jeudi 18 mars 2010

Paul McGuiguan : Gangster N°1


Slevin, quelle bouse ! Heureusement j'avais vu Gangster N°1 avant, sinon j'aurais été complètement dégoûté de redonner sa chance au réal de Acid House. L'a pas fait que de la merde, l'Ecossais, même si il devrait se contenter de publicités à l'heure d'aujourd'hui. Ce film-là doit être l'un des premiers trucs que j'ai achetés en DVD, tout émoustillé par la jaquette criarde et le pitch, et je l'ai pas revu depuis au moins 7-8 ans, et n'ai pas trop envie, de peur de perdre l'excellente première impression que j'en ai eu, la sensation de voir une toile rosbiff rafraîchissante après avoir tourné aux Danny Boyle jusqu'à l'écoeurement. En plus j'aimais bien, les potes ne connaissaient pas, c'était l'occasion d'avoir un film de mafieux trop d'la balle à leur passer avec des meurtres "déjantés" et des plans "de malaaade". Fiasco sur toute la ligne : j'ai compris que mes potes avaient des goûts de chiotte, pas moi -et aujourd'hui je comprends qu'ils pouvaient pas apprécier le charme british, son humour spécial, son style infalsifiable, inhérent au Gangster N°1. Tant pis pour eux.


En fait le titre et l'affiche disent un peu tout, le teaser est même le plus parfait possible - je devrais donc pas avoir à me casser le cul, comme dirait le patron ; mais comme je suis incapable de fermer mon clapet... Le p'tit film design dont il est question fait en réalité partie de la vague post-Tarantino/Ritchie et consort; c'est à dire qu'on à affaire à l'oeuvre d'un m'as-tu-vu sans grande envergure qui cite Scorcese et De Palma sans en avoir rien compris ou peu, qui aligne les plans stylisés et nous déploie une galerie de gangsters dépourvus de charisme imposant, à l'exception de l'inénarrable Malcolm. Seulement pas de vannes cadrées ici, ni de casse au kilomètre, même si on sent que le gars voudrait poser les dialogues cultes par moments. Nada. Une pure ambiance seventies & polar décontracté du gland avec finalement assez peu de branlette visuelle, de la zique old school (mmmh la reprise de Sacha Diestel par Tony Bennett ou je sais plus quel crooner, sur les les poses cigares & poker complètement cliché, le pied), des costards bien taillés, des envies de beaux vestons et de beaux boutons de manchette, des cheveux bien lissés, des sorties punitives pépère. Niveau histoire, du rachitique ; de la petite farce de voyous dandys qui gèrent leur menu larcin et leurs menus fretins avec le flegme anglais typique, saupoudrée de quelques effets frapadingues impromptus (l'espèce de truand à lunettes et cheveux gras sorti d'un sketch d'Elie Semoun, en crise d'épileptie) qui nous laissent dubitatifs... et un peu nauséeux sur l'accoudoir. En guise de gentil parrain, notre ami David Thewlis, qui incarne un gangster nommé "Le Boucher de Mayfair", sensé être la terreur du quartier... un rôle qu'on aurait été à cent lieues d'imaginer pour le frêle écorché de Naked - on y croit pas une seconde donc, mais quelque part ça n'est pas gênant et on s'en fout, vu que la star ce n'est pas lui mais le boulet de la bande, toujours à rêver de découpage à la machette pendant que les autres sirotent leur brandy peinards : le blondin psychopathe dont l'histoire nous est comptée, interprété par un acteur qui était alors encore bien glacial et bien antipathique, Paul Bettany. Celui qui joue le même personnage en viok n'est autre que McDowell, qui nous prouve encore à quel point sa carrière aurait pu être grande s'il avait su s'affranchir de l'ombre kubrickienne, mais que quelque part il ne sait rien jouer d'autre, et que les rôles à contre-emploi c'est bon pour les gens gloupides.


Notre MMD, ici caricature de lui-même, en quinqua crâne rasé traits creusés, avec une truffe à la Depardieu ou pas loin et ce même regard qui vous transperce 30 ans après, donne dans le cabotinage, le speech baveux de malice, la suffisance crasse et le pathétique indigeste, parle à la caméra quand ça l'amuse, et nous accompagne en voix off tout du long pour nous conter sa glorieuse jeunesse, ce qui n'est pas désagréable je dois l'avouer, car le timbre de tonton Malcolm est exquis, tout le monde sait ça (choisir la VF serait une faute impardonnable par votre serviteur et ami). On le voit poser sa coupe de champ' à côté des pissotières et l'éclabousser en urinant à un moment, avant de s'en resservir une rasade en regardant l'objectif d'un oeil amusé, avec un petit sourire narquois. J'aime bien ce genre de conneries... Une autre scène bien cool, en fait la meilleure, celle qui m'a fait jouer de la touche replay tellement qu'elle est cool, se doit d'avoir son petit hommage: notre blondin psycho sapé comme un Kinks, s'en allant déssouder à la sauvage le rival de son boss à coups de poses de killer (psyho killer, qu'est-ce que cé ?) tout enivré par l'excitation d'en découdre, jusqu'à une scène de torture en caméra subjective bien karacho. "Viddy well", comme dirait l'autre.


Pour résumer cette chronique rabougrie, je dois le dire simplement : on fait difficilement plus cockney que cette petite saleté dans le genre. Snatch et tous les autres Ritchie n'en ont pas le mordant et ne sont que futiles petites boîte à vannes en comparaison, des trucs pour soirées estudiantines, pour rire entre copains de tel passage rigolo ou de telle réplique rigolote. Ici - mais est-ce bien la même came finalement ? - les mêmes plans clippés en toc ont une résonance bien moins sympathique, un écho crevard, tocard, vicieux, doublé d'une désinvolture douce-amère, et les grimaces absurdes sentent bien ce qu'elles sentent. Le côté versatile / juvénile de la réalisation a en sus (slurp) un charme sournois pas piqué des hannetons. Je recommande avec un martini (le cocktail, hein).

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