dimanche 31 janvier 2010

Mission épineuse

Si tout se passe bien, il va réussir à me donner envie de donner une chance à ce disque - une énième fois ...


Mastodon : Crack the Skye

1 minute et 40 secondes. C'est très exactement le temps qu'il m'a fallu à sa première écoute, plus précisement jusqu'à ce qu'arrive ce refrain dans le premier morceau, de la trempe de ceux qui restent dans le crâne pour des siècles et des siècles, avant de comprendre que je tenais ce qui reste pour moi le meilleur album de 2009 ... Bah oui, le disque de 2009 rien que ça, n'en déplaise aux esprits chagrins. Mais moi cet album me remue, avec sa quinzaine d'idées à la seconde, qu'y puis-je ? Je ne suis qu'un homme après tout. Une ambiance précieuse comme un palais 19eme, ses portraits de vieillards héroïques dans l'escalier, ses miroirs grandeur nature, ses dorures. Il y a du Chateaubriand là-dedans, du Custine, bref de l'aristo à la pelle. Ça doit flatter mes velléités nobiliaires, allez savoir. Meilleur moment pour écouter le disque : dans le fauteuil en cuir, au coin du feu, en mode patron.

Little-Axe

Youpi, c'est la rentrée


Brutal Truth : extreme conditions demand extreme responses

Le souffle court comme Diam's qui reprend le footing, le sergent instructeur Sharp te gueule dessus comme s'il avait pas touché une femme depuis des mois, alors gaffe à ton cul gamin. Sharp ça veut peut-être dire acéré et tranchant, mais son trip à lui c'est plutôt la circoncision au couvercle de boite de conserve rouillé, if you know what I mean. Tu aimes ton grind sale et pourri, la production proprette ça fait trop lope ? Haha, ici on est pas au cinéma, la tripaille c'est pour de vrai. Et quand la boucherie va commencer, tu l'auras ta saleté, il y aura même des bouts si tu veux savoir. Mais pour l'instant c'est le passage en revue alors faut que l'arme soit nickel et le soulier étincelant. Rompez, soldat. Meilleur moment pour écouter le disque : quand la chaleur étouffante va revenir.

Little-Axe

Ihsahn : after


Après Binaire, voilà que cette vieille bourgeoise d'Ihsahn s'y met. Soum est toujours en avance d'une ou deux hype, fourrez-vous le quelque part, où vous voulez.
En plus le disque m'a même pas l'air tout à fait dégueu, attendri que je suis par ma récente adoption de quelques disques d'Opeth - je crois bien que la voix est la seule chose que j'aie jamais trouvée potable dans Emperor, puis y a le sax de Shining par-ci par-là.
To be continued, maybe.

Know your enemy, pt. 2

Ça fait du bien de pouvoir de nouveau écouter de la musique à un volume offensif - la molette de volume, même un mariole comme mézigue sent d'entrée qu'elle dépassera jamais la moitié tellement ça castagne, quant au bouton d'amplification des basses il ne servira à rien, tellement il a l'air capable de faire sonner le fameux morceau de John Cale comme du Winterkälte.
Le son est tranchant, surtout avec un bon gros cache-oreilles Koss, les chroniques devraient logiquement le redevenir.

samedi 30 janvier 2010

jeudi 28 janvier 2010

Worm Ouroboros : Worm Ouroboros


On commence à plus que cerner comment je "chronique" : je gobe la pochette en buvard, yoplait et hop, yoplop, trip report, en équilibre plus ou moins stable entre abrupt et fleuri.
Alors bon, au fait : cet album de Worm Ouroboros est-il aquatique ? Bingo. Comme du Giant Squid. Comme une délicieuse noyade - comme disait l'autre "mon dieu, vous êtes d'un gothique !" ... Pardi, c'est bien de cela qu'il s'agit. Gothique comme une autre référence qui commence de me devenir ritournelle, Edgar Allan Poe, donc comme The Gault, dont on parle souvent à propos de Worm Ouroboros, line-up oblige surtout car, si la noyade dans ses propres larmes de The Gault est irrésistible, elle n'a mais alors rien de délicieux, mangée qu'elle est par le saturnisme et l'humeur noire à concentration toxique. Tandis que Worm Ouroboros est harassé et apaisé, et équipé de branchies, et se grise d'iode riche et inépuisable, et vogue un long voyage aux filandres bien plus délicates et caressantes, s'étendant sur de longues et chaudes lignes comme seules les bassist-e-s peuvent en être les fileuses, et songe en lentes cambrures très Amber Asylum, forcément, un Amber Asylum qui aurait trouvé au fond de son hystérie morbide la paix - peu importe que je me répète, tant l'effet sur les nerfs, l'humeur, le pouls, est prodigieux - en belle au bois dormant de Sargasses toutes de jade et de lapis lazulis.

