mardi 24 juin 2008

Sheep on Drugs : Greatest Hits


Cet album porte on ne peut mieux son nom, il contient plus de tubes que n'importe quelle compile de n'importe quelle usine à tubes. Mais avant tout, cet album EST la moustache. Tribal disco house hard rock batcave ebm. Les textes causent de passer à la télé, des drogues ou d'amours motorisées. Parfois des trois. A quatre pattes, morue, et pense à l'Angleterre ...

lundi 23 juin 2008

Vive la Fête : Nuit Blanche


Il faudrait sans doute la plume infatigable de notre prodigieusement prolixe invité pour dire la naïveté de mauvais goût et les vingt mille lieues sous le maquillage à la truelle de ce disque. Car on se noie pour cette nuit blanche dans la cheapitude tartignole, le culte nymphomane des années 80 - et non du kitsch, on est suffoqué, strangulé par l'amour vrai de ces années-là, de ces rythmes qui entraînent jusqu'au bout de la nuit, dégoisé à tue-tête avec le mordant girly des années techno, la furie des générations post-X, post-tous les extrémismes et les dernières extrémités du quart d'heure de gloire, les drogues de synthèse, les passages au noir et au nihilisme fashion. Oui, je ne suis pas Jean-Jean, mon Jeannot ... Et surtout, surtout il y a, en huitième position, "Noir Désir". Ah ; une absolue boucherie de la vulgarité la plus éperdue de sentimentalisme, qui ouvre le bide sans aucun ménagement.
Punk is dead ; new wave's not ; sweeeeeet.

dimanche 22 juin 2008

ONG

J'ai aussi été goth et j'en traîne encore des choses que d'aucuns utilisent sans doute pour pocher les oeufs, so ...


UMBRA ET IMAGO – Mea Culpa

Questions boulets, j’ai à revendre. Ne croyez pas que j’en fasse un faire-valoir ou une marginalité de bon teint, non : ce serait mal me juger. N’imaginez pas un seul instant que j’écoute le moindre de ces groupes (dont je tairai la liste par souci de concision - Philou, merci de baisser la tête) au second degré. Hola ! pas de ça chez nous, grands dieux ! Ce serait m’insulter purement et simplement, ça reviendrait texto à dire à notre vioque adoré qu’il écoute Hatebreed parce que c’est rigolo (l’amour à ses raisons que la raison ignore, vous connaissez la chanson). Donc, Umbra Et Imago. Asseyez-vous, inspirez profondément, cachez ce sourire moqueur que je ne saurais voir. Gothique ? Je veux mon n’veu ; et jamais masqué, que Saint-Augustin & les catins de Gomorrhe m’en soient témoins ; masqué non, peinturluré, oui, et « maquillé comme une drag queen » pour reprendre l’expression consacrée – mais malgré les plâtrées de fond de teint j’y ai toujours trouvé plus de sincérité que dans bien des groupes estampillés gogoth et dits cultes (le premier qui prononce Andrew se prend un claquos). Vous voyez cette pochette ? Pardon encore, mais elle résume beaucoup, de ce feeling PVC, de ce fol agencement, de ce radada costumé, de ce charisme de marlou assumé jusqu’au bout du cigare, comme Judas P. avait pu l’avoir avant eux. Mais ici, on parle d’allemands, et c’est déjà en dire long sur nos lascars. Car voyez-vous mon cher Nicolas, le teuton a cette sensibilité qui lui est propre, pour faire glousser mélancolie et ronronner vague-à-l’âme. On le dit grossier, ringard, mal embouché. Il l’est, certes, mais son cœur est pur. Mozart a souvent la bouche occupée à brouter les minous mais c’est un chanteur, et Mea Culpa le disque de ce chanteur, de foire, de cirque, tout ce que vous voudrez, mais freak à la façon des freaks qui ne forcent pas le trait par faire-valoir, freak par fatalité, et non par nécessité, freak comme ça-parce-que-j’y-peux-rien-mec, la vie est une pute sans pitié qui m’a fait naître avec un menton carré et que mon accent j’y peux rien non plus alors autant faire avec, voire exagérer ma sale tronche en y rajoutant des babioles et du tipp-ex à foise et pourquoi pas des quintaux de khôl sous la paupière ; freak juste parce que dame nature ne m’a pas laissé le choix, voilà tout. Et on serait capable d’en faire un défaut, de dire que c’est kitsch pour le concept, et maladroit pour l’attitude ; que nenni mon seigneur ! Goules et succubes, florilège de charcutaille (de boudins), Umbra Et Imago, dont le goût du kitsch était jadis plus diffus, atteint sur ce disque son summum ; c’est un festival, une orgie de tubes avec de purs refrains de tubes (les allemands sont doués pour les tubes, ne pas oublier que c’est la patrie de Snap et 666) – et Mozart lui, titube devant le trône, se rattrape sur la lunette, misère tant bien que mal contre la faïence, arrive enfin à poser son cul, force les sphincters, perle dru en poussant de plus belle, beugle à la cabocharde, essaie de contrôler sa chorée avec grand peine, en faisant la grosse voix, en cafouillant son germain comme un gros cochon, en chiant de la bouche ; la musique qui est derrière c’est du métal, non pardon, du gothic-metal, et ça tue debout. Ils ont piqué à Rammstein, plus que les riffs voulus parallélépipèdes et la production limpide, leur sens de la ballade hypersensible & musclor, le charisme surlifté et la gonflette, mais ô malheur, la puissance n’a pas suivi : les guitares sont bridées comme des chiennes dociles, les fûts découennés, les chœurs féminins sentent le rosé de Provence ; ô bonheur, c’est encore mieux comme ça - plutôt que martial, on est chevaleresque ; on se prend à rêver d’aventures impossibles entre le donjon et le nightclub, on brode des textures bâtardes, sans complexe on caoutchoute les jointures, on gaine les claviers de play-doh et de makomoulage, on asperge de techno bas de gamme, de clavecins Fétide Adams, de vieilles reverbs toute moisies, Laibach pointe son nez sur « Teutonenlied » mais Mozart rêve de faire du hip-hop sans se l’avouer, il rêve aussi de faire du black-metal apparemment, mais n’en ayant pas les capacités physiques le triste sire se vautre – admirablement bien je précise, car il y croit, quand il se déglaire le gosier sur son « Schmerz » ; on pose le moment lover pop avec Peter de Wolfsheim, les travelos moyenâgeux de Tanzwut rameutent leur binious pour un énième hit, ailleurs on tombe sur d’improbables et érotiques soupirs, et puis comme ça, une reprise du Dieu Falco en mode baroque & froufrous qui devrait faire lever les jupons de Madame La Duchesse et gicler ce qu’il y a en-dessous, Caligula-style.

Comment faire un disque en marbre avec des synthés en plastique mou, des guitares en carton, des chœurs en polystyrène et un sinoque mégalo au mic ? La réponse est ici mon Jeannot.

