vendredi 30 avril 2010

Unholy : Rapture

Tu peux pas test Lovecraft en version lyrico-épique, non. Päsi a d'une façon où d'une autre, accompagné mon entrée dans l'âge adulte, j'en bave encore la nuit. Tu m'étonnes. Un premier Unholy c'est comme une première raclette : d'abord le poids, ensuite le gras, puis l'ivresse, et enfin la descente aux Enfers, où l'on croise avec méfiance les animaux morts que Noé a oublié d'embarquer sur son arche, et qui n'ont pas non plus été acceptés sur un album de Cathedral.
Tout ça pour dire que ce disque, Rapture, c'est un peu comme se faire accueillir dans l'Au-delà par une bise humide de Cthulhu, là où d'autres n'ont réussi qu'à transiter par son colon : frais, pluvieux, caverneux et ancien. Et quand madame nous prend par la main, ce n'est pas pour nous emmener voir le Théâtre de la Tragédie que sais-je, mais plutôt le caniveau où elle lavait ses fringues quand elle était encore dans la troupe à Parnassus.

69db & MC Tablloyd : Bedroom Mixes from the Soul


De mémoire, hein ; c'est parti :
Il était une fois avant le dubstep, avant ces salades qu'on essaie de nous faire passer pour la révolution alors qu'il s'agit tout juste de pillage de la boutique à Mick et Justin, avant que Kevin Martin ne soit venu jouer les agents de recouvrement ; on a pu alors entendre une vraie soul music d'après la bombe, d'après l'équinoxe, une soul née des déchets piétinés, des braseros et de la boue, aux déhanchés leucémiques dans des pantalons statufiés de boue, sous un vaste ciel de boue, pour y voler sur de pâlides ailes de boue.
Des psaumes pour le premier mai, si vous préférez.

jeudi 29 avril 2010

One Nation Under ...

Le staff vient de s'enrichir d'un nouveau brigand et pas des moindres. Vous pouvez commencer à mettre les peintures de guerre, on est sur le sentier.

Cathedral : The Guessing Game


"Ça va chier - burp."
aka : "j'm'en va te moucher ce sourire de merde, con de chat"

mercredi 28 avril 2010

Selenites : Jeder Für Sich und Gott Gegen Alle


J'espère pour lui qu'il trouve l'ironie d'en rire aussi jaune que ci-à côté : Stephen Bessac et son trident ont engendré un nouveau genre de beaufitude dans le "hardcore" (ça, ça doit le faire gondoler) français - et pas la peine de me rétorquer que Kickback ne détient pas le brevet historico-historien de l'invention du screamo-blacko-quirigolepadutoudutout-hxc-tralala : il est évident qu'ils ont comme d'autres su capter une idée qui infusait l'époque - et non moins évident qu'ils l'ont su capturer et mettre à exécution - c'est le mot - comme nuls autres, peut-être par ce que chez eux il ne s'agit pas tant du mélange des genres et des nourritures naturel à la génération actuelle, que de celui vieilli en fût de la précédente, et surtout, tout pareillement macérée, d'une vieille marotte, tenace comme une rancune, propre au citoyen Bessac ; pas d'une printanière lubie de binoclards qui s'inventent une hell-cred'.
Bref, après Nesseria, Plebeian Grandstand, Celeste et ses douze albums dont je ne parviens toujours par à discerner chacun la vacuité propre, Sickbag à ce qu'on dit de ce nouvel album que je n'écouterai pas, et tous les autres grincheux auxquels je ne pense pas (non, je n'ai pas dit Overmars, leur partie du split avec Starkweather pourrait bien annoncer qu'ils ont enfin chopé ce que je leur sentais le potentiel pour), voici venir Selenites, avec son patronyme à la Year of No Light, son nom d'album à la Metronome Charisma et sa pochette à la Alexander Tucker en plus plat, et voici ma chronique :

N'est pas Kickback qui veut.

mardi 27 avril 2010

Cosmic Atrophy : Codex Incubo


Et pourquoi on n'aurait pas le droit de s'éclater à couper-décaler comme un muppet sur du jazz-rock, juste parce que vos parents vous ont prénommé Cthulhu, d'abord ?

Carcass : Necroticism

Je sais pas vous, mais moi j'aime la viande. Et comme a dit un jour Confucius (ou Florence Foresti, je sais plus), un homme pour qu'il soit heureux il lui faut une Porsche, un boeuf, une patate. Moi la caisse je m'en tape mais la bidoche, là ouais, il y a carrément moyen de se lâcher. Pourquoi je vous cause de ça ? Ben parce qu'à mon avis il y a des trucs dans la vie qu'on peut pas aimer si on kiffe pas la bidoche, cf. une discussion là-dessus avec le maitre des lieux. Et Carcass ça en fait partie. De plus à quoi bon la faire cuire cette entrecôte, sérieux ? Un bon morceau bien appétissant, on le déguste en gourmet, on mord pleinement dedans et tant pis pour le sang qui coule sur le menton. Parce que là attention, on parle de bonne barbaque préparée avec amour par le boucher hein, pas de la caissette en promo chez Lidl.
Meilleur moment pour écouter le disque: en revenant du marché, le dimanche matin.

jeudi 22 avril 2010

Revolting Cocks : Got Cock ?


Amis du bon goût, déguerpissez - et puis, qu'est-ce que vous faisiez en ville pour commencer ? A quoi ça sert que le Moignon il se décarcasse avec ses tourtes gourmandes ? Amis de la saucisse, amateurs avertis qui avez toujours eu un rien de souci avec KMFDM et son excessive panzeritude qui vous paraissait dangereusement proche de sentir le début de second degré : mettez-vous à l'aise, et déboutonez-vous grand. RevCo a choisi sa nation depuis Cocked & Loaded, tant pis pour les grincheux, les fines bouches, les pisse-froid, les petits culs, les j'avale pas ; y a pas de mêêêh. RevCo est le Moloch de Las Vegas et sa faim de pouffiasses est inextinguible cependant qu'il dégueule comme un romain son sleazewave poledance-metal sur le grand carnaval de morses rendus fous par le stupre et le lucre.
Un Texan doublé d'un Cubain (qui a vraiment cru qu'il allait lâcher le manche ?), il fallait au moins ça pour qu'enfin le trône de feu-Sheep on Drugs cesse de vaquer.

mercredi 21 avril 2010

Cosmic Psychos : Oh What a Lovely Pie

Ce qu'il y a dans leur lovely pie, je préfère encore bouffer de la quiche de tofu soyeux que de le savoir.
N'empêche, jamais jusqu'ici je n'avais entendu un disque sonner comme un moteur de dragster en plastique fluo ; du reste, si tu cherches du gros riff qui tâche, aussi brillant et flashy dans sons sens du catchy que dans sa merveilleuse crétinerie, ne cherche pas plus loin, ami, tu es ici comme bébé kangourou dans la salopette en blue-jean crasseuse de maman kangourou.
Jusqu'alors, l'Australie rimait pour moi surtout avec rock'n'roll déglingué ; il rime désormais avec rock'n'roll tout court. Court, tu dis ? Short, disent ces cons d'angliches : à déguster en terrasse dans le fumet des premiers barbecues printaniers, en sirotant son tout-à-l'égout et se grattant voluptueusement les testicules.

Valborg : Crown of Sorrow


Il faut avouer qu'il m'angoissait un chouïa, celui-ci. Surtout après le récent fiasco Triptykon - non pas parce que les Valborg sont les chouchous de Tom Gab et que je lui dois leur découverte (tout comme avec un peu de chance quelques spectateurs du dernier Roadburn), mais parce que c'est le même type d'album, qu'on se fait un devoir d'acheter aveuglément, mais qu'ensuite on doit se faire un devoir d'écouter - la redondance est à dessein - sachant d'avance que l'identité est tellement marquée qu'elle sera forcément la même, et ne sachant pas bien au juste ce qu'on en attend ou comment ils pourront surseoir l'inéluctable routine, à quoi de réel tient la fin de la féérie, bref je me comprends. Qui plus est, la couverture me bottait moins vigoureusement que celle du précédent, quand bien même elle m'évoquait diffusément Ninja Scroll.
Pourriture de sceptique que j'étais, soulagé et humilié je suis. Oui, l'identité, la signature sonore est la même, aussi immanquable que leur menaçant logo. Nocturne, onirique, horrifique, profonde, sorcière, chimérique, barbare, gothique, avec des caillots. Non, la couverture n'est pas la même, et c'est justement ce qui fait tout le prix du disque. Elle annonce une autre histoire - car on mesure ici mieux ce que les affreux ont de puissamment cinématographique - et on peut en raconter, des histoires, avec une nuit et une forêt ancienne ... Quand on n'est pas une vieille dinde vaniteuse et radoteuse comme qui vous savez, s'entend. Quand on ne craint pas de s'explorer un tantinet, de s'égarer dans ses propres futaies et essences.
Ceci (et cela) répondant il me semble à toutes les questions, je vous remercie de votre attention.



Spoiler (pour ceux qui seraient pas capables de se fier à mon enthousiasme de demi-corse) : aquatique comme un inverted Intronaut en chasse dans la forêt d'Ondskapt, avec une ambiance à trouver quelque part entre Ulysse 31 et Valhalla Rising.

mardi 20 avril 2010

Black Breath : Heavy Breathing


Prends un son viril à s'y méprendre avec l'Entombed millésimé. Gave-le de basses et prends-le avec une prise de son débordée-saturée comme celle du dernier Brutal Truth. Ajoute une voix de jeune pitbull coreux baveux, type Rise & Fall, et la petite touche evil old-school qui va bien. Tu obtiens un petit truc qui va bien, comme douze douzaine d'autres d'ici la fin de la semaine, même pas nul, et pourtant non avenu.
Allez, soyons pas injuste : il y a bien une touche de personnalité ; cette exécution musculeuse et fanatique d'où vient que, lors qu'on devrait songer à Death Breath, c'est à Full Blown Chaos qu'on pense incorrigiblement. Me remerciez pas.