Revelation : For the Sake of No One


L'album jumeau du Watching from a Distance de Warning. Si l'on met de côté le léger détail que Warning n'a dans ses veines livides que de la rosée d'automne et de l'eau de pluie alors que Revelation a tout le corps plein de sa propre exquise liquéfaction en doux caramel chuintant et blond, ils ont tous deux la même abyssale et languide paix, le même doom-satori. Sans la moindre douleur, sans le moindre heurt. Warning avance parmi les labours et les ruines, un pas à l'heure sur son pesant et majestueux cheval de guerre, Revelation fait du quasi-surplace sur son cheval de fer, dans le miroitement d'une route sous les glorieuses trombes de soleil. Toute sensation s'est perdue avec l'individu quelque part dans la brume qui est le monde tout autour, il n'y a plus rien que limpidité engourdie et béatitude infinie, le cosmos devenu coton infléchi en psalmodies à la candeur élégiaque, qui est aussi bien celle de l'enfançon barbu de Gates of Slumber dans ses moments de larmoiements émerveillés, que celle de, je sais pas moi, REM ?
Le doom est solaire, il serait temps de le piger mes petits gars.

mercredi 27 janvier 2010

Early Graves : We, the Guillotine


Ça pourrait devenir ridicule, cette course au velu, au rocailleux et à l'effréné - et la plupart du temps ça l'est, et soporifique avec ça, chouf mon nom de groupe lugubre qui va bien, et le nom d'album radicalo-arty assorti - et la pochette, alouette.
Mais il reste des fois où ça BOURRE tellement qu'on ne sait plus, si c'est une bande de coreux qui jouent du death'n'roll, ou une bande de suédois qui jouent du hardcore'n'roll, ou Architect dans une machine à laver (puisque le terme est presqu'aussi à la mode que "mange-merde", en ce moment, serait quand même temps que je parvienne à le placer celui-là, pour pas finir ringard), ni quelle est cette avalanche absurdement, apoplectiquement belliqueuse. Un peu comme le dernier Burnt by the Sun, à la différence que si lui est une monstruosité in vitro, le ci-devant album en est le cousin grizzly écumant.
C'est bien simple, s'il n'avait pas absolument fallu qu'ils nous casent un morceau d'Isis vers la fin comme Gaza, ils m'auraient presque consolé de ce que Blessing the Hogs est toujours porté disparu.

mardi 26 janvier 2010

Binaire : idole


Moins tendus, Binaire ? Pas vraiment. Plus en retenue, plus contenus, plus vicieux, plus sourds, peut-être. Comme tous les vieux qui doivent commencer à ramener les yeux à la dimension de leur ventre, au moment de monter un poteau de ké ou d'abattre un mur avec le front. Mais la tension continue de se nouer toujours un peu plus, sous la surface, comme les ans. Le virage post-hardcore pressenti sur BN n'a pas eu lieu. Binaire a toujours été post-hardcore anyway. Au sens d'avant Neuroses Enterprisis. A l'ancienne. A la Quicksand, sans le metal, en plus raide et acéré, en plus sanguin, en plus nu, comme un fil éléctrique dénudé, à l'image de la voix désolée de Scotch sur "J'ai des maghrébins parmi mes meilleurs amis", sublimement violente de fragilité et de maladresse. Post-hardcorepunk, punk !
Binaire met toujours en transe et à bout de souffle mieux que la tek, la noise et Petits Meurtres entre Amis, Binaire rend toujours plus fou, Binaire perche toujours plus haut, comme un Kill the Thrill qui danserait un ska de Saint Gui carbonisé dans le vide là-haut, Binaire fait toujours partie de ces groupes qui avec peu ou prou les mêmes ingrédients qui font la même musique, font peu ou prou des albums jouissivement pas pareils, question d'épiderme. Binaire tutoie donc toujours Motörhead et a bien raison de finir son fiévreux album de nodal-wave électrochoquée sur un putain de refrain lumineux.
I've got a second life.

