jeudi 30 septembre 2010

The Eighties Matchbox B-Line Disaster : blood & fire


Parce que même au saut du lit ce disque fait pousser les dents et hurle l'envie de picoler, et que le seul moyen pour se tenir c'est comme aux AA, d'en parler. Parce que vérification faite quelques mois après, il ne vaut définitivement pas que par son enfilade de tubes introductive, et qu'il est aussi scabreux que le membre de phrase que vous venez de relire pour être sûr. Parce qu'il n'est pas uniquement le meilleur album de psychobilly de l'univers, qu'il est également LE disque de gothic rock, fier de l'être et mieux que ça. Parce que c'est beau un groupe qui entre pleine possession de la puissance qu'il a en héritage, et qui rit de la contempler si grande et si enflante en son calfouette. Parce qu'il passe en boucle dans la salle du bas de la House of the Rising Sun, et qu'on sait pertinemment où tout ça va finir.

Sortie du placard

Ce douloureux problème en est-il réellement un ?


Placebo "Narcoleptic"

Je comptais vous parler de Scared Of Girls, de Burger Queen, voire de Taste in Men, histoire de faire le lien avec les figures "camp" du swinging london, ces queer qui s'ignoraient et chez qui Brian Mollecouille irait puiser jusqu'à la lie pour son look et son auto-dérision pathétique... (idole 60's préférée : Dave Davies, sans doute, du look jusqu'à "death of a clown", tout semble le prouver... Mais quel mal y a t-il à cela quand Bowie himself s'en était inspiré ?) Bref, je comptais vous parler d'un titre plus évident, sans doute plus connu, histoire de justifier de parler, après tout , d'un groupe aujourd'hui imbitable, même avec un sac en papier sur la tête, pour reprendre la poésie d'ado frustré de Nancy Boy... Oui, j'aurai pu vous parler du puits sans fond Ask for Answers... De Come Home, tiens, et de son lipstick pégueux et teigneux qui sent la bataille de polochon mais voudrait sentir le stupre et la drogue. Mais au lieu de ça, je vais vous parler de Narcoleptic. Et de sa solitude en forme de plaie ouverte, irrésolue comme du Alice in Chains, de cette guitare au bord de la route, tremblotante tandis que passent les semi-remorques, à 5h du matin. C'est une supplique pour ne pas mourir, que l'auteur, incapable de dévier les yeux du miroir de peur qu'il se mette à flétrir, Dorian Gray-style, se dédie à lui-même. Une pilule oubliée au fond d'un album qui prend surement la poussière quelque part chez vous... Allez, vous pouvez le ressortir maintenant, plus personne ne regarde. Il ne sert à rien de chercher ailleurs ce spleen-là, sans pathos, vidé de son sang, divagation d'une âme seule avec elle-même aux prises avec une insomnie d'un siècle. c'était il y a dix ans, et les choses ont bien changé pour notre androgyne... "it seemed a place for us to dream"... angoisse, cruauté, mais aussi rêve, évaporés ? Mais non, voyons ! il existe un endroit où la rosée jamais ne s'évapore..........

Small Faces "Itchycoo Park"

Cherchez pas le rapport, il est ténu, mais des Small Faces, et encore plus du vocaliste Steve Marriott, on peut dire cela : ils sont l'opposé radical de la figure auto-centrée et malade œuvrant dans Narcoleptic... C'était il y a 45 ans, et les choses n'ont pas du tout changé (l'éternité ne peut pas vieillir) puisque Marriott était quasiment déjà un demi-dieu de son vivant. Premier d'une longue série d'idoles androgynes britanniques, il est ici pris en flagrant délit de béatitude avancée, un peu comme votre serviteur lors de sa dernière visite en ces lieux (où avant-dernière ? en tout cas j'y parlai des La's et des Stone Roses). Ou tout simplement à chaque fois que mes esgourdes s'attardent sur une pièce d'orfèvre de pop anglaise bénie des muses d'Albion... Il est question de sécher les cours pour venir se défoncer dans ce parc au nom improbable et ridicule, sorte de Pays Imaginaire pour Peter Pan turbulent et adolescent, et d'y tomber en pâmoison... "but why the tears then ? I'll tell you why : It's all too beautiful"... entend-on avant que Marriott ne se lance dans un break aux paroles digne de la danse des canards, révélant l'état psychotrope nécessaire à une telle ingénuité. Sans prétention, Marriott atteint ici le même mysticisme que les Kinks sur Waterloo Sunset par exemple, où les Zombies sur Hung up a dream... Il y a certaines choses que seuls les anglais savent faire, et si le post-glam délabré de Placebo en fait partie, c'est encore plus le cas de petites fioles d'éternité et d'abondance comme Itchycoo Park. Comme pour les Stone Roses, il faut prendre ça comme une invitation à toucher, à sentir, à bouillir, à pleurer et par-dessus tout, à s'élever. Risque d'addiction : inestimable.


