mercredi 31 mars 2010

Pour quelques gougères hollywoodiennes de plus...


Que vos rêves de margarine soient prospères... que vos brioches soient molletonnées et vos quiches pauvres en lardons... que vos âmes s'élèvent, dans l'élan le plus gymnaste, jusqu'aux cieux tapissés de blini's du grand Bois Saccré, et que la ferveur et l'héroïsme vous mènent au Paradis des Braves, entre les cuisses saillantes des dieux imberbes.

Hallelujah.

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Radu Mihaileanu : Le Concert

Vous êtes un petit poisson mignon, vacant dans son aquarium avec d’autres petits poissidés tout aussi mignons, à deviser des choses de la vie d’ostéichthyens ornemental : qui ira demain se prendre un bain de bulles au jacuzzi derrière la plante verte, qui ira jeter ses ordures au poisson laveur, qui ira culbuter mam’zelle hippocampe dans l’amphore… quand soudain, brutalement, l’oncle Raven apparaît dans votre champ de vision et crache un gros mollard sanglant sur la paroi frontale de ce bac de flotte pitoyable. Choqués par tant de violence gratuite, vous vous écriez en chœur d’une voix sous hélium toute riquiqui ridicule :

« iiiiiiiiiiiiiih »

Marinez dans la honte, misérables guppys. Car si tonton Raven est dans cet état, c’est qu’il est malade ! S’il est malade, c’est qu’il a vu un film si tièdement médiocre qu’il l’a rendu livide. Et si vous voulez tout savoir, car je devine aux frétillements impatients de vos nageoires ce vilain défaut qu'est la curiosité, il n’a pas très très envie d’en émettre une critique au préalable architecturée et soignée comme il le fait d’habitude. Nan. Juste de poster l’affiche accompagnée d'un succinct crachat de dédain, parce qu’elle évoque le contenu avec un sens de l'évocation qui évoque assez bien les choses... L'humanité (supposée) et l'humilité (masquée) ne font pas tout. Nous voilà donc, sans doute au nom de cette Sainte Simplicité des Choses Simples tant revendiquée jusque dans les pubs pour camembert, devant un bon gros film de socialiste avachi, conçu pour faire enfler le jonc des frustrés de la vie à l'imaginaire anorexique et aux rêves de gloire filiformes. Parfois, les choses simples et équilibrées ont du bon, c'est vrai. Mais, et vous le savez aussi bien que je le sais mes chers lecteurs à écailles, ça n'a jamais été une qualité en soi. Un PH neutre ne fait pas une eau saine.

Mon dieu, que ce mélange des cultures est raté. Mon dieu que ce casting sent le pipi (Mélanie Laurent, aussi fade et impersonnelle que son nom, qu'on croit encore actrice par un quiproquos qui m'échappe, et qui m'évoque une truite morte abandonnée sur le rebord de l'évier). Mon dieu que ces stéréotypes manquent de charisme. Mon dieu que cette histoire de Rasta Rockets slaves avare en drôlerie est antipathique, encore plus passées la première moitié à base d'Emir Kusturicaca lyophilisé. A peu près autant que son François Fillon de premier rôle, qui donne à chaque apparition abattue l'envie brûlante de lui coller un bon coup de pied au cul. Mon dieu que cette chose est laide !

N’est pas Full Monty qui veut.

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mardi 30 mars 2010

Tarsem Singh : The Fall

Réaliser un bon cocktail pour fille, c'est une affaire de maquillage, de chimie, et d'hypocrisie : le taux d'alcool doit être le plus élevé possible, et dans le même temps le goût ne doit en rien trahir sa présence, ce qui risquerait de donner des hauts-le-coeur à la délicate amazone. Le sucre est l'allié idéal dans ces conditions, ce que les marchands de vodka-limonade et autres bières-orangina ont compris. Il ne faut pas avoir peur d'en mettre beaucoup, plus y'en a, mieux la séduction se fera. Mais le sucre ne fait pas tout : un bon girlie cocktail, c'est aussi un goût fruité, ainsi qu'une touche chimique un peu taquine qui doit rappeler les fraises tagada et autres crocos gélatineux, et, détail à ne surtout pas négliger : des couleurs irréprochables, c'est à dire sans aucune nuance de marron ou toute autre teinte qui évoquerait les méandres du transit intestinal dans l'esprit si délicat de ses dames. Si possible, créer un maximum de niveaux de couleurs, pour en mettre plein la vue.

En voyant The Fall, je me suis demandé si j'en étais pas devenu une, de nana. Son metteur en scène a semble-t-il parfaitement compris les règles énoncées plus haut. J'ai trouvé ça diablement beau et envoûtant, et j'ai même manqué de verser une larme d'émerveillement à la fin, alors que je sentais le nanar à 3 km, en voyant la gamine et en lisant le synopsis, je m'imaginais très bien le truc, "du rêve en barquette" que je msuis dit, "un truc pour Johnny Depp et ses pots de khôl". Eh oui, dieu sait si j'exècre monsieur Burton et toutes ces daubes pseudo-oniriques-poétiques en plasticine pour pucelles qui noircissent leurs agendas de Pucca. Fichtrebleu, j'y ai vu que du feu, au stratagème ! Faut dire que maintenant que j'y repense, j'avais adoré le The Cell du même indien, dans ses moments oniriques dévastateurs de branlette visuelle gratuite et insolente, autant que j'en avais détesté les moments "IRL" à l'allure de téléfilm. On retrouve ici quelques-un des symboles inquiétants chéris par Tarsem (le cheval mort), et sans que cela fasse ornementation pour ornementation, le même sens du tableau de rêve halluciné à l'esthétique exacerbée, en encore plus métissé, plus imposant, pompier, chatoyant, excessif, coloré (quel bal costumé et quels maquillages ! succulemment gay), figé en peinture folle dans des paysages Zhang Yimou meets Ushuaia, les mêmes ralentis au millimètre sur fond de Dalì et Ernst, dont beaucoup parlent comme étant dignes d'une publicité pour parfum ou d'un clip pour Mylène Farmer, mais que je trouve épiques et grandioses. Et cette fois-ci les moments dans la réalité sont réussis : subtils, même sur la fin quand c'est parti en vrille dans le mièvre et le larmoyant j'ai rien remarqué de gênant, bien au contraire : cette explosion de passion a fait fondre toutes mes résistances. De toute façon, même si sa toile est faite à travers les yeux d'un môme, Tarsem n'est pas du tout comme ce boulet faussement excentrique de Burton : il a l'esprit adulte. Et ses visions à lui sont sublimes, et cruelles.

Sidney Lumet : Before The Devil Knows You're Dead

A moins d'avoir de la merde dans les yeux, mes agneaux, vous aurez remarqué à quel point le parasite que je suis prend de plus en plus de place céans. Papa Gulo s'étant fait un peu discret ces derniers temps, et mon manque de sans-gêne étant à peu près égal à ma sensibilité  face aux injustices dont sont victimes les top models et les participants de la Ferme aux célébrités, il convient néanmoins de toujours garder à l'esprit, même si ça fait faillot, suce-boule ou lèche-bugne ou tout ce que vous voulez, qu'une seule personne ici est capable de faire tout ce que bon lui semble quand ça lui chante, et de tirer les oreilles des élèves en cas de laisser-aller. Et cette personne, qui aime à se définir dictateur, on l'appelle Boss.

L'vieux Lumet, c'est un peu pareil. C'est lui le patron de son boui-boui, et personne d'autre ne sait mieux que lui faire du Lumet, et vendre du Lumet. Des gamins mal mouchés ont saccagé sa demeure, pendant qu'il avait un business de vente de salades à tenir avec un conducteur de kangoo customisée nommé Vin Diesel (qui est tout le contraire de son patronyme aussi bien physiquement qu'artistiquement : ce mec ne carbure pas au pinard).

Papa est de retour à la maison, petits garnements. Et ça va chier.





(PS : si tu veux te faire une ptite idée sur le film, regarde les libellés, ou vas sur allociné)

(PS bis : Marisa Tomei est la plus belle femme du monde.)

(PS bis bis : que met Sidney le matin avant de lire le jourmal ?)
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lundi 29 mars 2010

dimanche 28 mars 2010

Cheeleader 69 : Mother of the 1966 Bombs


Dans l'aube qui poignait sur le champ de bataille de Woodstock, tandis qu'au milieu des jonchées de junkies roupillant comme des bébés repus Albin Julius sous sa tente se livrait à une cérémonie d'envoûtement sexuel, en fredonnant Flying High, certains étaient restés suffisamment éveillés pour assister, dans une immobile exaltation, à la lente descente, dans le ciel rosissant, de l'immense soucoupe volante nimbée à en épaissir le sang de ses promesses de transfigurations dépassant l'entendement primate. L'air même semblait trembler de faiblesse et aspirer à glisser dans une syncope ravie. Elle n'en finissait plus de descendre et descendre sur le champ frissonnant et de se déployer telle une formidable fleur qui envahissait tout l'horizon. Et voici qu'enfin ell