samedi 23 janvier 2010

Binaire, 22/01/2010, la Flèche d'Or, Paris

C'est profondément détendu que je suis parti pour ce concert, à tel point que l'attente fébrile de toute la journée n'a que timidement réussi à remonter, et pourtant je n'irai pas jusqu'à dire comme Nagawika que la tension a baissé chez mon groupe favori avec Motörhead. Il y a effectivement une lourdeur accrue et plus de mélodisme sautillant que de bonnes vieilles lobotomies bétépérépétitives, mais la tension est toujours là, plus sournoise, ombrageuse, fluide, comme déjà il s'amorçait sur Bête Noire - car ce concert le plus long que j'ai jamais vu de Binaire, était résolument concentré sur un nouvel album dont je me garderai bien de parler avant de me l'être méthodiquement approprié - comme si c'était nécessaire, quand il est rose pimpant et que son morceau d'ouverture s'appelle Kétamine Bonne Mine ...
La bise à tous ceux aux liquides prénoms à qui je n'ai pas pu dire au revoir, Scotch, Oli, Lelo, Elo, Karine ... et à l'absente, excusée pour cause de blessure.

vendredi 22 janvier 2010

Quelques grammes de f... ah, non


SOD : Speak english or die

Juifs ultrafachos, militaristes convaincus qui portent avec fierté le cheveu long et souple, homophobes décomplexés exhibant un torse velu, rockers sans une once de respect pour Hendrix ... il y a là-dedans quelque chose qui vous chagrine ? Vous aviez pas capté qu’il s’agissait d’une grosse blague ? Dommage. Et pourtant ce truc, fait par-dessus la jambe par quatre mecs qui auront toujours 1000 fois plus de groove en eux que M. Jackson n’en aurait jamais eu s’il avait vécu une éternité, enterre profond une brochette de groupes à petite bite. En revanche je veux pas entendre parler de second degré, ça n'existe juste pas le second degré. Quand ces gars là lâchent une telle perle de provocation, ils font ça en professionnels. Et le mosh, cet art à part entière, cette discipline entièrement dévouée à la rupture de nuque et à la désarticulation sous toutes ses formes, se voit ici codifié de manière plus orthodoxe encore que dans n'importe quel disque d'Anthrax. Bref, un must-have comme ils disent dans les journaux féminins. Meilleur moment pour écouter le disque : en prenant sa douche.


Little-Axe (no pun intended)

jeudi 21 janvier 2010

Necro Deathmort : This Beat is Necrotronic


Putain. Pourtant ... Mec ! T'as vu le nom du groupe ? T'as vu le nom du disque ? Je voulais trouver ça mortel (pouf pouf ...) avant même d'écouter. Et puis la pochette, téma comme elle est mimi, le livret est à l'avenant ; et puis, j'ai beau aimer à citer cette fameuse sortie de Jean-Louis Murat sur les produits laitiers, je ne suis pas insensible aux chroniques fiches promo façon révolution technologique (la rencontre de Sunn O et du breakcore, si je me rappelle correctement, enfin vous tomberez forcément sur le slogan si vous grogglisez le groupe). C'aurait même pu être nullard et crapoteux, à la rigueur, y aurait eu moyen.
Mais non. Et moi, quand je veux siroter mon grim phat sur le beat, je m'écoute plutôt un increvable, Re-Entry par exemple ou Temples of Boom.
Remarque, pour citer un autre acerbe, une société à laquelle on a vendu Kilimandjaro Darkjazz Monboule ne peut que trouver ça exquisément géniââl.

mercredi 20 janvier 2010

Quelques kilogrammes de finesse ?


