mercredi 10 février 2010

Fever Ray : Fever Ray


Un autre disque qui a mis du temps à me rencontrer, prévenu que j'étais contre par mes propres soins et pour un troupeau de raisons ridicules : une rébellion de coquetterie contre le presqu'infaillible bon goût d'Elovier Dranis, un côté trop Björk, une envie d'un album de The Knife, et pas de cet album vendu comme forestier et qui sonnait davantage techno new-age.
A l'heure où The Knife se viande avec Mt Sims dans l'arty-farty le plus scabreux, cet album me sourit bien mieux, et j'accepte tout : oui la satanée dreadeuse barbue a presque toujours raison, oui sans Björk The Knife ne serait sans doute pas là où il est planté - et oui : c'est un album de The Knife. Car Karin est accompagnée non seulement du fantôme de Suzi Wan comme d'habitude, mais aussi et surtout de son monstre extraterrestre apprivoisé, qui ronronne à ses pieds en vagissant ses mélopées sans yeux toujours aussi flippantes. Cette fois ils ne nous emmènent simplement pas en discothèque eighties où se toisent coiffures à la lionne et iroquoises à teintes synthétiques, mais en teknival d'avant le bug, aux petites heures, quand à moitié redevenu quadrumane on vaguait dans l'aurore à la recherche du cours d'eau tapi dans quelque repli de verdure, où l'on pourrait faire quelques ablutions solitaires, comme un rituel et un passage obligatoire des crapahutades psychicocosmiques qu'on était venu faire en ce moment immémorial de l'année ; toujours en direct de leur uchronie interlope, décousue comme le pays des rêves, où l'on peut croiser Dive qui enregistre son split avec Kirlian Camera en plein Summer of Love, où s'emmêlent confusément les impressions venues des années tendres bercées par Violator et Japanese Whispers, et une innocence marbrée d'une amertume qui n'est pas de son âge, secouée de tics animaux ... La description pourrait presque coller pour Björk, avec quelques tranxen, si seulement elle ressortait un disque aussi chouette que son Debut, et si The Knife n'était pas à Björk ce que Pélisse est à la Castafiore - ce qui, on l'aura déduit, implique aussi l'absence chez la seconde du compagnon mi-morse mi-smilodon de Karin, aussi troublant que le Rige, le Fourreux et Bulrog à la fois - ce qui m'amène l'air de rien à mon trivial post-scriptum : ne passez pas à côté de la deluxe edition ; vous ne voulez pas, croyez-moi, louper un Stranger than/to Kindness digne de Dirk Ivens et Claus Larsen dans leurs moments les plus déloqués et dépassés, psalmodié par le catoblépas en question - et dire qu'une autre des raisons qui me hérissaient contre le disque au début était la présence de cette moitié de The Knife qui m'agaçait, surtout dans ce contexte qui promettait plus de "From Off to On" que de "We Share our Mother's Health" - j'en suis bien revenu depuis, "From Off to On" me tourmente des journées durant, et de même fait "Concrete Walls" - et tout ceci fait bien plus de tirets qu'une seule phrase même une des miennes n'en peut supporter, je vous lâche la grappe.

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