mardi 5 janvier 2010

King Midas System : waiting for you


Encore un disque de saison. Mais si la baronne est sur ses terres en l'hiver héraultais, ce roi-ci se rencontre plus au nord, pour le moins. C'est sous un pont à Stalingrad qu'on le trouvera, ou dans le canyon entre des tours de béton à Knowle West. Il est sans âge sous ses dreads poivrées, sa voix est enfantine comme celles des vieillards, des Jimmy Scott, et sa sagesse légère et détachée picote et engourdit tandis qu'elle se condense en quasi-neige dans l'air vide au coeur de la nuit polaire, dans ce moment suspendu, hors de tout et stellaire autant qu'il émane de la matière-même de la cité dure et grise. Dans le labyrinthe de béton frigorifique flotte un fredonnement, poussiéreux comme un sépulcre et qui lave la sève, une berceuse qui s'infiltre et va retrouver les battements de coeur sous les anoraks et les passe-montagne de l'âme, et avec un doux sourire lointain instille le froid jusque dans les os du petit orteil, au fond de tes croquenots.
Le cosmos ? Il fait nuit cousin, réveille-toi et regarde-le, derrière ton épaule, invisible entre tes pieds, noir entre tes doigts, coulis dans tes poumons.

4 commentaires:

serge.brame a dit…

Superbe. Si seulement le disque pouvait ressembler à la description que tu en fait !
En ce qui me concerne, j'ai l'impression de me trouver au rayon surgelé d'une superette en train d'entendre du reggae muzak. La voix est top mais il manque un truc dans la sauce autour. Du cambouis ? de la cendre ? du subu en poudre ? Je ne sais pas mais quand on connaît les talents de cuisto de Papy Kevin, on se dit qu'il aurait mieux fait d'aller faire un tour à la pêche au brochet avec un autre ancêtre plutôt qu'aller traîner dans les boîtes branchées avec Space Ape ou Burial.

gulo gulo a dit…

le dubstep ayant été inventé par notre cher pêcheur de brochet, il n'est que justice qu'il soit récupéré et enrichi par ses potes, trouvè-je, et je trouvè-je aussi que c'est ce à quoi ce disque donne chair (si j'ose dire), avec ses grondements ragga souterrains - il est vrai bien congelés, mais c'est aussi ce qui fait le charme de ce disque, que j'ai hâte de voir ce qu'il donne en été ...

serge.brame a dit…

C'est ça qui est marrant avec Kevin : il y a souvent débat sur son cheminement atypique. Chez les vieux fans, on trouve des indulgents, des intransigeants, ceux qui arrivent à garder l'oreille fraîche, ceux qui ne décollent pas des enregistrements cultes...
Harris le moine-soldat suscite moins la controverse avec son artillerie infaillible.

(ta chronique donne envie de réeesayer avec King Midas...)

gulo gulo a dit…

j'ai rien aimé de Scorn depuis Logghi ...