Shelter : mantra


Quand ces mecs sont passés sur Nulle Part Ailleurs il y a de cela une bonne dizaine d'années, Gaccio avait appelé leurs fans dans le public, je cite, des couilles de Casimir. Oui, parce que les mecs étaient en Dhoti jaune, voyez. Oui parce que Shelter ils jouent du Krishna-core, voyez. Alors à quoi ça ressemble le Krishna-core ? Bah à un punk hardcore, très mélodique, entièrement voué à la gloire de Krishna. Alors si vous avez besoin de vous motiver le matin au réveil parce que putain c'est dur, ou de faire la paix avec vous-mêmes avec un truc un peu plus positif que d'habitude, ou d'entamer une phase végétarienne même si ça semble super improbable connaissant certains d'entre vous, ou de faire vos kata au milieu du salon que votre copine sait pas bien si vous chassez les mouches ou si elle va s'en prendre une ... jetez une oreille là dessus, vous m'en direz des nouvelles. Meilleur moment pour écouter le disque : voir la fin de la chronique.
Little-Axe

vendredi 15 janvier 2010

Gaza : He is Never Coming Back


Ils n'ont pas le funk rural ni l'apoplexie goguenarde de Coalesce. Ils n'ont pas la folie chlorhydrique de Botch. Ils n'ont même pas le pouvoir exfoliant de votre gamme Ballou leader sur le marché de l'huile essentielle de gravat-gravat.
Et je crois bien que tout cela joue dans la tendresse coupable que j'ai pour ce disque, qui n'a d'abord été une déception que par la contagion d'une ambiance d'attentes qui n'étaient pas les miennes. Ce n'est qu'un album de Gaza après tout, et je suis même bien aise qu'ils soient moins Crowpath que précédemment, ou plutôt, maintenant que vous le dites, uniquement les passages linéaires et empâtés de Crowpath - les seuls supportables, plus virilement dit. Il y a de la maladie et du gros temps qui couvent, dans cette hystérie et ce son sourds et engourdis par le bain de basse où s'arquent des riffs plus grondants les uns que les autres, congestionnés, vaguement écœurants, troubles, glauques au sens hygrométrique, quelque chose incube ici de tropical et morbide. Mousson-core, allez, emballé c'est pesé.
Ah, si : ma seule déception, si vous voulez tout savoir, est pour la piste fantôme, qui entame rudement bien, genre veillée funèbre un mardi après-midi, déserte, absurde, interminable, dans l'église pouilleuse de Kill Bill, genre les Swans filmés par Steve Buscemi ou Hal Hartley ; et finit ... salement, alors qu'elle aurait pu être le sommet du disque et de son étrangeté.

jeudi 14 janvier 2010

The Wounded Kings : The Shadow over Atlantis


Il y a du doom qui pétrifie en changeant les panards en blocs de grès ; et il y en a qui opère en mutant tout le sang en lac de nuit et de mercure ; qui donne de la voix aux cages thoraciques arides, vides, et avides ; un caquètement malin fluide comme un drapé d'éther qui tombe à l'infini, droit et à pic comme une morgue vertigineuse, un incantation qui gausse et dissout toute résistance.

Jucifer & Show Of Bedlam : split album


Il aura fallu que j'aille à la pêche aux infos sur la page du label pour savoir le fin mot de l'ordre d'apparition des groupes, que j'avais manqué sur le boîtier entrevu matin avant que d'embarquer le disque pour une promenade. Ce qui vous donne une idée en passant du sexe de Show of Bedlam, et du sexe d'ailleurs du disque lui-même, tellement son unité de ton est confondante, et ne rend même pas soucieux de connaître où exactement se passe le relais.
La face teigneuse de Saturne Oestrogène, donc. Ca commence gentiment, L7 enfermées avec les Hazard County Girls dans leur garage-havre par une torpide après-midi, toutes embourbées dans la morosité et à ruminer des projets croquignolets pour les parents des susdites paysannes, et leurs cousins aussi pendant qu'on y est, et puis tiens les oncles aussi et les voisins et toute cette foutue bourgade de pourceaux nuisibles. Et puis comme on fait son lit le soleil se couche, sans qu'on s'en aperçoive, et ces demoiselles sont sorties de leur antre ; et c'est la sévère remise des pendules à l'heure. Tout le monde en prendra pour son grade. Made out of Babies, Hecate, Lydia Lunch, Diamanda Galas, Pain Teens, Penis Envy, Juju, les gamines ulcérées nous crachent tout au visage tout en nous prodiguant de sarcastiques attouchements, attachés que nous voilà au poteau installé dans le jardin pour jouer aux indiens, dans leur sarabande ivre de démence, dans la rugueuse jubilation où se libèrent des années de menstrues maussades et de consanguinité à perte de vue, où chenilles elles accèdent enfin à leur état de fées ("fée" est un apotropaïsme, vous chercherez ce que c'est dans le dictionnaire pour le prochain cours), à la lueur sardonique des feux-follets, dans l'odeur du gasoil qui alourdit dangereusement l'atmosphère.

