samedi 10 avril 2010

M. Night Shyamalan : The Happening

Shyamalan nous avait déjà prouvé la capacité létale de son cinéma depuis belle lurette. "Shyamalan, man, c'est d'la bonne" comme diraient les précieuses décortiqueuses des Cahiers si on leur avait desserré le col. Shyamalan, cet espèce d'indien religieux et grossier psychanalyste dopé au glucose hollywoodien le plus épais, et habile artisan du surnaturel sans-gêne (et autres mystères qui font peur aux enfants brrrr), est parti en vadrouille avec ses amis scénaristes, tout récemment, vider les stocks pharmaceutiques du zoo voisin au studio, réservés pour tranquilliser les félins et les pachydermes. Il en est ressorti le film ci-contre, qui pulvérise en absurde et en statique tout ce qu'il a pu faire précédemment (même Signes qui était déjà allé très très loin). Je n'ai pas compris grand chose et du reste pas trop cherché à piger vu que j'étais mis progressivement sous hypnose par le maestro du ramollo, la mâchoire pendante avec un vieux filet de bavouille au coin du bec (comme quand on s'amuse à fixer la neige sur l'écran et qu'on y devine à force des espèce de vermisseaux se tortillant de douleur). L'ambiance et le scénario (à coups de brèves scènes-choc sur coussinets protecteurs - du Shyamalan pur jus !), seraient aussi vains à décrire qu'un terrain de golf complètement désert sous un ciel sans nuages. Les rebondissements sont dronesques. L'esthétique, post rock. La fin part mollement en sucette, dans une espèce de mini-jam session d'épouvante old school vaguement Buñuel sur les bords dont je ne saurais dire si elle est néfaste, bienfaitrice ou atrocement ridicule. Le casting complet évoque par son jeu global la contemplation d'un Mondrian décoloré, ou le mâchouillage d'un Balisto au ralenti. Toute la fine équipe (pas fine du tout en fait), dont le (à juste titre) redouté Wahlbergh avec sa tronche de gousse d'ail contrariée habituelle ("shouueeuuuuhurrk !" : le cri du Wahlbergh dans la forêt - à faire devant cette photo, vous saisirez mieux), est comme frappée de tétanie, esquisse des grimaces d'inquiétude avec la mollesse d'une éponge, fronce les sourcils aux moments-clés, mais, malgré la tentative évidente de crédibl... crédblliii... crédibilttt... crédbbbmmmmmmmmmGNNNN-enfin la tentative quoi, des acteurs très professionnels n'est-ce pas, bah c'est comme s'ils étaient déjà morts, les gars, ou du moins, pas là, pas avec nous... on les sent pas vraiment dans la même réalité... voyez... Même le cousin Leguizamo, pas Benny pour un sous mais Blanco comme un linge, et tout hagard derrière ses lunettes (ils en ont fait un prof ! ahahah les cons !), semble ailleurs. Et c'est comme ça tout du long... on nous dit qu'un danger menace, mais le danger est partout et nulle part... filet de bave, regard vitreux... peur limace... Les Oiseaux du père Alfred, sans oiseaux, 100 fois plus paranoïde et - malicieux paradoxe - 100 fois moins anxiogène, remaké par un réalisateur de + en + louche et autiste, effrayé par le bruissement des acacias dans le vent printannier... filet de bave... regard vitreux...

Donc tous ceux qui vous vendront ce Phénomènes comme du fantastique U.S. de série tout ce qu'il y a de plus anodin, sont comme ces marchands de sable rôdant dans les boîtes de nuit pour saupoudrer discrètos les verres d'orangeade des jolies filles : des gens à qui il ne faut pas faire confiance. Ecoutez l'oncle Raven : ne jouez pas avec votre santé, même si vous ne risquez que des éclats de rire gênés et un mal de crâne diffus. Ayez un peu d'amour propre.

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