Jean-jean

vendredi 20 juin 2008

Krisiun : Conquerors of Armageddon


Du brutal death, à ce qu'on dit. Une connerie, si vous voulez mon avis, puisqu'il est bien connu que le brutal death est une musique illisible par des oreilles qui aiment un tant soit peu le groove. Conquerors of Armageddon, c'est plutôt un Slayer qui n'alignerait que des latinos - il paraît qu'ils sont brésiliens, pour moi je sens des quintaux de Colombie là-dessous, see what i mean - ou un Morbid Angel bodybuildé comme sur Gateways, pris d'un véritable berzerk. C'est primaire, répétitif, monocorde sur le blast, ça ne dissone ni ne sweepe ni ne tappe ni rien, obrigado. Il suffit d'être evil et d'exploser ; et pour ça, todo match ! Car, à savourer au casque, sous ou plutôt sur les riffs menaçants qui font le boulot sans imagination, puisqu'il suffit d'une poignée de notes de préférence proches et dans le bas de la gamme, il y a le flow du growler, à la personnalité bien trempée et débordant dans tous les coins, son timbre rauque et inhumain, quasiment du Ben Falgoust sans le détachement cynique, mais aussi cruel, et le flow, aussi, du batteur, tout aussi volubile, qui donnerait presque envie de dégainer le "tribal", si ce n'était qu'il réussit, lui, à convoquer les tambours de guerre, contrairement à certains compatriotes gras du cheveu, et qu'il grimpe systématiquement un level de déchaînement chaque dernier tiers de morceau - partie où, veinards, le guitariste vous fond également sa petite bielle avec une régularité remarquable.
Bref, que de la bonne furibardise déversée en tonnes linéaires. Alors, parler d'un disque qui envoie la purée en quantité industrielle comme d'une gourmandise qui ne se déguste que bien concentré sur la finition, c'est sans doute contre-productif ? D'une, ce n'est pas leur meilleur à mon goût (je préfère l'ultra-saccadage encore plus dopé du dernier-jusqu'au-21-juillet AssassiNation, ou la rawitude du Black Force Domain des débuts) ; de deux, vous passez à côté d'un bon coup de bûche, c'est vous qui voyez.

Concours de bites chez les hobbits

Spéciale dédicace liminaire qui me fait penser qu'il y a une star que j'ai omis d'inviter céans et que je vais devoir réparer cet oubli catastrophique bien vite, mais ceci nous éloigne du sujet du jour, qui est :
une Battle, mesdames messieurs (la soumienne est au moins aussi rare que la gutsienne, d'ailleurs la seule recensée est les deux, on la salue tendrement - cette intro est en train de tourner au putain de pince-fesses, à croire que je me fais dessus)

Le jeune beau gosse teigneux et logorrhéique que vous avez appris à connaître et à craindre est back de son bac à sable, avec la ferme intention de clasher papy sur une plate qu'il n'aurait jamais eu la chance de révérer sans ledit ancêtre, ainsi le veut l'éternel changement des générations, depuis que le monde est monde, allez ...
Comme je suis un mec qui écoute Hatebreed sans rire, je vous la balance et je la prendrai en même temps que vous :

NN – Magic

La fin de ce tunnel je la connais. Le stade terminal, je l’ai entrevu – quand la douleur s’estompera c’en sera fini. Je le sais – je sais également que où ce corridor me mène – je sais où vous me conduisez, je sais ces choses que vous taisez, je sais ce que ces flacons contiennent ; et ces aiguilles scintillant dans la pénombre, et ces pilules de nacre, je sais quel sera le compte-rendu – le verdict – ma sentence pour une vie trop courte passée à attendre un déclic. Ma libération je la nommerai en murmurant, je n’en laisserai aucune image, aucun souvenir ; ni à cet écran qui me dévisage ni à ces patients qui n’en ont que le nom ; les cris des enfants se résorberont dans des notes lointaines, seul subsistera un squelette de chaos, un soupir diffus, un chuchotis glacial, celui d’une femme, ou ce qui ressemble à une femme. Il n’y aura rien que le métal et la lumière l’éclairant. Un halo de lumière – cette lumière qui fait les morts – et l’horreur du gouffre sans fond, du vide, la fin de tout – ici l’horreur ne naît pas dans l’ombre mais sous une lumière blanche, nue, celle des néons ; les notes sont froides ; les notes tombent au goutte à goutte – celles d’un scanner, d’un cardiogramme, d’une humanité en passe de rendre l’âme - le grésillement d’une ampoule qu’on croira orchestré par les phalènes tournoyant autour. Croyez-moi quand je vous dit que j’ai peur ; peur de cette fin. Je ne parlerai pas ; j’effacerai tout souvenir salissant ; de ce manège je ne retiendrai rien – ni la douleur ni ses échos ; ni le temps trop long entre deux injections, ni ces plaintes sourdes surgissant des étages me tenant prisonnier, ni cette langueur glaciale, au centre de ce colosse de verre et de béton quadrillé par les hommes, au cœur de ce bâtiment dans lequel vous prétendez guérir l’inguérissable ; dans lequel vous vous acharnez à maintenir dans la lumière tous ces enfants appelés par la nuit ; à l’épicentre, j’apprendrai à parler avec lui tandis que mes chairs s’affaibliront ; sa présence sera totale, de ces présences qui font tomber les barrières, rendent muet, annihilent toute cognition; le temps n’aura plus d’emprise, ni le ballet de vos lames ni cette vie assourdissante ; lui seul l’aura sur moi, près de ce lit blanc, de ces geôles d’argent - il tournera autour de ma carapace, un sourire à peine voilé, son regard me renverra ma propre image : celle d’une ombre qui fût autrefois un homme. Il prendra l’apparence d’une femme pour me tromper, m’approcher, amplifier la lumière blafarde des néons jusqu’à la rendre aveuglante ; une voix de femme, oui – hypnotique ; neutre et dépourvue de pathos car inhumaine, froide, une voix gelée entre les murs et, étrangement, érotique – aussi érotique que peut l’être un gouffre sans fond ; cette voix qui murmurera des choses à travers les rideaux de plastique, appelant magie ce que d’autres nommeront mort cérébrale ; plus aucune frontière alors ne nous séparera, mon corps disparaîtra, la pâleur de son visage, sa blondeur, ses gestes lents et son regard de porcelaine, tout sera ainsi : neutre. Sans douleur. Incolore. Mort. Vide.

