lundi 12 mai 2008

K.K.Null & J.Plotkin : Aurora


Ether empoisonné. Onirisme glacé. Requiem à cordes rouillées. Sinistre rituel métallique. Peut-être le genre de truc qu'on entend quand on passe de l'autre côté du rivage. Comme une hallucination auditive. Une résonance des pulses de l'organisme agonisant, réinterprétées par un cerveau en dégénérescence. Comme un ultime chant du cygne.
A la croisée improbable entre Lustmord et Cocteau Twins, Aurora semble au-delà du temps, de l'espace, de la matière et des températures. Tout ici est froid comme une chambre d' azote sinistrée, ou brûlant comme un réacteur nucléaire en surchauffe. On est traîné en apesanteur dans des contrées limbiques, ou l'air est suffocant et la lumière, rare. Des vents arides viennent souffler leur musique sur le squelette métallique et la tôle froissée des buildings en ruine, tantôt dans la douceur d'un murmure, tantôt dans la virulence d'un déluge. Le temps semble s'être arrêté, rien ne bouge ou presque. Les quelques entités vivantes, abyssales et difformes, qui peuplent cet environnement crépusculaire se meuvent d'une démarche anémique, dont la lenteur frise l'immobilité, comme pour se fondre dans un paysage fait de rien, ou seules règnent la poussière et la rouille. Parfois cependant, des échos métalliques viennent déchirer cet air empli de torpeur avec une régularité quasi-rituelle. D'ou sortent-ils? Peut-être sont-ce les derniers spasmes d'une civilisation en déroute, perdue quelque part dans ces espaces âpres et déserts. On imagine pourtant difficilement la présence, du moins la perdurance de civilisation ici, parce que tout simplement pas la possibilité de vie humaine dans un environnement que le temps a rendu si hostile. On finit alors par se demander ce qu'on fait là soi-même, si on est vraiment là, si on est encore vivant. Et si on est encore humain. Qui sait. On fait peut-être maintenant partie du décor, une pierre, une branche de corail, une croûte de magma refroidi, ou une tache de rouille. Pire. On est revenu à l'état primitif des choses, on fait partie d'un tout et de tout, on est la matière à son état le plus modulaire et irréductible. On est ce que toute chose est vouée à devenir, tôt ou tard. On est au coeur du vortex, là ou convergent toutes les destinées. On est la poussière. Et c'est ici que le chemin s'arrête.

3 commentaires:

gulo gulo a dit…

hahaha, croirait-on pas que la mode est à la désubstantiation ces derniers temps ? je le réécoute bientôt et je te fais l'ordo qui va avec

Le Moignon a dit…

Héhé, merci
Tu m'rappelles d'ailleurs que j'ai un Seekness à récupérer, en espérant qu'il y soit encore , glups...

gulo gulo a dit…

écouté hier depuis le ventre du serpent : une splendeur de haikus en des cathédrales de statues de chevaux en tôle, de fornications bouddhistes post-atomiques, le troisième oeil en pleure de joie ; et cette chro est toujours aussi fulgurante