lundi 15 mars 2010

John Irvin : City Of Industry

Dans la grande série des traductions VF à la con, City Of Industry se pose en tête. Devinez comment ils ont traduit ça chez nous, allez... Personne ? City of Crime. Je me pose et je réfléchis... Non, je vois pas. Je savais de longue que l'intérêt supposé pour le spectateur frenchie à la vue d'une affiche est d'avoir le moins de syllabes en anglais à encaisser pour comprendre un peu le titre du film ; mais là quand même... c'est à se demander dans quel monde on vit.

Keitel lui, se demande pas vraiment. Complètement dry, voire extra dry. Il tire la gueule, toise le chaland de son regard de vieil indien méfiant, fume clope sur clope, et se fait tabasser la tronche, ce qui le contrarie pas vraiment. A la base il demandait pourtant pas grand chose le Harvey, un peu de maille pour se refaire une vie peinarde, rien de plus... mais faut pas faire chier Harvey, surtout quand il commence à se faire moins discret. Y'avait un coup de poker fumant à réaliser, suffisait de passer à la bijouterie de Palm Springs (bourgade tranquille: tu peux canarder trois heures d'affilée les voisins s'en foutent), de gratter les diam's en costard cravate aux joalliers, et banco ! Le plan avait été calculé en sirotant des cocktails avec le frangin dans la piscine du motel... C'était sans compter le chauffeur de la bande, un blanc-bec qui écoute de la techno à fond dans sa décapotable et est coiffé comme Lambert dans Subway ; cette petite frappe de Stephen Dorff avait prévu aut'chose... les yeux plus gros que le ventre, c'est facile, seulement Harvey n'est pas homme à rester sans broncher quand son bro se fait descendre. Vengeance, mes frères et amis, comme dans les bons westerns. Harvey ne verse pas la larmiche, même s'il nous refait furtivement ses gémissements de Teikel circa Bad Lieutenant, en martyrisant une table innocente. Ensuite c'est la petite chasse à l'homme un peu cossarde de derrière les fagots, avec un vocabulaire restreint et des gifles fermes sur le museau : on cogne sur le premier connard venu pour savoir où il est, cet enculé de Dorff - get me a number motherfucker, get me an adress, now ! Old school. On sent venir un barrage en couille qui ne pointera en fait jamais le bout d'un moignon, quand les renois du coin sont alarmés de la présence du Harvey pas content, quand Dorff commence à faire des moulinets avec ses bras, tout satisfait de sa crapule attitude vile et basse... mais ça reste sobre, ce qui doit arriver arrive par la molle fatalité des choses, sans violons ni twist impromptu, et s'achève sur une sorte de vieille fin toute faite avec un vieux relent d'amourette ratée. Un peu de zique 90's bien placée, genre Overcome avec des stripteaseuses pole-dance se caressant de partout et notre Harvey tout de détermination opaque qui semble regarder au travers, ranafout'. Le hic dans l'affaire, c'est qu'il y'a fort peu de cette ambiance nocturne à la Heat/Collateral qu'on pouvait deviner en salivant devant l'affiche - trop de lumière donc, l'affiche française est peut être plus juste là-dessus vu qu'elle est toute blanche, mais elle est moche.

Pour le reste que voilà un bon petit polar vengeresque US sans prétention, avec une ambiance bien masculine (les nanas se voient répondre en monosyllabes ou en tartines, cool) et taciturne, voire un peu autiste ; le genre de ptit film qu'on se matte les charentaises au pied et la bibine à la main un soir de semaine on ne peut plus quelconque...  Albino Alligator, The Getaway '94, Extrême Limite, Payback, je pourrais en citer tout plein, tous ces trucs ricains dont on faisait des piles de VHS BASF 120 min sans être sûr de les revoir mais en en gardant une mignonette de souvenir dans le mini-bar de la mémoire cinéphile... merci à papy Gulo pour le tuyau, surtout pour le Sing for a drink mix du Death In Vegas. C'est bien vrai qu'il claque ce morceau, ma parole.

3 commentaires:

gulo gulo a dit…

vrai qu'y a beaucoup de diurne ; mais le règlement de compte néandertalien final reste bien gravé, aussi ; et le final zen, ce naïf partage entre ombre et lumière ... film très attachant

gulo gulo a dit…

en fait, même si je trouve les parties nocturnes assez magnétiques, je le vois pas tant comme un mann-like que comme un crari petit kitano sauce mellow massive attack, mais je pense que personne me suivra sur ce coup

Raven a dit…

très bien vu pour Kitano, j'y avais pas pensé une seconde mais ça tombe à pic - d'ailleurs une scène de Aniki est très semblable (celle de la bagnole); mais c'est + à Violent Cop que tu penses je présume... pour Mann c'est ma naïveté, ça lui aurait ressemblé j'aurais ptetre trouvé ça moisi, seul Mann fait bien du Mann