, Gédéon, c’est que ça sonne comme si ça venait d’un vieux squat de Seattle, que c’est certes malade, camé jusqu’aux ongles et vicieux, que ça a l’œil mauvais mais que dans le fond, ça a une âme très hippie, emplie de bonté, ça ne cherche que l’amour et les poutous-poutous derrière le masque mosh bastard, les riffs qui s’abattent, les cris macabres et le bourrinage parolier en mode chienne lubrique-morbide-décérébrée ; en fait la question c’est que c’est beau, voilà – et sentimental, tiens, et même fleur bleue, allez soyons fous, au summum quand ça se vautre dans la ballade folk parfum seventies avec la tendresse et la délicatesse qu’on ne soupçonnera jamais chez le plus grossier des maquereaux – et qui pourtant y sommeillera toujours.

Cette superbe galette n’est rien de moins que le plus digne cousin de Dirt, tas de fennecs.

Jean-Jean


(à qui personne apparemment n'a pensé à dire que le sludge, c'est pas que des disques qui gueulent comme des poivrots et qui donnent envie au pécore de tout miser sur l'héro direct, toutes ces conneries de fantasmes - je suis envahissant, pas vrai ? oui mais c'est moi le taulier, et dans la vie y a pas que les intros y a aussi les outros ; et donc, le grunge est comme chacun sait l'embryon du sludge, je renvoie les lourdauds à Nextclues, chronique de Pissed Jeans je crois, ou report, bref si même eux s'en rendent compte vous pouvez le faire)

Allo Maman, bobo

Je parle de Sally Shapiro, et là, je repense à ces salopes de déesses des eighties qui m’ont flingué la pompe à grenadine. Et à celle-ci, en particulier, sur cette B.O. pas franchement agréable mais contenant au moins « Chase » eeet… enfin, tu dois comprendre, je pense, si tu connais, tu devines illico à qui je fais allusion.

Marianne Faithfull ? Pas cette fois, non.

Donna Summer ? Dediou, non.

Annie Lennox ? Ah ah, tu refroidis.

C’est Christine Bennett, et c’est le thème de Midnight Express version vocale – et là-dessus, la belle s’entiche du plus gros maquereau des années disco, j’ai nommé Mister Moroder – et pulvérise en beauté et sans le moindre effort physique tout ce que les miss monde style Björk peuvent faire en poussant l’émotion au maximum.

Qu’est-ce que je peux te dire… ce titre me fout les boules, me met plus bas que terre, me bousille les tripes, voilà… sans lui, le film en deviendrait limite rayonnant de joie.

Jean-Jean

They tried to make me go to rehab ...

Quoiqu'actionnaire principal il semblerait que je sois, est-ce assez amusant, en passe de venir minoritaire sur au moins un de nos axes marketing majeurs : les jeunes requins sont encore plus littéraires que le vieux loup, et brodent à la décomplexé - c'est bien de leur temps, allez - des ordonnances fantaisistes et s'affranchissent dans la bonne humeur de cette vieille lubie poussiéreuse de l'amertume sur la langue. J'admire, sincèrement. J'en suis à peu près incapable (je dois plaider coupable au moins pour un truc qui commence par un a).
Attention tout de même : s'il n'y a pas de ligne éditoriale il y a quand même une condition liminaire, j'en ai pour ma part fait large profession mais sans doute pas ici : la musique n'est pas une religion, une drogue si. Partant, pourquoi diable se restreindre à un seul principe actif, une fois qu'on se sait toxo ? Que ceux qui n'ont "pas besoin de ça" aillent faire du sport. ABS.

Ceci posé, continuons d'écouter ce prolixe invité, visiblement il y en a pour lourd à défouler.

... Et voilà le résultat

A force de les brimer, et trop longtemps, ils deviennent agressifs, ils mordent la main qui les nourrit, allez ... Je te foutrais tout ça en maison de correction, si j'étais pas aussi chrétien et bienveillant. Exprime-toi, jeune, ça soulagera ton coeur lourd, parle-nous de ton mal-être.


Les aguicheuses lipstick, j’en ai ras le braquemart


Je vous parlais de femmes à l’instant, avec mes éternelles manières de teenage broken heart ; faut dire qu’en ce moment, je suis dans ma période grognasses, alors ça rigole pas - et là, je me passe Sally Shapiro, pour panser les plaies que cette grosse péripatéticienne de Marianne vient de creuser profond dans mes veines. La chtite Sally, c’est mon Urgo à moi. D’aucuns disent qu’elle est scandinave. En réalité, c’est une italienne, déguisée en petite blondinette niaise des années 80. Des fois elle sonne comme Mylène Farmer, d’autres comme une petite gamine nippone gnan-gnan, mais on s’en fout, elle est vivante et unique, et j’ai envie de vous faire chier un peu, messieurs les gros durs de SOUM, fan de trucs iveule et supra-malsains qui font peur à mémé, avec un disque tout ce qu’il y’a de plus gentil, bête et chou ; et qui m’a désossé la tronche quand même. La Sally, je l’ai découverte un peu avant que cet infâme dealer dont j’ai heureusement oublié le nom ne me refourgue l’air de rien une compile titrant « After Dark », de chez Italians Do It Better. Y’a effectivement un lien entre Sally et ce revival italo disco, sinon j’en parlerai pas – dans les sonorités, surtout. Mais la petite reste très à part. Je m’explique… Y’en a qui aiment se vautrer jusqu’à plus soif dans Chromatics et Glass Candy. On ne saurait leur donner tort : c’est sensuel ; c’est beau ; c’est envenimé ; c’est bandant, oui ; mais ces femmes-là sont des icebergs, de loin tu penses pouvoir les atteindre, tu le veux, mais jamais tu ne pourras ; dailleurs elles ne sont là que pour que tous les regards soient tournés vers elles, les putes.

