jeudi 15 mai 2008

Nine Inch Nails : The Slip


Trent est un ami - il fait même partie du cercle de mes plus vieux meilleurs potes. A cela deux conséquences : l'objectivité, qui d'ordinaire avec moi fait deux, ici fera trois ; et je ne parlerai pas des deux premiers morceaux de cet album (sans compter l'intro).
A présent que nous voilà en bonne société, devisons aimablement. Tout un chacun s'accorde à se récrier que cet album est constitué de chutes de studio de With Teeth. Vous avez entièrement raison, braves gens. Chute, comme c'est approprié à propos de l'homme qui a écrit The Downward Spiral et Further Down the Spiral. Et c'est bien un frère de With Teeth que nous tenons là, la parenthèse engagée de Year Zero est bien finie - les concepts boursouflés, ça n'a jamais réussi à Trent, voyez The Fragile. Ainsi trouve-t-on ici "Discipline", chanson jumelle d' "All the Love in the World" - en plus écervelément pumping, de prime abord, poum-tssss technodiscoïdes en avant et gimmicks de piano bien identifiables. On trouvera de la même façon "Lights in the Sky", jumelle de "Something I can never have", qui semble elle aussi à une oreille rapide et vérifieuse une version édulcorée, émoussée, clémente pour tout dire ; et partout, ces effets de guitares parfaitement reconnaissables, tout comme l'est cette science toujours aussi atterrante du beat à compression un peu tordu et parfaitement imparable, et on se permettra sûrement de juger tout cela ronronnant - on aura sans doute encore raison : les chats ronronnent aussi pour se rassurer, pour se bercer dans les moments de panique, et si ça vous est jamais arrivé c'est que vous avez eu une existence de chançard. Les deux morceaux susdits, les parallèles évidents qu'ils montrent, et toute la tonalité de l'album en somme, me font penser à "Only", la chanson qui résumait With Teeth - en encore plus dépouillé, débarrassé des oripeaux abrasifs et pugnaces que ne l'était cet album que nombreux ont estimé édenté. Trent ne fait plus dans l'extrême, le torturé, le touillage de plaie. Désolé pour vous. Trent en a réchappé, il sait de quoi, il n'y retournera pas fouailler pour votre soulagement, merci bien. Etre le christ, c'est très surfait. Les démons ne s'expulsent jamais, savez-vous ? C'est une formule, juste on peut arriver à une forme de paix inquiète avec eux, de sérénité couturée, de tranquillité hantée, l'amertume est là partout dans un murmure, et elle s'est rarement aussi bien mariée avec la grande douceur qui est l'autre pulsion majeure de Trent. De Prince gothique il est devenu une sorte de Robert Smith US, un adulte qui ne craint pas de regarder parfois vers là où il a dû ensevelir l'enfant écorché, à dépérir loin du regard du monde.
Trent continue sa chute sans fin, toujours plus en apesanteur, toujours plus intouchable, indifférent, léger, fluide, souriant, dans le ciel de son angoisse, immobile en fin de compte, le fond sera toujours trop loin pour être autre chose qu'une pure idée désormais.

P.S. : je sais que rien ne peut te toucher, Trent, mais sois sûr que tu conserves tout mon amour.

4 commentaires:

raven a dit…

dommage quand même, avec ces histoires de jumelles, de pas trouver la soeurette de "Right Were It Belongs"

gulo gulo a dit…

toute la fin de With Teeth est déjà la jumelle de celle de Downward Spiral

Jumbo a dit…

c'est bizarre mais à chaque fois que j'ai entendu telle chanson de NIN est la jumelle de telle autre, tel album de NIN est tel autre mais dans telle version, bref, j'ai jamais été d'accord avec tout ça, j'ai très rarement trouvé de véritables ponts entre ses chansons...
Enfin en tout cas, Trent, je t'aime aussi !! (et de quoi The Fragile ??)

gulo gulo a dit…

the fragile pue