Jean-Jean

Lifelover : Pulver


Lifelover fait du depressive beumeu emo-coldisant, Lifelover n'aime donc pas la vie, Lifelover est suicidaire cynique, et nanani et nanana. Foutaises. Lifelover vaut bien mieux que cette façon de se présenter en contrepied débile. Lifelover n'est pas anorexique, Lifelover ne passe pas sa vie de merde dans sa chambre à ruminer sa rancœur contre tous ces connards dehors, qui reluquent goguenards sa mine de porte-manteau constipé et déplumé. Pas moyen qu'ils soient ce genre de curistes-là, à la Xasthur ; pas avec cette folie, non. Du vrai curiste à l'ancienne, déjanté, alcoolique, avec le cachet nordique en sus.
La consanguinité entre la cold et le raw norwegian, d'autres l'avaient déjà chouettement prouvée, mais jamais de cette façon complètement torchée, pour évoquer les misères sexuelles et les amours en vrac, et vice et versa, avec ce fatras où titubent dans la plus grande fluidité, renversant tout sans jamais se viander, les riffs en scie, les pianos neuneus, les guitares aqueuses, les comptines de marelle, les basses chagrines, le shoegaze fracassé, les vociférations des bois et les brames d'amour en chien qui se vautrent mais ne lâchent pas l'affaire. Et dans le débraillement généralisé de sentiments sanguinolents, grisé de bile et de larmes, on ne peut que sentir, furieux, l'amour de la vie à en avoir des crampes d'estomac ; comme par une de ces nuits qui sont des plongeons tête la première dans le tunnel, sans le moindre espoir, que l'attente fervente qu'au matin quelque chose d'autre en ressorte, ou rien du tout.
Peu importe, alors ressers-nous un mètre, et repasse-moi les cachets.

jeudi 19 juin 2008

Amen Ra : Mass IIII



Ne croyez pas ce qu'on vous racontera ailleurs, Amen Ra ce n'est pas du postcore, et je le prouve.
Primo j'ai un poteau, le pauvre il en a trop écouté du posttruc et aujourd'hui il peut plus, il reconnaît volontiers qu'Amen Ra c'est du bon. Deuxio moi qui n'ai jamais réellement pu en écouter, après avoir dit tant et plus d'horreurs sans avoir écoutés les Belges dont il est question je suis tombé sous le charme comme une pucelle à la sortie de ce quatrième volume. Troizio il est de notoriété publique que le -core dans postcore est un résidu vidé de sens qui aurait dû suivre le même chemin que le hard-, et que le postcore ne prend rien d'autre que du chichon, et Amen Ra c'est du hardcore, du hardcore monotone, planant et qui rame, avec un chanteur qui vocifère crassement comme on se gratte des démangeaisons sans fin. Amen Ra n'a que foutre de vagues colossales et des mondes engloutis y attenants, en dépit de leurs artworks aux penchants monumentaux clichetonnants, Amen Ra ne survole rien, que le sol de très près (spéciale dédicace), là où les vapeurs toxiques se lovent lourdement, en poix comme la teinte dominante desdits artworks.
Mais encore ? Rien. La musique d'Amen Ra ne se déploie pas, ne se développe pas, c'est en autiste hâve, rongé par la fournaise des opiacés qu'elle annone ces riffs de forgeron, dont les fameuses montées, laborieuses, ne font que l'engourdir encor, dévitaliser un peu plus un cerveau qui n'est plus que charbon rougeoyant. Prostration. Résorption.

Primordial : To the Nameless Dead


Primordial fait partie de ces groupes rares, comprenez précieux à mon cœur, plus uniques que les autres. A la façon de Neurosis. Avec peut-être la différence que, pour ce que j'en sais, les Irlandais n'ont pas inventé le style dans lequel ils officient ; je devine qu'existe toute une branche, pagan-folk-celtic-black-dark-metal de mes deux ; peu importe : c'est comme si ; tout comme Neurosis, ils devraient, dans un monde lucide et digne, être les seuls investis pour jouer ça, tant nul ne saurait prétendre porter la sincérité à ce point d'incandescence.
Folk, pagan, black, le reste ? Sans doute, à la base ; mais raffiné à mesure des albums il y a surtout un style à part entière qui n'est qu'à eux de plein droit : heroic metal. Un genre de heavy, oui, dans ce goût de ce que l'on a envie d'appeler larger than life ... si ce n'est que non ; que la force miraculeuse de Primordial, c'est de faire se sentir en vie ni plus ni moins, vivre ce qu'ils racontent, ces sentiments ardents, grandiloquents, immenses et gonflés de farouche fierté de l'être, de vous transformer n'importe qui pourvu d'un cœur pas trop rassis en Boromir.
Cette fois, justement, leur monumentale puissance de conviction emprunte des expressions tellement simplifiées encore sur la voie de l'irrésistible, de l'imparable, du colossal de base, qu'on pense presque à du besancenot-core, pour dire le genre de mélodies épiques tire-larmes ; mais l'intention ne saurait être la même ; pas de montée-explosion, foin du pachydermisme et de la catharsis, I won't be born again. Je suis vivant et je brûle, et en tant que tel je me dois de courir jusqu'à ce que le souffle quitte mon sein, et encor après ; ce n'est assurément pas la même façon de se tenir face à la tempête, on n'accueille pas les éléments déchaînés les bras ouverts en espérant y unir à nouveau sa substance de civilisé moderne, on les regarde en face, en homme, réceptacle séculaire des mêmes forces.
Primaire ? Non, idiot, primordial.

mercredi 18 juin 2008

Pneumatic Detach : Ko.mor.bid


Pneumatic Detach, qui fait ici enfin péter tout son potentiel, a quelque chose de Nordvargr, dans cette façon dont la pureté douloureusement limpide du son fait d'autant jaillir à la face comme qui vous savez la saleté de l'intention. On pourra également, à fin de borner cette étrange et maligne musique, citer Hecate, pour le goût du staccato dans le breakcore, et Cdatakill, pour la couleur nocturne futuriste et hantée, et puis Zymosiz, pour cette manière de faire cogner les beats synthétiques comme une impro de percus qui tourne à la transe ultraviolente, et même Exclipsect, pour le mitraillo-pilonnage chirurgical, avec moins de fioriture systématique ; et aucun de ces pénibles et innombrables projets indus-rythmiques à qui la saturation tient lieu de méchanceté ; tout est dans la sécheresse impitoyable des impacts, la précision de la matraque et la lubrification parfaite des pistons.
On le ferait, et il faudrait ensuite vous dire que tout ça c'est des conneries et que vous pouvez vous asseoir dessus, parce que Pneumatic Detach sonne définitivement unique, et que ça on préfère se fier à votre curiosité pour en faire la cuisante découverte. Et pour finir on se dispensera avec votre permission de dresser le tableau cyberpunk chiadé - sachez simplement qu'il est aussi noir que la pochette et inhumain que - allez, un dernier - du Xenonics K-30.