La petite Sally, elle, est aux antipodes de ce caractère mystérieux-érotique-insolent ; c’est une femme-enfant, enfermée dans sa bulle protectrice, son petit monde fait de peluches, de douceur, de chocolat… et de solitude. La vie ne l’a pas dotée d’une carlingue des plus affriolantes, ni gâtée question rencontres ; les hommes non plus. Instinctivement, elle cherche à aller vers eux, pour les enlacer, pour qu’ils se lovent contre elle ; pour en faire des poupées. Sa peau est pâle, elle vit dans un hiver éternel, et chante ses petites berceuses en forme de mignardises sur des synthés eighties, par moments revigorés par un peu de house, voire de beats dance - comme chez Glass Candy, du reste – sauf qu’ici rien n’est fait pour faire bander – l’érotisme n’a pas lieu d’être ici, tout du moins… pas dans l’immédiat. Disco Romance c’est un disque solitaire, tiens - un disque de solitaire, aussi - et son apparente niaiserie cache un certain malaise, voire un malaise certain : j’en veux pour preuve Time Goes By ; d’ailleurs, rien de bien étonnant à ce que l’intéressée aie avoué avoir puisé son inspiration dans Twin Peaks pour remplir son cahier de coloriage. En tout cas pour moi, le verdict est assez simple : à part Jackie Jackie (dont le refrain me file décidemment de l’urticaire, rien à faire), cet album est magnifique, je compte même plus les fois où je me suis endormi avec, bercé par cette petite voix innocente, ses mélodies scintillant comme du cristal ; gaga, tout simplement.

Et maintenant que le défrichage journalistique en bonne et due forme est fait, passons à l’essentiel, c'est-à-dire un paragraphe bien pompeux à l’intention des probables amateurs de revival disco-wave façon Johnny « Pimp » Jewel qui liraient ces lignes.

Toi. Oui, toi ! Les femmes ne t’ont pas fait de cadeau. Et pourtant, tu cherches toujours les plus féroces… comme cette soirée disco où tu avais fixé ton regard sur l’une d’elles… si si, je sais, petit coquin. Je vais resituer le cadre de cette triste nuit, pour mieux te faire comprendre ta bêtise, parce que je suppose déjà que tu feras ta légendaire moue quand tu l’entendras, la Sally – et ça n’a rien à voir avec la prévisibilité dixit doc.mes couilles, je le suppose, c’est tout, donc je préviens, plutôt que de guérir (c’est que je suis aussi médecin à mes heures, oui oui).

Le cadre, donc.

En général, tu préfères traîner ta carcasse de trentenaire romantique aux concerts, mais là, pourquoi comment, on sait pas, tu te retrouves dans une discothèque, et lol, tu tombes sur la femme fatale du disco, miss Ruth Radelet. Tu la mattes, t’aimerais y toucher. Sauf que c’est un Everest bien trop gros pour toi, t’as les yeux plus gros que le ventre mon Jeannot, on arrête pas de te le répéter pourtant … Mais dis-moi, au lieu de te fixer sur la jolie pétasse fardée qui chante trop bien et qui pose son miel envenimé sur des pulsations disco méga-classe et super élégantes qui te dresse le linga jusqu’au colback, la petite boulote au regard perdu, toute tremblotante et recroquevillée dans le coin du mur de cette putain de discothèque comme un ourson perdu dans la neige, au fond de la salle, t’aurais daigné la voir, ne serait-ce qu’une seule fois, gros connard de tatoué ?

C’est très con, parce que elle, elle avait envie de toi – et tu peux pas savoir à quel point elle t’aurais fait monter au septième ciel, en te susurrant des « je t’aime » au creux de l’oreille, pendant la besognade, et tout ça avec la naïveté chimique et perverse que peuvent avoir les femmes-enfant. Et elle t’aurait pas laissé tout seul, elle. Et elle aurait fini par t’engloutir tout entier dans son petit monde naïf et glacé, chose que t’aurais jamais soupçonné en la voyant pour la première fois, à peine capable d’aligner trois mots sans baisser les yeux. Elle t’aurait eu à l’usure, t’y aurais pas cru « roooh sérieux, qu’est-ce qu’on est loin des femmes fatales, et pis qu’est-ce que c’est mignon tout plein et inoffensif, hein, pas une once de vice, la musique en est même dépourvue, c’est trop gentil, y’a pas de venin, même pas d’érotisme, allez, fous moi la paix avec ton cageot, cette meuf est en plastique ! »… Raté : cette nana est magique, mais ça tu t’en rends compte à force de tours dans son petit manège en toc, et tu finis par piger que tout ce qu’elle voulait, c’était t’enivrer, te pousser jusqu’à l’orgasme, et ce sans avoir l’air d’y toucher, à la façon des gamines tu sais, avec ce petit œil pétillant qui en dit long, mais cette main qui n’ose pas descendre le zip, et pourtant rêve de voir ce qui se cache derrière – tout ce qu’elle voulait, la petite rondouillarde, c’était te pécho entier, jusqu’au goulot ; et puis te garder pour elle, t’enlacer, te protéger, dans la nuit, dans le froid, dans toute cette hivernale désolation, un cœur qui bat et s’approche vers toi, deux enfants qui se rencontrent, un retour dans les années 80, en mode Petite fille aux allumettes meets Cœur meurtri, mais surtout un come-back dans les pires nostalgies qui soient ; et ça mon pote, ça te caresse autant le cœur que ça le fout en l’air, crois-moi…

Sans drogues ? Naaaan, sérieux, c’est possible ?

