lundi 25 août 2008

In Slaughter Natives : Sacrosancts Bleed


J'avais hésité, pour parler de ce disque, à vous rediriger vers ma chronique du Psalm 69 de Ministry. En effet, Sacrosancts Bleed pourrait être, d'une certaine façon, le "way to suck seeds" de l'ami Jouni. Son summum apocalyptique, oui, son épopée de la déchéance humaine et de la folie, de l'effondrement de toutes les bases de la société, enfin ce genre de truc, voyez. Oui mais bon, c'est pas comparable, puis pas le même style surtout, alors faudrait pas donner l'impression que tes chroniques sont interchangeables, alors casse-toi le cul bordel, ponds-nous en une, et pas trop vite torchée, merci. Alors voilà. Mais on va quand même causer fin du monde, si ça vous gêne pas.
Jouni, son truc, c'est pas forcément la violence. Quoiqu'il peut être bourrin aussi, des fois, seulement son apocalypse à lui a quelque chose de bien moins brutalisant que de pervers et sacralisant, au sens blasphématoire du terme bien entendu. Sacrosancts Bleed n'est pas ce bloc de béton armé qui vient nous écraser sur l'asphalte, non, lui a quelque chose de plus mou et charnel, carnassier et sexuel. Musique sacrée et orchestrations martiales viennent ici se mêler à quelque chose de plus inhumain, à des sons moites et visqueux, à des voix tordues, hurlantes, grimaçantes. C'est la décadence rituelle, la célébration orgiaque, la naissance de l'Antéchrist, je vous le donne en mille. La chasse à l'homme est ouverte dans les rues, les xénomorphes ont signé une alliance avec les ténèbres et débarquent de l'espace pour faire un grand festin de chair. Au menu, tripes humides et sang millésimé, un vrai repas de roi! On embarque des jeunes vierges pour le grand barbecue religieux de la place des fêtes. Plus bas, dans les caveaux, ça partouze à s'en gargariser de foutre : hécatombe scatophile et courtoisie sadomasochiste. On fait monter des donzelles en chaleur à des boucs abrutis de substances douteuses et des sécrétions femelles qui saturent l'air, tandis que des brebis vivantes sont crucifiées sur la table de banquet pour le repas des convives, à base de viande crue délicatement arrachée à même la carcasse, à coup de dents. Le reste de l'humanité encore décent et entier se terre dans l'église, ou l'organiste joue, le plus gracieusement possible, quelques airs de recueillement, dans l'espoir de faire oublier les hurlements que l'écho fait résonner par-delà les parois. Retournons dehors, c'est plus amusant voulez-vous. Un concert de rock satanique se termine dans l'hystérie collective, sacrifice de porc et sang faisandé balancé dans la fosse, on ouvre grand la bouche pour recevoir son saint breuvage, et on a même pas le temps de se rendre compte qu'il est un peu trop chargé en gasoil que la grande carbonnade est lancée. Plus tardivement dans la soirée, la cérémonie se fait plus nette et précise, les cantiques plus articulés ; vient alors l'ultime incantation, haleines de soufre et vers stridents, Ligeti fait son overdose de cocaïne, plus personne pour s'en rendre compte, car tout le monde occupé à hurler à la mort... Et ce final mes amis, ce final. Ce tintement macabre, ce glas fatal. Bizarrement, il ne semble pas provenir du clocher de l'église. En fait il vient d'en-dessous. Et ces chants glacés qui l'accompagnent ne sont certainement pas ceux de ses occupants, qui contemplent maintenant, pour leur plus grand déplaisir, une luminescence sinistre filtrant au travers du sol dallé.. .
Le disque ne raconte pas la fin de l'histoire, mais avec tout ce remue-ménage, pas besoin de s'appeler Nostradamus pour savoir de quoi il retourne.