Ophiolatry : Transmutation


Un album qui met mal à l'aise. Oh, pas que l'ambiance evil y soit surlignée, non, juste pesamment présente. On nage pourtant en plein ultrabrutal ; comme les mecs sont brésiliens, votre inculte serviteur pense vaguement à Krisiun, mais il ne trouve pas ici la même humeur martiale fulminante, avec ces trois inquiétants-là tout est fluide malgré les cassures plus nombreuses que chez les susnommés, à l'inverse des épaisses lignes mélodiques, ici obscurcies, chahutées, grimaçantes. Cascades sans répit de blast polypien, solos à la démence froide, morceaux brefs qui s'enchaînent à toute blinde, on se croirait au milieu d'une grotte pleine de chauves-souris, et on soupçonne qu'un truc pas immodérément sympathique se monte à mesure de ces incantations sans aucun lyrisme, ce marmottement caverneux affairé qui n'annonce rien de bon. Et il y a aussi, çà et là, ces interludes dissonants electro-mathcore, ou contemporain désaccordé, ces sons techno-stridulents, ces hideuses voix déformées, qui passent comme des hallucinations, pas tout à fait perçues dans la stupeur qui gagne la perception ... Et puis, au bout de trente minutes, tout disparaît avec une espagnolade, troublante, glaciale, délicatement martelée de cruels points d'interrogation ...
J'ai dit "disparaît", vraiment ? Quel terme regrettablement inapproprié.

mardi 17 juin 2008

The fall of Ministry, Bataclan, 15/06/08

Bombe à merde, alors. 
Finalement, notre G.G. national - heureux, l'homme de mauvaise foi - de rechigner d'en être, il a gagné sur tous les tableaux. En même temps, j'y serais pas non plus allé, si ce n'était cet estampillage "tournée d'adieu" sur l'affiche. Bah ouais, en général, quand ce genre de connerie est indiqué, ça veut aussi dire que tu vas en prendre plein le cul, et que tu vas repartir la larme à l'oeil, après avoir supplié cent fois, mille fois le groupe que t'es venu voir une ultime fois de rester encore un peu, de réfléchir, est-ce bien raisonnable, il est peut-être encore un peu tôt, tout ça tout ca. Un moment magnifique en somme, que si tu l'as pas vécu, tu peux pas comprendre. Alors oui, on en a pris plein le cul, la larme à l'oeil : 30 euros dans le fion, ouais, t'as mal. par contre le reste, non, bizarrement. Bon, déjà, je vous passe la première partie, y paraît que c'était naze, moi j'y étais même pas comme ça c'est reglé, on est peut-être passé à côté d'un taillage de costard bis. Le temps qu'on rapplique dans la salle et qu'on prenne bonne place, une grille commence à se mettre en place. Une grille? Est-ce possible? Un espoir, une lumière? Ce truc légendaire que tu vois sur les vieilles vidéos live über-kvlt de Ministry, du temps ou ils t'en mettaient plein la tronche, et que t'espérais jamais voir en vrai? (en même temps le concert de l'an dernier m'a tellement peu marqué, j'ai peut-être pas capté qu'ils en avaient déjà une)... Là limite tu t'attends à voir Biafra débarquer fraîchement défoncé, marchant au pas martial sur fond de just one fix, aaah ce serait trop beau. Mais le temps que le concert démarre, t'y crois plus trop en fait. Bon déjà, un petit cadeau-surprise : un visionnage en méga avant-première exclusive du nouveau clip de RevCo!!!! Ah chouette, ç'aurait peut-être été plus sympa qu'ils nous la jouent, ça sent le foutage de gueule à plein nez. Puis viennent les hostilités. Ok. Faut pas se voiler la face, Al se fait vieux maintenant, et les vieux n'en font qu'à leur tête; même en France, il a envie de nous prendre la tête avec sa deuxième maman, ce bon vieux Bush, qui lui sert de poule aux oeufs d'or depuis quelques années maintenant, même si lui y croit à fond. Alors bon, voilà le set basé essentiellement sur les trois derniers albums, sans chercher plus loin. Un p'tit houses of the Mole dans ta face? Roulez, jeunesse! Le groupe enchaîne les morceaux, dans l'ordre du disque en plus, tu te dis okay, attendons au moins Warp City, histoire de se fendre la poire. Paf, non, on finit juste You're Wrong et on repart sur Rio Grande Blood, c'est l'exaspération, pas un seul vieux morceau, pour les fans de la première heure, du moins des premiers Ministry, ça fait mal au coeur. Alors bon, oui, c'est pêchu, ça fait sautiller, c'est distrayant tout ça. Mais, hum, c'était juste une tournée promotionnelle en fait, donc, c'est ça? Cette grille, c'était juste la poudre aux yeux, une excuse lamentable pour donner la plus-value "concert d'adieu" à une prestation quoi de plus banal qu'on me l'aurais dit je serais pas viendu. Meeerde! Le groupe se barre, On a même plus envie de les rappeler, maintenant, c'est malin. Mais bon, ils reviennent, c'est de bon coeur, c'était pas previou mais ils reviennent quand même. Et allez, de bon coeur, ils rattrappent un peu le coup avec des classiques, so what démarre. Et quand on ressort les vieux cadavres, les vautours reviennent prendre leur dû. Les vautours c'est nous bien sûr, les vieux fans grincheux qui n'attendaient que ça. On reprend un peu de sourire, c'est cool, avec un peu de chance, c'était juste une mauvaise blague, ils vont encore nous pondre 1h30 de show, avec des morceaux qu'ils ont jamais joué, ça y est je revis, quel bonheur wahou. Ca enchaîne sec, du NWO, du Just one fix, un thief, hop, quelques joyeuseries du genre, sur lesquelles le groupe apporte quelques petites modifications, comme de mesquines façon de la part de Jourgensen pour dire merde à Barker : triste pour un concert d'adieu. Les réjouissances ne dureront pas longtemps, en fait, mais on en redemande, une dernière faible lueur d'espoir dans l'oeil. Oui? Une petite reprise? Un petit slow country à 2 francs six sous pour promouvoir notre album de reprises de merde, c'était bien ça que vous demandiez? Le temps de ces quelques minutes désagréable et Ministry dit au revoir une dernière fois et Al de déblatérer au mic : "c'est magnifique, c'est magnifique" à moitié hilare. Al n'en a rien à foutre, il s'est bien payé notre tête tout le long de cette soirée. Ce sera un adieu en mauvais termes, surtout la chute d'un groupe que je considérais encore il y a quelques années comme un mythe. Tu parles! le seul truc qui pourrait encore faire revivre ce mythe, ce serait qu'Al se fasse buter en public avant la fin de la tournée, ou mieux qu'il se fasse enlever par les extra-terrestres. Ministry s'en va, et on est bien forcé de le dire, c'est pas trop tôt.

samedi 14 juin 2008

Gored : Human


Sombre ? Hé, par ma foi ! Oui. Lol ? Pas vraiment, non. Pas fondamentalement à cause des samples de cours de dissection compassés - mais pas en dépit non plus, hé ho. Car si au début on enregistre leur présence comme un cliché débonnaire, ils finissent à force par vous plomber le moral bien comme il faut, et contribuent insidieusement à cette sale ambiance de terne sauvagerie, de bestialité sans rut, que dégagent les morceaux de carne, et les vocaux - qui eux aussi font une entrée trompeusement anodine, toute pitchée, avant que d'abattre leurs sordides cartes sur la table dans un marmonnement de charogne. Pareil pour la batterie grind typique à base de blasts de pots de yogourt, ses coups de sang pathétiques sont finalement peau de lapin au milieu du marigot de groove putréfié bien death qui suffoque cet album, enseveli qu'il est de basse ignoblement douillette de crunch, qui donne à ce goredeath une touche nauséeusement industrielle - voire death industrial - Great Death, quoi. D'ailleurs ils vous feront même endurer quelques passages décharnés-glauques de ruelle, vous savez, comme tous ces groupes de crustcore new school se sentent obligés d'en faire. En beaucoup moins glamour et bottleneck. Tout dans ce cauchemar est terne, lourd, grumeleux, hostile, morose. Amis du fun et de la paillardise à 4°6, crevez.