Patrick Lussier : My Bloody Valentine 3D

Un bon remake du slasher canadien culte de 81 (je crois) que j'adorais gamin : Meurtres à la St Valentin. J'ai pas regardé avec les lunettes 3D mais ça a son charme même sans. C'est plus old school et léger que la plupart des remakes de slashers ou survivals - le réalisateur de l'original (George Mihalka) avait un nom de rugbyman ou de tablette de chocolat, et le film de Lussier est un peu à cette image : abdominal (tablette de chocolat... abdominal... c'est bon ?), bourrin, régressif, besogneux, du bon charcutage de teenagers, en bon pro, même si c'est la routine, un jour comme un autre à l'usine, pépère... bref sympa comme tout. Bien sûr, sans l'effet 3D on y perd, et on sent que le film joue principalement sur les effets de relief, mais la version "plate" est nickel, même si complètement décousue (mais ça on s'en fout un peu, non, à moins d'être couturier ?). Les meurtres sont bien punchy, le casting assez charismatique. Le flic tête à claques évoque une version bad guy de David Arquette dans Scream. L'autre type en premier plan est une sorte de quaterback à la con genre Josh Arnett. Pas d'intrigue même si une espèce de who dunnit surgit à la fin, avec un ptit twist histoire de dire qu'on a quand même travaillé autre chose que les effets gore 3D. T'façon rien que le souci de crédibilité t'as tout compris : le boucher de service se réveille à l'hôpital, même pas ligoté alors qu'on sait qu'il a déjà buté trois semi-remorques d'ados, et quelques instants plus tard le flic (ce bon vieux Tom Atkins) arrive sur les lieux, là il voit qu'il y'a du sang partout, des membres un peu partout, une tête par ci une main par là, et il en à rien à cirer. L'enquête est menée en mattant des films pornos amateurs. Une nana, probablement sortie d'un classement photo FHM ayant pour thème le ticket de métro, se trimbale tout nue avec un flingue, hystérique, avant de se faire zigouiller comme un lapin dans sa cage. Une naine ridicule se fait empaler à coup de pioche (l'arme fétiche du tueur) jusqu'à ce que sa tronche soit encastrée dans le plafond et que le néon se casse la gueule. Je neutraliserai pas la surprise des quelques autres mises à mort bien cools, mais y'en a. Le tueur est, autant que je m'en souvienne, fidèle à l'original : ce bon vieux Frankie, peut être le seul rival sérieux pour Myers et Vorhees en leur temps ; le même bourrin, mais metteur en scène appliqué de ses meurtres, une sorte de Jason un peu plus soucieux des détails, moins bovin, plus romantique (il laisse le coeur de ses victimes dans un ballotin à chocolats, c'est-y pas mignon ?). Les gars sont des gros boeufs, les filles soit des salopes soit des demeurées (ou les 2 car ça n'est pas incompatible), bref on se prend pas le chou, on sirote son soda tranquille et on ricane comme un gros neuneu. Presque aussi bien que les meilleurs Vendredi 13 (soit le 6 et le Jason X, tout le monde est au courant j'espère), donc recommandable pour les amateurs. Bonne pioche pour le coup. Ah ah ah, je suis marrant.

Tonie Marshall : Vénus Beauté (Institut)

Un débat national récent faisait état de la recrudescence du voile islamique. Moi, je suis pour. Ce qu'il y a de bien avec les femmes voilées, c'est qu'on voit pas leur tronche, justement, parce ce que le problème est simple à comprendre : on met les maris en cause, alors que ces femmes-là cachent simplement leur laideur, ce qui est la moindre des choses. Regardez Diam's, elle a tout compris. C'est bien là une attitude responsable et citoyenne que devraient, m'est avis, prendrent en exemple nos femmes occidentales, surtout les plus laides, qui souvent se croient les plus belles, arborant moult maquillages ridicules et autres piercings nasaux, qui rendraient service à bien du monde en dissimulant aux regard masculins la décharge municipale qui leur sert de face.

Mais c'est un problème qui en cache un autre, plus ancien, celui même de l'inégalité des physiques. Dans un monde parfait, il n'y aurait pas de femmes voilées. Les femmes seraient toutes belles, connes, et, puisque nous y venons naturellement, prêtes à coucher le premier soir ainsi que n'importe quand ça nous chante, et on pourrait s'en servir comme table de bistrot une fois qu'elles nous auraient vidé le bazar, en leur mettant des coups de latte dans le ventre pour ajuster la hauteur si besoin.

Audrey Tautou c'est un peu le problème du voile intégral. Les films à brouteuses bien de chez nous comme celui-ci, aussi, ce jus de kumquat sans pulpe, cette menstruation incolore et sans goût, qui arrive quand même à me rendre ma Seigner invisible et appâter avec des plans de nu presque bandants avant de renchaîner sur du vide sous cellophane (l'pauvre Samu-L est à sa place, un veau empoté dans une boutique de lingerie coquine sans lingerie dedans si vous me permettez cette métaphore un peu coquette), et pis merde disons le carrément : tous les films avec cette petite parisienne infecte avec ses yeux de poupée faussement malicieuse à la con éclipsant la courbe certes agréable de son derrière, qui me donneraient la force de déraciner un tronc de baobab à deux mains pour lui fourrer là où jpense. Toutes ces comédies sentimentales roses pâles sans vrai rose dedans (sur SOUM on sait ce que c'est le vrai rose nous, t'as pas vu le papier peint connasse ?), sans vie, sans rien, érigés à la gloire du vide fémino-sentimentaliste le plus fade et irritant (je suis pas spécialement difficile avec les films à l'eau de rose pourtant, mais là c'est de l'eau tout court), toutes ces comédies disais-je, devraient être cachées, si pas mises au bûcher pour l'exemple. J'inventerai donc un voile spécial pour tous ces navets à grognasses, un beau voile en lin noir, épais, enveloppant, et confortable (car je suis bon prince quand même), qu'il sera obligatoire de porter sur la place publique, même si personne me force à les voir. Le fait est que je peux les croiser dans la rue, et avoir la nausée. Le fait même de les savoir appréciés, d'ailleurs, me pose à me questionner sur la nature humaine, à me demander si finalement il faudrait pas rétablir certaines vieilles traditions...

Neveldine & Taylor : Crank - High Voltage

Il y a deux catégories de films : la première, celle des films qui servent à se sentir plus fin et plus cultivé une fois visionnés. La deuxième, celle des films qu'on regarde le cerveau débranché, une bière à la main, en se grattant les couilles.

Après avoir matté Hypertension 2, dixit la doctoresse à forte poitrine que j'ai vu à l'hôpital et qui m'a soigné avec beaucoup de zèle, mon scrotum était atteint de "multiples lésions traumatiques liées à un grattage burnal intempestif ". Si j'avais gratté à chaque fois que j'ai rigolé, avec un filet de bave opportuniste se faufilant jusqu'au col de ma chemise, eh ben j'aurais plus de couilles.

J'ai encore des couilles, rassurez-vous. Vous il vous reste des yeux et des oreilles j'imagine, mh, alors servez-vous en un peu, au lieu de regarder des films sensibles et intelligents, bande de gros culs.

Robert Redford : A River Runs Through It

Certains films donnent une envie, irrépressible, d’aller se promener en forêt. Une fois dans les bois, si beaux et si purs de verdure, à contempler le fascinant ballet des fougères et à humer la mousse fraîche qui pousse au pied des arbres, on regrette de n’avoir rien eu d’intéressant à y jeter pour mettre un peu de couleurs dans le décor, je sais pas moi, des piles, du goudron, des sacs poubelle, ne serait-ce qu’un petit emballage de chips, ou des ampoules électriques pourquoi pas, des petites ampoules phalliques que les petits écureuils mangeraient en les confondant avec des glands mignons, et s’étoufferaient en les avalant, périssant dans la souffrance devant leur mère désemparée, des gerbes de sang leur giclant des yeux, dans des gestes de douleur désespérés, et leur mort ne survenant qu'après de longues minutes d’agonie, ne nous restant plus qu’à ricaner un bon coup en pissant sur leurs cadavres, avant d’aller jeter une clope dans un tas de branchages sec… Des films aussi évocateurs de visions doucereuses que celui-ci, mes frères lecteurs, y en a tout plein, et la défense habituelle de leurs amateurs est de dire que c’est humble et beau et que ça n’a pas la prétention de révolutionner les choses, mais vu le décor il me semble tout aussi indiqué de les regarder comme un bûcheron, et de prendre du plaisir à en relever les détails les plus croustillants et involontaires, surtout quand le pitch donne aussi peu à réfléchir…

Cela se passe au début du siècle passé, dans le Montana, un temps et un endroit où les gens savaient apprécier les bonnes choses et où il n'y avait pas de réchauffement climatique, un temps où les hérissons gambadaient insouciants entre les conifères sans se soucier des Land Rover. Un temps où la truite et l'homme vivaient en harmonie, l'une se faisant pêcher par l'autre et l'autre mangeant l'une le soir, au coin de l'âtre, après avoir fait la prière... Elevé par son père, un prêtre (pasteur plus exactement) dont on ne saura pas s’il est pédophile mais qui manie la canne à pêche avec talent, Brad est devenu journaliste, mais son hobby c'est sa passion : il a chopé le virus de la pêche à la mouche que lui a transmis son paternel, et il se sert de sa gaule comme d'un violon, maestro de la chasse aux poissons, génie dans la danse du fil, le geste souple et élégant, mais ferme. C'est ici sans nul doute que lui vient sa réputation d'homme bien gaulé. Brad sillonne le beau conte naturaliste, avec quelques gimmicks de son cru, comme ses fameuses moues qui on fait son succès auprès des pisseuses, façon "j'ai grignoté des noix de cajou et j'en ai une de bloquée dans la molaire mais j'arrive pas à l'en déloger avec ma langue", que même Tarantino aura pas aussi bien exploitées avec un rôle 100 fois plus fun. Brad taquine le goujon, avec son frère, interprété par Craig Sheffer (en termes faciaux cet acteur 2nd couteau se situe entre Marc Lavoine et Christian Slater, avec une texture de peau un peu plus fromagère) un mec plus réservé, plus intelligent, moins rebelle que Pitt le Fou, qui n’a pas les mêmes ambitions dans la vie. Lui n’est pas comme Pittou : déjà, il a une grosse veine sur le front (comme Angelina Jolie, marrant les coïncidences), qui enfle ou désenfle selon son humeur. A un moment Brad meurt, ce qui est triste car c’était un brave garçon, simple et généreux, avec de si jolies joues, douces comme des coussins, mais il sortait avec une indienne et multipliait des dettes impayées au poker, et les cuites au bourbon, alors il l’avait un peu cherché quand même, la morale de tout ceci étant qu'il ne suffit pas d'être bon pêcheur et d'avoir de belles joues en peau de fesse de nourrisson pour survivre en situation de mort imminente... Parallèlement à cette trame de thriller ultraviolent, le mec avec sa veine frontale saillante drague une nana, une connasse qui écoute du jazz de prisu et met des chapeaux à la mode. Le frère de cette nana n’aime pas la pêche, donc c’est un con, et sa punition divine sera de bronzer cul-nul au soleil de midi en compagnie d'une pute et de chopper de vilains coups de soleil. T'avais qu'a pêcher avec Brad, ducon. Le gars qui a de la veine et la nana apprendront à s’aimer, au fil de discussions sans relief, dans un Montana tout de sainte verdure célébré sans relâche par Robert. Ce bon vieux Robert !