Daggers : Along the Acheron


Prends un son de ferrailleur qui se la raconte pas, qui raconte rien d'ailleurs, que l'hiver et la fatalité. Prends des riffs moins punks que chiens. Un batteur qui en vrai doit clouer des planches à des fenêtres. Des ralentissments primaires et misérables. Tu obtiens un truc saisissant comme du Tortuga ou du Grief, un hardcore unique et lugubre, en forme de douche de gravats et qui masque le jour.

Asche : The Easter Island Phenomenon


Ce qu'il y a de bien avec Asche depuis qu'il s'est converti au dj-ing et au fétichisme, c'est qu'il ne nous a jamais infligé sa phase prosélytisme-crânerie-dramatisation. Avec lui on a toujours la sensation de débarquer, si j'ose dire, dans le vif des choses ; et qu'évidemment la porte vient de se refermer derrière vous, sans un bruit dans le bombardement obscène qui ajoute sa touffeur à l'obscurité générale. Quand tout est déjà plus qu'huileux et que dans tous les coins et replis l'on pistonne, pompe, fouette, souille, enfonce, brutalise, pire qu'au sous-sol du BHV. Entre pièces de viande consentantes.
Vous me demandez la différence avec Distorted DJ ? Finie l'ambiance Kassav', la visite du complexe se poursuit et l'on n'est plus à l'étage pumping house mais à celui d'encore en-dessous, celui où Philippe n'emmène Éliane qu'empaquetée et équipée de son bâillon-boule, celui où la moitié de la population porte masque à gaz, rien à voir avec le dress-code et tout à voir avec les gaz d'obéissance diffusés dans l'air ambiant comme une encre - l'autre moitié se tortillant sur le carreau, un certain nombre hors d'état de servir.

Lowness : Undertow


Kraut ... ben voyons ; et pourquoi pas Carpenter, pendant qu'on y est ? Tu quoque, mon frère ? Putain d'air du temps ... Lowness c'est tout simplement de l'ambient-techno couleur indus avec quelques beats ethno-hop qui lui donnent des airs de new-age pour cyberpeople ombrageux - du reload ambient, en langage pressé. En vrai on s'en fout, surtout.
Lowness c'est surtout le projet que, pour continuer dans le sabir journalistique, les aficionados attendaient depuis bien des années sans plus oser y croire, qui a été mis en suspens le temps que le monsieur se remette à la musique, et au hard rock, et émerge des brumes cannabinoles et de sa claque Electric Wizard ; qui s'est il y a des lustres appelé Devolve, du temps qu'il devait prolonger le hip-hop stranguleur de Dead Is Dead ...
Le retour de Scott fucking Sturgis, tout juste.
Et l'on retrouve en effet celui qu'on avait quitté, dernier humain terrifié au milieu de la forêt jurassique de lendemain d'hiver nucléaire, d'Exit Ritual - on le retrouve parfaitement réadapté, fondu dans son nouvel environnement, revenu à l'état sauvage dans cette jungle à l'atmosphère épaisse de vapeurs de pétrole vierge et de floraisons vouivrescentes, dans la pénombre suintante et chuintante, revenu à la souplesse vigilante et furtive de nomade de la chaîne alimentaire, revenu des tourments de Converter, revenu à la simplicité naturelle de l'existence. L'écologie, dans l'air du temps ça aussi ; pas grave : ne vit-on pas d'air ? C'est chic de donner des nouvelles, Scott. Fais gaffe à toi, vieux.

lundi 19 avril 2010

Type O Negative : World Coming Down


Je vous l'ai déjà faite, ma théorie sur le goth, et comment les seuls métalleux qui l'ont - parfois - ne sont certainement pas les tenants d'une étiquette goth-metal aussi ordinairement usurpée que celle de post-hardcore, mais les doomeux ? Nous l'ont prouvé : The Wizar'd, Katatonia, Paradise Lost, Anathema, Reverend Bizarre, The Wounded Kings, The Gault ... Vous en voulez encore ? Ça tombe bien, pour une fois la question n'est pas rhétorique : blam, World Coming Down dans la bouche. Dès le début, badaboum, "White Slavery" : si t'as déjà entendu plus doom, plus misérablement abattu et fier de l'être, tu m'appelles (je te donne pas mon numéro, hein ...), et ça déjà c'est un peu comme qui dirait l'essence de la doomessence, vise un peu cette morgue à friper d'humiliation Sami Hyninen comme une pauvre couille, accouplée à cette lassitude extrême extrêmement affectée à faire passer feu Rozz Williams pour Jamey Jasta. Traînage de patins par pur existentialisme dandyfique, voilà où le goth met sa déculottée au fatalisme petit joueur du doomeux, sauf si le doomeux est goth, auquel cas il peut par-dessus le marché étirer le machin au point où l'absurdité elle-même se sent toute conne, cqfd ... Hmmmmm ...

Hein ? Le reste du disque ? Le reste du disque se mérite, imbéciles, quant à moi j'ai dû y revenir et y rerevenir mainte pénible fois pour sentir en fin à quel point il était à la hauteur de ce définitif introït - tellement ce reste est outre l'outrageusement goth, et qui plus est in drags dans les habituelles fanfreluches Beatles avec lesquelles le récent défunt ne pouvait s'empêcher de faire le pitre - donc vous aurez pareillement l'obligeance de vous sortir un ou deux doigts du trou de balle (quand vous sentez que la volonté faiblit, repassez ici tomber un œil sur la pochette, et appelez-moi aussi si vous vous sentez pas pousser un deuxième nœud, quelque part ...).

Sacrée année, bougre de bougre ...


Bientôt ...

Type O Negative : Dead Again


Dead Again c'est le même Stanley Kowalski que sur Slow Deep and Hard, de retour, sauf qu'à l'époque il était en pleine crise d'alcool mauvais, et qu'aujourd'hui il a fait une croix (planté, plus exactement et probablement) sur Stella et la Stella, est en pleine montée de sève, a changé son fameux tricot de corps blanc pour le non moins fameux marcel blanc repassé du kéké coreux dodu à petit chapeau qui fait roucouler sa viande dans le pit - parfois appelé Life of Agony - et que pété au prozac-prosit et aux Beatles il nous inflige tout son récital : Tool, Alice in Chains, les Misfits, Bathory, le Sab', Mike Muir, Danzig ... Le pire c'est qu'on en redemande, parce qu'on est pété aussi et qu'on l'aime, parce que c'est aussi Wonderland qu'un album de King's X.
On aura noté qu'évidemment que c'est un album de Type O, donc évidemment c'est trop long - gros, riche - et l'estomac peut crier merci sur la fin de cette sérénade-peplum qui pue qui pète. Georges Foreman Gothic, sort of.

dimanche 18 avril 2010

Rendre à César ...

... est une chose qu'on doit savoir faire lors qu'on a un tant soit peu d'éducation.


King Crimson - In the court of the Crimson King

Comme tant d'autres avant moi j'imagine, cette pochette m'a hanté. Depuis que je l'ai aperçue, tout petit, dans les pages du back-catalogue-pas-cher du Club Dial de ma reu-mè. Je ne me suis jamais demandé ce que regardait le mec, mais tout simplement quelle musique on peut bien jouer derrière une image pareille, surtout pour un disque vendu comme un vieux classique inoffensif entre les plus belles chansons de Cock Robin et le premier Zucchero. J'imaginais un truc genre Cesaria Evora, pour je ne sais quelle raison (la tronche peut-être). Mais le titre ne collait pas. Aujourd'hui, je me délecte de ce progressif doomy avant l'heure, alourdi par ses hectolitres de moog fraîchement vendangé, en vinyle comme en CD (au son énorme, au passage). Doomy, oui, et pas seulement pour les récentes incartades rétro-champêtres comme Astra ... Pourquoi croyez-vous que Reverend Bizarre à appelé son premier album In the rectory of the Bizarre Reverend ? Et écrit une chanson sur la Goddess of Doom herself, celle à qui ce vieux rital misanthrope de Vincent Gallo fit incarner la Moonchild dont on vous parle ici, plage 4 (Moonchild qui est aussi un roman de… Crowley. Tout se recoupe). In the court a toujours été cette porte d'entrée vers un monde de rêves, verdoyant et imbibé de rosée pour leur jeune padawan en quête de fièvre progressive ... Mais aussi de cauchemars. Toute la face A est prophétique, et dépeint en quelque sorte l'évolution d'un individu lambda circa 2010 ... Le pauvre à des visions de napalm pleuvant sur les innocents, avant de laisser là toutes ses encombrantes possessions ... On le voit tenant la dragée haute à son patron, qui le vire probablement, ce qui s'appelle effectivement parler dans le vent ; avant de s'envoyer ad patres car il craint que le lendemain ne lui apportera que larmes... Je ne fais que paraphraser, mais que voulez vous, tout comme son illustre précurseur, SF Sorrow des Pretty Things, la toile de fond poétique d'In the court n'a que trop peu été disséqué par les exégètes ... L'histoire, en vérité, se termine ainsi, et le reste n'est que divagations post-mortem, si vous voulez mon avis. Comme un Syd Barrett privé de sa pseudo-mort chimique, notre citoyen s'en va rejoindre les contes de fées qu'il avait quittés trop tôt, peuplés de personnages grotesques et médiévaux, et c'est sur cette note tout à fait détachée de notre sujet de départ que s'achève, en grande pompe (funèbre) cet album. Comme pour bien enfoncer le clou. "a distorted reality is now a necessity to be free", laissait Elliott Smith en épitaphe, justement. Il n'avait rien dit de plus qu'ici, juste enlevé les gants de velours rouge cramoisi.