vendredi 13 juin 2008

Tricky : Knowle West Boy


2008, l'année du retour gagnant avec l'audace ? Après Aaron, qui nous donne ces jours-ci la dernière chose qu'on attendait, un (free)party album en béton explosé, Adrian est back dans les bacs, avec un album pas mauvais du tout, ce qui est aussi la dernière... Alors oui, les beats asthmatiques et la respiration claudiquante sont toujours portés manquants, on est en territoire nonchalamment pêchu, une sorte de rap-ragga'n'b, indus-rockisant à la Bubblegum de Master Lanegan version booty, les morceaux sont variés comme sur Blowback, voire Maxinquaye (que j'aime encore moins, en fait), y a même un morceau de trip-hop dites donc, et un bien ténébreux encore, et puis ça sent le sud, à mi-chemin entre le quartier et la cambrousse, laid back, écrasé de soleil, les dents en or de sortie dans les sourires égrillards, la chanteuse est émouvante quand bien même elle n'a pas l'hygrométrie amazonienne de Martina à la grande époque, et cette chronique ne ressemble à rien, c'est normal j'ai dû écouter le disque 4 fois depuis hier, à chaque fois dans un état chimico-psychologique assez différent, mais ho, merde ! Adrian a ressorti un bon album, spread the word.

November Növelet : Cigam


A-hem ; quelle heure est-il - quel jour sommes-nous ? Oh ; ils ont fini par m'y envoyer, sur cette station sur la Lune, alors ? C'est donc que j'ai bien fini par faire/subir quelque chose d'abominable ? Mais pourquoi d'ailleurs semblè-ce si évident ? Et pourquoi, dans ce cadre apaisant, lénifiant, clinique, hygiénique, curatif, où je me trouve apparemment, tout est-il si évidemment, limpidement douloureux, tranchant, lancinant, alors que mon cerveau, que toute la routine communément appelée âme, ou coeur, paraît court-circuitée, alors que tout vécu toute surface émotionnelle paraît pure et stérile tout est-il si source d'élancements aussi aigus que fantomatiques ?
Des fois, la chose qu'ils m'administrent par les côtés du crâne s'endimanche de pulsations gauches et caressantes, ça tire sur un boyau en moi mais il n'est tendu qu'au néant. Je veux pleurer, alors, mais j'aimerais encore mieux me rappeler ce que le mot veut dire. Je m'entends parler à l'envers, lettre à lettre. Je le sens partout mais ne le vois nulle part ; Satan est ici.
Ça gonfle en moi, ça frémit déjà juste derrière ma frontière avec l'extérieur et à toutes mes issues, et derrière il n'y a qu'un rien dévorant.

"Docteur, on est en train de le perdre !"

Prince Harry, Binaire, This is Pop, La Miroiterie, Paris, 12/06/08

Est-il encore utile de présenter/décrire Binaire ? Les gens ne veulent pas aimer Binaire - c'est bien pire : ils aiment bien Binaire, ils trouvent ça sympa, ça envoie le bois, pouah - et ils dansent pas. En revanchent ils aiment - relativement aux proportions de certains cercles du www - écouter le vieux s'enflammer sur Binaire, taquiner la vieille groupie péremptoire. Alors en vlà : Binaire est toujours le meilleur groupe du monde, le seul dépositaire de cette programmation de boîte à rythmes imbéciloïde punk et tech de base qui tatane jusqu'à ce que tu déclares forfait, et articule je te prie pasque je suis complètement sourd de cette oreille, de cet amour pyromane des aigus liquides, les rois no-wave-noise-rock de la témon des familles qui fout dans les transes comme t'oses même pas en rêver quand tu te touches en écoutant Big Black, avant de te ressavater jusqu'à la nausée comme en 40 - quand on aurait jamais osé chier un Atari Teenage Tafiotte, exactement.
En même temps, on a dit "Binaire" et "Miroiterie", la seule phrase suivante devrait être "nuff said" - parfaitement, et ce serait déjà une longue phrase ; mais on se doit à son public, ne doit-on pas ?

Ah, au fait, je vous laisse juger de l'utilité de la précision : ceci a été écrit à 18h45, en attendant que les groupes installent leur barda. Allez niquer vos mères.

Toutes mes confuses au Moignon pour le moulin à paroles qu'il a dû se fader, et la bise à Overmars.

mardi 10 juin 2008

Venetian Snares : Detrimentalist



Pas de sentiment. Fini les concepts esthétiques qui nous ont donné les plus grands frissons, d'émotion, d'amertume, de terreur, de beauté, de désir dégénéré, mais aussi quelques graves moments d'embarras dernièrement ; finis le gothique et le romantique ; finie aussi l'idm aussi relevée qu'une Budweiser qui nous a seulement causé une indifférence atterrée. Aaron Funk est de retour, et il est content ; de cette joie monstrueuse, inhumaine, impersonnifiée, qui gronde d'un seul spasme de la main galvanisée qui pousse le saphir aux pieds innombrables qui ruinent le champ ou le tarmac - comme qui dirait qu'Aaron a dû passer quelques week-ends en anglaise compagnie, sur des campings sauvages, si vous me suivez. S'il y a la moindre idée centrale ici, c'est le nihilisme chéper, ce truc qui n'a que faire du moindre machin qui fasse sens, que tout un tas de gens qui "n'ont pas besoin de ça" trouveront nauséeux et stérile, et ils auront raison.
Qu'ils passent leur chemin. Detrimentalist donne ce qu'il faut à cet opiniâtre peuple sans idéal, sans autre but que la palpitation primordiale, une tempête de tout ce qu'il faut à une horde en pleine communion élémentale, avec des munitions pour des heures, c'est à dire plus, toujours plus, de pitch jusqu'à l'absurde sur les samples vocaux qui ne visent qu'à abolir la pensée, de crépitements frénétiques et vertigineux dans le beat, de sons débiles et trippants, de palpitations collantes de hardtek breakée sèche comme du cuir de kétaminé : toujours plus de perchance, une course explosion sans fin, une débauche infatigable, une voracité insatiable de jubilation fiévreuse, pure décharge sur décharge de chimie essentielle - dans tous les sens du terme, écoutez ce que je vous dis. Ou écoutez votre corps, qui sait bien mieux que vous ce qu'il veut et où il peut vous emmener en surrégime, vous avez même pas idée. Aaron Funk mérite à nouveau son nom, plus que jamais même. Detrimentalist est bien moins fun que Chocolate Wheelchair, bien plus glissant que Glue Funk Hits, et tellement plus sincère : le cocktail parfait de son rave et free ; Aphrodite, LFO, Inner City Life, Zen Paradox, Venetian Snares, tout passe au fracassage, tout est désarticulé dans la fureur sans morale, sans émotion autre que la surexcitation et son assouvissement déraisonné dans le temps-même de leur dépassement ; que du bon gros mental vide de sens qui bouge tes membres sans passer par toi, et tout qui devient noir.
A la fin de l'album, après la sidérale boucherie "Flashforward", quand on revient à du Vsnares plus reconnaissable, avec des mélodies sorties tout droit de HCCBU, d'abord bousculées par l'hystérie rythmique qui ne veut pas débander, qui continue de cravacher et concasser dru, puis sur un mode enfin apaisé, c'est avec le bonheur des levers de soleil sur l'un de ces nulle part dévastés qui viennent de revoir la création de la vie, et sa consomption, comme à l'époque. Sérénité totale sous les saccades, mâchoires maxi-crispées, et paix délicieuse d'un appétit inentamé.
Seul, douloureux, défaut de Detrimentalist : ce n'est pas un mix, et il ne dure pas des heures - un morceau comme "Eurocore MVP" se finit même alors qu'il est en train de promettre de devenir encore plus outrageusement monstrueux qu'il n'est déjà, de grimper encore un violent cran dans la surenchère jouisseuse, et ce n'est pas la seule fois que cette frustration se produit ... A presque regretter d'avoir loupé le drôle en concert.
Aaron, t'aurais mieux fait de ramener ton boule à Crucey au lieu du Nouveau Casino ce premier mai, ça manquait un peu de sons où scotcher sans voir passer les heures, qui t'épuisent bien jusqu'au fin du fond.
Hardcore, même pas mort.