Un bon contrepoids ricain à la mini-vague des comédies franchouillardes et champêtres de notre terroir style les Enfants du Marais, qui célèbrent la vie simple dans la nature, la philosophie du temps qui passe et le bonheur d’une belle tartine de confiture bonne maman à l’ombre des marronniers. C’est aussi un peu de la merde, mais moi ça m'détend, en grignotant une banette l'oeil vitreux.

samedi 27 mars 2010

La Religieuse Portugaise


La chirurgie plastique vient de doter Ségolène de deux splendides grozyeux flambants neufs. Elle part donc pour Lisbonne distribuer des regards intenses de toute première bourre, et multiplie les liaisons, avec M. Paillasson, Gérard Lanvin et un Lionel, lors de folles nuits de monocordisme.
Umagad, comme qui dirait. Lent, chiant, hilarant.

MayheM : Deathcrush

Alors ça, c'est un petit disque de crust guerre & peur sous influence Celtic Frost sympa comme tout que je viens de découvrir et vous recommande chaudement (en plus y a des bouts de Sopor Aeternus avec, comme si que c'était une cassette qu'on s'était bricolée soi-même, c'est rudement chouette).

Blacklisted : No One Deserves to Be Here More Than Me


Je suis quasi-sûr que c'est passible de prison ferme dans certains états, d'être nineties aussi brutalement et de sang-froid, genre de synthétiser autant de styles de l'époque que genre même pas tu essaies de commencer à namedropper, par peur de déclencher une avalanche.
Alors quand par-dessus le marché on rajoute une tranchante rasade de desperademocore à la Failed Convict, je crie tout bonnement à la déloyauté caractérisée.

Cavalcade : Into Bolivian


Pendant qu'on donne dans la pochette coup-de-pute, téma un peu celle-ci. Remarquez, elle est pas si mensongère : là-dessous, c'est la gigue, grinçante et de guingois, d'imbéciles goules, qui ont appris la country chez Primus, prennent Pere Ubu pour du stoner, et confondent tout le temps Cannibal Corpse et Morphine - une fois qu'on a vu le titre de l'album, de toutes les manières, on a compris que les neurones allaient finir leur carrière comme cacahouètes dans une Black & Decker party.

Neveldine & Taylor : Gamer

Ces 2 connards de ricains sont dangereux. Ces 2 petits escamoteurs maquillés en beaufs écervelés ont juste tout pigé aux années 00-10, en faisant un truc qui sent les 90’s a plein nez (merci Herr Doktor Null, j’y avais même pas pensé tant c’est évident) dans son concept/esthétique entre Tueurs-Nés, Strange Days et Nirvaña. J'étais déjà nostalgique de cette merde avant de l'avoir vue, en fait, alors qu'elle est neuve, qu'elle projette dans le futur que nous vivons, dans lequel Marty McFly serait triste de voir qu'il n'y a ni overboards ni chaussures autolaçantes, mais une énorme pieuvre invisible qu'on appelle le web, ou la deuxième réalité, celle qui permet de fuir la première ('m'étais juré de pas sombrer dans l'analyse, pas d'bol nicole). Gamer aka Ultimate Game chez nous (eux et leurs traductions, vraiment) nous assène une lourde vérité, à base d'un cliché pourtant bien vieux déjà. Un gros malaise froidement jouissif... sans saveur, ni odeur, ni texture. Oubliez tout ce que vous croyiez savoir… oubliez les frères Wachowski, oubliez Avalon. Ultimate Game est la vérité, l’essence, la sculpture de notre décade de surbouffe visuelle sonore médiatique etc etc etc, lol wtf wizz facebook youtube sims edition deluxe wizz wizzzzz x ptdr, ce canardage numérique effarant et épuisant et fascinant et que sais-je encore, qui ne cesse d’enfler tel l’abcès multicolore… jusqu’où ? Notre mort ? Notre renaissance ? Comme une matière qui ne cesse de croître, sans cesse, et nous abruti en nous nourrissant… Et ces 2 cons l’ont compris, parce qu’ils sont tout sauf cons. Et ils en ont saisi la matière même, et en ont fait une sculpture, par dépit, par amour, peut être ni l’un ni l’autre… peut être les deux. Comme pour les Crank, on a la même énergie épuisante, les mêmes 3000 idées par minute. Mais cette fois le délire est comme qui dirait sous contrôle d’une intelligence farouchement lucide et terrifiante de désinvolture rock'n'roll, plus loin que le cyberpunk sans avoir l'air d'y toucher, capable de masquer la genèse d’un nouveau genre sous une jaquette digne de Steven Seagal ou Van Damme. A dessein. Le tempo est speedé, c'est leur marque de fabrique. Les images font tactactac, entre psychédélisme artificiel et hallucination SF de Tony Scott. Les références à la pop culture du siècle dernier enterré sous la marmaille dégénérée qu'il a enfanté fusent à vitesse lumière, on en saisit quelques-unes au vol (we freed your mind and your ass followed… tout le monde aura compris ; les mauvais élèves se feront tirer les oreilles par cousin Innamorato). Gerard Butler n’est plus sparte mais spart.com, exit la barbe et la frange faite avec un bol de cacao, place au Gégé nouveau, noyé dans les lumières artificielles et la tremblote camescopique et stroboscopique... place à Bubu. And YOU don't fuckin' mess with BUBU. Don't you try, geek. Vous pouvez avoir peur comme lui, tenter de sauver votre peau, de sortir de la matrice, même si c'est vain, même si dehors, dedans, ne sont plus les termes adéquats. L’époque lobotomisante et ultra-référencielle que nous vivons est aussi terrifiante que vivifiante ; aussi dangereusement malsaine que pleine de promesses folles. Faut-il l’accepter, ou la combattre ? Ni l’un ni l’autre, mes ptites choutes pixellisées. C’est une fatalité, qu’il faut embrasser à pleine langue.

Noyez-vous dans le flux numérique et devenez dieu et esclave.

Ou sauvez votre peau IRL et devenez libre… et prisonnier.

Faites comme Bubu.

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vendredi 26 mars 2010

Amour, amour

Am Ende, wir fangen zwischen deine Zähne


Adieu, ma Voie Lactée" ...


Oh la belle mauve que voici. J'avoue l'avoir un peu choisie pour sa connivence avec le papier peint de céans. Farewell Milky Way est en fait un concert d'adieu au Milky Way Club d'Amsterdam, repaire privilégié du groupe depuis son déménagement sur le continent, mais bon, on peut tout a fait imaginer à son écoute un vaisseau dérivant hors de notre galaxie. Album à l’honneur : 9 Lives to Wonder, mon chouchou. Instrument à l’honneur : la basse, onctueuse et prenant son temps. Écoute-la, lecteur fébrile, danser avec la grâce d'un rat de l'opéra sur la fin de Vigil-Anti. Les hostilités sont d'abord entamées sur deux extraits suintant la classe de 9 lives to wonder, d'une sensualité ici décuplée, portée par cette ambiance soyeuse qui émane pendant une heure. On Another Shore est toujours cette gondole vénitienne avançant très lentement sur un lac chinois, entre les rideaux de brouillard, un genre d'absolu. Après ça, on goûte à du Pink Dots sensiblement plus pimenté, bien que ce live reste en bonne place parmi ce qu'ils ont fait de plus délicieusement chill-out. A Crack in Melancholy Time vient un peu terroriser ceux qui se sentiraient pousser des fleurs dans les cheveux, néanmoins ... Même péripétie lysergique que sur la version de l’album, mais avec un bon vieux Jumpin’ Jack Ka-Spel qui saute de sa boîte à 7 min 50 pour courir se terrer sous la commode, apeuré et les yeux clignotants alternativement de vert émeraude et de rouge pissenlit. Comme si une trappe s’ouvrait sous lui en plein milieu de cette histoire urbaine, pour le précipiter dans le terrier du lapin blanc. Une longue chute libre s’ensuit, résonnant longuement … L'album s'achève dans une grande traînée de plancton stellaire, sur un Space Captain que l'on aurait voulu infini ... Oh Captain My Captain ...


Innamorato
(qui a oublié de souligner qu'il vous parlait donc des Legendary Pink Dots, la réalité n'est pas l'affaire de cet homme-là, j'aime ça)

Like an evergrowing slime

Trop de hard rock et de trucs de coreux, sur Soum, hé ?
Pouahahahaha.

Carbonized : Screaming Machines


C'est n'importe quoi. Carbonized a commencé sa carrière par une pochette anarcho/hxc/dinosaurjr qui contenait du death old school - école suédoise, ou finnoise, pas le genre de détail que je retiens. Et l'a achevée avec ça en guise de troisième album - et encore, dites vous que moi j'ai trouvé le moyen de me dégotter une réédition sous jaquette Alien vs Predator vs m'enfin pourquoi?! qui l'élève encore à un autre level d'incongruité.
Ça : ce metal paranoscifi-nimp bien au-delà de Voivod et Pestilence et autre metal choqué par Killing Joke jusqu'à en avoir des spasmes : du thrash post-punk dégingandarticuléctrocuté au Talking Heads, raide comme Brendan Perry qui prend sa claque Deadfood ; une aberration psychéthrashfunkgoth, yellometal overdrive, Chris Connelly avec un perfecto en chauve-souris, en total schizo-bliss dans la twilight zone - et il en manque à l'appel, mais que vous dire de plus ? Frappadingue ? Sergent Buck veut ce disque et il ne le sait même pas ? Ata ata oglo ulu ?
N'im-por-te-quoi.