Essaye donc, coño, au lieu de faire ton dur à cuire.

(P.S. : préférez la version américaine à la version européenne, donc cette pochette-là et pas l’autre avec la police de caractère façon tâche de foutre sur le chemisier)*

Jean-Jean

Pour un monde meilleur

Dans certaines contrées numériques aux visées dictatoriales, on opprime le chroniqueur, on le conditionne même du cerveau, le pauvre en vient même à s'autocensurer en volume, et à museler, ô monde honteux, son hyperbolite.
Heureusement, nous sommes là, chez SOUM, pour redonner la parole à ces accidentés du webzinat, et parler, c'est déjà commencer à se reconstruire, un peu. Derrière l'extended remix qui affole les foules, l'histoire humaine, tout simplement.


Heu… c’est dans le micro qu’on cause… c’est bon là ? Et la mèche, elle est comment ?

Je pensais à un disque de pur lover pour fêter cette rencontre. Un disque que t’aimes pas, de préférence. Infernal Love, quoi…

« Une fois qu’elle a consommé ce qu’il nous restait de compagnie/tendresse/niaiserie à lui offrir, la femme n’est plus qu’un mur contre lequel l’homme ne fera jamais que buter et s’égratigner sans que la bougresse n’y fasse attention le moins du monde. Et dans ses moments de désespoir brûlant, quand il vient de se faire tèj avec les chaussettes et les derniers mots qu’elle a daigné lui lâcher, l’homme se sent comme un gouffre, traîne dans la rue. Suffoque. Implore. Geint. Et puis souris, sans trop savoir pourquoi... » Tels étaient les mots que mon grand-père, illustre connaisseur de la nature humaine et féminine, aimait à employer quand je venais me lamenter chez lui, le suppliant de me réconforter à chaque fois que l’autre salope m’avait poignardé dans le dos. En général il sortait la teille de rouge et c’était parti pour des heures entières de discussions plus ou moins illuminées sur l’amour, la mort, les relations sociales… ce genre de trucs. Le vieux n’a jamais écouté Infernal Love. Tant mieux, il y pigerait sans doute pas grand-chose. Infernal Love, c’est typiquement l’idée que je me fais de la jeunesse aux bord du gouffre adulte, faite chair et passion, amertume, regrets, désespoir et contradictoire utopie ; il croit en l’amour, avec un sourire en coin, sous sa moustache. Sincère tout en étant maquillé, maquillé tout en étant à nu, à nu tout en étant en jogging, et en jogging tout en étant… dans son lit, à dévisager le plafond en tirant lamentablement sur la dernière clope qui restait dans le paquet. Andy Cairns est comme ça, sur ce disque. Elvis en toc, faux bellâtre, mais vrai romantique… C’est un peu le faciès de Matt Dillon quand il porte la moustache (genre dans Mary à tout prix), cette allure de playboy endimanché, de beau gosse en T-Shirt moulant qui a du mal a faire tenir le masque de l’enculé, du blasé ; ce sourcil circonflexe si forcé qu’il en tire sur la joue, pour le cynisme - et cette moue écorchée qui essaie de ressurgir, planquée derrière ce sourire de sportif, pour la pose… raaah ! C’est un peu comme Robert Downey Junior dans Kiss Kiss Bang Bang, aussi : un marginal flingueur/incorrigible tchatcheur à la verve aiguisée qui a passé l’âge des espoirs aveugles mais qui cherche l’amour entre deux feux, toujours, et qui cache son désespoir derrière les vannes au taquet, la gouaille et un semblant d’orgueil mal placé. Sauf que dedans, à l’intérieur, là juste là, dans le cœur, on est sans blindage, on se sait chou, fourmi de la femme et de sa cruauté sans pareil, de son égoïsme, on craint de redevenir ce petit écolier trop sensible qui butera sur le mur sans cesse, pour tenter de percer à jour ses moindres secrets. On a pas de parfum, inside. On est qu’un mec, donc on a besoin d’une putain d’armure pour pas qu’on voie la détresse… Et on est ringard, parce qu’on le vaut bien… Il paraît qu’Andy est fan de foot, ce qui est certain c’est qu’Andy se met du gel dans les cheveux, et peut être même qu’Andy s’asperge de déodorant Adidas, sans doute même qu’il boit de la Kro, histoire de pousser la dérision jusqu’au bout ; mais même en jogging avec l’air d’un prolo et une canette de Kro, Andy est beau, Andy me touche, Andy est vrai, Andy en dit long, et Andy castagne le cœur en y mettant du baume, et tout ça se passe entre hommes bien sûr, c’est fraternel. Andy c’est mon frangin, voilà, en plus d’être un de mes meilleurs potes. Andy, c’est Ian Curtis avec un bandana. Et sur Infernal Love, il est… comment on dit déjà… ? Ah oui : beau. Infernal Love, c’est toute la matière passionnelle de Troublegum et Nurse (et Born In A Crash, un peu) peaufinée, remodelée façon vieux gosse, cajolée, patchoulisée, sublimée, ringardisée, softisée mais envenimée, qu’on retrouve, mortelle dépouille parfumée étendue sanglant à la merci des rapaces voltigeant par-delà la cime des cieux tels des anges malfaisants – ok j’exagère. En fait, c’est un disque-spleen façon Therapy ?, donc c’est la classe. N’eut été cette merde de « Loose » que j’exècre, on tient là le Big Boss de la bande à mon Andy. Maintenant, je te fais la liste des commissions, que tu n’en rates pas une miette. « Stories » ? Un « Nowhere » romantique. « A Moment Of Clarity » ? Des génériques de fin de film pour teenager comme ça, j’en veux tous les matins, gros blasé de gothique. De même, on ne peut être insensible à « Diane » ou « Bowels Of Love », à moins d’être un gros insensible, justement. La première aura même su toucher le cœur d’un psychologue, et pas seulement à cause du patronyme - c’est dire sa fuckin’ puissance émotionnelle. Quand à la seconde... hum… voilà, messieurs, ce que j’appelle un slow, un vrai. Pour le reste, ça se bagarre dans la joie et la mauvaise humeur : « Misery », c’est du Metallica avec une vraie voix d’homme – « Me Vs. You », c’est un appel tragique pour une dernière partie de jambes avec celle qui fut ta moitié - la touche de violon, grave, l’impression d’y être enfin, à ce moment tant attendu ; la sensation que c’est bon, mais l’arrière-goût te faisant comprendre que ça se terminera pas comme ça a commencé. « Jude The Obscene », « Bad Mother », tout ça… on va pas s’éterniser non plus dans les détails (c’est pas le genre de la maison). En bref (ahah), I.L. c’est le spleen du célibat tel que je me l’imagine et tel que je le ressens : aigri de l’amour, blasé des femmes, mais avec la petite lueur de vulnérabilité fleur bleue et d’immaturité qui guette et qui survit, tant bien que mal, quand les vannes s’éteignent et que les vieux élans de romantisme se réveillent. Infernal Love est un disque passionnel, le genre d’album qu’on ne voit qu’une seule fois dans une disco (lolilou lilette, je l’avais jamais faite celle-là), et j’aurais grand peine à lui trouver un frère de chambre. Naïf, cynique, cruel, tendre, cocasse, teenager malheureux et adulte en proie au démon de midi, il est tout cela, il est mon oncle et mon frangin, mon grand pote aussi, il me comprends quand je suis seul et me prévient des jours qu’il reste à compter quand je suis de retour dans le manège de cette pute – tellement personnel qu’il pourrait même me faire écrire des métaphores pourries, sous le coup de l’émotion - car si je devais te parler des fois où ce vieil enculé m’a réconforté en me beuglant la berceuse, il me faudrait remplir un livre de trois mille pages au moins, avec mon sang et mes larmes. Il n’y a rien à comprendre, tout est dans le cœur, bébé. Infernal Love est stupide et beau, comme un amoureux. Y’a de forte chances pour que ceux qui aiment pas soient du genre à fuir leur adolescence à toutes jambes (celle des papouilles et du reste) par peur de se blesser, encore, par peur de leur propre naïveté, par peur de ce qu’ils sont. L’amour, ça nous flingue mais on en aura jamais assez. There’s nothing darker than love that’s gone sour – Satan’s spit – Love’s that’s gone sour.