mardi 12 janvier 2010

Iggy & the Stooges : Raw Power


Par exemple ! La mignonne petite chose rock'n'roll vintage kinky que voilà, me suis-je peu ou prou dit la première fois, un gentil échauffement avant de s'écouter Overkill, probablement. Pas la chose sauvage, explicite, hostile, mieux que Cursed et Jesus Lizard ensemble, attendue. Replacer dans le contexte, m'a-t-on répondu, leur plus sauvage à eux, blablabla, toutes choses dont je n'ai honnêtement que foutre.
La faute à mon image pré-fantasmée de moderne ? La faute à toutes les chroniques qu'on peut lire du disque, aussi (ma première, ce devait être il y a dix-huit ans), et la faute aux promesses de titres de chansons qui empourprent et cuisent aux joues comme une pipe sur une banquette de discothèque ou une gifle avec une verge luisante et frissonnante, tels que "Your Pretty Face is Going to Hell" ou "Raw Power". La faute sans doute en effet à l'âge de l'album, aussi reculé que la jeunesse morveuse de Toothpick Vic. La faute à des morceaux justement comme "Your pretty face" ou "Raw power", les plus ouvertement endiablés, qui soit ont vieilli soit ne sont pas les plus inspirés, chacun décidera.
Mais il y a également les morceaux comme "Gimme Danger" et "Penetration", et les finales paniques de quelques autres, qui font tout le poison du disque. D'un disque brûlant, à tel point qu'il a inspiré à n'en pas douter la pochette de Goat, qui transforme la métaphore de cette pochette-ci en triviale comparaison, et a sûrement aussi inspiré la texture de la roulette des briquets, et son crépitement, et la flamme qui en danse en fouettant l'air. Il avait raison et j'avais pas tort, le mec du début, ce disque avance bras dessus bras dessous avec Overkill, au long de boogie nights de petite frappe vicieuse. Un disque qui s'il avait plus que ses trois poils au menton donnerait une petite idée du Mr Orange autrement moins romantique qu'on aurait pu avoir si Robert Carlyle avait eu le rôle. Un disque qui donne une méchante envie de cuisiner.

vendredi 8 janvier 2010

Deaf Indians : Deaf Indians


L'autre jour dans un bac à soldes, je tombe sur ce disque qui me faisait fantasmer il y a maintenant quinze ans. A l'époque, quand je les confondais pas avec Grim Skunk ou B-Thong, je pensais au chef Bromden tout rapetassé façon momie pour rentrer dans le format Kirk Windstein, c'était rudement chouette.
Aujourd'hui que je l'écoute enfin, je ne suis même plus sûr de me rappeler s'ils étaient vraiment native american, quoique vu l'accent qu'ils se trimballent y aurait carrément moyen, j'ai plutôt devant les yeux l'indien de Street Fighter III, et le disque n'est pas tout à fait le truc obscur, étouffant, puant l'alcool de contrebande, l'armoire à glace suicidaire que j'imaginais - ah, le pouvoir d'une pochette ...
Mais il sonne tout de même comme les patapoufs de Suicidal Tendencies tout endimanchés qui tartouilleraient un southern blend de Kyuss et Life of Agony, son funk a l'haleine chargée et pas la direction assistée, et il y rampe une sinistrose certaine, donc c'est quand même rudement chouette.
Même si Metal Archives prétend qu'ils sont boches.

