jeudi 18 décembre 2008

Teenage Jesus and the Jerks / Beirut Slump : Shut up and bleed


En voilà une idée qu'elle est bonne. Près de 30 ans après le bordel underground à NYC, Cherry Red nous ressort l'ensemble des enregistrements, studio et live, de Teenage Jesus and the Jerks . Si ce nom à rallonge ne vous évoque rien, sachez simplement qu'il s'agit du premier groupe dans lequel sévit Lydia Lunch, artiste multi facette (elle a d'ailleurs aussi tenté la disco, très brièvement je vous rassure), de réputation ma foi fort sulfureuse, et qui donc ouvre sa carrière en nous cassant les oreilles à coup de guitares arthritiques et de vocalises au timbre strident et au verbiage venimeux . Et oui.
Considéré comme un des groupes-phares de la No Wave, Teenage Jesus and the Jerks est tout bêtement à mes yeux LE groupe de cette scène, le plus réussi en tout cas, le moins abstrait, le plus... coloré ? D'une teinte poisseuse alors, faite de rage ou de désespoir, une espèce de mise à sac des rêves de rockstar d'une adolescente écorchée vive finie à l'hero qui jusque-là devait arpenter le macadam pour subvenir à ses besoins et qui peut enfin ouvrir son cœur, les lèvres collées au micro, dans la chaleur d'une vieille gargotte pourrie et mal éclairée, déblatérer entre deux lampées de whisky rance, souviens-toi papa, quand tu appuyais ton bas-ventre contre ma tête et me forçait à te faire ces choses, souviens-toi maman, quand tu m'enfermais dans ce placard parce que je te rappelais trop ta première fille celle qui n'est plus là pour me dire combien elle a été vilaine et combien tu l'as corrigée pour sa peine... And so on.

Je pourrais vous parler plus longuement de ce groupe, mais je préfère m'attarder à présent sur un tout autre, puisque l'intérêt de cette réédition est aussi d'avoir embarqué dans la foulée la poignée de titres, pondus dans sa hélas brève carrière, par Beirut Slump, autre collectif dans lequel officiait Lydia, uniquement à la guitare cette fois. Et autant Teenage Jesus ça rigole pas des genoux, autant Beirut Slump, c'est carrément sinistre. No Wave satanique, musique rituelle pour serial-killer des bas-fonds new yorkais, planqué dans un taudis aux limites de la ville, ou tu avais l'habitude d'aller quand tu étais gosse (en imaginant, bien sûr, que t'habitais New York, suit, un peu), cette odeur de moisi qui te traînait dans les narines, et celle de viande pourrie qui règnait dans la vieille cuisine au plancher humide ou toutes les mouches convergeaient lors de moites après-midis estivaux. Et tu le sais, si tu avais soulevé la bonne planche, celle vers laquelle toutes les mouches convergeaient, tu aurais enfin compris le pourquoi de cette odeur, mais à quel prix. Elle te serait restée imprégnée à même la peau, te suivant partout en permanence comme un fantôme, et lui aurait retrouvé ta trace comme un pitbull en manque de barbaque : snif sniff! Il t'aurait suivi partout mais tu n'aurais jamais pu le prendre sur le fait, jamais, excepté lorsqu'il l'aurait décidé, au bon moment, c'est-à-dire lorsque, comme ils disent ces cons à Hollywood, plus personne n'aurait pu t'entendre crier. Eux, sans doute n'ont jamais mis les pieds à New York, les veinards.

1 commentaire:

raoul a dit…

biatch je l'avais pas vu cette réedition, Noël approche. Super chro