vendredi 19 mars 2010

Olivier Caillou : U-Turn


Tueurs-nés (aka Natural Born Killers saka NBK pour les intimes), c’est comme Pulp Fiction (aka le meilleur film de Quentin, encyclopédiquement et panthéon personnel-iquement parlant) : on aime ça entre potes ou pour se ressortir les meilleurs passages/répliques, mais c’est assez chiant à revoir seul, et la magie s’étiole, et puis en fait peut être que non, en fait c’est bien, d’avoir des films cultes, c'est cool, je suis pas de ceux qui crachent sur les films cultes adulés de part et d’autre du globe de 7 à 77 ans ; enfin si un peu ; mais non, pas vraiment. Ronffflll... ce que j’essaie de faire venir à tes neurones comme une révélation divine par le biais de cette intro maladroite c’est, tu as vu juste (et je t'en remercie), que cette péloche-là est l’ouvre isolée d’un cas à part, capable de la pire merde, rayon bondieuseries militaires ou kitsch antique de pédéraste. Car la filmo d’un cas aussi spécial que Stone (pire que De Palma dans le genre ricanisation galopante irréversible) mérite bien un ptit hommage, certes ultra-sélectif, quand on en a découvert un recoin aussi secret... tellement secret même que l’imaginaire en fait encore dans de nombreuses têtes de cinéphiles un simple film à suspense hollywoodien avec son scénar qui déroule sans accrocs et ses persos sans reliefs. Je ne suis pas mieux que les autres, vu que j’ai boudé ce film longtemps, très longtemps, croyant à tort qu’il s’agissait d’un de ces thrillers nineties ensoleillés style Kalifornia avec le tueur vaguement beau gosse hyper prévisible dans sa psychopathie et l’intrigue bien bateau au milieu du Texas ou autre pays baigné de soleil. Que nenni. Bien m’en aura pris de le matter dans un état de fatigue avancé en plein dans les heures de déjeuner coutumières, après une nuit de pleine lune passée au taf à repasser des gants de toilette pour en faire des piles suffisamment stables et compactes. Certains signes ne trompent pas. Croyant que j’allais décrocher passées les 10 premières minutes les paupières lourdes, avant même de m’imaginer si Penn se tapait la Lopez sur son capot, j’ai abordé le truc sans espoir ; j'ai été un peu bête. U-Turn, même si plus insulaire encore que les thrillers évoqués plus haut (le soleil tape… sur les nerfs) est d’un autre tonneau que ces séries B sympathiques évoquées plus haut, d’un autre monde, d’un esprit canaille et réellement givré, mais pas du genre à se gausser de ses propres vannes et effets comme le ferait un Rodriguez avec le même matériau, plutôt le genre à transmettre des petits rires nerveux, un inconfort peu confortable (oui) ; le confort visuel clippesque de NBK est donc à des années lumières, même si le montage et les effets de manche évoquent le frangin épileptique Tony (celui de Domino & Man On Fire), le style gadget subversif n’a pas sa place ici ; plus étrange, beaucoup plus cruel, ensoleillé, épuisant, violent, sensuel, en deux mots : plus mieux… et cette ambiance singulière, unique ; un Fargo qui aurait été tourné en plein désert ou un After Hours en plein cagnard ? Y’a de ça, ouaich. Comme si le soleil avait des effets pas très salubres sur la santé mentale, du genre à faire mentir ce cliché qui ferait de la Lune LE astre qui rend les gens pas bien dans leur tête une fois pleine (la Lune, évidemment). Le Soleil est plus gros que cette misérable bouboule pâlote, beaucoup plus, et y être trop exposé promet bien pire qu’un cancer de la peau... Bref film très spécial, et fascinant, surtout pour son désespérant auteur, qui a peut être pris plus de drogues sur le tournage de World Trade Center tout bien réfléchi, ou ce jour là il était inspiré tout simplement, eh, si ça se trouve c’est ça oui ! Dingue. L’inspiration c’est beau, j’aime ça.


Ajoutez à ce gaspacho inhospitalier ses indispensables épices d'acteurs : un Sean Penn sorti de quelque second rôle ingrat de polar 50’s style loser endetté de partout fuyant ses créanciers, grimaçant et pleutre, avec une dégaine de sosie raté de Johnny Cash, encore mieux que dans Casualties of War (du sur-mesure pour cette petite frappe tête à claques je vous le dis moi), une Lopez trouble et troublante (cette nana n’est pas qu’un cul), pour la seule fois de sa carrière d’actrice sans doute à moins qu’on la propose dans un Cronenberg (j’ai mes fantasmes de geek, et vous ?) ; un Nick Nolte impérial de bastard attitude ; sans parler de toute la galerie de pantins abrutis et gênants comme un poil de cul qu’on arrive pas à s’ôter de sur la langue, qui gravitent autour (excellent Joaquin Phoenix, Billy B. Thornton digne de Cheech Marin) tels des zébulons mal intentionnés qu’on a envie de voir crever et qui reviennent sans cesse, néfastes, parasites, ricanant de toutes leurs dents moisies et tintinnabulant de toute leur laideur. Ils nous en rendent, si j’ose m’exprimer ainsi, l’inconfort de la chose encore plus inconfortable, le comique de répétition plus glauque, le taquin malsain,le doux-dingue anxiogène, la pantalonnade dangereuse, l’incertitude de l’issue d’autant plus pesante, sur un terrain glissant, glissant, glissant sans cesse, vers on ne sait quel puits rempli d’on ne sait quelles saloperies… d’autant que la trame principale de l’affaire - si c’en est bien une on ne sait pas vraiment - ne sent pas la rose, enfin ça vous verrez, si vous avez envie, vous faites ce que vous voulez, moi je conseille c'est tout.

1 commentaire:

el gep a dit…

Merci de rendre justice à ce film que j'ai maté et rematé etc en VHS plus vierge du tout. Du coup, j'ai envie de le chopper en numérique. Souvenirs, souvenirs...
Le côté excessivement excessif de Stone est ici (et seulement ici, oui) carrément jouissif, et le tout pue la mauvaise drogue.
Lopez n'est pas qu'un cul, mais son cul dans sa robe rouge moulante, quand-même... éh-hé.
Et pour un Sean Penn grimaçant, pleutre, geignant et complètement pathétique, matez l'insupportable "Hollywood Sunrise"!