Innamorato

Gerda, Mr Brenson, 17/04/10, Up & Down, Montpellier


L'Up & Down : est un charmant rade encylopédobièreux qui sert pour 2 euros un succulent pif (à vue de nez de bouseux je dirais du saumur), et où pour rien du tout on accède à une bien agréable crypte où tout le monde fait partie du groupe qui joue.

Mr Brenson : est une personne fort sympathique, avec un quelque chose de Keelhaul, sans doute la façon de marier swing et ka-poum!core, mais c'est peut-être parce que nous sommes dans la ville de Keelhaul (sommes-nous pas ?), et là on va croire que ça ressemble à Keelhaul alors que pas, que c'est grâces à dieu typiquement français qu'ils jouent, dans cet art de rendre totalement funky la raideur noise la plus extrême, ou rigoureusement raide la funkitude noise la plus extrême, je me rappelle jamais, et de tricoter du autobahn-trépane-prog (on dit math ? oh merde !) à repeindre le crépi couleur cheveu, façon Niddhog mais ça personne verra jamais donc disons façon Binaire si tu veux, sort of - plus le respect obligatoire pour les parties vocales qui renvoient John Tardy à son doctorat sur Bossuet. A bientôt j'espère.

Gérard : j'étais venu pour toi, mon bonhomme - ah tu t'appelles Gerda ? Je m'en fous, tu vois, tu m'as gonflé, ragazzono, avec ton jacky-chaotic, ton habsyll-core, ton Puciato provincial et son mal à la vie teigneux ... Bref, le redoutable effet "Stuntman après Morse". Filons.

Les Méchantes Bêtes : sont fort accueillantes, dans leur bar associatif aux allures de boudoir keupon, qui vire familia-fiesta à l'heure où le reste du circuit ferme. Adresse précieuse.

Type O Negative : Slow, Deep and Hard


Alors évidemment, je vous refais pas une énième fois le topo punk = goth et hardcore = punk, donc voilà la chronique :

Le gothxc existe ; c'est beau, la vie.

samedi 17 avril 2010

Darkthrone : Circle the Wagons


Ma mère a une copine, depuis que je suis tout minot elle me serine en confidence combien elle aurait adoré être un gars pour avoir cette distinction non pareille : pouvoir écrire son nom en pissant dans la neige. Gylve et Ted, eux, continuent à écrire Darkthrone en pissant dans la face du black, des jeunesses métalleuses et de l'Union pour un Metal Populaire ; et leur vilain ricanement pécore est un cri de guerre éternellement vert.
Parler du disque ? Mais grands dieux, pour quoi faire ? C'est le dernier Darkthrone, bonhomme, ça se débat pas : ça s'achète. La pochette cartonnée est un fantastique artefact runique à chien, et le livret un délicieux documentaire.
Ugh.

vendredi 16 avril 2010

These New Puritans : Hidden


A ce qui se dit, le démiurge durant la conception de ce disque écoutait exclusivement du classique et du hip-hop, j'ignorais qu'on classifiait Liars dans le classique et Das Ich dans le hip-hop, mais passons.
Je ne sais pas si ça se fait toujours, mais de mon temps un passage incompressible de la formation du jeune s'intitulait Pink Floyd, The Wall. Aujourd'hui je peux bien vous le confier : si la chose était sympathiquement romantique, y manquait indiscutablement une saine dose de contrechamp pour qu'on ne reste pas sur sa faim, et surtout son avide curiosité malsaine. Le voici, le contrechamp, avec ce disque qui rétablit l'équilibre en restant braqué sur l'envers, les coulisses de The Wall, le répons de son héros : ce gentil petit Naziland où l'on danse comme des robots terrorisés, ultra-roide, -rigoureux, -moralisé, -punitif, ultra-précis, -segmenté, -régimenté, ses coups de règle et ses coups de jus, ses pince-fesses et communions pathétiques de raideur, ses orgies grises en uniformes, sa schizophrénie ordinaire larvée, son conditionnement clinique, sa discipline en lieu et place de tout rapport au prochain. Youpi.
Sexy ? Assurément ; au moins autant que le pow-wow annuel de la fourmillière.

jeudi 15 avril 2010

King's X : Out of the Silent Planet


Devant les yeux incrédules de la Cité que la mégalomanie a bâtie et que le crime organisé a prise (penser : Robocop, Terminator, Turbo), pour la première fois de mémoire de brebis terrifiée, le jour se lève. En fait non, ce n'est pas le soleil, mais un champion plus invincible encore, qui fend la ténèbre tel un sourire immense et gourmand : c'est le pasteur en caramel, et son fier chopper qui laisse après lui, dans sa roue et ses échappements d'or vivant, des rivières de miel ; et tous de s'ébattre comme des princes renés dans les suaves piscines blondes et cuivrées de ces nouveaux Champs Élyséens, au son du hard rock du Seigneur.

mercredi 14 avril 2010

Rudimentary Peni : Pope Adrian 37th Psychristiatric


L'album réputé inspiré par Lovecraft ? Ah. La partie de l'histoire qu'Howard Phillips ne raconte jamais, dans ce cas. Celle où le bonhomme est en maison de repos et se met à bâfrer des parpaings et à essayer d'ouvrir les portes avec le crâne aux endroits où y a pas de portes, pour faire taire enfin ces putains de riffs idiots et leur innommable allégresse - et aussi le crapaud qui coasse Habemus Papam sans jamais s'arrêter, s'il y a un Dieu.
Vous vous étiez toujours demandé à quoi pouvait ressembler la fameuse acid music d'Azathoth, j'ai pas raison ? La curiosité est un très vilain défaut, n'est-ce pas l'unique morale de tous les écrits d'H.P. ?

Prenons de l'altitude

Certains ont la Falco. Nous, on a la Comtesse.


Richard Einhorn : voices of light

Seul un vrai mélomane aurait pu découvrir Voices of Light autrement qu'en ayant vu le film de Carl Theodor Dreyer : La Passion de Jeanne d'Arc, la version restaurée dans les années 80 du film muet de 1927. Ouvrez bien grand vos oreilles car ce film a tout de la légende : Carl voulait un film parlant mais le studio danois n'était pas équipé. Quand bien même, le film est tourné sans son. Ironie du sort, la censure ampute le film qui subit ensuite les sévices d'un incendie. Carl réussit à le reconstituer... pour être mieux perdu dans un autre incendie ! Un double non censuré du film est retrouvé 50 ans plus tard dans un hôpital psychiatrique norvégien. On décide alors de lui coller Voices of Light par dessus : c'est l'apothéose ! L'œuvre de Richard Einhorn irradie, glorifie, transfigure la pellicule désormais pleine de grâce. Croyez-le ou non, lorsque la biographie d'une œuvre ressemble à s'y méprendre à celle de son personnage principal, c'est que son créateur a touché au sacré, et que soit il a été puni par une malédiction pour avoir marché sur les plates bandes divines, soit il a été récompensé par un miracle pour être parvenu à réaliser tel prodige. Le chef d'œuvre de Richard Einhorn est une relique musicale à manier avec précaution car aucun de vous n'est digne de le recevoir. Toutefois, la quête en vaudra la chandelle : touchez seulement sa couverture et vous serez sanctifié, écoutez un seul de ses titres et vous serez guéri. Pour des siècles et des siècles.


Madonna ai Laghi

Tool : 10,000 Days


(Puisque l'indélicatesse insiste, après tout, autant finir les choses.)

Est-ce que ceci ne serait pas des fois plus dégueulasse encore qu'Opeth deuxième ère ?

(Les LDB, merci de ne pas répondre, ceci s'appelle une question rhétorique. En fait, tout commentaire parlant de Tool sera supprimé. Ainsi que toute chronique de Tool supplémentaire.)

Tool : Lateralus

Ah mais le voilà, le premier skeud de Tooly ! J'aimais assez ce disque à sa sortie. Je l'ai même beaucoup écouté, non sans déplaisir. "The Grudge" surtout, et l'interlude (z'ont toujours été doués pour ça) avec la pieuvre géante de Half-life. L'impression d'avoir un Aenima en version customisée, la pochette-gadget aussi hideuse que surfaite qui rappelait mes cours de biologie d'alors ... A la réécoute quelques années plus tard, c'est sacrément relou - exactement comme le prof de biologie en fait, qui croyait nous épater en amenant des cœurs de porc à disséquer, avec un regard tout fier. Ok, c'est mignon, l'intention est louable, tu veux enseigner et tu es pressé de nous transmettre ton savoir monolithique, mais là tu t'fais du mal pour rien mon gars, caaaalme-toi ... Tooly cherche grave l'épate, ici, lui aussi ; Et il veut enseigner, aussi ; le progressif à Fred Durst, ou quelque chose comme ça - enfin là je fais écho à la promo de sortie et toutes les citations fanatiques de la scène nu-metal dont une du fameux Fred, étalées en 16/9e sur des stickers dans la presse spécialisée à la sortie, qui annonçaient l'arrivée du Messie - quand Avatar est sorti y a quelques mois c'était fort discret en comparaison ... Le résultat était bien chou tout compte fait. Sacré Tooly. Ah, ce qu'il faut pas faire quand on s'est enfilé "No Quarter" 100 fois d'affilée ; certains embrayent sur une 101ème fois, d'autres vous pondent un album ... Ce gentil Tooly, ce brave Tooly, avec son beau et son gros matos de professionnel. Tooly envoie du bois. Tooly poutre sa race technique. Tooly nous les brise, surtout, même si quelques effets de flambeur font mouche dans le tas ... ça mouline, ça piétine, ça gesticule, ça punche dru, ça prend la pose cannoise entre deux smashs de badminton classieux, ah toute cette énergie gaspillée qui pourrait servir à bêcher un champ de patates ou à empiler des moellons, vraiment ... je sais que j'enfonce des portes plus ouvertes que l'anus de Vincent McDoom, mais ne serait-ce que les belles guitares californiennes de bodyboarder Red Hot Chichi Pisseuses, les riffs m'as-tu-vu aussi stériles que ma mère (à la base je cherchais une métaphore chiadée mais là ça fait bien sec et négligent, tout à fait ce qu'il faut) ... tout ce feeling imberbe, quelle barbe ! C'est pourtant la même recette que c'ui d'avant, à peu de choses près. Les mêmes intros aguicheuses de bar à chicha, la même sauce technique qu'on croit complexe quand elle fait un break tout ce qu'il y a de plus commun, les même vocalises galantes, le même percussionisme à col mao ... mais en gagnant ces beaux biceps dodus et lisses, et cette chemise Ralph Lauren au rose bien trop poli pour être honnête, nos scientologistes chéris ont perdu gros de ce charme de beaufs-intellos mystérieux de l'alternatif, cet occulte d'escroc à faire bander les néo-métalleux si caractéristique, qui faisait tout le sel des trois aînés. La version Ben Affleck de Aenima, en quelque sorte.


