jeudi 1 avril 2010

Tarsem Singh : The Cell

Pour parler de cette pellicule mi-fugue mi-raison ailleurs que sur Satan Owes Us Money, j'avais employé le terme de "nanar esthétique" en gardant en coin une pensée émue pour le postérieur de la dinde latine, arrogamment bombé et contrairement à la plupart des volailles à peau mate du show-biz n'ayant aucunement volé sa réputation de piège à queues... mais je m'écarte du sujet. Nanar esthétique ? Un terme réducteur (le contraire de l'effet provoqué par le cul de... ok), pour dire que l'histoire est ridicule (---> synopsis allociné, vous commencez à connaître la chanson : je ne suis pas un verso de DVD même si j'en ai parfois l'air), que le casting est calamiteux à l'exception du glaçant D'Onofrio (toujours ce même Soldat Baleine... perturbé, c'est le mot), et que le film mise tout sur ses moments "in spiritus", aux visuels de tableau surréaliste monstrueusement envoûtants, impériaux, grandioses, mués par une liberté de création totale, sans limites, et par un métissage de cultures et d'univers au parfum de tentation : la fragrance hollywood sépia de Fincher, le gothique suranné d'Argento, les gadgets biomécaniques pas très nets de Cronenberg, le kitsch oriental, les dérives hallucinées de Gilliam, et les traces de bave luisantes d'un gastéropode de la pop generation traumatisé par les toiles du Caravaggio et la fin sous psychotropes de Ghostbusters.

Singh est l'un des rares - peut être le seul avec Lyne - réalisateurs issus du clip et de la pub pour lesquels je voue une admiration sans bornes tout en admettant son handicap si c'en est un (celui de n'être qu'un faiseur de plans), parce que ses images parlent à mon subconscient. Il est aussi, vous l'aurez remarqué à la lecture de ce navrant billet, de ceux qui me rendent sérieux et monocorde. Le fait est qu'évoquer les visions monumentales de ce trip - dont le scénar à base de Silence des agneaux et consort n'est qu'un prétexte aux débordements picturaux - est impossible. Et que les décrire serait tuer un peu de leur magie. Il suffit de se noyer dedans, d'en saisir les arpèges et les nuances, les détails troubles, et surtout, la beauté. Notons que la B.O. de Shore est l'une de ses plus belles, magnétique en diable, que la bande-son elle-même est une merveille de chaque instant, que les costumes, car c'est un film a costumes, sont ensorcelants, et ce de bon comme de mauvais goût quoique ces considérations soient caduques (Besson et son 5ème Elément son out, la foire aux monstres de Peter Jackson aussi), et que les décors laissent pantois. On devine déjà dans certains détails fondants ce goût du gay inhérent à Tarsemette (piercings aux tétons, hermaphrodites bodybuildés) qui explosera comme un refrain de Queen dans le fruité The Fall, et le sensuel trouble de certaines courbes animales (ou autres), de certaines pulsions, morphologies, ou anamorphoses (ouais enfin là je raconte n'importe quoi). La version ciné de Silent Hill par Gans, aussi peu servi par sa trame policière, est unes des précieuses séries B fardées à s'être un peu approchées de cette grande orgie léchée et perverse, mais elle n'y arrive pas à la cheville. A la façon du Dracula de Francis Ford, ce "nanar esthétique" est une des rares toiles fantastiques modernes & mainstream à trouver sa raison d'être dans le maquillage, car son maquillage est sublime, car il est la motivation 1, car il fait tout... car il est la chair même. Le gros défaut restera toujours à mon goût (sûr) les moments IRL inconsistants (à l'exception d'une scène à la Buffalo Bill très karacho), mais ils accentuent d'une certaine façon, par leur fadeur et leur maladresse, le plaisir qu'on a à se plonger dans l'onirisme absolu des séquences de traque, dans la psyche du serial killer, au baroque morbide et au monolithisme cacochyme. Quelques bribes pour allécher, parce que je me fais du mal là...



1 commentaire:

Innamorato a dit…

c'est vraiment très FF8 comme dégaine, tout ça... ce côté futuriste mais en même temps organique/too much.... il est sorti en quelle année, déjà ?