jeudi 4 mars 2010

St Caubère 41

Ah putain mon Frankie...



TRUANDS - F. Schoendoerffer, 2007


Mmmh alors…



C’est l’histoire, sans surprise, de mecs qui ont trop regardé Scarface les Affranchis & Casino, et qui se la racontent grave, en font des caisses pour pas un rond (ou une rondelle).

Des Français, c'est-à-dire des gens pas très beaux de nature, avec une langue qui prête pas à la vanne classieuse et à la tchatche élégante, juste au gros sabots, à la laideur crue et l’autosuffisance théâtrale, à croire que le réal à parfaitement sondé l’esprit de ces pathétiques connards dans son entreprise de documentaire bien propre sur lui. Le décor est clinique, urbain avec le peu d'effets esthétiques-hollywood nécessaires pour que ça fasse pas trop sombre non plus, mais pas trop de crayon noir pour le noir pour que ça fasse Olivier Marchal. Fines touches de violons pour la zique, effets un peu classe vite fait, et basta. L'histoire ?

C’est l’histoire sans histoire d’une bande de gros blaireaux, des têtes de PJ et avocats & associés pour la plupart, donc moches et stupides pour la plupart ; on est pas loin de La Mentale, sauf qu’ici pas de beurs - enfin si, mais pas celui-là, l'autre - et que les gitans se font discrets. Et puis, y’a même pas à se fader les moments Melville ou le gemey maybeline d’un Marchal (qui lui campe ici une parfaite grosse loutre vaguement nauséeuse) ; juste le gros onanisme verbal linéaire et infâme entre deux exécutions mornes et poses suffisantes de bad guy, une pute sans saveur par-ci, une torture black & decker par-là, un coup de roteux à la lumière des néons nightclub. Sans saveur. Le quotidien puant du truand, le terne et le morne de tout ce qui brille… « le monde... et tout cé qu’il y’a dédans » dixit Tony M ? Juste de la merde en vérité, pour des pies sans cervelle qui s'alimentent et jouissent (à blanc) de leur propre médiocrité & leur rêves lyophilisés. Des pies avec des flingues, quand même, attention.

De ce film matté à sa sortie en séance de minuit dans une salle aussi miteuse que déserte (donc adéquate), je retiendrai quand même des moments touchants, même si furtifs (quand on focalise sur les nuances d'un salami, on peut trouver des zones agréables à l'oeil), par ex l'amour sincère de Corti pour son poulain glaçon, et ses regards attendris, protecteurs, et puis certaines scènes assez troublantes voire subtiles malgré la limpidité et la sobriété de l’affaire, genre Magimel qui picore ses cahuètes avec les tics nerveux appropriés, encore un pied chez Professeur Haneke et l’autre dans le purin du vilain cinéma populo, avec des gestes plus secs que ses ben’n’nuts pour faire viril devant des grognasses du gabarit de Dalle, qui elle a toujours le sourire gracieux, timide, fragile, délicat, grêle et sensuel d’un Barry White. Caubère, l’attraction gerbante et le pôle magnético-révulsant de cette foire aux blaireaux, nous fait son show à base de surjeu permanent, de grimaces que même Sean Penn aurait pas osé, de répliques que Hanin se serait chié dessus rien que d'en imaginer l'hypothétique ombre du centième, et qui sont amenées, j'en parie mon plumage, à rentrer dans le panthéon de notre cinéma hexagonal au même titre que les meilleures lignes de Dupont Lajoie et Rue Barbare.

C’est l’histoire sans histoire de parfaits abrutis amateurs, qui en font des caisses, qui dans le froncement de sourcils-les moues dégoûtées Robert De Caprio et la fringance chirurgicale alaindelonoïde, qui dans le bouffonisme frenchie intégral, qui dans la grandiloquence putassière d’un Corti plus coïde que colis, complètement dans la zone… le générique de fin façon Ray (tiens donc) Liotta dans la conclusion de Goodfellas, sans tout le côté taquin, juste la froideur un peu crâne du bogoss constipé attitré, laisse un goût amer, on ne sait pas bien si le morceau de Faithfull est trop beau pour ou si la voix chevrotante vient à point nommé vu que le film sent le fromton, mais y'a un truc. C’est Paris, c’est la France, sa griseur, sa laideur molle, univers tiédasse pour voyous dégueulasses, ses rêves à l’arrière-goût de pisse… c’est Truands, tout simplement : parce que le mot se suffit à lui-même, parce qu’il sonne moche et qu’on imaginerait pas d’autre intitulé.

Le scénario ? Osef ; même l'espèce de twist final qui aurait pu servir aux critiques professionnels pour sacrifier une demie-étoile à l'oeuvre est posé comme un ultime pet de bulle à la surface de cette mare livide.

Vous êtes des gens de goût : vous n’aimerez pas. Mais quand vous prenez le ptit dèj, vous tartinez vos tranches de pain grillé avec l’or de nos fermes - parce que vous êtes un français comme les autres, avec ses habitudes, son style…

Au moins ne le ferez vous plus sans arrière-pensée... et ça sera déjà ça de gagné.

6 commentaires:

Raph a dit…

ch'est farpait. Welcome HOME

gulo gulo a dit…

bienvenue dans la société, coco

gulo gulo a dit…

et bien sûr, napoléonien tirage d'oreille pour ce très judicieux choix inaugural

Raven a dit…

merci, du fond du beurre...

Le Moignon a dit…

Yeah ! Tuerie de chronique, va vraiment falloir que je me décide à mater cette horreur, haha

Innamorato a dit…

nuff respect, ici comme la bas, mecton