jeudi 7 janvier 2010

Inquisition : Into the Infernal Regions of the Ancient Cult


L'hiver est de plus en plus rigoureux sous les latitudes où j'erre, et pas de disque de beumeu ici depuis pas loin d'un mois ? Scandale.
Inquisition, bordel. Ce groupe est, comment vous dire ... fantastique ? Oui, ça part très mal, mais dans un monde idéal personne ne lit ça, puisqu'à la seule vue de la pochette vous êtes tous déjà partis à couilles rabattues écumer le net, à la recherche de la précieuse chose. Dans un monde idéal le peu de lecteurs qui me resterait à ce stade va s'égailler dès que je dirai : Calva Y Nada du beumeu.
Las, nous ne sommes pas dans un monde idéal et il me faut développer ; vous dire combien ce black est douillet - zob, c'est maintenant que je viens de paumer tout mon auditoire d'un coup d'un seul ! Mais, oui, douillet, comme un grenier plein de sciure, comme un bain de friture froide, comme - eh, ma foi, ce que vous voyez sur la pochette, au choix un réseau de grottes, un temple impie, ou un méandre de système digestif de ... quelque chose - toutes propositions qui si vous voulez mon avis ne sont pas exclusives les unes des autres. Ce n'est pas ici qu'on vous assomera avec des saloperies de blasts puissants, la batterie est en kapok, ni qu'on vous épluchera avec des riffs de rapière rouillée, les guitares sont stupides et grésillantes, du vrai Motörhead médiéval de sorcier en croûte de porc. Il règne, inutile de le préciser, une ambiance du tonnerre. D'autant qu'il y a la voix.
Ah, la voix. Il faut l'entendre pour le croire. C'est pas aujourd'hui que je vais décrocher de mon addiction aux adjectifs trémulants, si je parle de la voix de Dagon. On l'a comparé à Abbath, dites vous bien qu'Abbath à côté c'est Lars Goran Petrov. Indifférente, insidieuse, purulente, souffreteuse, infectieuse, insane - et totalement batracienne. C'est cela-même, un vieux crapaud, ou mieux un vieux tétard apathique, qui marmotte et ronfle de ridicules saloperies, avec une molle satisfaction ridicule et impuissante de tourterelle pourrie, exsudant un Mal Ancien comme un poisson pané oublié au fond du frigidaire, d'autant plus inquiétante de par cette indifférence-même à toute velléité de menacer frontalement, cette confiante indifférence à son ridicule, qui, s'il faut vraiment tout dire, pue le Pouvoir - qui vous couve de son regard mort d'amour, la gougoutte de chassie au coin de sa saurienne et sénile paupière, qui vous déglace comme un vieux rataillon roussi et vous cloque au micro-ondes de son black idiot comme un golem en gras de canard et plus occulte qu'un anus de chouette. Yum-yum, comme dit un shoggoth de ma connaissance.

mercredi 6 janvier 2010

Wilt : Cemetery Road / Dead Electroniks


Tout est dans le road. Oui, Wilt est un mec qui fait du dark ambient, sous pochette à têtes de statues, à titres toujours légèrement fromagers. Mais on ne trouvera rien ici d'horrifique, d'outretombal, de croustillant sous la dent de rat. Rien de morbide ? Faut pas déconner non plus, la route mène bien où elle dit. Elle est belle, cette route d'automne hantée, elle est paisible de soumission à la fatalité, à l'heure qui vient, nul colifichet non plus, le poids qui ralentit le pas n'est d'aucune culpabilité ni remords, mais d'une vie bien remplie de la poésie terrestre ; l'esprit n'est pas tout à fait léger non plus, mais il continue à se laisser butiner et effleurer par chaque instant, chaque sensation rêvée qui passe, en fait on en oublie où elle va, cette route, à mesure que les arbres et leurs envoûtantes arabesques se peuplent d'écharpes de spectres, que le crépuscule se pastellise de plomb, que la bise se fait solide, que le temps s'alanguit et baille et que les corneilles semblent des nymphes, que les dryades perdent chair par plaques, que le ciel devient grotte et les grincements mantras. Toute prise lâche dans la limpide joie vespérale.
Je sais pas vous, j'ai toujours préféré Poe à Stephen King.