lundi 9 juin 2008

Chrome bloody Hoof, punks !





Who's sorry now ?

Vilette Sonique, Vendredi 6/06/08 : Throbbing Gristle + Pan Sonic + Viva and the Diva

Soirée tête brûlée, donc.


Ca  commence mollo pourtant, avec Viva and the Diva, sous des auspices vraisemblablement kraut rock selon le petit guide de la Villette Sonique. Impossible de confirmer pour ma part, ce style est une lacune dans mes connaissances musicales. Trois zicos débarquent sur scène, je les distingue mal, un mec gueule après Genesis P.Orridge et là, en voyant débarquer une silhouette féminine sur la scène j'ai comme l'affreuse impression que les premières parties ont été zappées. Mais non, en fait c'est une femme, une vraie, -et foutrement sexy en plus de ça !! - et qui, par dessus le marché va foutre le feu sur scène pendant tout le set, que même les nanas du premier rang sont pas loin de mouiller leur culotte en la regardant faire. Tour à tour vulnérable et dominatrice, avec un sex-appeal surdéveloppé et une plastique que tu savais même pas que ça existait en vrai, style pin up amerloque des anées 50 tout droit sortie d'un film de David Lynch. Ca tombe bien, la musique l'évoque un peu, en plus grungy cependant, on dirait Sigmund und Sein Freund qui se serait mis au blues-rock ou un truc du genre. Synthé old-school, guitare chouettement dissonnante, même si plutôt inoffensive, et cette blondette pulpeuse qui n'en finit pas de gémir ou de brailler, toujours avec classe, j'en bave et re-bave, et qui conclut le set assise sur le rebord de la scène, une énorme capuche dissimulant sa jolie petite tête sous un apparat bizarrement funèbre. Charmant amuse-bouche.


Le temps de prendre l'air, je reviens prendre ma place pour Pan Sonic malgré mon mauvais à priori, ne connaissant à ce jour que leur collaboration live avec Merzbow, que j'avais trouvé par ailleurs soporifique. Ca tombe mal, je commence justement à piquer du nez mais l'arrivée des gus sur scène me remet direct les idées en place. Pan Sonic c'est pas soporifique, putain non, ça pourrait même te coller une bonne insomnie. Ca commence, non pas avec un bête mur de saturation comme je le craignais, mais plutôt une vibration, le genre bourdon monstrueux qui t'écrase comme un moustique, très vite accompagné d'une grosse rythmique bien virile : de là à faire péter le bombers et balancer les poings dans le vide, moustache powerstyle oblige, il n'y a qu'un pas. Le set se poursuit, moins musclé, mais on est encore tellement occupé à encaisser ce premier coup d'éclat qu'on ingère sans broncher la suite, qui reste totalement jouissive, et judicieusement rythmée. Sur le mur, une courbe sismographique nous donne une vague idée de ce qui est en train de nous niquer les tympans. P'tain, c'est beau! Enfin c'est fascinant en tout cas, on en oublie la présence des zicos, l'oeil rivé sur cette ligne convulsée. On la regarde, elle vibre, se tord, vibre encore, en corps, notre corps, qui se met à vibrer, à devenir courbe. On ne détecte plus la présence de ce qui nous entoure, mais le contact des autres peut nous sortir de cette torpeur, parce que tout le monde vibre, le moindre toucher nous fait vibrer encore plus. Et ça vibre et ça vibre, tout ça non stop! Les mec font tout vibrer sans prendre le temps de souffler, c'en devient absurde de les applaudir entre deux morceaux, ils en ont sans doute pas besoin, ils ont l'air de savoir ce qu'ils font et se foutent sans doute de notre opinion. Au pire, on les remerciera à la fin, après avoir gerbé toutes ses tripes, parce que bon, tout ça fout quand même salement la nausée. Mais bizarrement, c'en est presque réjouissant. À côté, SunnO))), c'est vraiment de la quéquette, et la dernière performance - pourtant déjà bien lobotomisante - de Scorn au Glaz'Art, c'est du bonne nuit les petits. On en ressort en tout cas avec les zygomatiques bloquées. Euphorisant. 


