mercredi 7 avril 2010

Gabriele Salvatores : Nirvana

Mes agneaux, voilà que je me suis encore fait avoir par cette vieille catin nommée nostalgie ; voilà un de ces bidules SF non-identifiés que je chérissais à 13 piges et que personne ne connaissait ni d’Eve ni de la pomme d’Adam. Enregistré sur une VHS pendant sa première diffusion sur le câble, visualisé dans un état d’incompréhension fascinée total. J’en avais développé un culte secret, en étant persuadé et rassuré d’être quasiment le seul au monde à l’avoir vu et aimé (connaissait pas internet en c’temps là, c’était l’aventure), ce qui était évidemment loin d’être le cas vu qu’un microcosme de fans s’est créé parallèlement à mon vécu intime.

Dans la série des lambertoïdes, Nirvana est dans le haut du panier. Mieux que Fortress et ex-aequo avec Ail Glandeur dans un autre genre, cette série B ovniesque a un charme unique, de part son esthétique Blade Runner discount paumée entre Judge Dredd Total Recall et Demolition Man, ses bidules Giger-Mattel, ses effets de colorisation chimique approximatifs, ses seconds rôles sous valium, et ses plongées dans le cyber-monde et les réseaux bancaires sécurisés rappelant le non moins secrètement culte Hackers (grand classique !). Sauf qu'ici la BO ne contient ni Underworld ni Prodigy ni Leftfield, mais un vieux bout de NOFX dérisoire et 90% d'instrus vaguement indus signées Mauro Pagani (vieux briscard issu d'un poussiéreux groupe de prog italien nommé Premiata Forneria Marconi).


Mmmmh et puis en fait, oubliez cette intro de quiche, car aucune comparaison filmographique ou cinématographique n’est envisageable : rattachons simplement cette obscure série B à la vague cyber-mode des années 90 qui enfanta Strange Days, cette époque où l’on avait la naïveté de croire en un monde régit par les machines, ou l’homme deviendrait esclave. Pas aussi fin, fort mal fichu, mais diablement singulier. Bon déjà je sais pas vous (et je m’en fiche un peu, si vous voulez tout savoir), mais moi j’ai de la tendresse pour le Totophe, en fait depuis que je l’ai vu en tenue de marchand de nems à regard foudroyant dans Mortal Kombat. Respect à ce mec, du fond du slip. Sir Christobald nous fait ce qu’il sait faire de mieux dès l’intro qui sent bien les années 90 (on ne peut pas se tromper) : il nous prend à parti de sa voix off collée aux baffles, en mode « je sais vous comprenez pas ce que je raconte, mais ça vous concerne aussi », avec ce timbre éraillé mais amical unique breveté depuis Subway, et des phrases tellement sérieuses qu’on imagine le froncement de sourcils grave ; on a l’impression de feuilleter l’intro bassement accrocheuse d’un vieux roman de gare, c’est cool, c’est frais, ça accroche grave. Puis le film coule naturellement, sans scénario solide mais avec une fluidité karacho. Passons sur l’aspect fortement italien (car Nirvana est italien, il est bon de le rappeler même si ceux qui sont familiers avec le mauvais goût transalpin n’auront aucun doute à la vue de l’affiche ci-jointe) de l’humour chelou et des métissages esthétiques technoïdo-cybernético-gothico-ethniques n’importe quoi-isants.


Les moments « in game » sont cheap à mort mais bien plus éloquents que ceux de Matrix dont Nirvana est le grand frère honteux : pas de filtre verdâtre clean ici pour exprimer l’irréel, juste du noir et blanc avec des touches de couleurs vivaces qui clignotent sur les lèvres, les vêtements et les mirettes. Une image baveuse et souvent floue ne fait qu’en ajouter à l’ambiance incertaine. Emanuelle Seigner déblatère du Marc Levy dans sa baignoire. Les décors sont en polystyrène. Les acteurs sont en polystyrène. Les véhicules sont protégés par un système anti-intrusion dont le robot vocal t'insulte de tous les noms d'oiseaux. Y’a un mec qu’a pas d’yeux mais des caméras à la place des yeux. Dans le futur, on vent ses yeux quand on a pas de thunes, pour s’acheter des yeux de substitution, parce que vendre ses couilles revient moins cher, et qu’il y’a pas de couilles de substitution, ce dont je déduis que chez l’homme le testicule est un organe infiniment plus complexe que l’œil, et que tout homme serait prêt à devenir aveugle plutôt qu’eunuque ? Il y a matière à méditer longuement à ce sujet, mais nous n’avons pas ltemps, car nous sommes en phase de piratage virtuel intensif. Gare à la machine informatique qui peut te tromper en pénétrant tes souvenirs. Gare aux pièges tendus par le Réseau… Pénétration. Sabotage. L’ange vole, et le réseau est kaput… Conclusion hâtive : une sorte de semi-navet synthétique semi-captivant, mais créatif et attachant, et probablement bien plus inventif en loucedé que pléthore de mangas cyber-mes couilles vénérés par toute une frange de fanatiques aux goûts déprimants (j’ai une sainte horreur des mangas, sauf exception rarissime). Si vous avez envie de le voir je peux vous envoyer la cassette par la poste. Mmmh mais vous n’avez pas de magnétoscope c’est vrai...

4 commentaires:

Little-Axe a dit…

étonnante l'affiche. on dirait une divinité hindou en train de tailler une pipe.

Raven a dit…

en effet cher collègue; une sorte de Shiva fellationiste (pipe virtuelle ou léchage de glace à l'eau ?)... ce qui m'ammène à penser que Shiva se régale... ahem... hem...

Innamorato a dit…

Pinaise c'est le mec de PFM qui fait la musique de ce film ?? là tu viens de m'en apprendre une bonne... ils existent toujours pfm pour info, et ils tournent !!

Raven a dit…

sir Domenico, si vous nous lisez...