Annonce publique à caractère policier : les éventuels fans de Tool motivés pour un débat Toolo-Toolien sont priés d'échanger leurs adresses électroniques discrètement ; ce billet étant déjà un intrus ici, s'il vire à l'invasion de bouseux, il connaîtra une disparition brutale et sans phrases. Merci.

Le manager.

mardi 13 avril 2010

White Darkness : Nothing

Nom de groupe gentil, nom d'album transparent, pochette lisse, style musical lénifiant. On dirait Xavier Bertrand - sans même le danger, puisque c'est Jason Köhnen. Durant une paire d'années tous les tant de mois, tu ressors un soir le petit machin de son petit coin et tu l'écoutes, à un volume transparent, lisse et lénifiant, pour t'endormir gentillement, son petit rôle acquis depuis la première fois, d'où il semble parti pour ne jamais déloger ni s'exalter.
Puis un jour, en tête de lard que tu es, tu le passes à un volume tangible, opaque, offensif, au casque. Et tu comprends. Pourquoi tu y reviens avec cette imperturbable régularité de petit vieux en quête de son laudanum. Que le produit est un paralytique violent. Cette musique n'est même pas lente : elle dissout toute vitesse, la nullifie, en noie tout souvenir. Elle exerce un pouvoir total et sans façons, de liquéfaction, et c'est comme dans la soie qu'on glisse dans le calme puits d'horreur, vers le centre de la terre, ses sargasses et ses fosses de vide.
Profitez donc de l'efficacité de mouvement dont vous disposez encore pour aménager sa place sur vos étagères, il n'y en a pas trente-douze, entre les deux seuls disques qui ressemblent à ça : Dolores (Bohren & der Club of Gore) et Purgate my Stain (In Slaughter Natives).

Pyrexia : Cruelty beyond submission


Pyrexia, aie aie aie, groupe phare de la scène New York Death Metal. Un nom respecté dans le milieu brutal death et qui a su percer chez son parent proche, le slam death (lequel n'a absolument rien à voir avec un crossover impliquant Abd El Malik ou l'autre tanche de grand corps dont on a rien à foutre). Non, là on parle de l'endroit où l'over-tabassage côtoie l'efficacité du hard core, enfin ça c'est dans la théorie parce que neuf fois sur dix, c'est quand même d'un chiant hors du commun. En dehors bien sûr de quelques ténors du genre, rares sont les groupes où il faut pas prendre une aspirine après. Bon sinon celui-ci, c'est plus ou moins une compil, avec des extraits des trois albums et des inédits dont le Ode to Brinn qui tue tout. Et si je vous parle d'une compil c'est parce que les disques sont carrément chaudasses à pécho, donc amis sportifs, à vos distros. Par contre ne vous leurrez pas, l'immondice extatique de la pochette ne cache absolument pas un disque d'une finesse à redécouvrir. C'est primaire, idiot, violent. Yummie, quoi.
Meilleur moment pour écouter le disque : pendant le développé couché.

King's X : Please Come Home ... Mr Bulbous


"Who killed Sgt. Pepper ?", demandait tout dernièrement un jeune sot. Mais enfin personne, jeune sot ; il s'est simplement mis à fond dans le body-building - et dans une dépression, parallèlement. Il passe tout le temps qu'il n'est pas à la salle à souffler en fronçant fort les sourcils ou dans le vestiaire à se piquer, seul et prostré devant la toile cirée, dans sa cuisine étriquée.

Aarni : Tohcoth


"Cours, Forrest of Equilibrium, cours !", qu'ils lui ont tous crié ... Mais non, triple buse, surtout pas ! Bazardes tes bottes de sept lieues stoner, calme la dangereuse chamade de ton petit coeur, mets le nez en l'air, et prends un peu le temps de baguenauder dans ce petit bois, tu verras comme il y fait bon vivre et se perdre après tout. Tu te feras vite aux mousses-lumignons qui vont te pousser dessus chemin faisant, tu verras, c'est le signe que la forêt t'a accepté en elle.

lundi 12 avril 2010

Plastic Crimewave Sound : No Wonderland

A tous les déçus - la réponse est oui : j'en suis - du Flower Travellin' Band, de Naam et de White Hills, qui trouvent tout ça bien gentil, bien sage, bien éveillé, bien clean, bien dégagé derrière les oreilles, tous ceux qui ont du mal à percher avec juste l'odeur de l'encens, et qui ont trouvé l'ep de Cheerleader 69 un peu trop wizz, sans compter qu'il est insupportablement court : venez faire un tour à No Wonderland - la réponse est oui : ça ressemble à l'album de Der Blutharsch ; simplement avec moins de neurones, moins d'uniformes, moins de romantisme, moins de théâtre, moins de tout. Panique, échevelé, acide, hystérique dans sa répétition nauséeuse, férocement primate dans son psychédélisme qui rejoint plutôt les rangs de pilleurs houspilleurs d'après la bombe et Streetcleaner, où l'on trouve déjà des hordes aussi sauvages que Concupiscence et les Comètes en Feu.

Envoyé Spécial



Les mecs, vous faites comme vous voulez, courte paille, peu importe, mais quelqu'un y va, je veux le report sur mon bureau le 23. Rompez.
(Bon dieu que cette affiche est laide, on croirait aller voir du math-folktronica.)

Richard Stanley : Dust Devil

Je te parle de VHS miteuse chipée au vidéo club le plus glauque de la ville. Je te parle d'ambiance Razorback, c-à-d panoramas touristiques menaçants, sable chaud, routes à perte de vue, villages fantômes, crépuscule caniculaire & bande-son 100% 80's à synthétiseurs baveux. Je te parle de giallo en plein cagnard. De western dont le spaghetti vire crotale en deux-deux. De Nightmare on Desert Street. De Cat People in Africa. De poses psychotiques nanardesques aussi grotesques que glaçantes et de scènes d'action poussives et laborieuses comme dans un mauvais rêve gluant dont on chercherait en vain à se dépêtrer. Je te parle du premier Dead Can Dance, d'onirisme Nephilim, de mysticisme new wave world largué sur l'asphalte brûlant du Hitcher, de contrées inhospitalières, de visions fantastiques carnivores... Je te parle de gothique astral, l'étranger.
Je ne te dis rien d'autre, et m'éclipse tel le farfadet malicieux dans sa futaie, car tu en sais déjà beaucoup trop...

dimanche 11 avril 2010

King's X : gretchen goes to nebraska


Soyons sérieux une seconde, je vous prie. Que voulez-vous que le pékin s'emmerde à gratter dans la terre pour trouver, à part les pommes de terre, les rares moments d'heureuse inspiration de laborieux comme Bootsy Collins ou Outkast, quand il suffit de tomber sur cet album pour goûter aux plus fins bouquets du hard rock, du funk, et avant tout de la pop, en ce qu'elle doit c'est écrit dans les astres avoir de psychédélique, de matrice d'univers, au pluriel tellement elle est corne d'abondance, et source et apothéose de tout, et tout et tout ? Pourquoi on se ferait chier la bite à vous persuader, et à vous convaincre, car il vous faut des deux tas de ventres, à accumuler pour vous adjectifs, adverbes, visions et pâtes de fruits chantantes de sirops irisés, quand il suffit à n'importe quel clampin équipé d'un kit standard de bonne volonté pour aller risquer un orteil dans cet album, et sans y pouvoir mais glisser dans l'océan de la seule réalité qui vaille ?

Graham Parker : The Real Macaw

J'ai eu tout fraîchement l'improbable surprise d'apprendre que ce type, là, disposait d'un sévère morceau de fan-base, genre crypto-secte hard-boiled sélectoïde, que Dylan (pour ce que j'en ai à cirer) plaçait l'un de ses morceaux dans son dernier carré du summum du panthéon du rock ... Je me frotte les yeux, j'en prends ma moitié à témoin, elle est pétée à la morphine donc elle se sent difficilement concernée, mais ... mais ce mec, ce disque en particulier dont vous voyez la narquoise binette ci-à côté, c'est mon plus vieux pote répertorié dans ma mémoire mitée ! Trente ans ou peu s'en faut d'une relation au beau fixe, ma fidélité au Vrai Ara elle a survécu à ma période Das Ich, et à la nouvelle récente qu'Eric Naulleau était fan aussi (pas de Das Ich), elle se confirme à nouveau en cette soirée où ce disque me file une banane comme il ne devrait pas en être permis ... Aussi je me permets enfin cette fougueuse accolade publique, après tout c'est moi le patron ou bien ? Je serai ravi si au passage je suscite comme tout role-model qui se respecte de courageux outtings - voire des vocations : si d'aventure une âme solitaire se sent de taille à se payer un pur moment de rock même pas abrasif, même pas vicelard, juste un moment de rock à papa, à cocktails et à panama, ça n'y ressemble pas tant que ça mais ça vous situera : un rock à la Dire Straits en juste incomparablement plus canaille, un rock de player qui a dégainé son plus beau t-shirt New Man pour mettre sous la veste Don Johnson achetée au fripier, qui aime raconter des contes aux souris mais sait pas le faire autrement qu'avec des mots de polar de province, ni brosser une morale qui fasse rêver à l'espoir, un album pour mettre du panache comme baume au cœur en perdant tout son smic en une nuit au billard, un rock qui a une putain de classe de prolo et qui renvoie Greg Dulli à ses chichis précieux de thésard en donjuanisme ...
Passe-moi un coup de fil, on ira prendre un verre ; je connais un coin bath, tu peux mater le coucher du soleil avec les palmiers, mon pote, c'est royal. Toutes mes meilleures nuits commencent par là-bas. A la revoyure.

