vendredi 16 janvier 2009

En même temps ...

... On le comprend, pas vrai ? Ici, on n'a pas à jouer les journalistes, à chroniquer (rire nerveux) piste par piste, à rendre compte de la progression du disque, de sa dynamique, blablabla, argumenté je vous prie, et puis quoi, une pipe et l'addition - pardon : la petite note (hin hin) ?


The Cure : Disintegration

Et vous, vous avez peur de votre reflet ? Vous aimez pas qu’on vous prenne en photo ? Vous évitez le sujet de la maladie parce que ça vous effraie, ne faites pas comme si vous ne saviez pas de quoi je parle. Jean-Jean est un malin, il sait, il voit la petite lueur apeurée au coin de votre œil vitreux, mes coquins. Combien de fois vous êtes vous endormis insouciants ? Le sommeil est un proche parent de la mort comme l’a si bien formulé l’autre renoi. Son cousin, son frangin même. Ne faites pas comme si vous ne saviez pas de quoi je veux parler ; fermez les yeux. Robert s’est vautré dans l’Enfer (laissez moi le temps de compter sur mes doigts) 4 fois. Seventeen Seconds. Faith. Pornography. Kiss Me Kiss Me Kiss Me. Il s’est plongé à quatre reprises dans cet enfer – au point de presque le connaître dans ses moindres recoins, de pouvoir dire sans baisser la tête qu’il SAIT. Ce qu’il ne savait pas encore c’est que l’enfer est un terrain de jeu – et qu’il pourrait en bâtir un assez vaste pour y cacher tous ses démons, sous une épais et humide brouillard. Et vous y faire miroiter le paradis.

J’ai découvert ce disque il y’a quelques temps déjà – j’étais plus jeune et stupide qu’aujourd’hui, mais j’étais encore innocent. Et vierge. J’étais comme le type au début de Hellraiser – juste curieux ; bien sûr que si on m’avait prévenu je n’y aurai pas touché, à cette boîte. Trop tard. Disintegration, c’est le grand jardin de Robert. Son Jurassic Parc. Son Paradis. Son Enfer. Tout y est, absolument tout, c’est le panorama de Bob, sa grande étendue – il y a lâché tous ses poltergeist, goules et hydres, et a nappé ce bestiaire difforme d’une brume faite synthétiseurs pour les garder prisonniers. Everything is in here. Les fleurs, les instruments de torture, les étoiles, les étangs pourpres, les bestioles papillonnant de part et d’autre du Cosmos vénéneux. On peut y vaquer en famille ou seul, passer par ici, repasser par là, en faisant mine de ne pas voir plus loin que l’ornementation synthétique fleurissant de partout. Il peut y arriver n’importe quoi, dans ce jardin. Des choses magnifiques. Des choses atroces. Vous pouvez vous y promener insouciant, vous amuser, faire comme si vous ne voyiez pas les flaques de sang dans lesquelles vous pataugez, préférer minauder d’un air naïf devant les amazones en suivant le vol des hirondelles – qui vues d’un peu plus près on plutôt de sales airs de corbaks. Siroter votre grenadine – un peu trop rouge - sous une ombrelle - qui vue d’un peu plus près est faite de peau humaine. Vaquer à vos occupations près de la faune et de la flore sans prêter attention à l’ombre grandissante qui plane au-dessus de ce tableau envoûtant : l’ombre de Rob, le Maître de ce Monde. Vous êtes dans sa tête, mes chers amis, ne croyez pas pouvoir régir les lois de ce Monde sans payer le prix – mais continuez donc, vous pouvez, eheh, nous sommes là pour nous amuser insouciants, mais oui ! Continuer à jouer à cache-cache dans les ronces, continuer à danser sous l’ondée acide, rire, à gorge déployée, au nez et à la barbe des métastases qui grignotent petit à petit ce beau cadre floral et aquatique, ne pas prêter attention aux nénuphars qui - me semble-t-il - grossissent à vue d’oeil. Jouer à la balançoire avec les gosses aux abords de l’étang sans mesurer l’ampleur de la menace qui sourd sous l’étendue d’eau verdâtre. Ne pas entendre ce murmure qui gourmande les succubes, ne pas sentir l’odeur putride émanant du marécage, ne pas voir cette vipère – oh, la belle couleuvre ! Caresser les babines dégoulinantes de poison d’une plante carnivore un sourire émerveillé imprimé sur le visage – oh, la belle fleur !

Vous pourrez traverser cent fois, mille fois ce jardin, et en sortir parfaitement intact. L’échapper belle, comme on dit. Sans mesurer une seule seconde la chance que vous avez eu, d’être assez myope. Mais il suffirait d’un seul regard quelque peu insistant vers cette fougère qui remue pour que…


Jean-Jean

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