mardi 2 septembre 2008

Drain - pick up heaven


Parce que fonder son propre label, ça sert aussi à ça. Faire ses disques persos sans avoir à ramer pour les sortir. Le père Coffey aura pourtant traîné pour se faire plaisir, laissant passer en priorité quelques sinistrement prestigieuses signatures comme les terribles Crust et autres Pain Teens. Délicate position, car alors, à moins d'enfanter un chef d'oeuvre, on passe aisément inaperçu. La honte pour le boss du label.
Drain est, vous l'aurez compris à travers les trous de ma tartine de vieil intello du rock que je ne suis pas, ou bien si peut-être, le méfait de King Coffey, ancien batteur des Butthole Surfers et accessoirement saint patron du label Trance Syndicate, porte ouverte aux groupes noise texans les plus improbables. Drain tape, comme à peu près tous les trucs qui sortent de chez Trance Syndicate, et dois-je vraiment le répéter, dans un noise-rock plutôt improbable, même si : guitare crasseuse limite indus - on pense à Pain Teens - , boîte à rythme et voix saturée, jusque là, on est plutôt en terrain connu. L'improbable ici, ce sont d'autres éléments qui viennent se greffer de façon plus ou moins discutable à cet ensemble somme toute assez croustillant - mais un rien prévisible - et qui pourrait s'apparenter comme les gimmicks d'un Moby sous acide : chants féminins un rien black music sur les bords mais surtout délicieusement allumés - à en faire presque regretter qu'ils n'apparaissent pas sur plus de deux ou trois titres - et arpèges de piano, tendance mélancolique, voire funèbre sur la fin, servant parfois de substitut à la basse, ce qui rend le truc plus déconcertant encore. On se retrouve alors avec une espèce de machin lysergisé, alternant brûlots noise rock riffus et bien cramés, un rien Ministry - car n'oublions pas que le père Al est aussi texan, un pote à Gibby Haines qui plus est - voire même RevCo/Pigface le temps du cheesy instant hippie, avec des morceaux sur lesquels on a tendance à s'arrêter de headbanger, en se demandant bien quoi faire pour rester in the mood, et qu'on pourrait typiquement qualifier d'"intéressants", un terme atroce qui sert généralement à désigner les trucs qu'on n'arrive pas à trouver mauvais, sans pour autant parvenir à y prendre pleinement son pied. Et pourtant, si je vous en cause de ce Pick up Heaven et de son psychédélisme douteux, c'est que j'arrive, à l'y prendre, mon putain de pied... Hélas, pas autant que sur les quelques tueries du groupe, chopables sur les compiles Love & Napalm du même label, de véritables de perles en matière de rock brutal, Cop Shoot Cop meets Ministry, si j'ose dire, de la percutance écrase-gueule qui n'a rien à envier aux poulains de Coffey pré-cités (si, au début de la chro, t'as qu'à suivre), bref, le King avait de quoi relever son challenge, bordel. Il aura finalement préféré rester dans l'ombre de ses pairs, en faisant de ce projet un simple territoire d'expérimentation, évoluant au bon gré de sa fantaisie, ce que l'album suivant, hélas, confirmera. Un disque aussi désespérément jouissif que génialement frustrant.

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