Grosse appréhension sur Throbbing Gristle, le clou de la soirée. On avait entendu leur nouvel album l'an dernier, plaisant certes mais pas immortel. En fait, là moi, si je suis venu ce soir, c'est plutôt pour me prendre quelques vieux classiques dans la tronche, Discipline et Zyclon B Zombie en bonne place. Oui mais voilà, près de trente ans ont passé, la clique TG n'est sans doute plus ce qu'elle était, Peter Christopherson a pris de l'embonpoint et Genesis P.Orridge ressemble maintenant plus à une vieille pute fatiguée qu'au jeune détraqué qu'il avait pu être en cette époque dorée ; ça sans compter la vieille Cosey et le vieux Chris. Surprise pourtant, ce soir pas de endless knot qui tienne. Et alors que les premiers morceaux défilent, un truc nous pète à la gueule : pour leur premier passage en France, les cartilages pulsatiles nous font la performance live qui avait jadis constitué the Second Annual Report. Réjouissance pour certains, déception pour d'autres, ceux qui trouvent ce disque imbouffable -c'est vrai qu'il est chiant, mais bordel, qu'est-ce qu'il est bon. Pour ma part, sentiments partagés entre joie de me prendre cette énorme pièce old-school en pleine tronche, et légère amertume de constater que ça passe décidément mieux sur disque, bien posé, qu'en concert, debout dans la fosse - c'est vrai que c'est chiant quand même, mais bordel, qu'est-ce que c'est bon, aussi. Le groupe arrive quand même à nous sortir d'un certain état d'abrutissement à la fin du concert, avec after cease to exist, morceau qui servit à l'origine comme bande son d'une performance vidéo de Coum Transmission, un alter ego de Throbbing. Vidéo assez dégueulasse d'ailleurs, projetée pour l'occasion, où l'on assiste à une séance de castration aux ciseaux, plus vraie que nature. L'air sature de vibrations jouissivement malsaines, puis à la fin du morceau, le groupe se barre, merci et au revoir. On crie, on hurle, on acclame, Peter revient, me confirme qu'il s'agissait bien de la prestation du Second Annual Report, ce qui me laisse le temps de réclamer un petit Zyclon B Zombie à voix haute, ce à quoi un vieux de la veille à côté de moi, bien décidé à fermer le clapet des petits arrivistes dans mon genre, nés beaucoup trop tard pour avoir vécu le groupe à la vieille époque et acheté les vinyles édités au même moment, que le morceau susnommé n'était certainement pas sur l'album. Ouais, bon, mais sur la réédition... Peu importe, on s'en branle parce que c'est le bien nommé et attendu qui démarre en guise de rappel. Ô jouissance! Seul Genesis semble ne pas trop y mettre du sien, et déclame des lyrics qu'il/elle semble aujourd'hui regretter avec une mollesse qui rend le morceau encore plus zombie - tant mieux, donc. Le groupe se rebarre, on recommence à acclamer et le vioque à côté de moi, bien décidé à avoir le dernier mot, me fait comprendre que c'est pas la peine, qu'ils reviendront pas cette fois-ci, ce sur quoi il a raison, forcément. M'en fous, moi aussi quand je serais grand, je pourrai jouer les vétérans.

samedi 7 juin 2008

Chrome Hoof, Folie Belvédère, Paris, 07/06/08

Allons bon ; comment rapporter ça ? Utiliser les références usitées ? Sunn O))) : à part les robes de scène, détournées à la mode disco, je vois grave pas, et c'est heureux si vous voulez mon avis. Funkadelic, ou Parliament (je confonds) : je connais pas, mais j'imagine que la puissante présence de la négresse au bodio aussi énorme que la quéquette à Eugene doit jouer.
Mes sempiternelles références à moi, alors ? Camper un Cop Shot Cop qui joue du funk satanique ? Qui cogne aussi hardi sur les répétitions qu'un Shub-Niggurath & Sister Iodine Big Band ? Sans omettre d'insister, qu'y a pas que la pigmentation que la dame partage avec Eugene, j'en ai encore chaud aux regrets ?
Dégainer les grands mots ? Dionysiaque ?
Panique, tout simplement.
Oui, je vis beaucoup de moments orgiaques. Je suis un privilégié, que voulez-vous que je vous dise ?
Ah ! et énorme, je l'ai dit, énorme ?

C'est con, parce qu'à ce point, j'étais bien partant pour une soirée d'enfer avec des gens pareils, mais Shellac et Melt Banana, ça me donne moyen envie de m'endetter, et Mission of Burma j'ai oublié d'écouter, sorry Olivier. Du coup ce fut Into the Night dans le RER de 20h30, et ça c'est déconseillé.

Chromatics, Jardin des Iles, Paris, 07/06/08

Difficile.
Difficile de jouer, entre le courant qui coupe et le synthé qui saute. Mais ça commence enfin.
Difficile de rentrer, passés les deux ravissants inédits d'entame, dans ces versions qui semblent retaillées pour le concert en contexte rock, des rêves de velours de l'album. Surtout en plein jour et malgré une rachitique bruine curiste à mort (salut à toi, l'ami). Difficile de se laisser aller serré au milieu de ce troupeau de nostalgiques rangés et de mômes surlookés mais aux guiboles remarquablement inertes, d'autant que stressé par l'horaire votre immodeste serviteur n'avait pas trouvé le moment de s'enfiler par-dessus cravate quoi que ce soit qui fasse le pied léger.
Difficile de ne point être déçu par concert si court et rappel encore plus court, qui reprend le thème de R.U.T.H ... sans Ruth, qui visiblement ... bah, pas grand'chose, d'ailleurs - hmm, j'entends déjà les gros sabots du JJ qui s'en vient chanter au GG l'air du "j't'avais dit, allumeuse, blablabla".
Jimmy, si d'aventure tu es dans les parages, ramène-les nous, avec Glass Candy, et au Triptyque.

Heureusement, après ça, le gulo a filé voir Chrome Hoof, où il a pu se fusiller convenablement cuissot ET cervicales. Yummy.

Roisin Murphy : Overpowered


Atroce. Cette envie de me remettre à gober, à enchaîner les panachés dans le Marais jusqu'à deux heures, avant d'aller passer aux vodka-perrier au Gibus, et déployer mon envergure à la taille de l'univers sur la piste, y plonger et y danser comme un comprimé effervescent, exulter sans fin jusqu'au bout de chaque doigt au milieu du langoureux tressautement général, et pourquoi pas envisager de serrer, au moins d'un peu plus près, la petite blonde qui pète le feu et un sourire confondant, là-bas ... Où sont mes 23ans ...
Roisin Murphy est anglaise, aussi anglaise qu'Annie Lennox et que les Basement Jaxx, aussi anglaise que le UK garage - si vous vous acharnez à chercher où finit la soul et où commence la new-wave, comment on passe du disco au two-step, du garage à la pop, si vous ne savez pas dans votre pelvis que les Anglais sont les empereurs de la dance culture, les seuls capables d'envoyer une musique aussi pop-catchy et aussi club-smart à la fois, si vous ne savez pas ce qu'est un anthem ... Laissez tomber. L'élégance de s'apprend pas.

Kill the Vultures : The Careless Flame


Je vais pas vous la jouer urbain, flingues, renois patibulaires, flaques de sang, ni tout le saint frusquin. D'une, je sais pas faire, ou j'ai la flemme, ou c'est pareil, enfin y veulent pas. De deux, ça me fait pas du tout ça, KTV.
Bien sûr, ce disque sent la rue. La rue comme quand on y descend le cerveau en vrac, le coeur en scoubidou fondu, les nerfs en tartare, la mâchoire dépendue - je vous en foutrai moi du "au ras du bitume", vous avez déjà arpenté le pâté de maisons les bras à plusieurs tonnes chaque, façon gibbon, et le menton pire encore, avec le filet qui commence à dégouliner, les yeux qui scrutent tout par dessous ? Avec le cruchon qui saute qui bute, toujours sur la même phrase qu'il lui tourne autour, toujours aussi impossible, et y a pas moyen, il y revient, à se vénèr tout seul, chercher à piger - vraiment ? Ou juste à s'assommer dessus à force, à la faire rentrer quelque part qu'on en parle plus, qu'on oublie tout qu'on redevienne comme eux, là, présentable, opé, affairé ? I got a reeeeeeeeeeeeeeal indication of a laugh coming on ...
Mais ça s'arrête pas, ni la voix qu'on connaît bien et son galimatias obsessionnel, ni les absurdes fifrelins qui tournent en boucle en se cognant aux murs du labyrinthe sur le tambourinement doucement frappadingue. C'est la jungle assurément, mais elle est mentale, la touffeur est encore pire et les serpents mordent plus fort que des balles. Insane in the membrane.