Carbonized : Disharmonization


Vraiment n'importe quoi. Ainsi donc, Screaming Machines était à la fois le feu d'artifices neural final chamarré et furieux, et le semi-recadrage vers le metal originel de ce groupe qui porte bien son nom.
Parce que là, pardon ! Oh, il y a bien quelques guitares qui grésillent et cautérisent et quelques voix des âges farouches, mais on est surtout en plein dans un grand bain de réverb postpunkjazznoise qui évoquera, aux uns Skingraft, aux autres A Witness ou Bogshed, et à un inculte comme bibi surtout PIL ; sauf qu'avec plusieurs louches de spookfunk dessus - et aussi des fantômes et des cache-poussière à la Some Girls (wander by mistake) parce qu'y a pas de raison. La pochette total metal incongrue au possible jette en outre un intéressant éclairage frostien à ce Claro que Si chlorhydrique - trouvè-je, mais c'est moi, je vous en laisse juge.

Jesus Lizard : Blue


Soigne-toi, qu'y disaient

Me v'là donc soigné...

Je me suis rapproché de la cellule familiale, on se voit plus souvent

Paraît que les neveux et les nièces aiment bien voir leur "tonton rigolo" aux repas dominicaux, les dimanches

Les discussions y vont bon train

Des fois je participe, par politesse.

J'ai une femme, un chien, des gosses.

La maison qui va avec, les voisins.

Un break.

Il m'arrive d'aller faire les courses. Pour sortir.

Le matin dans la salle de bain, y m'arrive de cogiter, avachi sur le bord de la baignoire.

Dans les dîners familiaux, aussi.

ça pousse tellement vite, les gamines...

Je fréquente des gens bien, polis

Qui parlent de projets sociaux, d'investissement, de vacances à la mer

Ils boivent de la Suze à l'apéro

ça me change, un peu.

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Jesus Lizard : Shot


J'me suis payé des fringues + propres

Mieux coupées

Mais les vêtements n'ont aucune incidence sur l'ampleur de la soif

see ?

jeudi 25 mars 2010

James Wan : Death Sentence


Le mec qui a fait Saw. J'sais pas si c'est un tâcheron, et je m'en fous. Death Sentence c'est pas pareil, c'est un peu comme Chute Libre le meilleur film d'avec Michael Douglas, mais c'est aussi un peu aut'chose, parce que c'est un vigilante, à savoir un film qui parle de 1. une violence gratuite faite à un membre de ta famille ou tout être qui t'est précieux 2. la vengeance impitoyable de toi, le quidam meurtri de chagrin et de rage, qui ne peut recourir à la justice trop laxiste avec les criminels et doit passer par l'armurerie pour rétablir l'équilibre.

Tout ça mes petites choutes en sucre, vous l'aurez saisi comme le steak que je fais cuire dans ma poêle à l'instant, est fait avec l'esprit ricain, donc bien rond et bien généreux comme une lampée de bon rouge, et simple comme un bourre-pif, même si les fioritures sont là pour me faire mentir un peu, au début. Bacon au taquet, tendu comme le string de maman, toujours plus "Eastwood en mono" (à supposer que Eastwood soit en stéréo dans Dirty Harry, pour saisir l'excellence de la métaphore). La première partie est assez nase, on sent que le gars peine à poser un vrai climat de tension et on a du mal à avoir envie de les voir crever (les MECHANTS). Après, vers le milieu, jsais plus trop où exactement mais vers la moitié quand les méchants coreux tatoués drogués sans morale en rajoutent une couche, on attend que ça : qu'ils crèvent ces enculés. Pour avoir tué la famille innocente. CREVEZ SALAUDS ! La vengeance y'a que ça de vrai, ouais; toi et moi Kevin, on va les fumer, on a plus rien à perdre, et pas le temps de sortir une vanne entre deux coups de latte, les vannes c'est pour les gens cools, et qui pourrait être cool dans un moment pareil ? Bruce Willis ? C'est un robot ce con là, y'a pas de sang qui bat dans ses tempes.  Pas comme toi mon Kevinou. Faut que la douleur sorte... DANS LA DOULEUR. Je sais qu't'as mal mon Kev', sinon tu ferais pas la gueule. T'avais rien demandé. Oui, je sais... Je comprends, t'inquiètes.


Le long démarrage fastidieux à base de Massive Attack & Korn vire au Slipknot (Wan a un background néo-métal indécrassable, autant faire avec) et Biohazard, puis, moins mignon, au Unsane, références peut être trop subtiles pour mes amis cinéphiles alors je dirai que c'est simplement et malgré l'aspect léché-clippé totalement urbain, passé les cascades et scènes d'action, totalement old school, à l'ancienne, avec des plans presque en relief tellement le canon du fusil semble à 3 cm de ta gueule par instants, des trucs à la Death Wish/Vigilante et consort du moins dans l'esprit, et toutes ces saloperies 70's qui venaient mettre de l'huile sur le feu en temps de violences urbaines et donner du nerf à moudre au quidam révolté, que c'est du genre explicite, avec une musique tellement explicite dans le genre tragique style B.O. de Requiem for a dream qu'on a peine à rester de marbre même si une part de nous aimerait en rire, les tripes prennent le dessus et effacent ce sourire comme du tipp-ex (tripe-ex?) ; un John Goodman comme seul récif de cool attitude auquel se rattacher en guest... ça frappe les dents serrées et l'oeil mauvais, les nerfs à vif, les phrases fusent comme des coups de canif dans la carotide de l'homme mauvais, et réduisent à néant ce qu'il nous reste de compassion envers les nécessiteux, tant l'envie de shooter dans le premier punk à chien ou gangsta rappeur qui se présente semble logique à cet instant sans qu'on sache trop d'où à pu ressurgir pareille vision animale absurde, de même que l'image en 16/9 de ses petits doigts de pute écrasés comme de la merde et de son crâne de pute éclaté sur le bitume (laissant pisser une rigole de son sang de pute) nous apparaît parfaitement saine et constructive. Ouais. Le passage dans le bar (Four Roses, ça s'invente pas) ou tonton Kev' cause gras en espagnol au taulier malpoli déboîte le caisson, dans le genre western râpeux du gosier. Puis tout se laisse aller, naturellement : ça chauffe de rage et ça chauffe de désespoir, au fil d'une tonsure de guerre improvisée à la Travis Bickle, d'un passage outrancier à la Texas Chainsaw ; ça grésille, ça fume, que dis-je, ça brûle ! - psssccchhhh ; le Bacon est frit.


Assumé dans ses instincts bestiaux et belliqueux, dans ses facilités dramatiques corrosives (FDC), et malgré ses graviers invasifs qui gênent dans les chaussures (la fliquette black qui enquête en parallèle, inutile et incongrue), le film de cousin James laisse un goût âpre sur la langue, ce même goût que je me souviens avoir ressenti après Le Vieux Fusil, n'est-ce pas merveilleux ? La sensation de soulagement tant attendue est absente, donc encore plus douloureuse... nul besoin de chercher la nuance là-dedans évidemment, très chère audience, c'est pas la question du tout, et vous l'aurez aisément pigé dans votre petite caboche : y'a pas de nuance dans la vengeance (cqui pourrait être une phrase de Chuck ou de Clint... vous devinerez facilement ma position); pas de nuance quand on a fait du mal aux êtres qui te sont chers. Pas de nuance quand on blesse ceux qui t'aiment. Oeil pour oeil dent pour dent. You bastard. You'll fuckin' pay for what you did ! I'm coming to get you, motherfucker. Bacon porte tout ça de sa gueule taillée au couteau, vu qu'il est parfait même avec un bandage ridicule sur la tête ; on sent vraiment le gars qu'a pas envie de jouer et qui va moucher les merdeux, jusque dans le timbre de voix rugueux et les vieux regards de tueur ; cliché donc efficace. Un film qui a transformé le tendre et inoffensif oisillon pacifiste que je suis en Charles Bronson le temps d'une petite heure... est un film crucial dans l'histoire du cinéma.

Crevez, salauds.

Scott Walker : the drift

Omagad.
Un confrère aviaire et charognard nous en parlait, Il y a quelques articles de cela : la nature mystique et malfaisante, dans le cadre d'un film qui m'avait plutôt ennuyé à sa sortie, malgré la réalisation scotchante. Il va être pour moi temps de lui redonner sa chance, en attendant, voici un disque qui pourrait bien y faire écho, tout aussi boiseux et hostile : dès la seconde ou l'on y met les pieds, on le sait, on n'est pas le bienvenu : cerné de toutes parts, entre errements arachnéens des sons d'une guitare jouée par un Neil Young satanique, assauts répétés d'esprits frappeurs, qui ne viennent tourmenter qu'aux moments de plus profonde torpeur, coups de corde et coups de pression, Ligeti en veux-tu en voilà, et puis le Scott himself, dément fini dans lequel les dieux - s'il en est - se seraient amusés à glisser une voix de merle crooner. Too much, the drift ? Peut-être, ou... Perdu entre forestier et théâtral, impression de déjà entendu dans un film-cabaret de David Lynch qui n'a sans doute jamais existé, à l'image de cette musique, complètement irréelle. À écouter seul, la nuit, dans une cabane isolée au fond des bois.

mercredi 24 mars 2010

Heart in Mouth : The Bigger Picture

Je vais une fois de plus vous donner du "temps où les dieux étaient jeunes et arpentaient le monde", mais ce disque s'y prête, ce disque rappelle à ma mémoire gâtée l'unique maxi que je possède de Faultline, et plus largement cette époque des labels Law+Auder et Leaf, des débuts de Bumcello, ce temps où tous ceux-là n'avaient pas à craindre de se faire traiter de post-rock parce que le terme n'était pas encore aussi systématique - et aussi que tous ceux-là étaient trop à cheval entre electronica, jazz, drum'n'bass, ambient et soundtrack, pour connaître cette avanie ; non, le pauvre Heart in Mouth est bien autre chose que du pauvre rock épique d'épagneul, la toile est bien plus grande en effet, un thriller nouvelle-vague-à-l'âme à la Finitribe visité par Raison d'Être, mis sur orbite nocturne Zombique, en parfait équilibre agravifique entre futurisme et romantisme, ultra soyeux et précis sans être une seconde mécanique, crépusculaire, mélancolique et vertigineux sans nécessiter aucun mercalm, austère et perçant à la façon du bruit noir tintant et scintillant de Pantha du Prince ... Tout ce qu'on aurait pu espérer par exemple d'Aaron Funk sur My Downfall et qu'il a échoué.
Noble, en toute simplicité.

