mercredi 10 mars 2010

Y'a pas que Rob Halford qu'a le feu au cul !

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Look into my eyes. Your souls are stained with the blood of the innocent. Feel their pain.

 

GHOST RIDER - Mark Steven Johnson, 2007

Bah oui, y'a pas que Rob ; si l'affiche de Ghost Rider rappelle une certaine pochette de Judas Priest, c'est parce que le contenu est assez proche, même si ici on a plus souvent envie de rigoler tout avachi sur son hard rocking-chair en sirotant un panaché que de s'envoler dans le ciel avec tous les feux d'artifices du 14 juillet au cul. Il est un fait assez cruel avéré par les affects qu'ont développés nos sociétés consuméristes au fil de l'implacable évolution culturelle occidentale : le cinéma laisse moins de place aux rêves que la musique, c'est comme ça - et c'est pas pour autant que je vais bouder mon plaisir quand je vois autant de bonheur. Laurent Veil, pour vous servir.

" Raven, noble cinéphile, avec les copines on trouve que ce film est trop cool, éclaire nous de ta lanterne bienfaitrice et répond à cette question fondamentale : est-ce grave ? "

Non mes agneaux, ce n'est pas grave. C'est une saine chose que d'aimer les motos à tête de mort qui flambent et qui laissent des traces de pneu plus profondes que les tranchées de Verdun sur leur passage. C'est aussi sain amour que celui du cuir et des chaînes cloutées. C'est un peu ça la classe rock'n'roll, pas de place pour le dandysme et pas de limite sur le bitume... c'est aussi ça Ghost Rider, eh, d'ailleurs c'est marrant que vous parliez de Ghost Rider ! Figurez-vous que j'ai justement concocté un petit résumé de mes impressions sur ce classique mésestimé, pas plus tard que ce matin ! Le monde est petit !

Manchons de poulet Tex-Mex, chaud devant !!!

S’il y’a une adaptation 100% hollywoodienne de comic’s assumée dans sa connerie, sa laideur et son tape-à-l’oeil, c’est celle là. Oubliez ce Daredevil du même Johnson qui ne savait pas trop sur quel sabot danser, farce ou sérieux lissé, mais dans lequel on subodorait déjà le potentiel du réal à ne pas trop se prendre au sérieux. Ne me parlez pas des pseudo-subversifs Watchmen, le one man show d’un Rorsach bloqué sur des monologues qui auraient fait perdre son accent à Arnaud Michniak au milieu d’un cocktail anachronique de fruits plus ou moins frais dosé à l’aveugle. Laissez tomber Spiderman, même si c’est cool et que Raimi a le chic pour faire du sur-mesure pour les merdeux tout en gardant sa patte ancestrale. N’allez pas vous faire chier chez Hulk, épinard dodu de peu de goût ; celui de Lee ou l’autre avec Norton, la couille la plus ingrate du monde des acteurs hollywoodiens, même si ça casse quelques briques de-ci de-là (le contraire eu été étonnant), même si on peut aimer ça pour se détendre la nouille et même si c’est parfois assez inventif on s’en FOUT.

Ghost Rider lui est simple et efficace dans son emphase abrutissante, c’qui devrait déjà te mettre la puce à l’œil à moins que tu ne sois encore endormi par ce concept poudre aux yeux de l’originalité à tout prix. Parfois l’originalité et la singularité se trouvent dans la simplicité, c’est ainsi. Simple, comme une blague un peu punk. Débile, comme il se doit de l’être. Efficace, car il le faut un peu. Sans chercher autre chose que le délire B, sans taper plus haut, un peu comme son petit frère Constantine, mais en mieux. Ghost Rider est too much et ne se la raconte pas. Ne se psychologise pas à mort pour faire diversion. Bref, ne jette pas de poudre aux yeux pour masquer sa beaufitude qui n’est qu’un des éléments fatals de la ricain-itude : quelque part c’est ici qu’il faut voir l’antithèse heureuse à la montée (dans laquelle je subodore une future mode) un peu inquiétante des Batman de Nolan tout beaux tout frais dans leur habit béton urbain, qui s’ils apportent une certaine nouveauté en assurant un sérieux total à base de métaphore post-11 bien gelée et constipée d’impérialisme psychanalytique, sont aussi comme je le disais inquiétants parce que ça va probablement devenir une tendance, et qui dit tendance dit lassitude. C’est comme ça, c’est la vie. Pas de sérieux ici, ni d’hypocrisie, on affiche le blase direct sur la jaquette (la VHS lui aurait sied à merveille), on est beauf et on l’assume à mort, le film dit clairement son nom et n’essaie pas de jouer au plus malin. Il pétarade juste comme un bon Judas ou Motörhead sur la highway 66 sans te demander ton reste, dans des traînées de flammes artificielles salvatrices. C’est neuneu, c'est du nanan.


J'ai l'air d'y croire là, ouais, jd'ois avoir l'air flippant, je vais serrer les guidons très fort pour avoir l'air plus méchant... Je sais pas si j'ai bien fait de l'accepter ce scénar, mais mon agent m'a dit "Nicolas, si t'es motard c'est parce que tu t'appelles Cage, et que la moto du film décrasse les cages à miel !". C'est une blague rigolote. Bah, de toute façon, c'est pas une vraie moto... tiens, y'a quoi à la télé ce soir ?

