samedi 20 mars 2010

Lars Von Trier : Antichrist

Von Trier est dans le trip de l'artiste autiste qui n'a de comptes à rendre à personne (et surtout pas aux spectateurs), et dit en gros "je fais ce que jveux et je vous emmerde, vu que je suis un artiste et que l'art n'a pas de réponses à vous donner". Rien que ça, ça me le rend sympathique, même si l'attitude hautaine du loulou fait les choux gras de la presse qui veut coller des gnons (pourquoi d'ailleurs ? Gaspar Noé je comprends à la limite vu qu'il cherche ouvertement la baston comme Kickback, mais Lars je vois pas) - ça, c'est le b-a ba de réalisateurs comme Lynch et la raison pour laquelle je resterai toujours sur mes gardes en lisant des types qui cherchent à théoriser des films issus d'instincts et de rêves sans prendre le temps de ressentir les choses, de simplement voir et écouter les voyages intimes qui leurs sont offerts. Tuer la magie, c'est nul. Théoriser l'inthéorisable ou psychologiser l'impsychologisable, c'est comme cette phrase : ridicule.

Ridicule, le film d'épouvante de Lars l'est aussi, mais pas tant que ça, par clignotements, tout dépend comment on l'aborde, et si on accepte d'y voir aussi une approche farceuse (mais pas gratuitement provoc') et joueuse. Libre, surtout, dans sa façon de balancer ce que le Créateur lui envoie. Comme il le dit si bien lui-même d'un air penaud quand on lui somme de s'expliquer : "j'ai rêvé de ça et j'ai voulu le filmer, mais je sais pas ce que ça veut dire désolé" - "j'avais besoin de me défouler car j'étais dépressif, ça m'a fait du bien". La réponse est maigre mais elle résume tout. Libéré du Dogme, Von Trier cherche (on dirait) à communier avec la Nature (en s'y plongeant corps et âme), le Mal, la Femme, dans un esprit pseudo-intellectuel et vraiment mystique qui m'a évoqué l'atmosphère néo-folk à la fois chiante et fascinante des albums de Death In June & consort. L'esprit est d'ailleurs un peu le même, Lars est un peu le même genre de gugusse répulsif-fascinant que des Boyd Rice ou des David Tibet, jusque dans la façon de jouer les timides et de faire soudainement la pirouette en lançant des provocs d'un air supérieur peu crédible : on ne sait pas trop saisir l'esprit à cause de l'ambiguïté et du second degré arty revendiqués comme une attitude et (paradoxe ?) la sincérité totale qui émane du moindre fait et geste ; entre la farce intello, le concept champêtre ou simplement le gros trip glauque de derrière les fagots, on ne sait guère le fond de tout ça, et c'est pas plus mal, on ne voit pas trop les motivations, et essayer de mettre une étiquette précise serait vain, inutile, voire inhibiteur, ce serait se priver du plaisir simple offert par l'oeuvre elle-même (putain mais c'est beau ce que je viens de dire, je devrais écrire des livres moi).

Des ralentis hyper ralentis en noir et blanc sur musique classique, des moments de violence très brefs (pas compris où on devait s'indigner à Cannes du reste, aucune manière de "choc-bouregois" à la Irréversible si c'était la question, à la rigueur l'éjaculation de sang, et encore), le visage de miss Gainsbourg apparaissant à travers des filets d'eau lumineux tel Belzébuth, les dialogues tendus réduits au minimum, de gros passages oniriques trippants (suffit de mettre le son bien fort et d'avoir un écran de + de 50 cm, c'est pas compliqué de s'immerger) dans lesquels on sent bien toute l'aura malfaisante de la flore et de la faune ou du moins l'image qu'en a ma copine Charlotte, et puis aussi, comme je le disais, un côté farce pas très net, à coups de gros symboles surlignés au marqueur indélébile : Dafoe va devoir affronter Charlotte en proie au mal des bois (et pas vraiment d'humeur à faire la cueillette aux champignons ; tiens d'ailleurs en parlant de champis : Lars mon salaud, la cueillette a été bonne à ce que je vois...), et aura l'aide de 3 animaux, un corbeau (cool), un renard (ce chenapan) et un faon (jsuis pas fan des faons, mais bon).  Le renard parle, ce qui m'a fait un peu marrer comme tout le monde (voir l'affiche ci-dessus et ce qui est devenu un meme sur le web) pour donner un semblant de clé à une énigme qu'on ne résoudra pas vu qu'il y'en a pas. 


Surtout, ce qui est la grosse qualité de cette toile si vous voulez tout savoir (mes agneaux), c'est que Lars a réussi à créer une pure immersion dans les méandres maléfiques de Dame Nature, à coups de visions absurdes et lourdement symboliques ; l'évocation du Malin à travers des choses anodines qui prennent des proportions malsaines... Bref de bien jolies choses à voir et esgourder là-dedans en gardant à l'esprit que tout ça est pour le trip, et que si c'est un peu brouillon c'est normal : z'avez déjà vu un rêve carré vous ? L'espèce de faux pensum sur les rapports mâle-femelle (sur lequel on a fait des colloques au festival, donc, là aussi rien compris, les artistes sont ptetre pas ceux qu'on croit) ne m'a pas semblé gratuit, il est même parfaitement indiqué et ptetre que finalement, y'a une logique dans tout ça, douteuse ou pas on s'en fout, mais si c'est le fil qu'il faut suivre pourquoi pas ? De toute façon, même si c'est pas le but, montrer la femme comme l'incarnation de Satan et la forêt comme son repère, quand c'est fait avec autant de panache et avec autant de travail sur l'ambiance, j'approuve à 200%.

6 commentaires:

gulo gulo a dit…

poï poï misère, on embauche un chroniqueur cinéma et voilà le résultat, il vous transforme en blog cinéma

Raven a dit…

quand t'auras + de temps pour poster ça se diluera mieux dans le décor gégé, jsuis un peu tout seul là

gulo gulo a dit…

attention quand même avec les libellés

Anonyme a dit…

Le type qui cite Kickback dans une chronique de Von Trier ne peut être que fou.

Ø a dit…

va peut-etre falloir que je finisse par le matter celui-là

Le Moignon a dit…

Rematé ; sans approuver à 200%, je commence un peu à me joindre à l'avis de Raven : clairement, grosse ambiance, et quelques plans assez fabuleux...