Lemmy, Slim Jim & Danny B : rock and roll forever


L'âge ne fait rien à l'affaire. Tout homme est un petit enfant quand pépé Lemmy chante, dans son rocking chair sur le perron, quand pépé Lemmy lui explique avec sa bienveillance humide de chique les règles du jeu, en guise de contes des soirées douces ces chansons paisibles qui ont la digne nudité d'un labyrinthe de rides, et la tendre acuité d'un œil à la chassie millésimée. Oh s'il te plaît, pépé, garde moi encore sur tes genoux, s'il te plaît, raconte moi-z-en encore d'autres, jusqu'à ce que la paix m'endorme enfin ...

lundi 22 mars 2010

Valhalla Rising


Il tient visuellement de Roy Scheider et de Lance Ericksen mais il évoque avant tout Kristian Espedal, le gonze qui pèse de toute l'impavidité de son tissu cicatriciel sur cet envers du lyrisme innocent de la trilogie de Peter Jackson, sur ce royaume des rêves cyclopéen où l'on entend le calme de mort sous les blasts de Trelldom et des vieux Enslaved ; les gouffres infernaux sous les bourrasques glaçantes de Hate Forest et la laque du dernier MZ 412, ou de Nordvargr ; la voracité cosmique dans les rugissements des deux derniers Raison d'Être ; le pandemonium sous les étoffes somptueuses de Deutsch Nepal ; la placide sauvagerie du disque de Wardruna et du Nouveau Monde de Terence Malick.
Tout le monde a saisi où on mettait les pieds, mais vous n'y échapperez pas : laconique, venteux, barbare, transi, superbe, brumeux : nordique.
Baballe.

samedi 20 mars 2010

Lars Von Trier : Antichrist

Von Trier est dans le trip de l'artiste autiste qui n'a de comptes à rendre à personne (et surtout pas aux spectateurs), et dit en gros "je fais ce que jveux et je vous emmerde, vu que je suis un artiste et que l'art n'a pas de réponses à vous donner". Rien que ça, ça me le rend sympathique, même si l'attitude hautaine du loulou fait les choux gras de la presse qui veut coller des gnons (pourquoi d'ailleurs ? Gaspar Noé je comprends à la limite vu qu'il cherche ouvertement la baston comme Kickback, mais Lars je vois pas) - ça, c'est le b-a ba de réalisateurs comme Lynch et la raison pour laquelle je resterai toujours sur mes gardes en lisant des types qui cherchent à théoriser des films issus d'instincts et de rêves sans prendre le temps de ressentir les choses, de simplement voir et écouter les voyages intimes qui leurs sont offerts. Tuer la magie, c'est nul. Théoriser l'inthéorisable ou psychologiser l'impsychologisable, c'est comme cette phrase : ridicule.

Ridicule, le film d'épouvante de Lars l'est aussi, mais pas tant que ça, par clignotements, tout dépend comment on l'aborde, et si on accepte d'y voir aussi une approche farceuse (mais pas gratuitement provoc') et joueuse. Libre, surtout, dans sa façon de balancer ce que le Créateur lui envoie. Comme il le dit si bien lui-même d'un air penaud quand on lui somme de s'expliquer : "j'ai rêvé de ça et j'ai voulu le filmer, mais je sais pas ce que ça veut dire désolé" - "j'avais besoin de me défouler car j'étais dépressif, ça m'a fait du bien". La réponse est maigre mais elle résume tout. Libéré du Dogme, Von Trier cherche (on dirait) à communier avec la Nature (en s'y plongeant corps et âme), le Mal, la Femme, dans un esprit pseudo-intellectuel et vraiment mystique qui m'a évoqué l'atmosphère néo-folk à la fois chiante et fascinante des albums de Death In June & consort. L'esprit est d'ailleurs un peu le même, Lars est un peu le même genre de gugusse répulsif-fascinant que des Boyd Rice ou des David Tibet, jusque dans la façon de jouer les timides et de faire soudainement la pirouette en lançant des provocs d'un air supérieur peu crédible : on ne sait pas trop saisir l'esprit à cause de l'ambiguïté et du second degré arty revendiqués comme une attitude et (paradoxe ?) la sincérité totale qui émane du moindre fait et geste ; entre la farce intello, le concept champêtre ou simplement le gros trip glauque de derrière les fagots, on ne sait guère le fond de tout ça, et c'est pas plus mal, on ne voit pas trop les motivations, et essayer de mettre une étiquette précise serait vain, inutile, voire inhibiteur, ce serait se priver du plaisir simple offert par l'oeuvre elle-même (putain mais c'est beau ce que je viens de dire, je devrais écrire des livres moi).

Des ralentis hyper ralentis en noir et blanc sur musique classique, des moments de violence très brefs (pas compris où on devait s'indigner à Cannes du reste, aucune manière de "choc-bouregois" à la Irréversible si c'était la question, à la rigueur l'éjaculation de sang, et encore), le visage de miss Gainsbourg apparaissant à travers des filets d'eau lumineux tel Belzébuth, les dialogues tendus réduits au minimum, de gros passages oniriques trippants (suffit de mettre le son bien fort et d'avoir un écran de + de 50 cm, c'est pas compliqué de s'immerger) dans lesquels on sent bien toute l'aura malfaisante de la flore et de la faune ou du moins l'image qu'en a ma copine Charlotte, et puis aussi, comme je le disais, un côté farce pas très net, à coups de gros symboles surlignés au marqueur indélébile : Dafoe va devoir affronter Charlotte en proie au mal des bois (et pas vraiment d'humeur à faire la cueillette aux champignons ; tiens d'ailleurs en parlant de champis : Lars mon salaud, la cueillette a été bonne à ce que je vois...), et aura l'aide de 3 animaux, un corbeau (cool), un renard (ce chenapan) et un faon (jsuis pas fan des faons, mais bon).  Le renard parle, ce qui m'a fait un peu marrer comme tout le monde (voir l'affiche ci-dessus et ce qui est devenu un meme sur le web) pour donner un semblant de clé à une énigme qu'on ne résoudra pas vu qu'il y'en a pas. 


Surtout, ce qui est la grosse qualité de cette toile si vous voulez tout savoir (mes agneaux), c'est que Lars a réussi à créer une pure immersion dans les méandres maléfiques de Dame Nature, à coups de visions absurdes et lourdement symboliques ; l'évocation du Malin à travers des choses anodines qui prennent des proportions malsaines... Bref de bien jolies choses à voir et esgourder là-dedans en gardant à l'esprit que tout ça est pour le trip, et que si c'est un peu brouillon c'est normal : z'avez déjà vu un rêve carré vous ? L'espèce de faux pensum sur les rapports mâle-femelle (sur lequel on a fait des colloques au festival, donc, là aussi rien compris, les artistes sont ptetre pas ceux qu'on croit) ne m'a pas semblé gratuit, il est même parfaitement indiqué et ptetre que finalement, y'a une logique dans tout ça, douteuse ou pas on s'en fout, mais si c'est le fil qu'il faut suivre pourquoi pas ? De toute façon, même si c'est pas le but, montrer la femme comme l'incarnation de Satan et la forêt comme son repère, quand c'est fait avec autant de panache et avec autant de travail sur l'ambiance, j'approuve à 200%.

Jacques Audiard : Un Prophète

Confirmation s'il le fallait (pour ceux qui en ont quelque chose à cirer) que Audiard fils est très surestimé, et fait pour émoustiller Isabelle Huppert et tous ces intellos consanguins du festival et amoureux transis du cinéma français même quand il copie platement ce que font les ricains en 100 fois mieux ; mais ne soyons pas trop vaches avec le compatriote, c'est bien mieux que son remake de Fingers avec Romain Durillon, et pour moi qui avais apprécié Sur mes lèvres malgré ces têtes d'affiche on ne peut plus débandantes on retrouve un peu de ces moments de tension et de suspense en apesanteur, de ce maussade parisien, de ce style approximatif et juvénile qui a ses bons côtés selon les scènes. Le jeune est assez crédible du moins au début (jvois pas quoi en dire d'autre tant son évolution dans le banditisme est mal rendue), et, point crucial, on sent que Niels Arestrup essaie de faire comme Caubère dans Truands (il vire au rouge presque aussi vite que Pesci ce con, potentiel véritable même si le physique ramènera toujours + à Barbelivien qu'à un gangster corse hinhin) mais ils l'ont bridé les salauds, fallait tenter de décrocher la palme d'or que veux-tu...

vendredi 19 mars 2010

Russian Circles, Stuntman, Morse, 18/03/10, le Baloard, Montpellier

La salle est idéalement bâtarde entre autogestion-cocotte et arty-isme venteux, elle promet de bons moments.

Morse : ça ressemble à un tas de trucs, ça ne fait même que ça tant ça n'invente rien, mais je vais me contenter d'en citer deux, approximatifs comme vous l'espérez : Trap Them et, puisque c'est dans l'air comme Jean-Jean nous le confirme, Daughters ; ou Black Elk, si vous voulez, première période évidemment. Avec un Puciato franchouillard au micro. Avec surtout toute la fraîcheur brouillonne et pochetronne qu'il faut pour faire un excellent moment de jouissance sans prétention. Pour reprendre le gimmick d'un camarade parisien, j'y retournerai.

Stuntman : la même chose ; en beaucoup plus carré, musicien, sérieux, dru, beefy. Pas fresh du tout. Tout le monde s'accorde sur le fait que le batteur est excellentissimoso. Sûrement. Ennui violent et immédiat.

