samedi 10 avril 2010

Michael Mann : Heat

Il y a deux catégories de films : ceux qu'on regarde avant de se prendre un bain, et ceux qu'on regarde après.

Heat fait partie de la seconde. Faut se sentir bien, propre et frais (et si possible tout nu sous son peignoir avec un généreux ballon de cognac dans la main et un Partagas vissé au coin du bec - uhuhuh non, je déconne ... mais en fait non, je suis très sérieux) quand on matte ce grand polar de crépuscule bleuté, dont il ne m'est pas aisé de parler étant donné que les films de première partie de soirée TF1 aussi élégants et racés courent pas les rues ; ils couraient déjà pas les rues y'a 15 ans, alors aujourd'hui, hein, aujourd'hui y a plus de valeurs tout fout l'camp comme disent les vieux, et Mann a le cœur de plus en plus froid et la main de plus en plus clinique... Avec Heat, c'est une affaire d'envoûtement, d'abandon, comme nager absolument seul dans une immense piscine sans la moindre odeur de chlore, et contempler la danse des reflets blancs sur le plafond et les murs. La métaphore est foireuse, mais je fais des efforts croyez-le ... Faut se laisser enivrer par la bande-son, magique, qui fait pour 50% du travail d'ensorcèlement. Admirer les scènes de mitraillage in da street qu'on s'y croirait tellement les douilles tombent près. Avoir une pensée émue pour notre héros et ses tiraillements intérieurs.

Ne reste plus qu'à dormir (après, pas pendant - pas de blague hein), les mirettes et les esgourdes encore étourdis par ce plan final grandiosissime et bouleversissime - sur fond de Moby en plein trip Tangerine Dream, rappelons-le (car oui, ce petit bilboquet sans grâce a fait quelques bons trucs y a longtemps, notamment la reprise de Joy Div', c'est pas toujours un plaisir de le rappeler tant j'exècre ce nain aujourd'hui, mais un geste de respect au moins pour ça). Ceux qui n'aiment pas Bobby seront peinés de le voir si sobre, impeccable, tant pis pour eux, sa vieille moue dubitativo-dégoûtée typique est inévitable mais elle reste au final assez discrète quand on le connait. Ceux qui n'aiment guère le cabotinage intégral du Pacino post-Scarface auront du mal à digérer les 2-3 scènes "j'pète mon câble pour épater la galerie"; personnellement je les kiffe toujours plus à chaque fois ("'cause she's got a GREAT ASS !!! ahahah - sans parler de cette façon d'expulser son poste de télé de la voiture d'un coup de pied dédaigneux, cette scène-là résume ce sentiment de dégoût et de rage, pathétique, qu'on peut ressentir à ce moment, et ce sans le moindre mot). Nous ne parlerons qu'assez peu des seconds rôles très classe, entre ce bon vieux Voight ressemblant à un Christophe empâté, le solide chicano Trejo en guest et l'inénarrable Kevin Cage en Waingro torve et brutal sous sa chevelure de hardos. Nous ferons si vous le voulez bien l'impasse sur la toison aux reflets céréaliers de Val Kilmer (qui restera à jamais Gay Perry - et personne d'autre), les coupes de veuch improbables sont un peu devenu une marque de fabrique chez Mann (voir Cruise et ses tiffs poivre et sel ou Farrell et son vercingetorixiel ravalement de pelage têtal - dont John Voight est ici une sorte de prédécesseur cobaye), comme les scènes d'amour c'est pas trop son domaine, il est empoté avec le capillaire et le romantique et ma foi c'est tout pardonné tant il est le maître du nocturne urbain, place que personne pourra lui contester. Et puis moi je suis comme Drucker, je vois le bien partout : tant de maladresse ne fait qu'en ajouter à son charisme unique. C'est son meilleur film for ever, mais ça tout le monde le sait déjà j'imagine. Mmmh et voilà... Fallait que je parle de quelque chose de beau et d'inattaquable, pour changer ... et surtout parce que j'y suis revenu.
Mais allez donc remplir cette baignoire, au lieu de lire n'importe quoi.

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