mardi 30 mars 2010

Tarsem Singh : The Fall

Réaliser un bon cocktail pour fille, c'est une affaire de maquillage, de chimie, et d'hypocrisie : le taux d'alcool doit être le plus élevé possible, et dans le même temps le goût ne doit en rien trahir sa présence, ce qui risquerait de donner des hauts-le-coeur à la délicate amazone. Le sucre est l'allié idéal dans ces conditions, ce que les marchands de vodka-limonade et autres bières-orangina ont compris. Il ne faut pas avoir peur d'en mettre beaucoup, plus y'en a, mieux la séduction se fera. Mais le sucre ne fait pas tout : un bon girlie cocktail, c'est aussi un goût fruité, ainsi qu'une touche chimique un peu taquine qui doit rappeler les fraises tagada et autres crocos gélatineux, et, détail à ne surtout pas négliger : des couleurs irréprochables, c'est à dire sans aucune nuance de marron ou toute autre teinte qui évoquerait les méandres du transit intestinal dans l'esprit si délicat de ses dames. Si possible, créer un maximum de niveaux de couleurs, pour en mettre plein la vue.

En voyant The Fall, je me suis demandé si j'en étais pas devenu une, de nana. Son metteur en scène a semble-t-il parfaitement compris les règles énoncées plus haut. J'ai trouvé ça diablement beau et envoûtant, et j'ai même manqué de verser une larme d'émerveillement à la fin, alors que je sentais le nanar à 3 km, en voyant la gamine et en lisant le synopsis, je m'imaginais très bien le truc, "du rêve en barquette" que je msuis dit, "un truc pour Johnny Depp et ses pots de khôl". Eh oui, dieu sait si j'exècre monsieur Burton et toutes ces daubes pseudo-oniriques-poétiques en plasticine pour pucelles qui noircissent leurs agendas de Pucca. Fichtrebleu, j'y ai vu que du feu, au stratagème ! Faut dire que maintenant que j'y repense, j'avais adoré le The Cell du même indien, dans ses moments oniriques dévastateurs de branlette visuelle gratuite et insolente, autant que j'en avais détesté les moments "IRL" à l'allure de téléfilm. On retrouve ici quelques-un des symboles inquiétants chéris par Tarsem (le cheval mort), et sans que cela fasse ornementation pour ornementation, le même sens du tableau de rêve halluciné à l'esthétique exacerbée, en encore plus métissé, plus imposant, pompier, chatoyant, excessif, coloré (quel bal costumé et quels maquillages ! succulemment gay), figé en peinture folle dans des paysages Zhang Yimou meets Ushuaia, les mêmes ralentis au millimètre sur fond de Dalì et Ernst, dont beaucoup parlent comme étant dignes d'une publicité pour parfum ou d'un clip pour Mylène Farmer, mais que je trouve épiques et grandioses. Et cette fois-ci les moments dans la réalité sont réussis : subtils, même sur la fin quand c'est parti en vrille dans le mièvre et le larmoyant j'ai rien remarqué de gênant, bien au contraire : cette explosion de passion a fait fondre toutes mes résistances. De toute façon, même si sa toile est faite à travers les yeux d'un môme, Tarsem n'est pas du tout comme ce boulet faussement excentrique de Burton : il a l'esprit adulte. Et ses visions à lui sont sublimes, et cruelles.

1 commentaire:

Rafi a dit…

Elle est géniale cette kro !