Russian Circles : sentimetal instrumental. Need I say more ?

Enfin, voilà une chouette saison de lancée néanmoins.

The Jesus Lizard : Goat

J'avais faim.

Faim d'amour.

Faim de liberté.

La liberté de me mouvoir où bon me semble.

La liberté de me mouvoir comme bon me semble. 

Le bonheur a coulé à flots.

Je l'ai tout pris, au chaud dans ma carcasse.

ça a fait 'chpop'.

Tout était évident, d'un coup, et facile, tellement facile.

Il fallait danser.

J'ai dansé.

Les gens ont regardé, avec leurs grands yeux tous ronds.

J'en ai abîmé quequ'z'uns, sans faire esprès.

Paraît que je faisais peine à voir.

Paraît que ça me passe très haut au-dessus de la tête.


.

The Jesus Lizard : Liar


Y'avait du verre par terre.

Ou un truc qui brillait, je me souviens plus, mais ça brillait.

Des coupures qu'on ne sent pas, sur les doigts.

Une assemblée aux yeux ronds.

J'avais envie de les voir me voir me consummer.

Les voir se consummer, me consummant sur eux de mes flammes imaginaires.

Dansant avec eux.

Leur faire comprendre combien je les emmerde tous, combien je les aime tous...

J'avais des envies de sexe.

Des envies de meurtre.

Eux n'étaient rien.

J'étais tout.

La nuit était à moi.


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Olivier Caillou : U-Turn


Tueurs-nés (aka Natural Born Killers saka NBK pour les intimes), c’est comme Pulp Fiction (aka le meilleur film de Quentin, encyclopédiquement et panthéon personnel-iquement parlant) : on aime ça entre potes ou pour se ressortir les meilleurs passages/répliques, mais c’est assez chiant à revoir seul, et la magie s’étiole, et puis en fait peut être que non, en fait c’est bien, d’avoir des films cultes, c'est cool, je suis pas de ceux qui crachent sur les films cultes adulés de part et d’autre du globe de 7 à 77 ans ; enfin si un peu ; mais non, pas vraiment. Ronffflll... ce que j’essaie de faire venir à tes neurones comme une révélation divine par le biais de cette intro maladroite c’est, tu as vu juste (et je t'en remercie), que cette péloche-là est l’ouvre isolée d’un cas à part, capable de la pire merde, rayon bondieuseries militaires ou kitsch antique de pédéraste. Car la filmo d’un cas aussi spécial que Stone (pire que De Palma dans le genre ricanisation galopante irréversible) mérite bien un ptit hommage, certes ultra-sélectif, quand on en a découvert un recoin aussi secret... tellement secret même que l’imaginaire en fait encore dans de nombreuses têtes de cinéphiles un simple film à suspense hollywoodien avec son scénar qui déroule sans accrocs et ses persos sans reliefs. Je ne suis pas mieux que les autres, vu que j’ai boudé ce film longtemps, très longtemps, croyant à tort qu’il s’agissait d’un de ces thrillers nineties ensoleillés style Kalifornia avec le tueur vaguement beau gosse hyper prévisible dans sa psychopathie et l’intrigue bien bateau au milieu du Texas ou autre pays baigné de soleil. Que nenni. Bien m’en aura pris de le matter dans un état de fatigue avancé en plein dans les heures de déjeuner coutumières, après une nuit de pleine lune passée au taf à repasser des gants de toilette pour en faire des piles suffisamment stables et compactes. Certains signes ne trompent pas. Croyant que j’allais décrocher passées les 10 premières minutes les paupières lourdes, avant même de m’imaginer si Penn se tapait la Lopez sur son capot, j’ai abordé le truc sans espoir ; j'ai été un peu bête. U-Turn, même si plus insulaire encore que les thrillers évoqués plus haut (le soleil tape… sur les nerfs) est d’un autre tonneau que ces séries B sympathiques évoquées plus haut, d’un autre monde, d’un esprit canaille et réellement givré, mais pas du genre à se gausser de ses propres vannes et effets comme le ferait un Rodriguez avec le même matériau, plutôt le genre à transmettre des petits rires nerveux, un inconfort peu confortable (oui) ; le confort visuel clippesque de NBK est donc à des années lumières, même si le montage et les effets de manche évoquent le frangin épileptique Tony (celui de Domino & Man On Fire), le style gadget subversif n’a pas sa place ici ; plus étrange, beaucoup plus cruel, ensoleillé, épuisant, violent, sensuel, en deux mots : plus mieux… et cette ambiance singulière, unique ; un Fargo qui aurait été tourné en plein désert ou un After Hours en plein cagnard ? Y’a de ça, ouaich. Comme si le soleil avait des effets pas très salubres sur la santé mentale, du genre à faire mentir ce cliché qui ferait de la Lune LE astre qui rend les gens pas bien dans leur tête une fois pleine (la Lune, évidemment). Le Soleil est plus gros que cette misérable bouboule pâlote, beaucoup plus, et y être trop exposé promet bien pire qu’un cancer de la peau... Bref film très spécial, et fascinant, surtout pour son désespérant auteur, qui a peut être pris plus de drogues sur le tournage de World Trade Center tout bien réfléchi, ou ce jour là il était inspiré tout simplement, eh, si ça se trouve c’est ça oui ! Dingue. L’inspiration c’est beau, j’aime ça.


Ajoutez à ce gaspacho inhospitalier ses indispensables épices d'acteurs : un Sean Penn sorti de quelque second rôle ingrat de polar 50’s style loser endetté de partout fuyant ses créanciers, grimaçant et pleutre, avec une dégaine de sosie raté de Johnny Cash, encore mieux que dans Casualties of War (du sur-mesure pour cette petite frappe tête à claques je vous le dis moi), une Lopez trouble et troublante (cette nana n’est pas qu’un cul), pour la seule fois de sa carrière d’actrice sans doute à moins qu’on la propose dans un Cronenberg (j’ai mes fantasmes de geek, et vous ?) ; un Nick Nolte impérial de bastard attitude ; sans parler de toute la galerie de pantins abrutis et gênants comme un poil de cul qu’on arrive pas à s’ôter de sur la langue, qui gravitent autour (excellent Joaquin Phoenix, Billy B. Thornton digne de Cheech Marin) tels des zébulons mal intentionnés qu’on a envie de voir crever et qui reviennent sans cesse, néfastes, parasites, ricanant de toutes leurs dents moisies et tintinnabulant de toute leur laideur. Ils nous en rendent, si j’ose m’exprimer ainsi, l’inconfort de la chose encore plus inconfortable, le comique de répétition plus glauque, le taquin malsain,le doux-dingue anxiogène, la pantalonnade dangereuse, l’incertitude de l’issue d’autant plus pesante, sur un terrain glissant, glissant, glissant sans cesse, vers on ne sait quel puits rempli d’on ne sait quelles saloperies… d’autant que la trame principale de l’affaire - si c’en est bien une on ne sait pas vraiment - ne sent pas la rose, enfin ça vous verrez, si vous avez envie, vous faites ce que vous voulez, moi je conseille c'est tout.

jeudi 18 mars 2010

Cardiacs : Heaven Born and Ever Bright

Hier, comme tous les ans, était la Saint Patrick ; et comme à la Saint Patrick de tous les ans, comme toutes les andouilles de son espèce, l'individu lambda est allé se cloîtrer dans l'un de ces pubs branchés aux tarifs tristement abusifs et bondés de gens comme lui, remplir sa panse de bière bas de gamme - quand elle n'est pas coupée - jusqu'à sentir le goût du vomi dans son arrière-palais, dans un fond sonore saturé du dernier boum-boum radiogénique dont le volume merveilleusement élevé aura dissuadé toute conversation décente pour le long de la soirée, cédant plutôt la place aux graveleuses chansons paillardes bien de chez nous histoire d'ajouter encore plus à la médiocre cacophonie ambiante.
Pauvre Patrick.
Un jour peut-être reconnaîtra-t-on les valeurs vraies de cette noble consécration. Un jour peut-être de Saint Patrick, les gens se décideront-ils enfin à rêver comme antan, dans la chaleur de maisons victoriennes gavées de boiseries et de moulures chantilly façon bavaroise, savourant la vraie mousse de houblon raffinée en mordant dans la pâte d'amande, à écouter des chansons rose bonbon de bon vieux punk de lutin, histoire qu'au seuil de l'ivresse, les farfadets de notre enfance puissent enfin se joindre de nouveau à la fête.

Daughters : hell songs


Un bon disque pour s'adonner à l'éthylisme le plus ignoble, et avec lui se trémousser dans l'exhibitionnisme le plus odieux ; un disque rêvé pour faire sa saloperie de roquet nymphomane et saillir toutes les guiboles qui traînent, et s'y raboter une pointe de gland violacé et visqueux ; le disque pour vomir sur n'importe qui d'amour narcissique, s'avilir avec fureur et gloire et tenter de se serrer le coma comme un putain de relou classe épopée.
Un disque pour les écœurer, un disque pour les ulcérer tous et dans le giclat les poisser.

Paul McGuiguan : Gangster N°1


Slevin, quelle bouse ! Heureusement j'avais vu Gangster N°1 avant, sinon j'aurais été complètement dégoûté de redonner sa chance au réal de Acid House. L'a pas fait que de la merde, l'Ecossais, même si il devrait se contenter de publicités à l'heure d'aujourd'hui. Ce film-là doit être l'un des premiers trucs que j'ai achetés en DVD, tout émoustillé par la jaquette criarde et le pitch, et je l'ai pas revu depuis au moins 7-8 ans, et n'ai pas trop envie, de peur de perdre l'excellente première impression que j'en ai eu, la sensation de voir une toile rosbiff rafraîchissante après avoir tourné aux Danny Boyle jusqu'à l'écoeurement. En plus j'aimais bien, les potes ne connaissaient pas, c'était l'occasion d'avoir un film de mafieux trop d'la balle à leur passer avec des meurtres "déjantés" et des plans "de malaaade". Fiasco sur toute la ligne : j'ai compris que mes potes avaient des goûts de chiotte, pas moi -et aujourd'hui je comprends qu'ils pouvaient pas apprécier le charme british, son humour spécial, son style infalsifiable, inhérent au Gangster N°1. Tant pis pour eux.