Salope, si tu m’entends, sache que je pense à toi très souvent, et pas juste quand je me la secoue.


Jean-Jean

jeudi 22 mai 2008

Gorgoroth : Incipit Satan


Sans conteste possible l'album le plus troublant de ces fondus de Gorgoroth. On commence ... bon, par rire, comme relativement souvent avec eux - qui ne rient jamais. Non, mais tout de même, "A World to win", faites excuse ! Enfin, au moins ça va encore plus loi qu'Under the Sign of Hell dans le mélodisme playskool, ici on n'a même plus envie d'envahir la Pologne mais plutôt de chausser le sac à couilles en fourrure et de se pougner avec l'épée en plastique. On se dit aussi qu'ils vont jamais réussir à enchaîner un combo potable : à la pétrifiante "Litani til Satan" succède "Unchain my Heart" (oui, c'est aussi leur album lover), morceau certes bon tout comme l'incipit judicieusement intitulé "Incipit Satan", mais qui fait gentiment retomber dans le gérable l'ambiance sordide qui venait de nous saisir d'une prise gluante et lourde comme un noyé. Mais sitôt cette rugissante cavalcade branlée, on replonge encore pire avec an "Excerpt of X", à nouveau le peu rassurant Kristian passe en voix claire, moins stranguleuse que sur l'abominable incantation deux pistes plus haut, encore plus indifférente et gelée, sur une mélodie qui fleure bon la mort sans phrases perdu dans la montagne, sur le chemin de cette fameuse cahute, à l'évidence naïve du calibre de "Transilvanian Hunger", oui monsieur. Et puis le norvégien c'est idéal, on comprend que chi, on a toujours la sensation qu'il raconte des horreurs pas possibles.
Après une funéraille pareille, le barbecue qui suit est cette fois tout à fait bienvenu, on déglutit un peu, et puis les guitares sont tout de même toujours bien calcinées, il grêle et il blizzarde du métal tranchant à qui mieux-mieux, le heavy du début paraît bien loin derrière. Ça y serait-y, auraient-ils chopé enfin le timing d'une bonne dérouillée ?
Bingo ! J'espère que vous en avez bien profité pour respirer le peu qu'il y avait à, parce que la suite immédiate est une brutale apnée dans un épouvantable limon, une constriction immonde et vert-de-gris de tout avorton de sentiment qui pouvait subsister. Nausée, asphyxie, passage au noir, néant.
Cet immondice rituel est suivi d'une intro martialo-apocalyptique, à croire que les Gorgo ont décidé de quitter la Norvège pour la Suède de Roger ... Et là, je vous le donne en mille : c'est le retour du heavy ! Mais le meilleur heavy qu'ils aient jamais pu nous dégueuler - car pour une fois c'est, enfin, vraiment dégueulé, sans le moindre spasme au demeurant, sur un ton désinvolte, pure classe désespérée en barre (à mine), nonchalamment dégoûté, branlé par-dessous la jambe, surpuissant d'absence de conviction en rien ... Glps.
Ce coup on la tient la réponse à la question : oui, Gaahl y pète.

