samedi 10 avril 2010

Leon Ichaso : Sugar Hill


En tombant sur le DVD à 2 reu titré "Revocator" (franchement un titre pareil vous auriez résisté vous ?) en faisant les courses dans mon hypermarché (du coup j't'ai pas pris de poivrons verts mais des jaunes mémé, tu m'excuseras), j'ai cru tenir un bon gros nanar baraqué et m'apprêtais à perdre quelque neurones supplémentaires dans la bonne humeur. A défaut de ça, et en découvrant dès le début un ersatz de Scorcese & co avec le générique plan-plan nostalgique, je suis tombé sur une série B polardesque 90's, palote et dévitalisée, émaillée de très très rares moments captivants, quand le peu de crasse sous les ongles finit par pointer sa gueule (une ptite scène d'exécution mafieuse essence + briquet, ça le fait toujours), sinon la manucure est impeccable - on est a cent lieues d'un New Jack City, et encore plus loin d'un King of New York (cela va sans dire mes agneaux), on aurait pu être chez Spike Lee mais même pas, on est dans le vide intersidéral. Wesley Snipes traine sa face amidonnée dans un Harlem de téléfilm à l'esthétique farineuse, sur du hip-hop sans fumet, sa meuf est ni belle ni moche et encore moins belloche vu qu'on dirait juste la femme d'Obama en plus jeune, son frêle et filiforme frangin évoque un mélange de Snoop Dogg et Tricky et joue encore moins bien qu'eux (c'est possible), même si on le sent presque inspiré sur la fin quand il chouine et canarde (enfin !), faut dire qu'on attendait déjà que la pression s'accumule avant de péter, mais pfffiut, aucune action pression ni combat à se mettre sous la dent, juste du zonage pépère dans les rues, un méchant qui évoque Apollo Creed de loin si on est pas très sourcilleux, sans parler des interludes avec le daron sous héroïne (dont la coupe de cheveux reste le seul élément créatif et subversif de l'oeuvre) qui nous envoie du spleen bukowskisant avant de lâcher, dans un dernier souffle pathétique, le discours anti-drogue typique des années Esprits Rebelles. Pour l'anecdote aux amateurs de vraie bonne musique qui nous lisent (nous vous savons nombreux même si peu loquaces, mes chers petits) on voit Wesley tenir un exemplaire du In A Silent Way de Miles Davis dans sa mimine (faut avoir le coup d'oeil mais j'ai fait arrêt sur image et zoom 5X; toujours soucieux du détail, qu'ess'tu crois). La VF très basique offre quelques répliques qui sentent le pâté, la plupart de la bouche de Snipes, aussi lyrique et passionné qu'une brique dans un tas de briques (ce bon vieux Wesley quoi, Brique-man), et sapé comme un pape. Toute cette histoire de piétons tranquilles filmée avec des moufles finira dans un haut-le-coeur shakespirien aussi brutal que grandiloquent (on se croirait presque chez les nippons - et Wesley a même une larme sur la joue ! Le stock d'oignons fraîchement coupés a mangé les 3/4 du budget - faire pleurer une brique revient cher), avec, en guise de dernier coup de pelle sur cette tombe vacante, un clausule à la Joséphine Ange Gardien parfaitement gerbant que je ne vous laisserai pas le soin de découvrir puisque vous ne verrez jamais cette merde. Alors pourquoi je vous en parle ? Parce que j'ai envie de servir à rien, de ne donner envie de rien. Parce que moi aussi je ne suis qu'une brique solitaire, et inutile, perdue loin de son petit muret de campagne, comme Wesley.

1 commentaire:

gulo gulo a dit…

et après on parle de mon foutu caractère, ho ho ho ...