dimanche 22 juin 2008

ONG

J'ai aussi été goth et j'en traîne encore des choses que d'aucuns utilisent sans doute pour pocher les oeufs, so ...


UMBRA ET IMAGO – Mea Culpa

Questions boulets, j’ai à revendre. Ne croyez pas que j’en fasse un faire-valoir ou une marginalité de bon teint, non : ce serait mal me juger. N’imaginez pas un seul instant que j’écoute le moindre de ces groupes (dont je tairai la liste par souci de concision - Philou, merci de baisser la tête) au second degré. Hola ! pas de ça chez nous, grands dieux ! Ce serait m’insulter purement et simplement, ça reviendrait texto à dire à notre vioque adoré qu’il écoute Hatebreed parce que c’est rigolo (l’amour à ses raisons que la raison ignore, vous connaissez la chanson). Donc, Umbra Et Imago. Asseyez-vous, inspirez profondément, cachez ce sourire moqueur que je ne saurais voir. Gothique ? Je veux mon n’veu ; et jamais masqué, que Saint-Augustin & les catins de Gomorrhe m’en soient témoins ; masqué non, peinturluré, oui, et « maquillé comme une drag queen » pour reprendre l’expression consacrée – mais malgré les plâtrées de fond de teint j’y ai toujours trouvé plus de sincérité que dans bien des groupes estampillés gogoth et dits cultes (le premier qui prononce Andrew se prend un claquos). Vous voyez cette pochette ? Pardon encore, mais elle résume beaucoup, de ce feeling PVC, de ce fol agencement, de ce radada costumé, de ce charisme de marlou assumé jusqu’au bout du cigare, comme Judas P. avait pu l’avoir avant eux. Mais ici, on parle d’allemands, et c’est déjà en dire long sur nos lascars. Car voyez-vous mon cher Nicolas, le teuton a cette sensibilité qui lui est propre, pour faire glousser mélancolie et ronronner vague-à-l’âme. On le dit grossier, ringard, mal embouché. Il l’est, certes, mais son cœur est pur. Mozart a souvent la bouche occupée à brouter les minous mais c’est un chanteur, et Mea Culpa le disque de ce chanteur, de foire, de cirque, tout ce que vous voudrez, mais freak à la façon des freaks qui ne forcent pas le trait par faire-valoir, freak par fatalité, et non par nécessité, freak comme ça-parce-que-j’y-peux-rien-mec, la vie est une pute sans pitié qui m’a fait naître avec un menton carré et que mon accent j’y peux rien non plus alors autant faire avec, voire exagérer ma sale tronche en y rajoutant des babioles et du tipp-ex à foise et pourquoi pas des quintaux de khôl sous la paupière ; freak juste parce que dame nature ne m’a pas laissé le choix, voilà tout. Et on serait capable d’en faire un défaut, de dire que c’est kitsch pour le concept, et maladroit pour l’attitude ; que nenni mon seigneur ! Goules et succubes, florilège de charcutaille (de boudins), Umbra Et Imago, dont le goût du kitsch était jadis plus diffus, atteint sur ce disque son summum ; c’est un festival, une orgie de tubes avec de purs refrains de tubes (les allemands sont doués pour les tubes, ne pas oublier que c’est la patrie de Snap et 666) – et Mozart lui, titube devant le trône, se rattrape sur la lunette, misère tant bien que mal contre la faïence, arrive enfin à poser son cul, force les sphincters, perle dru en poussant de plus belle, beugle à la cabocharde, essaie de contrôler sa chorée avec grand peine, en faisant la grosse voix, en cafouillant son germain comme un gros cochon, en chiant de la bouche ; la musique qui est derrière c’est du métal, non pardon, du gothic-metal, et ça tue debout. Ils ont piqué à Rammstein, plus que les riffs voulus parallélépipèdes et la production limpide, leur sens de la ballade hypersensible & musclor, le charisme surlifté et la gonflette, mais ô malheur, la puissance n’a pas suivi : les guitares sont bridées comme des chiennes dociles, les fûts découennés, les chœurs féminins sentent le rosé de Provence ; ô bonheur, c’est encore mieux comme ça - plutôt que martial, on est chevaleresque ; on se prend à rêver d’aventures impossibles entre le donjon et le nightclub, on brode des textures bâtardes, sans complexe on caoutchoute les jointures, on gaine les claviers de play-doh et de makomoulage, on asperge de techno bas de gamme, de clavecins Fétide Adams, de vieilles reverbs toute moisies, Laibach pointe son nez sur « Teutonenlied » mais Mozart rêve de faire du hip-hop sans se l’avouer, il rêve aussi de faire du black-metal apparemment, mais n’en ayant pas les capacités physiques le triste sire se vautre – admirablement bien je précise, car il y croit, quand il se déglaire le gosier sur son « Schmerz » ; on pose le moment lover pop avec Peter de Wolfsheim, les travelos moyenâgeux de Tanzwut rameutent leur binious pour un énième hit, ailleurs on tombe sur d’improbables et érotiques soupirs, et puis comme ça, une reprise du Dieu Falco en mode baroque & froufrous qui devrait faire lever les jupons de Madame La Duchesse et gicler ce qu’il y a en-dessous, Caligula-style.

Comment faire un disque en marbre avec des synthés en plastique mou, des guitares en carton, des chœurs en polystyrène et un sinoque mégalo au mic ? La réponse est ici mon Jeannot.

Jean-jean

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