Tool : undertow


J'en profite puisque - c'est pas moi qui ai commencé - on a introduit ici le groupe honteux : moi c'est celui-là, mon mien mon préféré - pourquoi je l'ai revendu, déjà ? Ah oui, j'ai dû passer goth entretemps, et m'imaginer comme un gros cave que je n'aimais plus que "Sober". Ce qui m'a permis une décennie plus tard de redécouvrir émerveillé ce groupe, bien changé depuis le temps que Hard Force le casait avec trois autres dans ses pages "espoirs, pour les plus téméraires oufmalades d'entre vous", au début qu'on lit vite du magazine, avec Monster Magnet et le pincement du nez qu'on commençait presque déjà de prendre pour parler de ce qui en ce temps s'appelait metal alternatif, bref, de découvrir avec joie et bandaison Aenima, et toute sa joliesse en sombritude, son intelligence, et sa complexité - vous pensez si, à la sortie d'Undertow, on se crevait la paillasse à fouiller le fameux concept maudit tiré par le gratteux de je ne sais quel auteur suicidé dans le caniveau ou un truc du style : c'était sulfureux et underground, à l'époque ça voulait dire quelque chose et ça suffisait ... Bref encore : fuck that.
Le meilleur, c'est Undertow et c'est marre. Le plus puant, pour vous gâcher le suspense de cette phrase qui je le sens d'avance sera pourrie, avec son groove qui sent les nineties comme d'aucuns sentent des aisselles rien que d'avoir pressé le pas pour frauder le métro, avec sa patate de dépressif cannabinomane, avec son Rollins musqué, avec son air pesant de phéromones, avec son vaudou dégénéré par le soleil même à la cave, ses riffs du swamp, sa pochette tripoteuse ... Oh et puis pourquoi tourner autour du pot et jouer les saintes nitouches : Undertow pue le sexe. Et le sexe moche. Essayez donc un peu de dire ça de n'importe quel autre album de Tool, pour voir.

Rudimentary Peni : Death Church


Ah il peut se gausser le Moignon, avec ses macaronis, va ... Jusqu'à lors, on ne trouve ici qu'une seule pauvre chronique de Rudy Peni, elle n'est pas de la blanche main qu'il n'a point, et elle n'est pas celle de Death Church, alors que je lui dois la découverte du groupe tout comme de Crass, par le biais d'une conversation que j'ai dû espionner (là vous allez voir qu'il va crier ses grands dieux qu'il pouvait pas savoir, et allez donc, comme si qu'il ne savait pas pour moi et les Virgin Prunes, bah tiens, à d'autres ...) et qu'il a réussi scandaleusement avant moi à foutre la pogne qu'il n'a point sur ce disque des plus convoités parmi les convoités - pourquoi, me demandez-vous, l'œil humide comme si j'étais votre papa Raven ?
Un : parce qu'il est de Rudy Peni donc il claque ; deux : il a un nom qui claque ; trois : il a une pochette qui CLAQUE. Somptueusement grouillante et illisible, si vous avez une platine vinyl vous êtes obligés de cracher au bassinet, on ne discute même pas en rêve (clique, andouille, clique). Et que, au cas où vraiment vous ne sortez pas assez, mon pauvre chou, apprenez que c'est le même infâme qui fait la musique et les pochettes.
Et dedans ? A l'avenant. Un sabbat acide, à la Virgin Prunes pourquoi pas voire sans aucun doute, mais aussi à la PIL, pour cette retenue débile, faite de molle morgue, de lointain opioïde, qui rend plus fourmillante encore la grattouille de ces comptines malevolentes tortillées sur un son de basse tout bonnement prodigieux, mon salaud, chaud bourdonnement d'une belle petite infection florissant dans quelqu'ombreux recoin, dont les toiles de guitare sont les bavures lymphatiques, coulant de ces grimaces gravées à l'eau-forte en riffs maniaques qui finissent par figer en un genre de Wesley Willis non-mort ... Ça y est-y ? On commence à avoir son tableau ? Ajoutez-y encore Darkthrone, et, tiens, Darvulia parce qu'y a pas de raison, fourrez quelque part le mot "ingrat" : on y est ?
Eh bien dites-vous que vous avez queue d'al, vu que Rudy ne ressemble à rien autre qu'à sa propre rance moûture de rudimentaire rock cadavérique à la dépression méchante, et que ce disque vous ne serez jamais une personne de qualité ni même ne serait-ce qu'une chauve-souris sortable aussi longtemps que vous ne le possèderez pas, là !

Mel Gibson : Apocalypto

Evangile selon Saint Raven, Chapitre 16, Verset 9 : "... et le Christ leur tint ces paroles, après une généreuse rasade de pinard : "il n'est de Subtilité que dans l'esprit des Faibles, mes frères - le Fort lui, connait la vérité de toute chose, et celle-ci se nomme Simplicité, et souvent trouve refuge dans le doux écrin de ce que les ignorants nomment Vulgaire." et, comme pour donner un sens à ses mots par le geste sacré, Il éructa à gorge déployée, et se resservit quelques tranches de saucisson brioché..."

Jésus avait raison, comme toujours ! Plus encore que cette mémorable fois où il déclama "ceci est mon sang" en désignant le reste de Vieux Papes versé dans le gobelet par ce gros relou de Judas ... C'est pas un con, Jésus ... pis le Gibson il le connaît bien, le Jésus, il a fait un super film sur sa fin de carrière dans le show biz hiérosolymite, je l'ai vu, vous irez lui dire de ma part que c'est un chef d'œuvre.
Mais y a pas que Jésus dans la vie, y a aussi les sauvages de la forêt amazonienne, eheheh. Mel n'a jamais eu peur de rien ni personne. Alors quand Mel, qui a entre temps obtenu son DEUG new age à l'académie Nicolas Hulot et achevé sa maîtrise en langues mortes, se lance dans sa version perso de Rambo & Predator après avoir tapé Tintin et le Temple du Soleil à ses chiards, sans peur aucune du grotesque (car sûr de son pouvoir évocateur dans le domaine de l'épique et du belliqueux), et avec un casting 100% inconnu du bataillon, il est toujours dans le vrai, l'excessif, mais le vrai, contre toutes les attentes que pourraient avoir ses détracteurs, qui furent un temps encore proche plus nombreux que ceux de Le Pen et Dieudonné réunis. On se prend au jeu de cette aventure de sauvage intrépide, en 2 actes : 1. l'escalade de la montagne (pépère), et 2. la descente de la montagne (en sprint), le premier étant une sorte de périple hagard et mystérieux à travers bois et rivières, le second (mon favori) le survival pur jus in da jungle ; le climax se situant au milieu, quand le peuple captif des méchants peinturlurés - encore plus méchants et laids que les anglais dans Braveheart mais pas autant que les Romains dans la Passion - font leurs sacrifices à l'Éclipse, et balancent du haut de leur temple des espèces de ballotins indistincts qui dévalent les escaliers à toute allure, avant qu'on se rende compte éberlué que ce sont des têtes fraîchement coupées ! La vision qui nous saisit à cet instant devant ce monument de hideur animale, est exprimable par l'onomatopée *WOOOAAAAH* - et le reste du film en est tout plein, d'onomatopées, surtout la deuxième moitié, des cris d'amusement, d'horreur, de surprise, des messages de soutien au héros yannicknoah-esque (voire manu katché-esque) pourtant si antipathique de prime abord, des *OUAIS VAS-Y GARS, TRACE !* de suspense insoutenable, des *ATTENTION Y EN A UN DANS LES BUISSONS DERRIERE TOI !* citoyens et solidaires, des *AHAHAHAH BIEN FAIT POUR TA GUEULE GROS SALAUD* de soulagement euphorique quand un des méchants crève dans la honte, bref le genre de révélations somme toute très simples et saines que tout homme normalement constitué doit ressentir, et que les dandys défenseurs farouches du bon goût et du raffiné pourront peut être avoir en essayant de s'introduire leur sceptre anti-paltoquet dans l'anus.

Brian de Palma : Casualties Of War

Apocalypse Now le confortable trip de drogué en panoramique ? Deer Hunter la fête de mariage avec décharge de pathos en bonus track ? Full Metal Jacket la glace vanille-pistache de ce gros chirurgien flemmard qu'a le nom carré comme ses plans ? Platoon... toutoune ? On peut trouver mieux qu'ça en stock soldat, suffit de fouiner là où on penserait pas au premier abord, dans les caisses secrètes de notre belle division, abandonnées par les hélicos après c'te putain de guerre au 'Nam... Brian, ce faiseur de plans techniques + fluides que la crème Elle&Vire et autres suspenses fragmentés hyper-cossus, en a à son actif, du lourd, du chargé, du lacrymal, et certaines de nos recrues l'ignorent encore, mais c'est un peu normal, il a pas toujours été sous-estimé à raison... Tonton Brian, qui nous avait habitué à montrer des courbes sensuelles de gazelles à tout-va dans des histoires de meurtre et de manipulations hitchkockiennes karacho, nous semble avoir chopé la maladie du pays comme l'aïeul Francis Ford, ce qui l'a mené direct à l'hyperthermie et à la dépression nerveuse, la grosse, la sale, la moche, celle qui transforme les bons sentiments en cambouis ; du coup il a perdu tout son humour le pauvre, et sa manie de faire le malin à coups de split-screen et autres plans-séquences veloutés... mais louanges à toi seigneur, il a gardé sa fascination pour les grains de peau malsains, issue de Scarfesse, et son regard de rapace clinique, bref sa patte de crevard unique encore vivace en c'temps là, vous avez vu la soupe qu'il fait maintenant ?), ce qui fait qu'on ne peut pas se tromper sur l'origine. Broyer du noir, ça a du bon mes troufions, quand on s'appelle de Palma (et quand on fait partie du Ku Klux Klan aussi moueuheuheuh ! Rigolez. Merci). Il en résulte l'ambiance de ce film : une putain d'ambiance de cauchemar moite, aussi prenante et enivrante que du bon gothique, dans laquelle on s'abandonne complètement; par ailleurs elle retranscrit si fidèlement la sensation d'anxiété et de suées multiples (chaleur, trouille) qu'elle nous fait ranger ça dans la catégorie des films à voir en marcel (l'autre étant celle des films à voir sans marcel bien sûr).

