mardi 2 février 2010

Catch up with your soul

Cause we got soul, haven't we ?


The Stone Roses - She Bangs The Drums

Comme je ne supporte pas moi-même de rester sur un titre aussi insoutenable de solitude, je vais vous parler d'une autre pièce maîtresse de mon panthéon personnel (quel vocabulaire châtié pour des trucs aussi connus qu'Edith Piaf outre-manche...). Toujours une fille... Toujours la-seule-qui-puisse-me-parler, blabla, c'est un peu une rengaine sacrée dans le nord de l'Angleterre. Sauf que celle-ci ne s'immisce même pas dans les veines, non, elle virevolte juste comme une vénus de Boticelli au petit matin à travers la lande, un tambourin à la main, les cheveux jusqu'aux genoux... Encore une fois, c'est une extase intense et très brève, "how could it ever come to pass / she'll be the first, she'll be the last"... qu'on se repasse à l'infini, mais pour se sentir mieux à l'arrivée. La limite est ténue, mais She Bangs The Drum, derrière ses paroles hédonistes et vaguement polissones (Kiss me where the sun don't shine, huhu), n'est autre qu'une déclaration de piété, une proclamation de l'existence de Dieu, ou devrai-je dire, de Déesse, car comme pourrait le dire ce cher Ian Brown , "I'm not fookin' gay". Tout se passe en un éclair : Plan serré sur le jeune mécréant au réveil... Ligne de basse joviale, la journée commence, l'envie de bouffer le monde entier, le mec sort de chez lui avec la banane, confiant... y'a des jours comme ça... Et puis il se sent tout "dizzy" d'un coup, comme on dit là-bas, pris de vertige et de mirages, semble divaguer en se prenant pour un Jésus juvénile dans le désert "passion fruit and holy bread / fill my guts and ease my head". Puis il lève la tête, et voit une danseuse onduler à des kilomètres de là... "through the early morning sun / I can see her here she comes"... Extase, corne d'abondance, cantique, tout ce qu'on veut... Chaque mot est à sa place, sublimé par ce poème chanté dans une forme la plus pure qui soit. Ian Brown nous dit qu'il n'y a aucune raison d'être triste, puisque, en toute humilité, la félicité s'échappe de sa voix comme une nuée de scarabées d'or... J'ignore si la musique est drogue ou religion, comme le suggérait un jour le taulier de ces lieux, ni si l'une est un moyen pour atteindre la clarté divine de l'autre, ni encore si il est nécessaire de les expérimenter pour comprendre certains disques, mais une chose est sûre : j'ai vécu une expérience de communion avec cette chanson, non pas seul, mais - et c'est ça qui me chamboule le plus - partagée par une foule d'inconnus... C'était, comme le suggèrent les deux couplets expédiés à toute vitesse de la chanson, extrêmement bref, mais j'en demeure changé et profondément indigne, pour l'instant. Mon intuition, à ce stade précoce, est qu'une révélation n'a d'intérêt que si elle est vécue, et que seul le récit de cette révélation peut faire sens. Son contenu n'a aucun intérêt particulier pour les autres... Je vous rassure, ces deux chansons sont vraiment parmi les très très rares à me procurer de tels frissons mystiques, aussi vous n'aurez pas à re-subir ma prose illuminée et nombriliste de sitôt !


Innamorato

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