mardi 16 mars 2010

Hans-Christian Schmid : Requiem

Quand L'Exorcisme d'Emily Rose est sorti quelques marginaux sont montés au créneau pour défendre la version allemande de l'histoire (celle d'une fille possédée et exorcisée puis morte de faim, le genre d'histoire qui fait trop peur aux foules sur TF1 comme celle de la Dame Blanche, voyez le genre, sauf que là c'est juste l'histoire d'une malade mentale qu'on a laissé crever à petit feu). Requiem, qui se base sur les faits et pas le fantasme de nos religieux ricains, est un film qu'on range habituellement dans les "films d'auteurs", quand on a l'habitude de se confire dans la confortable débilité hollywoodienne plus encore que votre serviteur. Requiem vous le verrez, mes chers agneaux et amis, n'a vraiment rien à voir avec la moindre bondieuserie satanique à effets spéciaux démoniaques : le parti pris est 100% réaliste et l'émotion y est reine, la sensibilité aussi. J'ai dit réaliste mais pas hyperréaliste, attention (vous verrez plus bas pourquoi cette coquette précision). Le film de HS Schmid raconte l'histoire de cette pauvrette d'Anneliese Michel, fille de fervents cathos, qui se croyait possédée par mille et uns démons dont Hitler, Néron, et la stars des stars (celle qui nous doit de la money), jusqu'à en faire des séries de genuflexions et des vocalises plus flippantes (ou ridicules selon la sensibilité de chacun, l'un et l'autre peuvent s'accorder néanmoins) que Linda Blair crachant sa purée de pois à la face du père Merrin. Mais Requiem ne surfe pas le moins du monde sur la vague racoleuse fantastique, vraiment pas. RDA, années 70... Le décor est, vous l'aurez aisément subodoré, aussi propice aux couleurs chatoyantes et à la luxuriance qu'un épisode de Derrick. Malgré cette patte authentique et cette esthétique profondément morne, le film ne cherche pas pour autant comme le feraient certains journalistes déguisés en artistes à dévoiler aux yeux ébahis de tous la "vraie vérité véritable" de l'affaire (voyez, celle qu'on met en cachet authenticité sur l'affiche). Il s'éloigne de ce cliché, en gardant une manière poétique, voire presque onirique par moments, en restant très distant avec les faits avérés par la plus respectueuse des pudeurs, en gardant la retenue et le trouble qu'auraient entretenus un Polanski pour exprimer ce que peut être le Mal, encore que ce soit pas exactement le fin fond du sujet. Il n'y a alors aucun effet fantastique, même implicite, puisque ce n'est pas la question du tout, et qu'on sait que le réal ne croit pas une seconde au cas de possession mais à la pathologie, qu'il n'a que faire de parler de possession en fait... Pourtant, le côté parfois métaphysique des plans laisse s'installer une ambiance d'incertitude, de peur même, et de désespoir... mais pas seulement, c'est là toute l'étrangeté de l'affaire et sa singularité : tous ces passages aériens et pesants en même temps comme la scène de danse solitaire légèrement hallucinée sur Amon Düül (ou autre groupe kraut - j'ai dit qu'on était dans les années 70 en Allemagne n'est-ce pas), font qu'on ressent un malaise réel, en même temps qu'une espèce de sérénité élégiaque, d'hébétitude, d'abandon un peu ivre, un peu morbide, aux antipodes bien entendu de l'hystérie grimaçante qu'on avait dans l'Exorciste, vu que ça n'a je le répète absolument rien à voir. Même si je n'en garde qu'un souvenir diffus, le même genre de souvenir embué qu'on pourrait avoir d'un album de My Bloody Valentine, et que j'en parle comme une grosse loutre avinée - ce qui devrait déjà je le crains avoir coupé l'envie à 90% de mon lectorat - certaines scènes m'ont vraiment touché, et la jeune actrice a quelque chose de peu commun, une beauté vacillante et fragile qui ne fait qu'en ajouter à la profonde tristesse du film. Je recommande.

1 commentaire:

thelightcarrier a dit…

Excellent film, je l'avais vu à sa sortie sans savoir du tout à quoi m'attendre, l'effet n'en avait été que plus fort. Ces scènes de nuit sur le campus sont magistrales.