Puissant et Fiévreux, tel est le 'nam-movie de Brian. Une jungle plus charnue et étouffante que dans Platoon, des acteurs qui transpirent mieux que dans Platoon, Sean Penn au taquet dans le rôle qui lui va le mieux au teint (c'est à dire un sale roquet qu'on a envie de voir mourir dans la douleur la plus aigüe) même si pour le coup il ne fera pas oublier un certain Berenger (en même temps personne peut) dans la catégorie méchant fou du Nam', mais Brando easily (pas de provoc', il suffit pas de se faire la boule à zéro et de faire les yeux de psycho pour amasser tous les suffrages), et notre regretté Marty, bien plus convaincant qu'on pourrait le croire, même si j'aurais voulu employer un adjectif qui sonne mieux, enfin juste pour dire que McFly a pas joué que Michael J. Fox, ou l'inverse, faut pas l'oublier, hein, merci pour lui... Et le film dans tout ça ? Pas grand chose à en dire, mais je vois que ça t'intéresse soldat, alors le taciturne Sergent instructeur Raven va faire un effort pour être sûr que les instructions soient bien enregistrées, notez... Un scénario simple comme bonsoir, du Morricone dantesque pour en ajouter à l'atmosphère ensorcelante et dramatico-poisseuse du voyage, et du tragique intense à coups de scènes too much cruelles, qui embaument le désespoir le plus triste (tentative de phrase poseuse ratée n°589), jusqu'à ce dénouement-mawashi qu'aurait pu pondre n'importe quel Stephen King du pauvre mais qui en ajoute au charme presque vaudou de la chose, et, par un paradoxe qui n'en est peut être pas un - mais j'aime employer le terme - ne nous laisse pas le moins du monde sur un sentiment de soulagement, ou de sérénitude. Reste cet arrière-goût âcre, les paumes collantes ; ça t'as fait mal à ton ptit coeur de soldat sensible tellement c'était beau ? et ça t'as envoûté jusqu'aux larmes, mh ? Bref tu as aimé, après tout c'est toi le soldat Artichaut, pas vrai, je sens d'ici ta trogne livide et ton ptit menton tremblotant de morveux pris la main dans le sac à bonbons, en + ça t'a laissé un peu groggy, paumé, n'est-ce pas, mh, comme après un de ces légers malaises à voile noir du matin (quand on se lève trop vite et qu'on attaque un sprint-cigarette-douche-série de pompes sans bol de céréales dans le bide), mh, à macérer dans de drôle de pensées; t-t-t, ne dis pas non, je connais cette lueur dans le coin de ton oeil, j'ai eu la même devant Angel Heart quand j'étais petiot, on ment pas à un menteur... et puis, je dis ça comme ça, mais l'Outrages, là, Stiller ne l'a pas inclus au programme singesque de son Tropic Thunder, ce qui devrait déjà t'avoir mis la puce à l'oreille si tu l'as pas déjà vu, mais les oreilles chez toi c'est un peu comme les neurones soldat Kiwi, j'ai l'impression qu'c'est comme qui dirait optionnel.

Snapcase : Bright Flashes


Comme il est de notoriété universelle que je suis le sel de la terre et que j'ai caractère adorable - et également rien qu'un peu parce que j'ai la manie de me réveiller guillerettement des décades après les guerres - j'acceptai récemment l'éventualité d'être passé à côté de quelque chose en ne connaissant point Jawbox (je ne sais plus, je crois que je les confondais avec Silverfish, ou un autre machin dont je revois la pochette avec un genre de tomate vénèr (quelqu'un ?) mais pas le nom), à l'époque où pourtant comme beaucoup je me réveillais en Slip et rentrais le soir par le Kill Taker - et je tentai ma chance de manger une leçon d'humilité.
Mais en fait, non. Sans moi, Jawbox. D'autant que, dans le style "un autre Helmet est possible", plutôt que le Helmet esthète et fin qu'ils me proposent, j'ai récemment enfin régularisé le ci-devant Snapcase, et qu'en plus d'être bien davantage qu'un Helmet-like évidemment, il est probablement le plus digeste pour commencer avec tant de retard à s'adonner à ce groupe unique et toujours gardé en vue dans un coin. On y trouve en effet des remixes electronica d'n'b (wait wait wait ... hardcore ? remix ? wtf ?) et des reprises, de quoi diluer juste ce qu'il faut leur style si particulier, à base de voix si particulière et de groove si particulier, le tout certes violent à emporter l'adhésion (ou l'hilarité agacée, on va droit au but avec Snapcase) à sa fougue écorchée et aveuglante, mais aussi par là-même de promptement assommer même le potentiel adepte.
Pour faire mon grossier comme de coutume, je vous suggèrerai d'imaginer le rigorisme bétonneur d'Helmet, cette roideur mécanique fameuse et redoutable, transfigurée sans perdre rien en dureté, par la virulence congestionnée de Fugazi, la candeur courroucée de Quicksand, la détente verticale et transversale de RAtM, et la ferveur de Jane's Addiction. Toutes armes létales auxquelles d'autant plus facilement se rendre ici qu'elles sont employées non pas principalement dans de leurs habituels morceaux aliens, mais dans des tubes tels que, bien plus que le "Blacktop" d'Helmet dont ils humilient la frigidité ou la "Mountain Song" de Jane's Addiction dont on est perturbé de ne pas retrouver la couleur Priscilla, les "Freedom of Choice" et "Gates of Steel" de Devo ... Je suis également une feignasse de compétition donc je ne vous referai pas le panégyrique bien connu de l'exercice de la reprise, mais voilà, quoi ; les reprises, il y a les groupes qui peuvent en faire, et les autres ; les groupes qui font resplendir leur personnalité sans presque rien faire que rejouer en pleine sincérité un moment classique de l'orgasmisme (j'en suis assez fier, de celui-ci) rock'n'roll, Snapcase en est - à tel point que durant leur "New Academy" subrepticement glissé au milieu, je me demande chaque fois de qui déjà est l'imparable original ...
Non, ce disque n'est pas résistible, et après lui vous serez prêts sans doute pour leurs albums aussi extra-terrestrement aériens et cogneurs que ceux de 108 ; un autre de ces groupes qui me rappellent fidèlement que je n'arrêterai jamais d'écouter du hardcore.

samedi 10 avril 2010

Carcass : Heartwork


Aux côtés de Napalm Death, Cathedral, Cannibal Corpse, Samael, Meathook Seed, Blood from the Soul, Dimebag Darrell, tous ces fanatiques qui ont érigé autour de Laideur et ses cohortes d'Aberrations une vénération éternelle, il y a ce disque, leur maître à tous. Un inadmissible thrash qui patine dans le death libidineux, d'une netteté étincelante guère plus soutenable que sa très fascinante pochette, magnétique de mocheté, accouplement de bricolage primitif et de futurisme glaçant, avec ses riffs de carnage extra-terrestre à la tronçonneuse-bistouri laser, cette voix uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuultra tellement evil et prédatrice que genre Grutle et le type de Soulstorm direct ils déguerpissent sous leurs lits se blottir grelottants de frayeur - et, évidemment, là-dessus, ces solos que, force m'est de l'avouer, mon faible organisme a mis plus de temps encore à tolérer sans rejet que ceux d'Obituary d'avant Santolla, ces solos qui voient le démon en exosquelette d'assaut se métamorphoser abruptement pour prendre la semblance de cette créature plus effroyable encore qui porte le nom d'Yngwie Malmsteen, et s'abîmer dans sa pompeuse rêverie métaphysique. Bigre ! C'est déplacé comme même l'inventeur de la téléportation n'oserait l'ambitionner, c'est laid comme du Opeth - et, hop ! ça repart pour la charpie au turbo-machin multi-lames inox.
Avec tout ça on ne sait pas laquelle des deux phases de ce ballet opératoire est la plus barbare et profondément sous le signe de l'écœurant totem de la couverture - oui, elle est pour pas qu'un peu dans l'efficience du disque, et ? La pochette fait partie de l'œuvre, n'est-ce pas ? Elle est de Giger, au cas où il reste quelqu'un qui le saurait pas, et Cronenberg peut aller se rhabiller parce que H.R., lui, c'est pas pour rien qu'il est l'heureux papa de la seule créature dont l'unique dénomination est Alien. L'étranger.