En fait le titre et l'affiche disent un peu tout, le teaser est même le plus parfait possible - je devrais donc pas avoir à me casser le cul, comme dirait le patron ; mais comme je suis incapable de fermer mon clapet... Le p'tit film design dont il est question fait en réalité partie de la vague post-Tarantino/Ritchie et consort; c'est à dire qu'on à affaire à l'oeuvre d'un m'as-tu-vu sans grande envergure qui cite Scorcese et De Palma sans en avoir rien compris ou peu, qui aligne les plans stylisés et nous déploie une galerie de gangsters dépourvus de charisme imposant, à l'exception de l'inénarrable Malcolm. Seulement pas de vannes cadrées ici, ni de casse au kilomètre, même si on sent que le gars voudrait poser les dialogues cultes par moments. Nada. Une pure ambiance seventies & polar décontracté du gland avec finalement assez peu de branlette visuelle, de la zique old school (mmmh la reprise de Sacha Diestel par Tony Bennett ou je sais plus quel crooner, sur les les poses cigares & poker complètement cliché, le pied), des costards bien taillés, des envies de beaux vestons et de beaux boutons de manchette, des cheveux bien lissés, des sorties punitives pépère. Niveau histoire, du rachitique ; de la petite farce de voyous dandys qui gèrent leur menu larcin et leurs menus fretins avec le flegme anglais typique, saupoudrée de quelques effets frapadingues impromptus (l'espèce de truand à lunettes et cheveux gras sorti d'un sketch d'Elie Semoun, en crise d'épileptie) qui nous laissent dubitatifs... et un peu nauséeux sur l'accoudoir. En guise de gentil parrain, notre ami David Thewlis, qui incarne un gangster nommé "Le Boucher de Mayfair", sensé être la terreur du quartier... un rôle qu'on aurait été à cent lieues d'imaginer pour le frêle écorché de Naked - on y croit pas une seconde donc, mais quelque part ça n'est pas gênant et on s'en fout, vu que la star ce n'est pas lui mais le boulet de la bande, toujours à rêver de découpage à la machette pendant que les autres sirotent leur brandy peinards : le blondin psychopathe dont l'histoire nous est comptée, interprété par un acteur qui était alors encore bien glacial et bien antipathique, Paul Bettany. Celui qui joue le même personnage en viok n'est autre que McDowell, qui nous prouve encore à quel point sa carrière aurait pu être grande s'il avait su s'affranchir de l'ombre kubrickienne, mais que quelque part il ne sait rien jouer d'autre, et que les rôles à contre-emploi c'est bon pour les gens gloupides.


Notre MMD, ici caricature de lui-même, en quinqua crâne rasé traits creusés, avec une truffe à la Depardieu ou pas loin et ce même regard qui vous transperce 30 ans après, donne dans le cabotinage, le speech baveux de malice, la suffisance crasse et le pathétique indigeste, parle à la caméra quand ça l'amuse, et nous accompagne en voix off tout du long pour nous conter sa glorieuse jeunesse, ce qui n'est pas désagréable je dois l'avouer, car le timbre de tonton Malcolm est exquis, tout le monde sait ça (choisir la VF serait une faute impardonnable par votre serviteur et ami). On le voit poser sa coupe de champ' à côté des pissotières et l'éclabousser en urinant à un moment, avant de s'en resservir une rasade en regardant l'objectif d'un oeil amusé, avec un petit sourire narquois. J'aime bien ce genre de conneries... Une autre scène bien cool, en fait la meilleure, celle qui m'a fait jouer de la touche replay tellement qu'elle est cool, se doit d'avoir son petit hommage: notre blondin psycho sapé comme un Kinks, s'en allant déssouder à la sauvage le rival de son boss à coups de poses de killer (psyho killer, qu'est-ce que cé ?) tout enivré par l'excitation d'en découdre, jusqu'à une scène de torture en caméra subjective bien karacho. "Viddy well", comme dirait l'autre.


Pour résumer cette chronique rabougrie, je dois le dire simplement : on fait difficilement plus cockney que cette petite saleté dans le genre. Snatch et tous les autres Ritchie n'en ont pas le mordant et ne sont que futiles petites boîte à vannes en comparaison, des trucs pour soirées estudiantines, pour rire entre copains de tel passage rigolo ou de telle réplique rigolote. Ici - mais est-ce bien la même came finalement ? - les mêmes plans clippés en toc ont une résonance bien moins sympathique, un écho crevard, tocard, vicieux, doublé d'une désinvolture douce-amère, et les grimaces absurdes sentent bien ce qu'elles sentent. Le côté versatile / juvénile de la réalisation a en sus (slurp) un charme sournois pas piqué des hannetons. Je recommande avec un martini (le cocktail, hein).

mercredi 17 mars 2010

Rob Harmon : Highwaymen

Jim Caviezel aurait des leçons de statisme facial à donner à Keanu Reeves, ma parole. Là, physiquement, sans la barbe du Messie et avec cette coupe de cheveux impersonnelle, paraît qu’il me ressemble dans le style brun vaguement ténébreux et taciturne, ce qui veut dire que je devrais logiquement le détester un peu… mais non. J’aime la sobriété et le jeu anti-esbroufe de ce mec, ces vagues sarcasmes lancés sans conviction au détour d’un semblant de conversation détachée, et je t’emmerde.

Le méchant rappelle Dennis Hopper et s’appelle Fargo, il est en fauteuil roulant ce qui donne droit à une scène finale involontairement à se pisser dessus, mais le reste du temps on se prend presque d’affection pour lui ou au moins d’un début de fascination distant ; on se prend presque d’affection pour le film lui-même en fait, grâce aux ptites touches de musique hypnotique (superbe générique au passage), aux effets de manche façon Fincher tout maladroits et mal posés et autres ralentis cotonneux trip-hopisants, y’a quelque chose de brouillon, d’inachevé, dans cette série B, style cauchemar douillet - amplifié par les cascades où la crédibilité est évidemment proscrite - une étrangeté à elle et un côté envoûtant pas piqué des enjolivers, avec les couleurs un peu irréelles du ciel et du désert, mmmh mais ça rappelle quelque peu Thelma et Louise sans Thelma ni Louise tout ça dites donc, et aussi un peu Tonton Carpenter dites-moi, ou simplement le Hitcher du même metteur en scène, dites-voir, même si beaucoup moins « no limit » que ce dernier, difficile d'oublier cousin Rutger et son shoot'em up tendrement halluciné : la patte est la même, le décorum semblable, les tenants et aboutissants assimilables par un jockey, les mêmes. Et puis comme dans Hitcher on dirait qu’il y’a personne d’autres que les 3-4 protagonistes sur la highway et alentours, les motels vides, la ville tout autant, le désert règne dans cet espèce de western sur roues, on dirait que ça se passe  dans une dimension parallèle ou un grand décor en plein air complètement isolé, un peu comme le premier Mad Max même si la référence est facile. J’suis pas très inspiré en effet… mais dis-toi bien que je t’emmerde.

Le black bouffi et empoté planté en second rôle daube du bulbe, il plombe le film de sa présence, ce gros bovin relou, ‘chier, jusqu’à la fin piquée à celle de Cop (une adaptation cheap de Ellroy avec James Woods dont je vous parlerai peut être mes agneaux) faut se le coltiner alors qu’il a rien à fiche là, aussi envahissant et incongru que Stevie Wonder dans une compète de ball-trap, mais bon, on peut essayer d’en faire abstraction… essayer tout au plus. Lui, on l’emmerde.

Rhona Mitra est comme une Neve Campbell qu’on aurait oublié dans un bac de graisse à traire. Elle me laisse pas indifférent, en effet, vu qu’elle est toute moite et toute chaude comme les crêpes au chocolat de maman, un peu comme Lopez dans U-Turn si tu vois où je veux en venir, même si on verra pas dépasser un bout de téton, et que bander pour une tête de classement FHM ça peut arriver même aux hommes qui se targuent d’avoir des goûts en marge de la norme et d’être un peu difficiles sur ce qu’on appelle communément la beauté, y’a pas de honte à ça, c’est même très sain tout bien réfléchi. Tu restes septique ? Tu commences pourtant à comprendre le gimmick : je t’emmerde.

J’ai pas mon permis mais je suis fétichiste des muscle cars style Plymouth Barracuda (je préfère vert pomme mais rouge c’est bien aussi), de la Cadillac Eldorado d’un vert plus corbeau que le noir corbak, fétichiste du fétichisme des belles bagnoles ancestrales du temps ou les tires de beauf avaient une gueule, ces caisses au museau agressif et au cul redoutable qui me font encore rêver d’une Christine revancharde déboulant en flammes sur le boulevard quand je vois des rallyes de Carrera sans aucun charisme s’aligner les unes derrière les autres… ou des blaireaux qui se croivent trop intimidants dans leurs voitures de fabrication allemande aux courbes dignes d’un moule à cake. Only US shit is real.

Surtout : j’aime quand un film - même si c’est une série B aussi bancale - me rappelle Crash, ce qui est arrivé une seule fois au jour d’aujourd’hui.

Et je t’emmerde.



mardi 16 mars 2010

Krügers Medbragte : Den Sindsyge Broders Bøn


Ce soir Barbe-Bleue est au bistroquet, ce soir le moujik égorgeur paye son coup, ce soir l'ogre grimace et fait le singe dans la salle commune, ce soir l’équarrisseur d'enfants amuse la galerie de ses entrechats et de son tangage appuyés, des ses yeux cruels qui roucoulent avec l'haleine aigre du boyard, ce soir il hurle pour de rire et ne pique que de sueur âcre, ce soir il grince avec grâce, ce soir il sort le grand jeu, la danse des sept voiles doublée en peau de loup galeux, ce soir la sciure vole et neige dans les bourrasques folâtres et les cambrures ivrognes de sa céleste valse. Tonight, tonight ... Profitez-en tout votre saoul, et espérez que cela dure jusqu'au moment que vous aurez fini votre cruche et rentrerez dans vos pénates.
Il sortira probablement tout de même ses effroyables surins meugleurs, qu'il rémoule sur ses ongles endeuillés, il faudra rester de marbre toujours, de marbre qui perle, mais de marbre. On ne sait jamais. La tragédie est toujours la bienvenue, par ces soirs humides.