Innamorato

mercredi 29 septembre 2010

Un peu d'information

Pour changer.


Madam Germen : Invocación Á Morte

Un nom qui peut éventuellement prêter à sourire mais ça s’arrêtera là : Germen ne pousse pas vraiment à la vieille déconne des familles. Je ne vais pas ici remonter l’arbre généalogique des influences de madame et retracer les divers accouplements, plus ou moins consanguins, de ses illustres ancêtres. Disons, pour faire court, que l’on a affaire à du Crust AOC très fortement teinté de Metal sombre et dépressif.

Ce groupe est originaire de la Corogne, province de bout du monde. Comme convenu le chanteur principal a les cordes vocales passées au papier de verre et la langue employée, le galicien, est méconnaissable. Mais là où le Crust ordinaire, céleri rémoulade, s’attache à te meuler la face en première intention Madam Germen mise sur les changements d’ambiance et de tempo. Aux lourdes envolées mélancoliques succèdent les rase-mottes au-dessus des champs de ronces sur fond d’affliction traîne-la-patte, d’effondrement sur soi et d’agressivité de mise.

Un très bon skeud, original, qui repousse les limites du genre.

Attention : leur CD "Discografía" ne contient PAS les titres de ce 12". Même si la thématique est déjà bien en place ("Hymne au sacrifice", "Renoncer à un monde malade"…) l’identité y est moins marquée; les morceaux live y sont tout de même saisissants de maîtrise, on sent clairement qu’il ne s’agit pas d’un autre gang d’analphabètes chargés aux caisses de bières.


Veni Vidi Peni

mardi 28 septembre 2010

Black Sun : Twilight of the Gods


Foutu Russell ... Ce cochon d'anglais est parti d'un genre de birmingham-music de chambre capitonnée bien à lui, qui tenait, de mémoire, vaguement des vieux Scorn pour le mélange instable de Swans et de bidouillage électroïde - pour progressivement rentrer dans le rang, d'abord avec un genre d'hybride très charpentier d'Unsane et Godflesh, puis sur Hour of the Wolf avec un assez scolaire blend de Swans et de Khanate, aux textes tout droit recopiés du petit Gira Digest, et à la prod de Plotkin qui va bien.
Et aujourd'hui : ça.
Black Sun se met au hardcore ? Voire. Ce truc est indescriptible, un monstre, on hésite à entrer dans la cage. Duo de voix l'homme-la bête, à la Fugazi, mais ici l'une fait penser à Rollins et l'autre à Bessac et Human Furnace*. Noise-rock, mais joué avec un son hardcore metal. Morceaux souvent assez clairs et emo à l'ancienne, mais joués avec un vice et une férocité si-j-avais-un-marteau aux affreux relents de Today is the Day et Black Flag - le beau, le seul, celui d'In my Head - et versant à tout instant dans le breakdown-règlement de comptes funèbre accordé en sludge ou le total nervous collapse sur le carrelage de la cuisine action-paintée en rouge. Atmosphère lugubre à la Tortuga ou Daggers, martelée de sauvagerie sociopathe à la Bodychoke. Il va sans dire que naturellement Twilight of the Gods ne ressemble à précisément parler à aucun de ces groupes ; ce qui, pour qui connaît mes marottes, est le propre du vrai post-hardcore. Ambiance qu'est-ce-que-c'est-que-ce-machin-qui-ressemble-à-rien et putain-il-me-le-faut, tellement nimpesque que c'en pourrait être français - enfin quelqu'un capable de s'aligner avec No Surrender, même, qu'on se dit irrépressiblement. Sinistre, sulfurique, enflammé, cogneur, mystique.
Au fond Russell pratique toujours le même style. La musique d'abattoir.


* au chapitre vocal, vous serez peut-être intéressés de savoir que passe également en invité certain musculeux moricaud au cœur blessé.