Tool : ænima


Certains esprits malveillants, dont tu peux te croire définitivement guéri, reviennent te hanter, plus moqueurs et dangereux qu'au jour de leur rencontre. A croire que la danse n'est jamais terminée... même vautré sur le parquet depuis belle lurette. Ce qui devrait en toute logique te rendre euphorique ne fait, cruellement, que t'enfoncer davantage dans ce sentiment de dégoût et d'anxiété développé lors de ta traversée de l'Atlantique en solitaire, qui t'apparait avoir été finalement très douillette avec le recul. Cet album, c'est un peu pareil, et c'est marrant les coïncidences quand même, quand on y pense, ce sens de la synchronisation : il est revenu, peut-être pour ton bien, mais ptetre pas finalement. Il est revenu, alors que je m'en souciais même plus, que j'avais même oublié le pied que je prenais à me refaire en repeat Eulogy et 46 & 2. Et il fait évidemment beaucoup plus d'effet maintenant, un effet diluvien, dans ma fragile cage thoracique. Je me dois déjà, par sens de l'équité et de la retenue (qui ont peut-être déjà fait partie de mon vocabulaire... ?), de ne plus trop parler de skeuds, et me cantonner à mon rôle de chambellan cinéphile, ce que je fais assez bien. Seulement y a mon petit cœur d'artichaut, là, désolé papa, et les souvenirs de ma jeune existence qui reviennent à la charge comme des vilains boomerangs, muahahahah putain, ça devrait être interdit d'être aussi emo et gay, flinguez-moi ce guignol presto, nan mais quel sans-gêne ... La lumière, de cette chose vénérée par ouate-mille pèlerins depuis sa sortie, la lumière de cette chose, elle n'a jamais été aussi forte.. forte, et coupante, et intime, et, dangereuse, et jamais je n'en ai autant rien eu à cirer de savoir ce que les autres en pensent, du coup tout le monde aura à peu près capté la teneur constructive et défricheuse de ce torchon, et la teneur en humour aussi ? Tout ça c'est de la déconne, vous l'aurez bien deviné. Je rigole. De ce disque que je trouvais "sympa à écouter entre potes" à sa découverte et que j'ai abandonné et oublié pendant près de 8 ans dans le fond du tiroir, dégage, maintnant, une lueur cruelle, que je n'avais jamais décelée, normal mes yeux étaient pas encore assez ouverts pour. Je vais encore faire mon Gulo du pauvre sur ce coup-là je le sens... mais de cet album, il faut le dire, y a un interlude qu'en est pas un, Message to Harry Manback, que je voyais jadis comme un gâchis comparable au morceau de fin caché du Sap d'AIC, m'apparaît finalement comme le seul morceau dont on puisse faire un bouquin, tellement cette saloperie de blague ricaine frontale envoie même Type O au tapis dans la catégorie désabusé aigre, tellement ça pue l'amertume et la violence la plus gratuite et désespérée, la haine la plus excédée, le mépris le plus pulsionnel, tout ça avec deux bouts de ficelle tout cheap - une vieille mélodie de piano Feux de l'amour et un combiné. Une décharge de bile, vile, négligée, blessée et blessante, dans l'esprit le plus profondément grunge, à côté de laquelle toutes ces riches compositions riffues et percusionissimes travaillées pendant des mois et des mois pour hypnotiser le chaland, qui sont sensées être la chair-même de l'œuvre, semblent n'être qu'ornementation.

Darvulia : Mysticisme Macabre


Ah, ce que les ricains peuvent nous l'envier, notre black ... Et c'est pas près de changer si vous voulez mon avis, puisque ça ne tient à aucun gimmick (concept d'ailleurs ricain) dont ils pourraient faire la découverte, la preuve Darvulia sur cet album laisse s'évanouir dans ses profondeurs tout ce qui chez eux pouvait vaguement ressembler à des trucs de faiseurs, sans perdre le moins du monde ses relents inimitables. Ça tient à ce que sont les américains, à vrai dire, ces gens pour qui dans un film un personnage laid est joué par un acteur américain, donc beau (épargnez-moi le débat fastidieux sur la vraie beauté, d'avance merci), et un personnage normal par un top model. Chez nous fucking perverts d'européens, et encore plus chez nous autres dirty fucking perverts de français, qui n'avons pas pour nous ennoblir le garrot d'ancêtres Vikings, une chose laide se représente par une chose laide, et la saleté est figurée par quelque chose de sale. Et l'affaire de Darvulia n'est même pas le mégalomane et américain Satan, l'ennemi obsessionnel du Barbu, qui ne se définit que par lui et tire la bourre avec lui entre les feux rouges. L'affaire de Darvulia, c'est une marmite impie qui a commencé de mijoter et de clapoter des remugles ignobles bien avant qu'aucun abruti de singe titubant ait eu la brillante idée de dieu. Darvulia ne demande rien à personne, Darvulia ne veut rien tant que la tranquillité de vaquer à ses ignominieuses petites affaires au plus profond de la forêt, de la touffeur et de l'obscurité. Quand Darvulia dissone on ne s'extasie pas sur le post-bidulisme du machin, on se sent devenir difforme, et quand Darvulia tangue on ne pense pas à Ved Buens Ende, on pense à trouver un buisson pas trop épineux ni malveillant derrière lequel vomir sa migraine. Ignoble, infâme, immonde, infect, mettez ici celui que vous préférez, il ne vous dira pas ce qu'est vraiment Darvulia puisque tous ces vocables ne définissent que la face adverse d'un endroit donné, et qu'occulte chez Darvulia n'est pas un habillage aromatique, mais une volonté hostile de rester caché - et qu'on n'est pas si sûr de vouloir réellement savoir, le détail de l'épouvantable nature de cette rustique saloperie. Des albums pour faire des siestes pourries, qui laissent un arrière-arrière-goût aussi désagréable sans qu'on ait même la certitude de pas l'avoir imaginé, ce qui accroît encore l'aversion nerveuse que l'instinct ressent pour la chose ... j'en connais pas, en fait. A part, naturellement, L'Alliance des Venins.

Michael Mann : Heat

Il y a deux catégories de films : ceux qu'on regarde avant de se prendre un bain, et ceux qu'on regarde après.

Heat fait partie de la seconde. Faut se sentir bien, propre et frais (et si possible tout nu sous son peignoir avec un généreux ballon de cognac dans la main et un Partagas vissé au coin du bec - uhuhuh non, je déconne ... mais en fait non, je suis très sérieux) quand on matte ce grand polar de crépuscule bleuté, dont il ne m'est pas aisé de parler étant donné que les films de première partie de soirée TF1 aussi élégants et racés courent pas les rues ; ils couraient déjà pas les rues y'a 15 ans, alors aujourd'hui, hein, aujourd'hui y a plus de valeurs tout fout l'camp comme disent les vieux, et Mann a le cœur de plus en plus froid et la main de plus en plus clinique... Avec Heat, c'est une affaire d'envoûtement, d'abandon, comme nager absolument seul dans une immense piscine sans la moindre odeur de chlore, et contempler la danse des reflets blancs sur le plafond et les murs. La métaphore est foireuse, mais je fais des efforts croyez-le ... Faut se laisser enivrer par la bande-son, magique, qui fait pour 50% du travail d'ensorcèlement. Admirer les scènes de mitraillage in da street qu'on s'y croirait tellement les douilles tombent près. Avoir une pensée émue pour notre héros et ses tiraillements intérieurs.

Ne reste plus qu'à dormir (après, pas pendant - pas de blague hein), les mirettes et les esgourdes encore étourdis par ce plan final grandiosissime et bouleversissime - sur fond de Moby en plein trip Tangerine Dream, rappelons-le (car oui, ce petit bilboquet sans grâce a fait quelques bons trucs y a longtemps, notamment la reprise de Joy Div', c'est pas toujours un plaisir de le rappeler tant j'exècre ce nain aujourd'hui, mais un geste de respect au moins pour ça). Ceux qui n'aiment pas Bobby seront peinés de le voir si sobre, impeccable, tant pis pour eux, sa vieille moue dubitativo-dégoûtée typique est inévitable mais elle reste au final assez discrète quand on le connait. Ceux qui n'aiment guère le cabotinage intégral du Pacino post-Scarface auront du mal à digérer les 2-3 scènes "j'pète mon câble pour épater la galerie"; personnellement je les kiffe toujours plus à chaque fois ("'cause she's got a GREAT ASS !!! ahahah - sans parler de cette façon d'expulser son poste de télé de la voiture d'un coup de pied dédaigneux, cette scène-là résume ce sentiment de dégoût et de rage, pathétique, qu'on peut ressentir à ce moment, et ce sans le moindre mot). Nous ne parlerons qu'assez peu des seconds rôles très classe, entre ce bon vieux Voight ressemblant à un Christophe empâté, le solide chicano Trejo en guest et l'inénarrable Kevin Cage en Waingro torve et brutal sous sa chevelure de hardos. Nous ferons si vous le voulez bien l'impasse sur la toison aux reflets céréaliers de Val Kilmer (qui restera à jamais Gay Perry - et personne d'autre), les coupes de veuch improbables sont un peu devenu une marque de fabrique chez Mann (voir Cruise et ses tiffs poivre et sel ou Farrell et son vercingetorixiel ravalement de pelage têtal - dont John Voight est ici une sorte de prédécesseur cobaye), comme les scènes d'amour c'est pas trop son domaine, il est empoté avec le capillaire et le romantique et ma foi c'est tout pardonné tant il est le maître du nocturne urbain, place que personne pourra lui contester. Et puis moi je suis comme Drucker, je vois le bien partout : tant de maladresse ne fait qu'en ajouter à son charisme unique. C'est son meilleur film for ever, mais ça tout le monde le sait déjà j'imagine. Mmmh et voilà... Fallait que je parle de quelque chose de beau et d'inattaquable, pour changer ... et surtout parce que j'y suis revenu.
Mais allez donc remplir cette baignoire, au lieu de lire n'importe quoi.