Je parlais de Norton plus haut, emporté dans mon name-dropping pathétique (c’est devenu un pléonasme, on est sur le net pas vrai ?)… Nicolas Cage lui, c’est encore plus loin dans le pas beau, dans le jeu amorphe, dans la tête à gnons qui a le pathos gravé au faciès comme Ribery ses lézardes purpurines et son air de veau écervelé, les expressions piquées à un vieux reste de moussaka qu’on aurait abandonné dans le plat à gratin au fond du four, la désolation pleine d’une trace de bouse collée sur les parois du chiotte de mère-grand. Moche. Seule. Désarmée. Avec lui, la tristesse est moléculaire, c’est une affaire d’affaissement des traits, tout comme sa chevelure est affaire de cécité galopante chez les employées officiant dans les salons Jean-Louis David réservés aux stars du show-biz qui ont déjà l'étiquette numérotée de la chambre froide sur le gros orteil, une épidémie paraît-il due aux agents toxiques que renferment les tubes de laque. Inutile de vous le cacher, je suis grillé comme la moussaka : oui, ce mec me fascine et me dégoûte à proportions égales. Oui, Cage mérite au moins 4 minutes 33 de silence à la gloire de sa déchéance grandiose. Il n’y a plus rien de Castor Troy chez lui depuis quelques années, bien que le sourire chevalin tente de reprendre le dessus par brefs instants ; juste la trombine figée d’un pov’ clébard tristouille, car dans Ghost Rider vous le constaterez bien assez tôt, notre ami Nico tire plus que jamais cette gueule de chien battu qui a fait couler beaucoup d’encre, et ce tout du long, ces moues de l'extrême qui me pousseront un jour à me lancer dans l’écriture d’une analyse en 4 Tomes de son style statique, car après tout pourquoi encenser Kitano quand il ne fait que cligner de l’œil droit 2 heures durant et pas cousin Nicolas qui frôle l’amputation des joues à chaque tournage ? Si le simple fait d'avoir choisi Cage, qui a la tête a piloter une moitié de solex, pour incarner le Rider vous semble incongru, c'est normal. Jamais on ne ressent la moindre rage chez Cage, eh oui, ni même la moindre virilité, eh non, ni le moindre investissement (en fait tu sens juste que le gars est là parce qu’il a pas pu trouver mieux pour se faire un peu de maille, le frigo était vide et c’était le moyen de le remplir plus vite, la cacheton’ attitude), les petites blagounettes moisies qu'il lâche par instants tombent agréablement à plat, mais tout ça n'est que broutilles et nous dévie de l'essentiel : dès que sa tête et son corps flambent, on l’oublie, il est Johnny Blaze, ce brave squelette motard qui met du cœur à l’ouvrage, il est ce héros… parce qu’il est recouvert de pixels, ahahah ! Merci à l’informatique, sur ce coup là. FX too much, scénario B assumé et heureusement loin des prétentions « originales » (origilol) et faussement créatives de cette vieille précieuse ridicule de Frank Miller perdu dans ses filtres photoshop, bref, juste l’esprit du Comic’s, même si on dira que c’est pas aussi sombre, nianiania, honnêtement moi je vais te dire lecteur ami, les comparaisons entre l’original papier et la pellicule je m’en fiche un peu comme de mon premier neveu, que ce soit ça ou les romans, c’est du pareil au même et il faut le hurler comme un cri barbare sur les toits du monde : le cinéma n’a pas à être fidèle aux écrits, que les littéraires se le tiennent pour dit ! Le cinoche se doit d’être simple, concis, dans ce genre peut être plus encore qu’ailleurs, et là, on a pas besoin de réfléchir une seconde, vu qu’on est juste devant un spectacle pyrotechnico-nian-nian au poil. Du divertissement, en effet. Mais c'est que t'es pas con toi, tu sais ?


Cageot ? Qui qu'tu traites de cageot, piéton ? Mon nom est CAGE, petit pédé !!!

Ajoutons à ce doucereux cocktail notre psycho toy boy favori Wes Bentley en guest, mais sans son sac voltigeur, très karacho en méchant pas gentil avec ses bras droits rasta-méthylène sortis d’un mauvais Luc Besson, le chef de tous Méphistophélès, incarné par un Peter Fonda parfaitement adéquat pour le rôle car en âge de porter des Mephisto, bref le casting se défend, j’ai aussi pané qu’il y avait une sorte de cavalier des enfers style cow boy démoniaque dans ce fin bordel, tout feu toutes flammèches, et que ça devait être cool, vu que ça m’a donné envie de dépoussiérer mes Fields of the Nephilim. Et puis y’a le mérou-nutella Eva Mendes, qu’est un peu le seul bémol, qui fait un peu déplacée, un peu comme une volute de beuh émanent du fond de la salle dans un colloque dédié aux drogues dures et leurs effets sur la perception de la réalité, la noisette qui se tape l’incruste dans la mallette du petit chimiste ; m'enfin tout bien calculé, la Mendes, elle est pas trop gênante, sa pralinitude donne une touche de crémeux non-négligeable à l’ensemble… un peu comme un Werther’s original dans une grosse boîte Haribo Dragolo. Ghost Rider est Dragolo ; plongez vos petits bigodoigts dans la petite série B en plastique toute pétaradante décérébrée, allez, allez !

2 commentaires:

gulo gulo a dit…

oh pute borgne ...

Le Moignon a dit…

Oui là forcément, on lui donnerait bien sa chance