mercredi 21 mai 2008

Fixmer/McCarthy : Into the Night


Le nouveau Térence/Douglas, c'est un peu Casino Royale : une animalité virile tout juste civilisée cintrée à grand'peine dans un smok' sur mesure à chavirer tous les passants. L'élégance natale britonne, ici celle d'un hooligan quand notre vieux 007 est un docker, et l'élégance française, tout dans le port naturellement raffiné de la moustache. Dave Gahan en bomber's à la salle de muscu. Lover attitude full throttle, mais les Mort aux Vaches tout fusés se grillent vite si on a l'œil. Jean-Luc De Meyer et ses survèt' peuvent pas jouer dans cette cour. Ici on a aucun fantasme sur l'armée merci, mais on mutile au cure-dents sans lâcher sa pinte ni une grimace, sans cesser de tomber la belette - passez muscade, elle a même pas calculé qu'un cave trop aventureux pour sa propre santé a tenté de se mettre de la partie. Si vous tenez réellement à apprendre comment ça se passe dans la ruelle derrière, oubliées les manières tombés les blazers, écoutez le premier album.

Prends garde Soilent Green, le titre d'album de l'année vient de ramasser un sale assaut.

Je me prends trop de tartes, moi ;

ces derniers temps. Comment ça peut aller après, aussi ?
J'ai vu ma femme sur scène, sous les lumières ; et elle repart pour dieu sait où, pour les States, au bout. La seule qui ait réussi à me mettre aussi bas que Diamanda et Jennifer - et une autre. Aussi gothique, et aussi à poil, que sur les disques. Voire plus. Plus féérique encor, que sur les disques, parce que plus réelle - pas juste parce qu'elle est à quelques douloureux mètres. La première chanson exhalée comme si elle avait froid, comme si elle avait mal aux mâchoires. Tout du long, assurément plus heurté, que sur les disques, et tout aussi ... comme un ruisseau de forêt, fluide, limpide morsure saisissante de froid électrisant. Et ça s'est arrêté aussi abruptement que ça.

Merde, y avait Marissa Nadler à Paris ce soir, vous avez vraiment cru que j'allais dire quoi que ce soit des gratouilleurs de fâcheuses cordes qui ont joué autour ? L'espace d'un instant, genre ?



Bien. Ça, c'est ce que j'écrivais circa 22h, en reluquant d'un œil torve la queue qu'il fallait faire pour placer un mot dans la conque de la donzelle.
Depuis, je me suis pris un vent. Un fatal, même Gaahl se serait enrhumé.
Heureusement après, il y avait ma vieille branche de Françoise pour parler chiards, psychoses et religion, que du relaxant. Et les indispensables mères Denis pour m'adorablement mettre au bord de louper mon dernier transport.

Je vais te tuer un de ces matins, tu le sais, ça ...


Sinon, pour sortir du gotho-goth, Rodolphe j'espère que tu me lis et que je te serrerai la louche hors période électorale, et Docteur Noktu, désolé de pas avoir pu se séparer en hommes bien élevés.

lundi 19 mai 2008

Difficile d'en dire mieux

Vu que le Goulot aura déjà bien clapoté du gosier à ce sujet. En gros :


Fiend : Un peu lent au démarrage (hé, normal, c'est du doom merde), mais une fois la locomotive lancée, difficile de descendre en marche. Ca riffe, ça groove, méchamment, et dans le public, ça se nique les cervicales. La classe totale.


Complete Failure : Je parlais de cervicales, faudrait-il que je me répète, je m'en sentirais pourtant idiot. En même temps Complete Failure, c'est idiot, mais c'est ça qu'est bon. La comparaison avec Cursed n'est pas volée, ça tabasse à l'identique, en plus grind quoi. Foutrement jouissif.


Jucifer : Hélas. Tout ce que je retiendrai ou presque de leur set, c'était le son juste imbouffable pour ma part. Impossible de distinguer quoi que ce soit, ça semblait atonal au possible. Entre deux horribles assauts de grave à se péter le cerveau, on arrive pourtant à distinguer un potentiel sludgey ô combien délectable. Moins convaincu par les interludes grind, par contre, à voir sur cd, ça se rattrape peut-être. 


Genghis Tron : Formidable performance de jeanMichelJarrecore, c'était puissant, mélodique, un peu trop parfois peut-être. Pas de quoi casser la barraque, comme nous en avait pourtant prévenus un type défoncé à tout et n'importe quoi (Gulo nous lâchera bien une p'tite ordo, s'il a le temps) pendant la pause bière, tandis qu'on zappait scrupuleusement Nachtmystium, n'hésitant pas au passage à nous causer TITD en termes de "tarlouze metal", histoire de nous faire entendre qu'il fallait juste venir pour la compagnie des Tron, ce que nous n'entendrons pas de cette oreille, mais ça reste somme toute assez plaisant.


Today is the Day : Tarlouze Metal, tu disais? 

Au grand dam de certains, Today is the Day, est devenu avec le temps un groupe de bouchers. Rien de surprenant alors de voir Steve Austin et ses sbires ouvrir littéralement le feu sur leur public, massacrant au passage quelques-uns de leur vieux standards à la sauce grindoblastinyaface du plus bel effet. C'était juste jouissivement viscéral, psychotique à souhait, et salement défoulant. La punition, quoi. Mention spéciale pour le passage a capella, on n'y croyait pas mais il l'a quand même fait, et il a eu bien raison, le con. 