vendredi 6 juin 2008

Cavalera Conspiracy, Le Bataclan, Paris, 05/06/08

Bon petit pogo, presqu'aussi orgiaque qu'un teknival.
Et un miracle : je me suis entendu avec des Lyonnais.

mercredi 4 juin 2008

Warning : The Strength to Dream


Doom. La simple évidence d'un sentiment déroulée, pas lent à pas lent, tout au long indifférent et sublime d'un album morne et dévitalisé, pesé de tout son bloc nu dans la batterie flegmatique, dans les riffs froids et durs comme la tombe au gré desquels le headbanging est hors de propos, le mol balancement irrépressible. Nulle glauquerie, nul vice, nulle violence à l'endroit de quoi que ce soit. Et toute la pureté de cet état dans une voix. En majesté dans son dépouillement absolu ; de toute couleur, de toute passion, de toutes humeurs mauvaises, de toutes macérations, de toute joie - car vous l'aviez compris, n'est-il pas ? Le sentiment est le dénuement parfait de tout espoir.

mardi 3 juin 2008

The Twilight Singers : Powder Burns


Le costard célio est froissé. Comme le teint bouffi et autant bleui de barbe que de dérives. Les cernes sont lourdement violettes. L'haleine est aussi moisie que la bouche est cartonneuse, et on allume une autre clope, tiens allume-toi sur la mienne, parce que celle d'y a 30 secondes nous manque déjà. Combien de paquets descendus, cette nuit, déjà ? De quoi on a parlé, déjà ? De tout j'imagine, mais à part ça ? Est-ce que j'ai dit beaucoup de conneries ? Je veux dire, trop pour te rester sympathique, un peu ? Attendrissant, ah ... J'étais pas assez parti pour te faire ma déclaration, rassure-moi ? Si, bien sûr ... On a dû se frotter, non, forcément un peu ? Sans doute pas grimpés ; quel con putain, avec ce que je me suis mis pour être à ma hauteur j'en aurai même pas le souvenir pour le chérir les jours où on a envie de se gratter amoureusement les croûtes ... Mais là, on a tellement grotesquement passé toutes les prudences élémentaires, et on a tellement ramassé et le jour qui se lève par-dessus avec sa brutalité impitoyable, qu'on se regarde dans les yeux et même pas mal, sans même y songer, comme une évidence, on a cette putain de sensation désabusée et enivrante, comme un douloureux assouvissement de tout, de s'être toujours connus aussi parfaitement, que ça sent la mort autant que la grâce le peut, en contemplant la route qui part vers l'horizon, par la baie vitrée de cette cafète. On pourrait faire n'importe quoi, de là, ça n'a aucune espèce d'importance quand c'est ce genre d'aube du monde et de fin de tout, et on ne fait rien, on jouit à en crever de ces minutes interminables qui s'enfuient dans le vertige et la panique sourde, la certitude que "la vie" ne saurait tarder encore longtemps à défoncer laconiquement la porte, violer et assassiner ce moment, et nous, y a qu'à voir ce matin métallique qui s'amène comme le bourreau. Putain. On préfèrerait même avoir rêvé tout ça, être en train de rêver encore. "M'sieurs dames, ne vous affolez pas, ceci est un hold-up, couchez-vous tous bien gentiment par terre sans faire les marioles et tout se finira bien pour tout le monde ..."
Se relever lentement du lino, en portant la main à une poche, et ne pas la quitter des yeux jusqu'au dernier moment ...

dimanche 1 juin 2008

Sonic Youth : Rather Ripped


Avant que de commencer cette chronique qui va sûrement en froisser, désamorçons-la direct, vous me ferez pas chier : or donc il est plus que probable que je ne serai jamais adulte et mourrai vieux petit con imbuvable.

Ceci posé, Rather Ripped. M'enfin ?! Je sais qu'on s'extasie un peu partout sur ce type de Sonic Youth, adult rock on appelle ça, des petits joyaux de composition je ne sais quoi, mature, voyez-vous ça, et patin et couffin. What the fuck ? Depuis que j'ai découvert Dirty il y a de ça ... une paye, j'ai toujours trouvé la musique de SY on ne peut plus adulte, ç'a même d'entrée tranché avec le reste de ce que j'écoutais, tellement ça sonnait nettement plus adulte, Music for Adults avant l'heure j'aurais même dit - et dieu sait si Dirty est un de leurs disques les plus ado. Prenez n'importe lequel des vieux, le premier, Sister, Confusion is Sex, celui que vous voulez, mais c'est incomparablement plus adulte et amer que ce disque de vieux cons douillets qui jouent gentiment du rock de collégiens, à la posé, à la je fais gaffe avec ma santé maintenant tu sais, à la feng-shui, comme les djeunes d'aujourd'hui qui trouvent pas cool de fumer, qui mettent des bouchons aux concerts et qui quand ils seront grands seront métrosexuels. Pouah.

Lava + Esoteric, Le Klub, Paris, 31/05/08

Fatum Elisum : du doom-death à l'anglaise, j'imagine - n'en écoute jamais ; musique qu'on devine sans surprise, donc, sobrement hard et sobrement goth, guitariste rythmique dans la grande classe quarantenaire, et chanteur habité, avec le sourire pile au moment où il faut ; un bon moment avec un groupe sans prétentions pour s'échauffer les cervicales au groove imparable du doom

Lava : j'avais un debriefing façon consulting complet pour le Moignon et le Moisi, ça ne vous concerne pas, surtout si vous lisez ceci parce que vous étiez absents ; vous saurez simplement que Lava, ça fesse ta maman ; pour les attardés, c'est du sludge, what else, en version bien à l'os, subtilement indussoïde, du power trio qui balance sec et droit au foie, Dimebag Lou je ne demande qu'à t'entendre intégrer le dispositif mais sache que la pression est mise, t'as intérêt à vite décrocher du mood crétois si tu m'en crois, bref Lava je dis raah, Cop Shoot Grief, et en bonus le tube à la Alleged en version swingabilly, total dancefloor, j'en reveux, vite

Rising Dust : trop occupé à encaisser la tarte susdite en papotant avec les larrons

Esoteric : merci, infiniment, à tous ceux qui sont pas venus, déplaçant le concert au Klub : comme subodoré, la hauteur de plafond, le confinement et la pierre nous ont donné tout ce dont on avait été frustré à la Loco l'an dernier ; subliminaux larsens, sidéraux froissements de tympans, patente vénération de Notre Seigneur Godflesh, crushing cosmic death metal dont on pourra à la rigueur regretter un brin trop encore d'épopisme metal - et de nappes wizard wc, heureusement ici noyées dans, enfin, de la gratte ; crépitements et planance à gogo

Big up à Rain Man, Buck, Toxine et au Docteur Noktu