dimanche 5 octobre 2008

Bohren und der Club of Gore : Dolores


A la première écoute, je dois le confesser, la déception fut plate. Ainsi, ils avaient gardé la pâleur lumineuse, ange et spectre, de Geisterfaust, mais la jouaient avec la (relativement à Bohren) profusion instrumentale saveur jazzy de Black Earth. Ceux qui me comprennent un tant soit peu savent à quel point je peux me contrefoutre de ce qu'un groupe innove, révolutionne, fasse dans la structure/mixture/facture inédite, à quel point je puis idolâtrer des groupes qui sortent quinze fois le même album, du moment qu'ils le sortent quinze fois touchés par la foi, la grâce, de jouer cet album. Mais tout de même, après Geisterfaust, merde ! On était en droit de frémir de la délicieuse ignorance de ce qu'ils allaient bien pouvoir nous pondre de probablement encore plus dépouillé, et de forcément au moins aussi trouant ; alors ...
A la seconde écoute, en guise de berceuse, je l'ai obtenu, mon troisième anus. Lumineux, oui, comme une massive et languide tristesse de cinq heures du matin, on n'est plus dans la nuit lourde de nicotine de Black Earth, on est à rentrer à pied dans Manhattan déserte, dans la verdeur calme du jour tout neuf, éreinté, âme et corps, une allègre pointe à travers le cœur, un blues abyssalement zen absolument exaltant au bord d'en vomir - encore de la formidable musique de descente, oui ; et un disque comme Enemy of the Sun, mais vous avouerez que le parallèle est incongru, alors comme ... Geisterfaust, tiens, un de ces disques qu'on a envie de n'écouter que très rarement, pour ne pas galvauder son terrible miracle ; aussi vous m'excuserez de ne pas me forcer à plus de ces deux écoutes pour en parler, de toutes les manières il n'en est aucun besoin, son statut ne fait pas le moindre doute - et puis tout ce qu'il remuera chez moi, comme émerveillé je le laisserai me découvrir, je me le garde, merci, et vous laisse ce qu'à vous il fera.
Contentez-vous de me croire, je suis sûr que vous ferez ça bien.

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