Today is the Day, Jucifer, Complete Failure, Fiend ; la Maroquinerie, Paris, 18/04/08

Fiend : ça commence comme du doom standard, ce qui veut dire que ça entame direct les cervicales, irrépressiblement, puis à partir du morceau cool psyché dont j'ignore le nom, on commence à entendre enfin la voix d'Heitham, et le feeling assez monstrueux de la bande, autant dans le planant que dans les récurrents finale punky sludge des morceaux ; une furieuse envie de fondre sur leur stand, mais on me souffle dans l'oreillette qu'ils n'ont rien à vendre, chié ;furieusement à suivre.

Complete Failure : je sais que j'ai été un des rares à ma connaissance, avec la Perlouze, à kiffer ma maman aussi veugra, mais le fait est : CF (quelles initiales doublement prestigieuses ...) reprend les choses où Cursed les a laissées après le premier épisode, et injecte à ce crust sûrement fake et assurément 00's une sauvage dose de grind sans perdre grand chose en punk'n'roll, si Cursed en somme avait décidé de devenir plus méchant au lieu de devenir plus ambiancé ; l'album m'avait bien remué, le concert a été bien pire ; à partir de là, mes cervicales ne sont plus qu'un souvenir.

Jucifer : comme sur disque : alternance et répétition de doom, grind, grunge, stoner et (beaucoup moins audible que sur disque) voix melliflue ; en pas du tout pareil ; en version jam sans répit, complètement dionysiaque, avec un son massif et résolument pas chaleureux rondouillard et le reste de ces conneries postales ; c'est bien simple à l'entrée dans la salle il fait noir comme dans un four et ça pique les oreilles direct comme à un concert de Sunn O))) ; sauf que la mémère est bien plus chaleur que Greg et Stephen, surtout lors de cet échange regardesque totalement vain et fatal, plus tard au bar désert ; fuck.

Today is the Day : tunnel blastextremenimp, où votre serviteur reconnaîtra à peu près rien sinon au détour d'un mot qui permet de rattacher une avalanche à un album ou l'autre, sinon surtout le chef d'œuvre de TITD, la deuxième partie d'If you want peace blabla, qui l'a mis par terre et au bord des larmes recta, en état d'asphyxie nerveuse dépassée qu'il était depuis sa journée de la veille, mais j'ai décidé de m'épargner pour une fois toute gonzoïtude, rapport à ce que j'ai bien assez raconté de conneries que je ne saurai me rappeler ni rattraper au long de cette après-midi, vous ne saurez donc ni mes ennuis de Chartreuse, ni mes petites joies people, ni les perles de freestyle non-stop, ni tout ce que j'oublie de cette riche à vomir vesprée, parce que vous me faites chier.

Ah, il paraît qu'il y avait d'autres groupes, mais je n'aime pas casser, et puis parler de trucs dont on a entendu 2 minutes chrono ce n'est amusant que de temps à autre.

Je compte sur mes estimés coulègues pour vous donner leurs versions des événements.

dimanche 18 mai 2008

Daniel Darc, L'Olympia, Paris, 17/04/08

Peine. Peine de constater qu'Amours Suprêmes, que je me retenais de réécouter depuis deux semaines pour l'entendre là-bas d'une oreille avide, n'est pas bien transcendant, désolé. Peine d'entendre comment son groupe de tâcherons heavy variétoche derrière massacre la délicatesse ou l'eightisme des morceaux (laisse la pianiste tranquille, Alain, et tue plutôt le batteur). Peine de voir les attentions fébriles et énamourées de Rozum avec Berry, sa fort mignonne première partie (et clone vocal de Mme la Présidente), qu'il fait venir à ses côtés et qui le poignarde de 3 bises sur les joues.
Joie, tout de même, d'assister à cette clôture de tournée en forme de branding fervent, exécuté par une bonne vieille Emma émue aux larmes et aussi marquée, dans tous les sens du terme, que le vieux Rozum.

