mercredi 17 mars 2010

Rob Harmon : Highwaymen

Jim Caviezel aurait des leçons de statisme facial à donner à Keanu Reeves, ma parole. Là, physiquement, sans la barbe du Messie et avec cette coupe de cheveux impersonnelle, paraît qu’il me ressemble dans le style brun vaguement ténébreux et taciturne, ce qui veut dire que je devrais logiquement le détester un peu… mais non. J’aime la sobriété et le jeu anti-esbroufe de ce mec, ces vagues sarcasmes lancés sans conviction au détour d’un semblant de conversation détachée, et je t’emmerde.

Le méchant rappelle Dennis Hopper et s’appelle Fargo, il est en fauteuil roulant ce qui donne droit à une scène finale involontairement à se pisser dessus, mais le reste du temps on se prend presque d’affection pour lui ou au moins d’un début de fascination distant ; on se prend presque d’affection pour le film lui-même en fait, grâce aux ptites touches de musique hypnotique (superbe générique au passage), aux effets de manche façon Fincher tout maladroits et mal posés et autres ralentis cotonneux trip-hopisants, y’a quelque chose de brouillon, d’inachevé, dans cette série B, style cauchemar douillet - amplifié par les cascades où la crédibilité est évidemment proscrite - une étrangeté à elle et un côté envoûtant pas piqué des enjolivers, avec les couleurs un peu irréelles du ciel et du désert, mmmh mais ça rappelle quelque peu Thelma et Louise sans Thelma ni Louise tout ça dites donc, et aussi un peu Tonton Carpenter dites-moi, ou simplement le Hitcher du même metteur en scène, dites-voir, même si beaucoup moins « no limit » que ce dernier, difficile d'oublier cousin Rutger et son shoot'em up tendrement halluciné : la patte est la même, le décorum semblable, les tenants et aboutissants assimilables par un jockey, les mêmes. Et puis comme dans Hitcher on dirait qu’il y’a personne d’autres que les 3-4 protagonistes sur la highway et alentours, les motels vides, la ville tout autant, le désert règne dans cet espèce de western sur roues, on dirait que ça se passe  dans une dimension parallèle ou un grand décor en plein air complètement isolé, un peu comme le premier Mad Max même si la référence est facile. J’suis pas très inspiré en effet… mais dis-toi bien que je t’emmerde.

Le black bouffi et empoté planté en second rôle daube du bulbe, il plombe le film de sa présence, ce gros bovin relou, ‘chier, jusqu’à la fin piquée à celle de Cop (une adaptation cheap de Ellroy avec James Woods dont je vous parlerai peut être mes agneaux) faut se le coltiner alors qu’il a rien à fiche là, aussi envahissant et incongru que Stevie Wonder dans une compète de ball-trap, mais bon, on peut essayer d’en faire abstraction… essayer tout au plus. Lui, on l’emmerde.

Rhona Mitra est comme une Neve Campbell qu’on aurait oublié dans un bac de graisse à traire. Elle me laisse pas indifférent, en effet, vu qu’elle est toute moite et toute chaude comme les crêpes au chocolat de maman, un peu comme Lopez dans U-Turn si tu vois où je veux en venir, même si on verra pas dépasser un bout de téton, et que bander pour une tête de classement FHM ça peut arriver même aux hommes qui se targuent d’avoir des goûts en marge de la norme et d’être un peu difficiles sur ce qu’on appelle communément la beauté, y’a pas de honte à ça, c’est même très sain tout bien réfléchi. Tu restes septique ? Tu commences pourtant à comprendre le gimmick : je t’emmerde.

J’ai pas mon permis mais je suis fétichiste des muscle cars style Plymouth Barracuda (je préfère vert pomme mais rouge c’est bien aussi), de la Cadillac Eldorado d’un vert plus corbeau que le noir corbak, fétichiste du fétichisme des belles bagnoles ancestrales du temps ou les tires de beauf avaient une gueule, ces caisses au museau agressif et au cul redoutable qui me font encore rêver d’une Christine revancharde déboulant en flammes sur le boulevard quand je vois des rallyes de Carrera sans aucun charisme s’aligner les unes derrière les autres… ou des blaireaux qui se croivent trop intimidants dans leurs voitures de fabrication allemande aux courbes dignes d’un moule à cake. Only US shit is real.

Surtout : j’aime quand un film - même si c’est une série B aussi bancale - me rappelle Crash, ce qui est arrivé une seule fois au jour d’aujourd’hui.

Et je t’emmerde.



2 commentaires:

Le Moignon a dit…

Crash, vraiment ?
Faudra que je checke à l'occase

Raven a dit…

précisons quand même que c'est pour l'ambiance, un peu, et surtout pour le côté "fétichisme des bagnoles & prothèses post-accident" parce que niveau érotisme ici, c'est wallou.