dimanche 11 avril 2010

Brian de Palma : Casualties Of War

Apocalypse Now le confortable trip de drogué en panoramique ? Deer Hunter la fête de mariage avec décharge de pathos en bonus track ? Full Metal Jacket la glace vanille-pistache de ce gros chirurgien flemmard qu'a le nom carré comme ses plans ? Platoon... toutoune ? On peut trouver mieux qu'ça en stock soldat, suffit de fouiner là où on penserait pas au premier abord, dans les caisses secrètes de notre belle division, abandonnées par les hélicos après c'te putain de guerre au 'Nam... Brian, ce faiseur de plans techniques + fluides que la crème Elle&Vire et autres suspenses fragmentés hyper-cossus, en a à son actif, du lourd, du chargé, du lacrymal, et certaines de nos recrues l'ignorent encore, mais c'est un peu normal, il a pas toujours été sous-estimé à raison... Tonton Brian, qui nous avait habitué à montrer des courbes sensuelles de gazelles à tout-va dans des histoires de meurtre et de manipulations hitchkockiennes karacho, nous semble avoir chopé la maladie du pays comme l'aïeul Francis Ford, ce qui l'a mené direct à l'hyperthermie et à la dépression nerveuse, la grosse, la sale, la moche, celle qui transforme les bons sentiments en cambouis ; du coup il a perdu tout son humour le pauvre, et sa manie de faire le malin à coups de split-screen et autres plans-séquences veloutés... mais louanges à toi seigneur, il a gardé sa fascination pour les grains de peau malsains, issue de Scarfesse, et son regard de rapace clinique, bref sa patte de crevard unique encore vivace en c'temps là, vous avez vu la soupe qu'il fait maintenant ?), ce qui fait qu'on ne peut pas se tromper sur l'origine. Broyer du noir, ça a du bon mes troufions, quand on s'appelle de Palma (et quand on fait partie du Ku Klux Klan aussi moueuheuheuh ! Rigolez. Merci). Il en résulte l'ambiance de ce film : une putain d'ambiance de cauchemar moite, aussi prenante et enivrante que du bon gothique, dans laquelle on s'abandonne complètement; par ailleurs elle retranscrit si fidèlement la sensation d'anxiété et de suées multiples (chaleur, trouille) qu'elle nous fait ranger ça dans la catégorie des films à voir en marcel (l'autre étant celle des films à voir sans marcel bien sûr).

Puissant et Fiévreux, tel est le 'nam-movie de Brian. Une jungle plus charnue et étouffante que dans Platoon, des acteurs qui transpirent mieux que dans Platoon, Sean Penn au taquet dans le rôle qui lui va le mieux au teint (c'est à dire un sale roquet qu'on a envie de voir mourir dans la douleur la plus aigüe) même si pour le coup il ne fera pas oublier un certain Berenger (en même temps personne peut) dans la catégorie méchant fou du Nam', mais Brando easily (pas de provoc', il suffit pas de se faire la boule à zéro et de faire les yeux de psycho pour amasser tous les suffrages), et notre regretté Marty, bien plus convaincant qu'on pourrait le croire, même si j'aurais voulu employer un adjectif qui sonne mieux, enfin juste pour dire que McFly a pas joué que Michael J. Fox, ou l'inverse, faut pas l'oublier, hein, merci pour lui... Et le film dans tout ça ? Pas grand chose à en dire, mais je vois que ça t'intéresse soldat, alors le taciturne Sergent instructeur Raven va faire un effort pour être sûr que les instructions soient bien enregistrées, notez... Un scénario simple comme bonsoir, du Morricone dantesque pour en ajouter à l'atmosphère ensorcelante et dramatico-poisseuse du voyage, et du tragique intense à coups de scènes too much cruelles, qui embaument le désespoir le plus triste (tentative de phrase poseuse ratée n°589), jusqu'à ce dénouement-mawashi qu'aurait pu pondre n'importe quel Stephen King du pauvre mais qui en ajoute au charme presque vaudou de la chose, et, par un paradoxe qui n'en est peut être pas un - mais j'aime employer le terme - ne nous laisse pas le moins du monde sur un sentiment de soulagement, ou de sérénitude. Reste cet arrière-goût âcre, les paumes collantes ; ça t'as fait mal à ton ptit coeur de soldat sensible tellement c'était beau ? et ça t'as envoûté jusqu'aux larmes, mh ? Bref tu as aimé, après tout c'est toi le soldat Artichaut, pas vrai, je sens d'ici ta trogne livide et ton ptit menton tremblotant de morveux pris la main dans le sac à bonbons, en + ça t'a laissé un peu groggy, paumé, n'est-ce pas, mh, comme après un de ces légers malaises à voile noir du matin (quand on se lève trop vite et qu'on attaque un sprint-cigarette-douche-série de pompes sans bol de céréales dans le bide), mh, à macérer dans de drôle de pensées; t-t-t, ne dis pas non, je connais cette lueur dans le coin de ton oeil, j'ai eu la même devant Angel Heart quand j'étais petiot, on ment pas à un menteur... et puis, je dis ça comme ça, mais l'Outrages, là, Stiller ne l'a pas inclus au programme singesque de son Tropic Thunder, ce qui devrait déjà t'avoir mis la puce à l'oreille si tu l'as pas déjà vu, mais les oreilles chez toi c'est un peu comme les neurones soldat Kiwi, j'ai l'impression qu'c'est comme qui dirait optionnel.

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