jeudi 15 mai 2008

Nine Inch Nails : The Slip


Trent est un ami - il fait même partie du cercle de mes plus vieux meilleurs potes. A cela deux conséquences : l'objectivité, qui d'ordinaire avec moi fait deux, ici fera trois ; et je ne parlerai pas des deux premiers morceaux de cet album (sans compter l'intro).
A présent que nous voilà en bonne société, devisons aimablement. Tout un chacun s'accorde à se récrier que cet album est constitué de chutes de studio de With Teeth. Vous avez entièrement raison, braves gens. Chute, comme c'est approprié à propos de l'homme qui a écrit The Downward Spiral et Further Down the Spiral. Et c'est bien un frère de With Teeth que nous tenons là, la parenthèse engagée de Year Zero est bien finie - les concepts boursouflés, ça n'a jamais réussi à Trent, voyez The Fragile. Ainsi trouve-t-on ici "Discipline", chanson jumelle d' "All the Love in the World" - en plus écervelément pumping, de prime abord, poum-tssss technodiscoïdes en avant et gimmicks de piano bien identifiables. On trouvera de la même façon "Lights in the Sky", jumelle de "Something I can never have", qui semble elle aussi à une oreille rapide et vérifieuse une version édulcorée, émoussée, clémente pour tout dire ; et partout, ces effets de guitares parfaitement reconnaissables, tout comme l'est cette science toujours aussi atterrante du beat à compression un peu tordu et parfaitement imparable, et on se permettra sûrement de juger tout cela ronronnant - on aura sans doute encore raison : les chats ronronnent aussi pour se rassurer, pour se bercer dans les moments de panique, et si ça vous est jamais arrivé c'est que vous avez eu une existence de chançard. Les deux morceaux susdits, les parallèles évidents qu'ils montrent, et toute la tonalité de l'album en somme, me font penser à "Only", la chanson qui résumait With Teeth - en encore plus dépouillé, débarrassé des oripeaux abrasifs et pugnaces que ne l'était cet album que nombreux ont estimé édenté. Trent ne fait plus dans l'extrême, le torturé, le touillage de plaie. Désolé pour vous. Trent en a réchappé, il sait de quoi, il n'y retournera pas fouailler pour votre soulagement, merci bien. Etre le christ, c'est très surfait. Les démons ne s'expulsent jamais, savez-vous ? C'est une formule, juste on peut arriver à une forme de paix inquiète avec eux, de sérénité couturée, de tranquillité hantée, l'amertume est là partout dans un murmure, et elle s'est rarement aussi bien mariée avec la grande douceur qui est l'autre pulsion majeure de Trent. De Prince gothique il est devenu une sorte de Robert Smith US, un adulte qui ne craint pas de regarder parfois vers là où il a dû ensevelir l'enfant écorché, à dépérir loin du regard du monde.
Trent continue sa chute sans fin, toujours plus en apesanteur, toujours plus intouchable, indifférent, léger, fluide, souriant, dans le ciel de son angoisse, immobile en fin de compte, le fond sera toujours trop loin pour être autre chose qu'une pure idée désormais.

P.S. : je sais que rien ne peut te toucher, Trent, mais sois sûr que tu conserves tout mon amour.

lundi 12 mai 2008

K.K.Null & J.Plotkin : Aurora


Ether empoisonné. Onirisme glacé. Requiem à cordes rouillées. Sinistre rituel métallique. Peut-être le genre de truc qu'on entend quand on passe de l'autre côté du rivage. Comme une hallucination auditive. Une résonance des pulses de l'organisme agonisant, réinterprétées par un cerveau en dégénérescence. Comme un ultime chant du cygne.
A la croisée improbable entre Lustmord et Cocteau Twins, Aurora semble au-delà du temps, de l'espace, de la matière et des températures. Tout ici est froid comme une chambre d' azote sinistrée, ou brûlant comme un réacteur nucléaire en surchauffe. On est traîné en apesanteur dans des contrées limbiques, ou l'air est suffocant et la lumière, rare. Des vents arides viennent souffler leur musique sur le squelette métallique et la tôle froissée des buildings en ruine, tantôt dans la douceur d'un murmure, tantôt dans la virulence d'un déluge. Le temps semble s'être arrêté, rien ne bouge ou presque. Les quelques entités vivantes, abyssales et difformes, qui peuplent cet environnement crépusculaire se meuvent d'une démarche anémique, dont la lenteur frise l'immobilité, comme pour se fondre dans un paysage fait de rien, ou seules règnent la poussière et la rouille. Parfois cependant, des échos métalliques viennent déchirer cet air empli de torpeur avec une régularité quasi-rituelle. D'ou sortent-ils? Peut-être sont-ce les derniers spasmes d'une civilisation en déroute, perdue quelque part dans ces espaces âpres et déserts. On imagine pourtant difficilement la présence, du moins la perdurance de civilisation ici, parce que tout simplement pas la possibilité de vie humaine dans un environnement que le temps a rendu si hostile. On finit alors par se demander ce qu'on fait là soi-même, si on est vraiment là, si on est encore vivant. Et si on est encore humain. Qui sait. On fait peut-être maintenant partie du décor, une pierre, une branche de corail, une croûte de magma refroidi, ou une tache de rouille. Pire. On est revenu à l'état primitif des choses, on fait partie d'un tout et de tout, on est la matière à son état le plus modulaire et irréductible. On est ce que toute chose est vouée à devenir, tôt ou tard. On est au coeur du vortex, là ou convergent toutes les destinées. On est la poussière. Et c'est ici que le chemin s'arrête.

Seekness : The Crack Between the Nothing


La trace de trop. Celle qui fait que d'un coup tout devient noir. Que les mots autour de toi enflent et éclatent comme des grosses bulles, te lâchant dans le vide. Tac-tac-tac, comme des fusibles qui sautent, dans tes oreilles. La vision prise d'à-coups, qui descendent, qui descendent. Celle qui te fait connaître ce que veut vraiment dire sortie de corps. Ce machin comme la mort, qu'on ne peut par définition imaginer tant qu'on y est, dans le corps. Devenir ça. Où le démonstratif ne pointe sur rien. Strictement rien. Disloqué dans toute la substance du firmament. Ça fritouille, ça stridule, ça déhanche et désarticule en ronronnant comme ça fond en grésillant, ça te viole par toutes les limites que tu n'as plus, tu es ouvert aux quatre vents du multivers, ça est, pas toi. Ça est cauchemar insensible, palpitation inerte, ça visque et ça consume. Ça a faim. Ça fait des fils comme de la fondue et ça grandit, démesurément, sans fin, et ça explose encore, et se dilate encore, et encore en plaques de textures aveuglantes qui te traversent, et encore. Élévation, encore un peu plus, qui écrase. Ici les plans, grouillants, se chevauchent, s'interceptent, s'enchevêtrent, une orgie dévitalisée, intangible et dure comme l'os. Encore une imbrication. Une fusion en marche arrière. Ça laboure ta matière qui n'est nulle part, mais qui est la seule chose qui existe. Ça te parle, des mots qui ne désignent strictement rien, mais qui transissent d'horreur. Ça se contorsionne dans le sens en lambeaux en expansion où tu es éparpillé, ça y fouaille, ça intervertit tout, tout ce dont tu n'as plus notion depuis longtemps. Clac. Ça coupe.