Assaut biologique

Mais il va épuiser mon stock d'intros vaseuses, ce zig-là ...



Anthrax : Persistence of time

Dans le genre archive, celui là fallait bien vous douter qu'un jour il allait être pour votre gueule. Comment ça, z’aviez pas encore compris que j’étais l’antiquaire à mi-temps du site ? Ben voilà. Bon sinon, histoire de revenir au bousin, je reconnais que j’ai pas forcément toujours été tendre avec les Municipal Waste et autres Toxic Holocaust. Moratoire sur Warbringer pasque perso je kiffe bien. Mais de manière générale tout le revival thrash je suis plus ou moins passé à côté, peut-être parce que je pense pas encore avoir épuisé les disques source à la Speak english or die. Le tôlier de Soum, lui, la paléontologie il s’en contretape. Les empreintes de T-rex il pisse dessus et les fémurs de bronchiosaure il s’en sert comme écrase-mégots. Mais bon, moi les années me rendent sentimental, nostalgique et tout le tremblement, celui de Parkinson compris. C’est comme ça, j’y peux rien. Alors tous vos collègues de taff qui trippent comme des gros malades sur les émissions de télé spéciales variétoche des années 80, vous y comprenez que dalle ? Les coupes de douilles improbables, les tubes datés, les fringues tellement moches qu’elles vous niquent les rétines, il y a trop pas moyen ? En plus de ça c’est probablement les mêmes qui écoutent Mika ? On est d'accord. Mais en se faisant l'avocat du diable, ce serait facile de dire qu'au final Anthrax ça n' en est rien de moins que l’équivalent pour ceux qui se défoncent aujourd’hui sur Meshuggah. Comme quoi, au fond on serait tous à peu près foutus pareil … A la différence qu'Anthrax c'est pas la nostalgie pour la nostalgie. Et non môôôsieur, justement pas. C'est un groupe qui tue et puis c'est tout. Meilleur moment pour écouter le disque : tout seul dans sa chambre comme un ado débile, Married with children approved.

Little-Axe

mardi 5 janvier 2010

King Midas System : waiting for you


Encore un disque de saison. Mais si la baronne est sur ses terres en l'hiver héraultais, ce roi-ci se rencontre plus au nord, pour le moins. C'est sous un pont à Stalingrad qu'on le trouvera, ou dans le canyon entre des tours de béton à Knowle West. Il est sans âge sous ses dreads poivrées, sa voix est enfantine comme celles des vieillards, des Jimmy Scott, et sa sagesse légère et détachée picote et engourdit tandis qu'elle se condense en quasi-neige dans l'air vide au coeur de la nuit polaire, dans ce moment suspendu, hors de tout et stellaire autant qu'il émane de la matière-même de la cité dure et grise. Dans le labyrinthe de béton frigorifique flotte un fredonnement, poussiéreux comme un sépulcre et qui lave la sève, une berceuse qui s'infiltre et va retrouver les battements de coeur sous les anoraks et les passe-montagne de l'âme, et avec un doux sourire lointain instille le froid jusque dans les os du petit orteil, au fond de tes croquenots.
Le cosmos ? Il fait nuit cousin, réveille-toi et regarde-le, derrière ton épaule, invisible entre tes pieds, noir entre tes doigts, coulis dans tes poumons.

dimanche 3 janvier 2010

Rusted Shut : Rehab


Oh, le bien beau vomi raw-sludgey-noisey-rauque enrichi au gravier que voilà ; ça vous râpe les parois stomacales dans un gargouillis affreux et ça vous promet du brutal renvoi des familles, avec tout le festival de senteurs et de couleurs qui va avec - couleurs oui, avec toutefois une forte dominante de rouge, c'est que ça charcute les muqueuses ce machin-là.
Les plus téméraires d'entre vous qui oseront trifouiller dans le pâté résultant, du bout de la pincette et avec le nez bouché pourront peut-être y trouver des morceaux de Brainbombs, voire même en cherchant bien de... Rudimentary Peni...?
À bon entendeur, salut.