dimanche 4 janvier 2009

The Cure : Wish


Je pourrais dire que cet album est encore plus fataliste que Disintegration, que sa mollesse-même est encore plus dark-tu-vois, plus dévitalisée de toute espérance, que ce soit dans ses moments d'ouverte mélancolie ou dans des moments pop qui ne tromperaient personne quant à leur désabusement de tout, dans leur aveu de faiblesse et d'impuissance lessivée, redditionnante, mendiante, pathétique. Je pourrais aussi choisir l'option de vous baratiner que cet album sent la fatigue, l'usure, le rattrapage par l'âge, que là en réside le prix touchant, vulnérabilité, toutes ces fadaises ; qu'il est le dernier bon album de Robert, jusqu'à nouvel ordre puisque Robert est l'homme de ma vie, et que je suis sien de nouveau quand il veut où il veut comme il veut - pourvu seulement que je sois pas occupé à rouler une galoche à mon Lemmy d'amour.
Mais ce seraient des conneries - encore plus que l'ordinaire de mes propos, je veux dire. La vérité toute conne est que j'aime cet album ; de toutes mes forces à bout. La vérité est qu' "Open" enterre dans son indigence toute la discographie "mature" d'Isis - le reste de leurs navrances n'en a pas besoin, il n'existe juste pas. La vérité est que "High" a toute la légereté du désespoir le plus heureux du monde, le plus abouti et radieux, l'apesanteur de la vanité de tout, qui libère toute la force de clamer ; de clamer ce à quoi on n'a même plus la contrainte de croire ; clamer ce qui aurait été, et sera toujours, ce qu'il y aurait de plus beau à qui croire, ce qu'on sera toujours même si ça n'existe pas. Cet album n'a rien, en effet, et ça veut dire aussi qu'il n'a aucune honte, ni celle de chuchoter des prières sans en attendre aucun effet, ni celle de s'abîmer, dans sa tendre friabilité ontologique, de se rendre nu et sans armes, à l'épée du dominant (le masculin est grammatical), dans la joie du vague à l'âme, du vague au coeur - Disintegration était marigot, amer jardin aux supplices de l'innocence, Wish est océan, paisible, immense comme la peine puérile, rassurant comme les larmes sans fin, noyade lente et extatique.
Pouvoir bramer "How did we get this far apart" et le faire sonner comme le gémissement du bienheureux en proie à son élévation ... Vous ne comptez quand même pas commencer réellement à vous creuser le cerveau en quête de quelqu'un d'autre qui puisse, non ?
Cet album est le plus haut degré de l'honnêteté : suicidaire. Don. Absolu. Sans condition. Sans résistance. Sans arrière-pensée. Sans pensée de soi.
Disintegration était douleur. Cet album est Paix. Quelqu'un connaît quelque chose qui défonce plus (indice : ce n'est pas une question) ?

edit : allez, je donne quand même la réponse à cette non-question, il y a bien quelque chose qui défonce plus. Ça s'appelle "End", c'est à la fin du disque, et ça finit en vérité tout le monde et toute chose. Fatality fashion. Dans la lumière inchangée, sur un riff d'abattoir à la Justin, Robert craque, et lâche tous ses chiens indifférents sur votre monde. De sa fragile voix plus dure que le diamant. Si vous êtes restés dans le chemin, malheur à vous. I think I've reached that point. Please stop loving me. I am none of these things.

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