lundi 13 octobre 2008

Sielwolf : IV


Les dernières lumières nocturnes se meurent. La métastase est arrêtée.
Le bureau des prescriptions ferme, plus aucune ordonnance ne sera délivrée.

- S'teuplait Doc, file-m'en encore un peu...

Le sevrage risque d'être difficile.
Dans son infinie bonté, Herr Doktor Sielwolf tend un ultime flacon. C'est ta dernière dose, puisses-tu en faire bon usage. Il faudra t'isoler, te barricader, retourner dans ce vieux squat à l'est de la ville, dans cette pièce délabrée ou la lumière, jaunâtre, filtre au travers des fenêtres vieillies de crasse. Peut-être faudra-t-il t'attacher, pour éviter le pire, emmener de la lecture, Bukowski pourquoi pas, histoire d'aider un peu plus à faire mourir ton addiction par l'oubli.
Attente. Par terre, le flacon, vide. Dehors, le soleil de plomb, l'air sec, le désert aride d'une usine morte. À l'intérieur, la moiteur, ça te colle à la peau, le plafond qui goutte, plic, ploc, plic, ploc, l'horloge qui tique, tac, tic, ploc, plic, tac, ploc, tic, ploc, tic, tac, un vrai supplice ; la journée va être longue, et pénible. Tu t'es mis la dose il y a pas une heure, et la frustration te pince déjà les tripes. Saloperie de toubib, il t'a filé de la douce, à coup sûr. Tu voudrais ouvrir la fenêtre, prendre un peu de chaleur et d'air sec du dehors, mais tu n'ose pas t'approcher du cadre, les yeux rivés sur le sol, sur les taches d'ombre, que le soleil projette des vitres souillées. Les taches bougent, lentement, avancent vers toi, sangsues spectrales qui viennent se coller à ta peau ; tes yeux piquent, ta vue se brouille, tu crois, tu espères, être en train d'halluciner. C'est l'heure de pointe, au loin, les travaux publics, les grues et les pelleteuses, font entendre leur bruissement bestial, pour te narguer, tu n'y parviendras jamais, semblent-elles grincer entre leurs dents. Tu t'enfonces dans le malaise, l'impression qu'elles cherchent à s'insérer dans ton cerveau, et maintenant voilà que tonton Charles, dans une apparition fantomatique vient te murmurer ses insanités dans un souffle pestilentiel chargé d'alcool. Pas d'alcool par pitié, envie de vomir, j'espère que tu as pensé au seau. Là doucement, c'est bien. N'essaie pas de tout cracher en une fournée, tu vas te crever l'estomac. Par bonheur, le robinet distribue encore de l'eau, tiède et calcaire, dans un souffle strident, la tuyauterie semble sur le point d'exploser, vite on referme, on se râpe les doigts sur la poignée rouillée, impossible de fermer à fond, la vanne laisse encore échapper un mince filet d'eau dans un soupir métallique qui commence peu à peu à se mêler à la trame sonore, et ce n'est que maintenant que tu te rends compte que les cliquetis de la pendule et du plafond humide, et les rugissements du lointain chantier ont désormais pris une ampleur écrasante, chaque mouvement d'aiguille, chaque goutte qui tombe semble être un coup de masse porté aux murs de la pièce par un bulldozer grognard, les sangsues ont laissé la place aux chenilles des Caterpillars qui viennent te cerner de toutes parts, tu es plaqué au sol, le palpitant au taquet, ta dernière dose commence à prendre effet. Bon courage pour la suite, le pire est sans doute à venir, tu l'avais dit toi-même, la journée va être longue...

3 commentaires:

gulo gulo a dit…

hahahahahaha, magnificent, boy ! je congratule

Le Moignon a dit…

Hu hu, cimer ^^

raoulax a dit…

Rajoutes mes louanges, je suis sur le cul.