dimanche 18 avril 2010

Rendre à César ...

... est une chose qu'on doit savoir faire lors qu'on a un tant soit peu d'éducation.


King Crimson - In the court of the Crimson King

Comme tant d'autres avant moi j'imagine, cette pochette m'a hanté. Depuis que je l'ai aperçue, tout petit, dans les pages du back-catalogue-pas-cher du Club Dial de ma reu-mè. Je ne me suis jamais demandé ce que regardait le mec, mais tout simplement quelle musique on peut bien jouer derrière une image pareille, surtout pour un disque vendu comme un vieux classique inoffensif entre les plus belles chansons de Cock Robin et le premier Zucchero. J'imaginais un truc genre Cesaria Evora, pour je ne sais quelle raison (la tronche peut-être). Mais le titre ne collait pas. Aujourd'hui, je me délecte de ce progressif doomy avant l'heure, alourdi par ses hectolitres de moog fraîchement vendangé, en vinyle comme en CD (au son énorme, au passage). Doomy, oui, et pas seulement pour les récentes incartades rétro-champêtres comme Astra ... Pourquoi croyez-vous que Reverend Bizarre à appelé son premier album In the rectory of the Bizarre Reverend ? Et écrit une chanson sur la Goddess of Doom herself, celle à qui ce vieux rital misanthrope de Vincent Gallo fit incarner la Moonchild dont on vous parle ici, plage 4 (Moonchild qui est aussi un roman de… Crowley. Tout se recoupe). In the court a toujours été cette porte d'entrée vers un monde de rêves, verdoyant et imbibé de rosée pour leur jeune padawan en quête de fièvre progressive ... Mais aussi de cauchemars. Toute la face A est prophétique, et dépeint en quelque sorte l'évolution d'un individu lambda circa 2010 ... Le pauvre à des visions de napalm pleuvant sur les innocents, avant de laisser là toutes ses encombrantes possessions ... On le voit tenant la dragée haute à son patron, qui le vire probablement, ce qui s'appelle effectivement parler dans le vent ; avant de s'envoyer ad patres car il craint que le lendemain ne lui apportera que larmes... Je ne fais que paraphraser, mais que voulez vous, tout comme son illustre précurseur, SF Sorrow des Pretty Things, la toile de fond poétique d'In the court n'a que trop peu été disséqué par les exégètes ... L'histoire, en vérité, se termine ainsi, et le reste n'est que divagations post-mortem, si vous voulez mon avis. Comme un Syd Barrett privé de sa pseudo-mort chimique, notre citoyen s'en va rejoindre les contes de fées qu'il avait quittés trop tôt, peuplés de personnages grotesques et médiévaux, et c'est sur cette note tout à fait détachée de notre sujet de départ que s'achève, en grande pompe (funèbre) cet album. Comme pour bien enfoncer le clou. "a distorted reality is now a necessity to be free", laissait Elliott Smith en épitaphe, justement. Il n'avait rien dit de plus qu'ici, juste enlevé les gants de velours rouge cramoisi.


Innamorato

2 commentaires:

Rafi2600 a dit…

Terrible !

Sgt Buck a dit…

Joli cher Gulo... très joli !