vendredi 9 janvier 2009

Penthouse : unt


Ca commence, j'ouvre la porte, rock putassier, intérieur bar de mods. Pourtant, je renifle, à travers l'ambiance proprette et l'écarlate de la tapisserie, une méchante odeur de bois pourri. Cet endroit cache un truc pas net, comme des cafards sous la moquette, voyez ce genre. Le tenancier, une sale gueule, me jauge avec des yeux généreusement enfoncés dans leurs orbites, puis me fait signe d'une tête de passer derrière le comptoir ; j'ai à peine le temps de contourner le bidule que je le chope à ouvrir une trappe miteuse planquée sous un tapis de pourpre. En dessous, il me dit, il y a un étage réservé, un truc spécial, ça pourrait me plaire il ajoute. Ca a l'air humide là-dedans, je me dis en posant quelques pieds sur les premières marches d'un escalier de bois noirci par l'usure, pas une humidité de caveau, plutôt celle de la foule, une moiteur tiédasse de transpiration condensée. L'escalier est abrupt, en colimaçon, il descend vachement profond. Combien de temps je mets à le terminer, j'en sais rien, mais ça fait déjà plusieurs minutes que je suis dessus. J'aperçois enfin une faible lueur, j'en aurai guère plus pour distinguer la scène en entrant dans une cave étroite, à peine aménagée de tables, quand c'est pas quelques vieilles planches posées sur des tréteaux. La population est plutôt homme, le peu de gente féminine à traîner ses guêtres dans ce trou consiste en un ramassis de putes bourrées et de courtisanes à cinq sous de l'heure. Au fond de la salle, un satyre, Stetson, lunettes noires et gilet de cuir est en train de brailler des insanités sur Dieu, les hommes, la femme, dans un blues bleuâtre, boueux mais solennel. Les zicos ont des gueules bizarres, genre têtes de Jesus et de lézards, je jurerais les avoir déjà vus quelque part...
Et puis alors bon, on commence à se sentir bien, les lèvres doucement étirées d'un vague sourire d'euphorie, dans le confinement de cette chaude puanteur d'alcool, on pourrait rester là à se balancer éternellement, avec ce type qui n'arrête pas de brailler, nous préservant de tout écroulement d'anesthésie éthylique, ça, plus ce tiraillement soudain sur mon blue jean : une traînée traîneuse, vautrée sur le plancher, le sourire gourmand et l'œil glouton, tente de m'escalader le mollet dans un élan que le whisky lui rend pénible, avec sans doute au vu de son regard biaisé, l'intention de me déharnacher la tunique ; je ne bronche pas, je laisse faire en me balançant tranquillement, ça fait trop longtemps, le chien soiffard que je suis aurait-il trouvé son paradis ? Plutôt l'enfer, vu l'atmosphère d'étuve et l'ambiance décadente de bordel pompéien. Elle agrippe enfin le ceinturon, c'est pour bientôt, je sais pas si c'est ça ou la chaleur, mais mon cerveau est en ébullition ; à quelques tables de là, deux gras-doubles s'en disputent une autre, j'm'en fous, moi je suis servi dans pas longtemps , ah ça y est elle a défait le truc, le type cornu braille toujours, les messies et autres sauriens poursuivent leur raffut, ça commence à chauffer sérieux, ici, sur scène et à la table d'à côté, je suis presqu'à poil quand l'un des gras-du-b' balance la premiere bouteille vide, au dessus de ma tête... Oh merde. Si près du but. La seconde d'après c'est l'émeute, l'orcherstre s'emballe et moi je perds ma catin de vue dans une foule mâle mal rasée, commençant à sérieusement suffoquer sous cette pression qui vient saturer l'air déjà fortement chargé de sueur et d'alcool. Plus question de catin, plutôt sortir sa peau de ce trou ; plus question non plus de remonter, là ou je suis je ne distingue plus l'escalier ; quelques messieurs m'écrasent dans leurs élancement furieux et pugnaces, je sens le plancher flancher dangereusement sous mon poids additionné au leur, ma sortie c'est peut-être ça, creuser, descendre plus bas encore, mon salut, mon paradis, au fond du trou...

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