dimanche 11 mai 2008

Psyopus : Our Puzzling Encounters Considered


Des ravages de vivre avec son temps. Chroniqueur et chroniqué intoxiqués au petit jeu de l'escalade et de la blasitude, avec la même excuse des deux côtés : la jeunesse, que voulez-vous. Car il faut bien le reconnaître, ce premier album-là ne procure que la migraine. Ce qui n'est pas le cas de celui-ci. Lui fait tout ce que vous avez toujours rêvé de faire subir aux Blood Brothers : les gonades collées au 220, la bouche au mixer, et la rondelle au marteau-piqueur. Met le jus, petit. Et ça swingue ! Façon Venetian Snares, c'est à dire rarement plus de quelques secondes, parce que toutes les 5 y a un blast à balancer au milieu des canards en plastique, des bonbons pulsatiles, des gouzi-gouzis limpides, de la joie de toute les couleurs et des piaulements vrillés. Comme chez Venetian Snares, on comprend rien et c'est ça qu'est bon, et là y a des guitares.
Franchement, c'est du chaotic hardcore, même si c'est sûrement 'achement composé, vous croyez pas que je vais me faire chier la bite à structurer et analyser - vas-y fous la scie sauteuse dans le bain moussant au patchouli, pour voir ?

Piqure de rappel

Parce que c'est quand même du Acid Bath qui vient de taper un meuj de coco en un trait, et qu'il lui reste l'autre narine à faire - et qui n'a pas envie de jouer au lover, ça non.
Parce que je viens de me l'écouter un peu par défaut et que je me suis retrouvé à réprimer un haka graveleux à l'arrêt de bus comme un débutant, et que là, tout de suite, je le mets en album de 2008 sans même y penser ni discussion.
Parce que c'est le spectacle d'un groupe tellement à surbloc de grooves qu'il n'arrive pas à en tenir un plus de, allez, dix secondes, c'est pas du mathcore non plus - tellement il éjacule déjà d'un autre encore plus surgras et explosé de puissance.
Parce que le sludge, c'est bien, mais quand ça thrashe c'est encore mieux (filez m'acheter Hail!Hornet bande de tarlouzes) et quand ça deathe on ferme sa boîte à conneries et on a la gaule.
Parce qu'on est des hommes, oui ou merde ?

Tous ceux qui n'ont pas compris qu'on parlait du dernier Soilent Green, tu sors.

samedi 10 mai 2008

Let there be a revival

Les Soulsavers, auteurs d'un premier album de trip-hop cinématique machin parfaitement oubliable, entament ce second par une fatality sans pitié rigoureusement enivrante. Un gospel imparable qui te met par terre pantelant, carbonisé instantanément de désir du Seigneur.
Ensuite, ils déroulent ce qui est toujours du trip-hop cinématique, l'ambiance chaloupant cette fois langoureusement entre western de cul-de-sac et gospel de fond de flasque, au point qu'ils se confondent admirablement, dans un crépuscule boucané. Ce n'est plus la même histoire, du tout. Parce que sur le premier, ils n'avaient pas SAS Mark Lanegan, que vous appellerez Maître, merci.
Mark Lanegan l'avoue volontiers, il ne croit pas en Dieu. C'est sans doute pour ça que je reconnais si violemment la souffrance frissonnante, l'épuisement hagard qui gonflent et font l'âme vibrer quand il chante d'une voix d'enfant Jesus o Jesus I don't wanna die alone, Jesus o Jesus, now all I have is you.

Ah ben flûte, c'est tout ce que j'ai à vous dire sur cet album. Quoi, vous voulez que je vous bourre le mou à quel point il est bon, mortel, fatal, mieux que tout ça ? Que je parle des autres morceaux puisqu'il n'y en a pas que deux ? Bien sûr qu'ils sont bons et très bons, Mark est dessus, cougourdons. Mais tout à mon avis (humble ? et mes couilles ?) se résume à cette simple et brutale sensation, à laquelle on s'identifiera ou pas, cette évidence avec laquelle, parfois, le Seigneur qui n'existe pas est le seul interlocuteur à pouvoir vous entendre, à qui on ait envie de se dissoudre, ce poinçon incandescent à l'emplacement de la foi qui fait que le gospel le plus extatique et douloureux, le plus sincère, le plus élégiaque, s'élève du coeur du coeur transi d'un incroyant farouche, forcément.
J'imagine que tout ça n'est pas très clair, pas bien grave, comme disait l'autre : comprendront ceux qui doivent comprendre. Les autres peuvent dormir comme des bienheureux.


Soulsavers : it's not how far you fall, it's the way you land

mardi 6 mai 2008

I am the walrus

Jeudi dernier, c'était le premier mai.
Selon les endroits du cosmos on l'appelle Dur, ou Guldur, Loki, Bacchus, Lucifer, et tant d'autres ...



Sans, c'est tricher. Et donc, Gulo Gulo s'est rendu au Camp de Crucey accompagné du groupie n°1 d'Arkhon Infaustus, rejoindre Mike la tête de brique, un schizophrène clinique sous peutri, le Fronk et sa douce, et une pompière travaillée du bulbe , histoire de groover un peu en mode plastique fondu, et de faire un feu, comme il se doit en cette période sacrée de l'année, et de mourir deux fois ou trois, cramé au bord du cratère.
Maintenant il ressemble un peu à ça :




Les absents ont toujours tort.