mardi 10 juin 2008

Venetian Snares : Detrimentalist



Pas de sentiment. Fini les concepts esthétiques qui nous ont donné les plus grands frissons, d'émotion, d'amertume, de terreur, de beauté, de désir dégénéré, mais aussi quelques graves moments d'embarras dernièrement ; finis le gothique et le romantique ; finie aussi l'idm aussi relevée qu'une Budweiser qui nous a seulement causé une indifférence atterrée. Aaron Funk est de retour, et il est content ; de cette joie monstrueuse, inhumaine, impersonnifiée, qui gronde d'un seul spasme de la main galvanisée qui pousse le saphir aux pieds innombrables qui ruinent le champ ou le tarmac - comme qui dirait qu'Aaron a dû passer quelques week-ends en anglaise compagnie, sur des campings sauvages, si vous me suivez. S'il y a la moindre idée centrale ici, c'est le nihilisme chéper, ce truc qui n'a que faire du moindre machin qui fasse sens, que tout un tas de gens qui "n'ont pas besoin de ça" trouveront nauséeux et stérile, et ils auront raison.
Qu'ils passent leur chemin. Detrimentalist donne ce qu'il faut à cet opiniâtre peuple sans idéal, sans autre but que la palpitation primordiale, une tempête de tout ce qu'il faut à une horde en pleine communion élémentale, avec des munitions pour des heures, c'est à dire plus, toujours plus, de pitch jusqu'à l'absurde sur les samples vocaux qui ne visent qu'à abolir la pensée, de crépitements frénétiques et vertigineux dans le beat, de sons débiles et trippants, de palpitations collantes de hardtek breakée sèche comme du cuir de kétaminé : toujours plus de perchance, une course explosion sans fin, une débauche infatigable, une voracité insatiable de jubilation fiévreuse, pure décharge sur décharge de chimie essentielle - dans tous les sens du terme, écoutez ce que je vous dis. Ou écoutez votre corps, qui sait bien mieux que vous ce qu'il veut et où il peut vous emmener en surrégime, vous avez même pas idée. Aaron Funk mérite à nouveau son nom, plus que jamais même. Detrimentalist est bien moins fun que Chocolate Wheelchair, bien plus glissant que Glue Funk Hits, et tellement plus sincère : le cocktail parfait de son rave et free ; Aphrodite, LFO, Inner City Life, Zen Paradox, Venetian Snares, tout passe au fracassage, tout est désarticulé dans la fureur sans morale, sans émotion autre que la surexcitation et son assouvissement déraisonné dans le temps-même de leur dépassement ; que du bon gros mental vide de sens qui bouge tes membres sans passer par toi, et tout qui devient noir.
A la fin de l'album, après la sidérale boucherie "Flashforward", quand on revient à du Vsnares plus reconnaissable, avec des mélodies sorties tout droit de HCCBU, d'abord bousculées par l'hystérie rythmique qui ne veut pas débander, qui continue de cravacher et concasser dru, puis sur un mode enfin apaisé, c'est avec le bonheur des levers de soleil sur l'un de ces nulle part dévastés qui viennent de revoir la création de la vie, et sa consomption, comme à l'époque. Sérénité totale sous les saccades, mâchoires maxi-crispées, et paix délicieuse d'un appétit inentamé.
Seul, douloureux, défaut de Detrimentalist : ce n'est pas un mix, et il ne dure pas des heures - un morceau comme "Eurocore MVP" se finit même alors qu'il est en train de promettre de devenir encore plus outrageusement monstrueux qu'il n'est déjà, de grimper encore un violent cran dans la surenchère jouisseuse, et ce n'est pas la seule fois que cette frustration se produit ... A presque regretter d'avoir loupé le drôle en concert.
Aaron, t'aurais mieux fait de ramener ton boule à Crucey au lieu du Nouveau Casino ce premier mai, ça manquait un peu de sons où scotcher sans voir passer les heures, qui t'épuisent bien jusqu'au fin du fond.
Hardcore, même pas mort.

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