mardi 20 octobre 2009

Rammstein : liebe ist für alle da



Bien sûr, l'ouverture n'est pas d'un chef d'œuvre. Normal, elle marie les moments les plus Garbit de Sehnsucht à l'ambiance schwarzwald de Herzeleid, la carpe et le lapin, même Rammstein peut pas réussir à tout coup que voulez-vous, elle a fini en face b ailleurs, d'ailleurs.
Mais tout le reste ... Une succulence ininterrompue, un genre de Mutter avec, à la place des maladresses, la délicatesse de Reise Reise, et le retour des grimaces de bidasse retourné à la vie des bois, de bûcheron violeur de fées, qu'arborait Herzeleid en couverture et en ambiance. A ce niveau-là, ce n'est plus du tube, c'est de l'oléoduc - à ce niveau-là, vous avez deviné qu'on ne vous épargnera aucun poncif du champ lexical sidérurgique et colossal, Rammstein est sidérurgique, colossal et poncif, et vous aimez ça, qu'ils vous poncent le postérieur, ja meine Hündchen ? Rien que Pussy, tube goth tout le monde sur la grande piste de la Loco comme ni Sisters of Merci Bien ni Apoptygma Berkberk n'en feront plus, avec en cadeau un refrain à révulser ontologiquement et typologiquement tout goth bon teint ; et les nombreux passages touchés par la grâce, par cet esprit naufrageons en Mer du Nord soit mais avec un sourire bravache et canaille, dont ils sont les artistes, eux qui nous offrent là leur album le plus généreux en refrains nautiques, le plus iodé tout en renouant avec les sapins les plus drus ... Et attendez d'avoir entendu les choeurs de crève-la-faim total rubber de Führe Mich, les drakkars sur Donaukinder et le Cecil B. De Mille gothmetal de Halt, car cet album est aussi le plus peplum - ah, oui, quand un album est aussi formidable, on ne mégote pas sur l'édition avec du rab, mâtin ! Et les petits entrechats villageoiso-Ace of Base de Waidmanns Heil, et les gimmicks de guitare sèche à faire verdir et reverdir même le premier Oomph!, et les touches electro bien au-dessus du niveau habillage metalinduslol - ho, on parle de Rammstein là ou quoi ? ces messieurs sont des bioniqués certifiés DDR, les skateboards ils les cassent avec deux doigts et le skater - et les multiples barrissements de Barbe-Bleue de Till, qui a l'air de jouer à loup-y-es-tu-m-entends-tu et d'avoir grand faim, et encore, et encore ... Et Till, tiens, il n'y a pas grand monde pour faire sonner et claquer l'allemand avec cette puissance, gourmandise, malice, conviction, Monsieur est ce qu'était Patton à la bonne époque, celle de Zombie Eaters et The Real Thing, un monstre de virtuosité à la coule et d'indécente expressivité, et à côté de ça quand il cite Edith Piaf c'est beau comme du Diamanda Galas, et il se permet encore de taquiner à plusieurs reprises en couinement sociopathe le canard revenu de l'amour de Stendal Blast, le compliment n'est pas mince, Rammstein non plus. Cet album assourdit tous les lance-flammes qu'ils pourront exhiber sur scène.
Bref, ce n'est pas dans l'une de mes chroniques, même la plus diarrhéique, que vous trouverez compte-rendu exhaustif d'un disque, ce n'est pas mon propos, j'ai seulement bien de la peine pour qui passe à côté, pour une raison qui m'est obscure, de l'évidence simple et saine de cette splendeur d'album. Tokio Hotel, m'a-t-on jeté avec mépris ? Je les ai encore vus l'autre fois chez Denisot, tiens : des petites tapettes goth avec même pas les balloches de jouer du goth. Rammstein c'est peut-être des gars de la marine mais ils jouent du vrai goth, radiophonique et stadier mais avec du romantisme, qui sent l'homme.
Dupont, qui vient de se viander avec un album guindé et aussi frigide que son titre, a intérêt à avoir gardé le ticket de caisse, parce qu'il va falloir ramener le cockring au magasin, et en prendre un à leur taille, bien plus petit.




P.S : à celui qui ne manquera pas de bouillir à la lecture de ceci, inutile de s'énerver encore plus que ce n'est déjà le cas, ceci a été écrit avant lecture de votre chronique mon ami, même la coda, il n'y a là aucunes représailles, juste la chronique que cet album méritait, tout comme vous lui avez donné la vôtre. Merci au passage de m'avoir épargné la corvée d'expliquer que Rammstein joue de la pop.

3 commentaires:

Raven a dit…

goth, pour sûr, d'ailleurs c'est le premier chro par mes soins auquel j'ai jugé indispensable de coller cette étiquette; ça n'en est pas moins glorieusement raté à mes oreilles, nos avis sont diamétralement opposés et je me vois pas lui mettre + de 2 pour l'instant malgré cette chro épique qui ne demande qu'à partager (liebe ist für alle da, isn't it ?)... c'est la vie

gulo gulo a dit…

doch

rvn a dit…

l'album d'un seul tube... oui: Pussy va peut être me le faire acheter, avec son charme falco-goth; en m'emportant sur la sveltessitude désolante du reste de la sélection j'en aurais presque oublié que ce teaser m'avait tapé dans l'oreille (pour pas dire ailleurs). Ce refrain est décidément une bien belle boucherie - on voit limite les coups d'oeils lubriques en coin du gros Till et les gestes du doigt menaçants à hauteur de braguette, comme si on y était.