dimanche 28 mars 2010

Robert Redford : A River Runs Through It

Certains films donnent une envie, irrépressible, d’aller se promener en forêt. Une fois dans les bois, si beaux et si purs de verdure, à contempler le fascinant ballet des fougères et à humer la mousse fraîche qui pousse au pied des arbres, on regrette de n’avoir rien eu d’intéressant à y jeter pour mettre un peu de couleurs dans le décor, je sais pas moi, des piles, du goudron, des sacs poubelle, ne serait-ce qu’un petit emballage de chips, ou des ampoules électriques pourquoi pas, des petites ampoules phalliques que les petits écureuils mangeraient en les confondant avec des glands mignons, et s’étoufferaient en les avalant, périssant dans la souffrance devant leur mère désemparée, des gerbes de sang leur giclant des yeux, dans des gestes de douleur désespérés, et leur mort ne survenant qu'après de longues minutes d’agonie, ne nous restant plus qu’à ricaner un bon coup en pissant sur leurs cadavres, avant d’aller jeter une clope dans un tas de branchages sec… Des films aussi évocateurs de visions doucereuses que celui-ci, mes frères lecteurs, y en a tout plein, et la défense habituelle de leurs amateurs est de dire que c’est humble et beau et que ça n’a pas la prétention de révolutionner les choses, mais vu le décor il me semble tout aussi indiqué de les regarder comme un bûcheron, et de prendre du plaisir à en relever les détails les plus croustillants et involontaires, surtout quand le pitch donne aussi peu à réfléchir…

Cela se passe au début du siècle passé, dans le Montana, un temps et un endroit où les gens savaient apprécier les bonnes choses et où il n'y avait pas de réchauffement climatique, un temps où les hérissons gambadaient insouciants entre les conifères sans se soucier des Land Rover. Un temps où la truite et l'homme vivaient en harmonie, l'une se faisant pêcher par l'autre et l'autre mangeant l'une le soir, au coin de l'âtre, après avoir fait la prière... Elevé par son père, un prêtre (pasteur plus exactement) dont on ne saura pas s’il est pédophile mais qui manie la canne à pêche avec talent, Brad est devenu journaliste, mais son hobby c'est sa passion : il a chopé le virus de la pêche à la mouche que lui a transmis son paternel, et il se sert de sa gaule comme d'un violon, maestro de la chasse aux poissons, génie dans la danse du fil, le geste souple et élégant, mais ferme. C'est ici sans nul doute que lui vient sa réputation d'homme bien gaulé. Brad sillonne le beau conte naturaliste, avec quelques gimmicks de son cru, comme ses fameuses moues qui on fait son succès auprès des pisseuses, façon "j'ai grignoté des noix de cajou et j'en ai une de bloquée dans la molaire mais j'arrive pas à l'en déloger avec ma langue", que même Tarantino aura pas aussi bien exploitées avec un rôle 100 fois plus fun. Brad taquine le goujon, avec son frère, interprété par Craig Sheffer (en termes faciaux cet acteur 2nd couteau se situe entre Marc Lavoine et Christian Slater, avec une texture de peau un peu plus fromagère) un mec plus réservé, plus intelligent, moins rebelle que Pitt le Fou, qui n’a pas les mêmes ambitions dans la vie. Lui n’est pas comme Pittou : déjà, il a une grosse veine sur le front (comme Angelina Jolie, marrant les coïncidences), qui enfle ou désenfle selon son humeur. A un moment Brad meurt, ce qui est triste car c’était un brave garçon, simple et généreux, avec de si jolies joues, douces comme des coussins, mais il sortait avec une indienne et multipliait des dettes impayées au poker, et les cuites au bourbon, alors il l’avait un peu cherché quand même, la morale de tout ceci étant qu'il ne suffit pas d'être bon pêcheur et d'avoir de belles joues en peau de fesse de nourrisson pour survivre en situation de mort imminente... Parallèlement à cette trame de thriller ultraviolent, le mec avec sa veine frontale saillante drague une nana, une connasse qui écoute du jazz de prisu et met des chapeaux à la mode. Le frère de cette nana n’aime pas la pêche, donc c’est un con, et sa punition divine sera de bronzer cul-nul au soleil de midi en compagnie d'une pute et de chopper de vilains coups de soleil. T'avais qu'a pêcher avec Brad, ducon. Le gars qui a de la veine et la nana apprendront à s’aimer, au fil de discussions sans relief, dans un Montana tout de sainte verdure célébré sans relâche par Robert. Ce bon vieux Robert !

Un bon contrepoids ricain à la mini-vague des comédies franchouillardes et champêtres de notre terroir style les Enfants du Marais, qui célèbrent la vie simple dans la nature, la philosophie du temps qui passe et le bonheur d’une belle tartine de confiture bonne maman à l’ombre des marronniers. C’est aussi un peu de la merde, mais moi ça m'détend, en grignotant une banette l'oeil vitreux.

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