P.S : il y a un mot que j'ai (presque) omis dans le texte ; ne pas me le signaler, c'est exprès, je suis inculte mais pas à ce point ; j'aime à vous réserver des surprises, voilà tout.

Hans-Christian Schmid : Requiem

Quand L'Exorcisme d'Emily Rose est sorti quelques marginaux sont montés au créneau pour défendre la version allemande de l'histoire (celle d'une fille possédée et exorcisée puis morte de faim, le genre d'histoire qui fait trop peur aux foules sur TF1 comme celle de la Dame Blanche, voyez le genre, sauf que là c'est juste l'histoire d'une malade mentale qu'on a laissé crever à petit feu). Requiem, qui se base sur les faits et pas le fantasme de nos religieux ricains, est un film qu'on range habituellement dans les "films d'auteurs", quand on a l'habitude de se confire dans la confortable débilité hollywoodienne plus encore que votre serviteur. Requiem vous le verrez, mes chers agneaux et amis, n'a vraiment rien à voir avec la moindre bondieuserie satanique à effets spéciaux démoniaques : le parti pris est 100% réaliste et l'émotion y est reine, la sensibilité aussi. J'ai dit réaliste mais pas hyperréaliste, attention (vous verrez plus bas pourquoi cette coquette précision). Le film de HS Schmid raconte l'histoire de cette pauvrette d'Anneliese Michel, fille de fervents cathos, qui se croyait possédée par mille et uns démons dont Hitler, Néron, et la stars des stars (celle qui nous doit de la money), jusqu'à en faire des séries de genuflexions et des vocalises plus flippantes (ou ridicules selon la sensibilité de chacun, l'un et l'autre peuvent s'accorder néanmoins) que Linda Blair crachant sa purée de pois à la face du père Merrin. Mais Requiem ne surfe pas le moins du monde sur la vague racoleuse fantastique, vraiment pas. RDA, années 70... Le décor est, vous l'aurez aisément subodoré, aussi propice aux couleurs chatoyantes et à la luxuriance qu'un épisode de Derrick. Malgré cette patte authentique et cette esthétique profondément morne, le film ne cherche pas pour autant comme le feraient certains journalistes déguisés en artistes à dévoiler aux yeux ébahis de tous la "vraie vérité véritable" de l'affaire (voyez, celle qu'on met en cachet authenticité sur l'affiche). Il s'éloigne de ce cliché, en gardant une manière poétique, voire presque onirique par moments, en restant très distant avec les faits avérés par la plus respectueuse des pudeurs, en gardant la retenue et le trouble qu'auraient entretenus un Polanski pour exprimer ce que peut être le Mal, encore que ce soit pas exactement le fin fond du sujet. Il n'y a alors aucun effet fantastique, même implicite, puisque ce n'est pas la question du tout, et qu'on sait que le réal ne croit pas une seconde au cas de possession mais à la pathologie, qu'il n'a que faire de parler de possession en fait... Pourtant, le côté parfois métaphysique des plans laisse s'installer une ambiance d'incertitude, de peur même, et de désespoir... mais pas seulement, c'est là toute l'étrangeté de l'affaire et sa singularité : tous ces passages aériens et pesants en même temps comme la scène de danse solitaire légèrement hallucinée sur Amon Düül (ou autre groupe kraut - j'ai dit qu'on était dans les années 70 en Allemagne n'est-ce pas), font qu'on ressent un malaise réel, en même temps qu'une espèce de sérénité élégiaque, d'hébétitude, d'abandon un peu ivre, un peu morbide, aux antipodes bien entendu de l'hystérie grimaçante qu'on avait dans l'Exorciste, vu que ça n'a je le répète absolument rien à voir. Même si je n'en garde qu'un souvenir diffus, le même genre de souvenir embué qu'on pourrait avoir d'un album de My Bloody Valentine, et que j'en parle comme une grosse loutre avinée - ce qui devrait déjà je le crains avoir coupé l'envie à 90% de mon lectorat - certaines scènes m'ont vraiment touché, et la jeune actrice a quelque chose de peu commun, une beauté vacillante et fragile qui ne fait qu'en ajouter à la profonde tristesse du film. Je recommande.

lundi 15 mars 2010

John Irvin : City Of Industry

Dans la grande série des traductions VF à la con, City Of Industry se pose en tête. Devinez comment ils ont traduit ça chez nous, allez... Personne ? City of Crime. Je me pose et je réfléchis... Non, je vois pas. Je savais de longue que l'intérêt supposé pour le spectateur frenchie à la vue d'une affiche est d'avoir le moins de syllabes en anglais à encaisser pour comprendre un peu le titre du film ; mais là quand même... c'est à se demander dans quel monde on vit.

Keitel lui, se demande pas vraiment. Complètement dry, voire extra dry. Il tire la gueule, toise le chaland de son regard de vieil indien méfiant, fume clope sur clope, et se fait tabasser la tronche, ce qui le contrarie pas vraiment. A la base il demandait pourtant pas grand chose le Harvey, un peu de maille pour se refaire une vie peinarde, rien de plus... mais faut pas faire chier Harvey, surtout quand il commence à se faire moins discret. Y'avait un coup de poker fumant à réaliser, suffisait de passer à la bijouterie de Palm Springs (bourgade tranquille: tu peux canarder trois heures d'affilée les voisins s'en foutent), de gratter les diam's en costard cravate aux joalliers, et banco ! Le plan avait été calculé en sirotant des cocktails avec le frangin dans la piscine du motel... C'était sans compter le chauffeur de la bande, un blanc-bec qui écoute de la techno à fond dans sa décapotable et est coiffé comme Lambert dans Subway ; cette petite frappe de Stephen Dorff avait prévu aut'chose... les yeux plus gros que le ventre, c'est facile, seulement Harvey n'est pas homme à rester sans broncher quand son bro se fait descendre. Vengeance, mes frères et amis, comme dans les bons westerns. Harvey ne verse pas la larmiche, même s'il nous refait furtivement ses gémissements de Teikel circa Bad Lieutenant, en martyrisant une table innocente. Ensuite c'est la petite chasse à l'homme un peu cossarde de derrière les fagots, avec un vocabulaire restreint et des gifles fermes sur le museau : on cogne sur le premier connard venu pour savoir où il est, cet enculé de Dorff - get me a number motherfucker, get me an adress, now ! Old school. On sent venir un barrage en couille qui ne pointera en fait jamais le bout d'un moignon, quand les renois du coin sont alarmés de la présence du Harvey pas content, quand Dorff commence à faire des moulinets avec ses bras, tout satisfait de sa crapule attitude vile et basse... mais ça reste sobre, ce qui doit arriver arrive par la molle fatalité des choses, sans violons ni twist impromptu, et s'achève sur une sorte de vieille fin toute faite avec un vieux relent d'amourette ratée. Un peu de zique 90's bien placée, genre Overcome avec des stripteaseuses pole-dance se caressant de partout et notre Harvey tout de détermination opaque qui semble regarder au travers, ranafout'. Le hic dans l'affaire, c'est qu'il y'a fort peu de cette ambiance nocturne à la Heat/Collateral qu'on pouvait deviner en salivant devant l'affiche - trop de lumière donc, l'affiche française est peut être plus juste là-dessus vu qu'elle est toute blanche, mais elle est moche.

Pour le reste que voilà un bon petit polar vengeresque US sans prétention, avec une ambiance bien masculine (les nanas se voient répondre en monosyllabes ou en tartines, cool) et taciturne, voire un peu autiste ; le genre de ptit film qu'on se matte les charentaises au pied et la bibine à la main un soir de semaine on ne peut plus quelconque...  Albino Alligator, The Getaway '94, Extrême Limite, Payback, je pourrais en citer tout plein, tous ces trucs ricains dont on faisait des piles de VHS BASF 120 min sans être sûr de les revoir mais en en gardant une mignonette de souvenir dans le mini-bar de la mémoire cinéphile... merci à papy Gulo pour le tuyau, surtout pour le Sing for a drink mix du Death In Vegas. C'est bien vrai qu'il claque ce morceau, ma parole.

dimanche 14 mars 2010

Tom Shankland : W delta Z

C'est vrai, ça casse pas des briques, le scénar est un peu pourri, la fin un peu N delta Z, mais c'est particulier, parce que Tom Shankland est un réal particulier ; un faux ricain, un vrai anglais, bref pas très propre dans sa tête. Son premier film sorti en DTV est tout bancal, mais avec une pointe d'authenticité malsaine bien logée sous la dent, suffisamment en tout cas pour que j'en garde le souvenir d'une Selma Blair troublante, et d'un Tom Hardy déjà un peu Bronson, entre des visions traumatiques de viol au tesson de bouteille jamais tape-à-l'oeil & choc-bourgeois, juste fébriles, incertaines. Rien à voir donc avec Saw ou Hostel, bien qu'à vue de jaquette ça vogue sur la vague adéquate pour appâter l'amateur de charcutaille néo-métal. Un peu plus à voir avec Seven, dans le genre traque urbaine insalubre, mais sans le glauque confortable de Fincher & NIN, juste la petite crasse satisfaite de série B low budget, les petits effets de tremblote caméra, les personnages ternes et fades, flics ou junkies, qui nous ramènent plus à Narc qu'à Central Nuit, et les émotions rachitiques... à ranger dans la liste des petits thrillers à la fois cliché et singuliers de 2nde partie de soirée, genre Oxygen ou Resurrection.