Flux of Pink Indians : Strive to Survive & Neu Smell


Le bon punk a forcément un ou deux gènes batcave par-devers lui, j'en veux pour preuve non point les évidences Crass et Rudy Peni, mais plutôt les penchants grimaciers qu'on a la divine surprise de trouver chez les mules de Slapshot, et leur Sudden Death Overtime, ou de Black Flag, et leur In My Head. Peu importe au fond que Béla soit invité ou non, le menu est peu ou prou le même au festin.
Et ici il y a tout ce qu'on peut rêver bâfrer : basse piquée, chant pieds de porc, riffs funk servis en petite vérole, beignets de lune rouillée, bêlante spongiforme du mouton carnivore à la Gavin, tout vraiment tout pour se dégourdir le lard dans une foutue vieille gigue-procession martialo-funèbre, "Atrocity Exhibition" en fond et en 45 rpm, avec ces shtroumfs-skinheads chauds-bouillants pour aller foutre une sale branlée à Danny Elfman.

Leon Ichaso : Sugar Hill


En tombant sur le DVD à 2 reu titré "Revocator" (franchement un titre pareil vous auriez résisté vous ?) en faisant les courses dans mon hypermarché (du coup j't'ai pas pris de poivrons verts mais des jaunes mémé, tu m'excuseras), j'ai cru tenir un bon gros nanar baraqué et m'apprêtais à perdre quelque neurones supplémentaires dans la bonne humeur. A défaut de ça, et en découvrant dès le début un ersatz de Scorcese & co avec le générique plan-plan nostalgique, je suis tombé sur une série B polardesque 90's, palote et dévitalisée, émaillée de très très rares moments captivants, quand le peu de crasse sous les ongles finit par pointer sa gueule (une ptite scène d'exécution mafieuse essence + briquet, ça le fait toujours), sinon la manucure est impeccable - on est a cent lieues d'un New Jack City, et encore plus loin d'un King of New York (cela va sans dire mes agneaux), on aurait pu être chez Spike Lee mais même pas, on est dans le vide intersidéral. Wesley Snipes traine sa face amidonnée dans un Harlem de téléfilm à l'esthétique farineuse, sur du hip-hop sans fumet, sa meuf est ni belle ni moche et encore moins belloche vu qu'on dirait juste la femme d'Obama en plus jeune, son frêle et filiforme frangin évoque un mélange de Snoop Dogg et Tricky et joue encore moins bien qu'eux (c'est possible), même si on le sent presque inspiré sur la fin quand il chouine et canarde (enfin !), faut dire qu'on attendait déjà que la pression s'accumule avant de péter, mais pfffiut, aucune action pression ni combat à se mettre sous la dent, juste du zonage pépère dans les rues, un méchant qui évoque Apollo Creed de loin si on est pas très sourcilleux, sans parler des interludes avec le daron sous héroïne (dont la coupe de cheveux reste le seul élément créatif et subversif de l'oeuvre) qui nous envoie du spleen bukowskisant avant de lâcher, dans un dernier souffle pathétique, le discours anti-drogue typique des années Esprits Rebelles. Pour l'anecdote aux amateurs de vraie bonne musique qui nous lisent (nous vous savons nombreux même si peu loquaces, mes chers petits) on voit Wesley tenir un exemplaire du In A Silent Way de Miles Davis dans sa mimine (faut avoir le coup d'oeil mais j'ai fait arrêt sur image et zoom 5X; toujours soucieux du détail, qu'ess'tu crois). La VF très basique offre quelques répliques qui sentent le pâté, la plupart de la bouche de Snipes, aussi lyrique et passionné qu'une brique dans un tas de briques (ce bon vieux Wesley quoi, Brique-man), et sapé comme un pape. Toute cette histoire de piétons tranquilles filmée avec des moufles finira dans un haut-le-coeur shakespirien aussi brutal que grandiloquent (on se croirait presque chez les nippons - et Wesley a même une larme sur la joue ! Le stock d'oignons fraîchement coupés a mangé les 3/4 du budget - faire pleurer une brique revient cher), avec, en guise de dernier coup de pelle sur cette tombe vacante, un clausule à la Joséphine Ange Gardien parfaitement gerbant que je ne vous laisserai pas le soin de découvrir puisque vous ne verrez jamais cette merde. Alors pourquoi je vous en parle ? Parce que j'ai envie de servir à rien, de ne donner envie de rien. Parce que moi aussi je ne suis qu'une brique solitaire, et inutile, perdue loin de son petit muret de campagne, comme Wesley.

Blood Cult : We Are the Cult of the Plains


Nous sommes, l'un de vous me le confiait récemment, "l'un des rares blogs qui soit vraiment centré sur les MOTS", ça fait plaisir de temps à autre de savoir que le labeur accompli est perçu - c'est même tellement vrai que quelquefois (comment, "tout le temps", mince alors, je suis grillé ?) la syntaxe est résolument accessoire, impressionnisme serre les fesses j'arrive à toute vitesse - mais aussi que voulez-vous avoir à foutre de syntaxe quand les mots tous seuls comme des grands et tels Michelle vont si bien ensemble ? Sleaze, goth, black, blues, country, ça tombe sous le sens, le tout glissé dans une pochette où la ploucarderie arrogante n'empêche pas, prenez-en de la graine Monsieur Zombie, l'élégance - ploucarderie primaire qui du reste marque l'esprit du disque et non sa facture, vous me notez ça aussi, tenez, Monsieur Zombie, à défaut d'avoir vous aussi la voix d'Axl brouté par les termites.
Ah, écouter les Sisters, dans un rocking chair sur son perron grinçant, dans le doux zinzouin des moustiques et le soir qui tombe sur les saules, le marais et ses chaudes odeurs - et puis mourir ...

M. Night Shyamalan : The Happening

Shyamalan nous avait déjà prouvé la capacité létale de son cinéma depuis belle lurette. "Shyamalan, man, c'est d'la bonne" comme diraient les précieuses décortiqueuses des Cahiers si on leur avait desserré le col. Shyamalan, cet espèce d'indien religieux et grossier psychanalyste dopé au glucose hollywoodien le plus épais, et habile artisan du surnaturel sans-gêne (et autres mystères qui font peur aux enfants brrrr), est parti en vadrouille avec ses amis scénaristes, tout récemment, vider les stocks pharmaceutiques du zoo voisin au studio, réservés pour tranquilliser les félins et les pachydermes. Il en est ressorti le film ci-contre, qui pulvérise en absurde et en statique tout ce qu'il a pu faire précédemment (même Signes qui était déjà allé très très loin). Je n'ai pas compris grand chose et du reste pas trop cherché à piger vu que j'étais mis progressivement sous hypnose par le maestro du ramollo, la mâchoire pendante avec un vieux filet de bavouille au coin du bec (comme quand on s'amuse à fixer la neige sur l'écran et qu'on y devine à force des espèce de vermisseaux se tortillant de douleur). L'ambiance et le scénario (à coups de brèves scènes-choc sur coussinets protecteurs - du Shyamalan pur jus !), seraient aussi vains à décrire qu'un terrain de golf complètement désert sous un ciel sans nuages. Les rebondissements sont dronesques. L'esthétique, post rock. La fin part mollement en sucette, dans une espèce de mini-jam session d'épouvante old school vaguement Buñuel sur les bords dont je ne saurais dire si elle est néfaste, bienfaitrice ou atrocement ridicule. Le casting complet évoque par son jeu global la contemplation d'un Mondrian décoloré, ou le mâchouillage d'un Balisto au ralenti. Toute la fine équipe (pas fine du tout en fait), dont le (à juste titre) redouté Wahlbergh avec sa tronche de gousse d'ail contrariée habituelle ("shouueeuuuuhurrk !" : le cri du Wahlbergh dans la forêt - à faire devant cette photo, vous saisirez mieux), est comme frappée de tétanie, esquisse des grimaces d'inquiétude avec la mollesse d'une éponge, fronce les sourcils aux moments-clés, mais, malgré la tentative évidente de crédibl... crédblliii... crédibilttt... crédbbbmmmmmmmmmGNNNN-enfin la tentative quoi, des acteurs très professionnels n'est-ce pas, bah c'est comme s'ils étaient déjà morts, les gars, ou du moins, pas là, pas avec nous... on les sent pas vraiment dans la même réalité... voyez... Même le cousin Leguizamo, pas Benny pour un sous mais Blanco comme un linge, et tout hagard derrière ses lunettes (ils en ont fait un prof ! ahahah les cons !), semble ailleurs. Et c'est comme ça tout du long... on nous dit qu'un danger menace, mais le danger est partout et nulle part... filet de bave, regard vitreux... peur limace... Les Oiseaux du père Alfred, sans oiseaux, 100 fois plus paranoïde et - malicieux paradoxe - 100 fois moins anxiogène, remaké par un réalisateur de + en + louche et autiste, effrayé par le bruissement des acacias dans le vent printannier... filet de bave... regard vitreux...

Donc tous ceux qui vous vendront ce Phénomènes comme du fantastique U.S. de série tout ce qu'il y a de plus anodin, sont comme ces marchands de sable rôdant dans les boîtes de nuit pour saupoudrer discrètos les verres d'orangeade des jolies filles : des gens à qui il ne faut pas faire confiance. Ecoutez l'oncle Raven : ne jouez pas avec votre santé, même si vous ne risquez que des éclats de rire gênés et un mal de crâne diffus. Ayez un peu d'amour propre.

Abscess : Dawn of Inhumanity


T'as beau penser que tu connais l'histoire par cœur, que t'as fait le tour de ses joies, que t'as plus l'âge et la santé pour ces conneries, chaque fois tu finis par te faire eu, et bref à nouveau ton crâne se mue en casserole et ton cerveau en riz au lait, ton haleine charrie des ragondins crevés le ventre en l'air, les perspectives te font des crasses, les murs te foncent dans la tronche ... Cette nausée apocalyptique et cet affreux tournis baroque ont commencé en 1991, ça s'appelait Mental Funeral, et ça ne finira jamais, et à ce moment précis ça roule à tombeau ouvert, avec d'immondes gargouillis de rire à grumeaux, vers la fin des temps, dans un infect crépuscule vaudou à petit budget.