Rolo Tomassi : cosmology


Des nuages de barbe-à-papa pêche blanche rampent sur les les étoiles et tranchent des gorges, y dessinant des sourires poupins ravis où les farandoles de quenottes sont des chaînes de tronçonneuse en perles de sucre filé. On éventre Pierrot cette nuit et on l'énuclée, avec d'effrontés coups de stylets en sucre d'orge et dans de merveilleux arcs-en-ciel de douleur ; la fête aurait mérité le radieux pinceau de Satoshi Kon plutôt que le pauvre mien.

lundi 27 septembre 2010

amGod : Half Rotten and Decayed


HR&D, c'est (quand je commence cash comme ça vous savez que vous allez prendre cher en racolage nhb, pas vrai ?) Funker Vogt et :Wumpscut: qui se pillent la tête à Mortal Kombat, c'est 2 Unlimited en vedette d'un festival grouft dans un château autrichien, c'est x-rated R-Type, c'est tout simplement une partie de Sonic en scrolling différentiel dans les décors d'Urotsukidoji : c'est interminable et ça gicle de toutes sortes de couinements fluoscintillants comme des faciales au canon à plasma.
Dommage que ce soit plus fun que véritablement génialesque, jusqu'ici amGod ce sera donc surtout including l'overtube teutonic-succubiatch zouklove "Overlove" - et dans une moindre mesure, sur le second album uniquement disponible sur l'édition triple cd du ci-devant premier (le mec était déjà sur Alfa Matrix dans sa tête alors qu'Alfa Matrix n'existait pas encore), l'hysterospeedtrance "Freeze" - en attendant le tout proche troisième qui promet, à sortir sur ... Alfa Matrix.

dimanche 26 septembre 2010

Morbid Angel : Blessed are the Sick


Le death metal, tout choquant que la chose puisse paraître, ne consiste pas toujours en rillettes de goules sur toasts d'osselets briochés, et orgie de nuoc-mam fait avec des enfants. Non. Quelquefois le death metal est une affaire mortellement sérieuse, qui rigole mais alors pas du tout. Du moment que ça reste laid. Parce que si ça n'est pas laid ça n'est pas du death, l'argument du death mélo est invalide, il y a autant de death dans le death mellow que de hardcore dans ce que vous savez.
Et de la mocheté, nous en avons ici à s'en étouffer dans son vomi, à en faire passer Obituary et Canniboule pour Sigur Ros. Non seulement les riffs qui ne ressemblent à rien sinon des bidules griffus, anguleux et pas contents sans qu'on sache bien où est leur problème, genre Ripping Corpse avec des bésicles, mais le son, pointu et poussiéreux, le phrasé saccadé et le timbre au temps de cuisson dépassé, les solos qui renvoient ceux de RATM, Slayer et Darkthrone à leurs partoches de Gary Moore, les changements de tempo à ne pas aborder sans sa boîte de mercalm, les ambiances d'invocation que tu veux même pas imaginer ce qu'elles vont summonner tellement t'as peur de pas savoir retenir une explosion de rire hystérique qui n'arrangera pas les choses - vu que tout ceci n'est quand même pas bien rassurant ... Toute cette compacte et confuse masse de laideur servie, sans que cela-même soit rien d'autre que tout naturel, sous cette trouble pochette l'une des plus belles, fascinantes et nauséeuses que je connaisse, d'une beauté qui convoque à la même douceâtre partie fine le Blob et Lovecraft, et Sade, Huysmans et Mirbeau.
Ceci une fois dit, toute personne convenablement constituée devrait fourmiller d'envie de connaître la chose si ce n'est déjà le cas, aussi n'en ferai-je pas davantage, ce qui m'arrange bien car ce n'est pas l'envie de foutre les doigts dans ... ça, qui m'affole.

vendredi 24 septembre 2010

Early Graves : Goner

Comment vous faire entrer dans le crâne à quel point ce disque est bon dans son style où tout a déjà été fait et refait et surfait, à une époque digitale où les superlatifs pachydermiques sont aussi ordinaires que les combos de crustdeathnrollultrapissedbadassapocalypsesludgecore - catégorie où s'alignent les Early Graves ? Quel terme employer, qui ne vous fasse bailler tant vous le lisez tous les quatre clics ? Bave au lèvres ? Conviction ? Urgence ? Guerre-feu-village ? Carnage ? Grizzly sous crack ? Torrents de napalm ?
A tombeau ouvert, peut-être ? Les Early Graves se sont plantés en camion, une nuit de tournée, et le chanteur y est resté. Trap Them peut continuer tranquille de nous sortir des albums couille-molle, cet album, émouvant de fureur, qui fait peut-être même mieux que ressusciter la terreur du premier Cursed restera un magnifique cul-de-sac - dead end.

Opiniâtre

est le mot que vous cherchez


The Ex : aural guerrilla

Dès le début des années 80 les prévisions les plus catastrophiques des plus allumés des écolos-babas se sont réalisées. La température s’est élevée, les eaux ont gonflé. Au-delà de toute prévision. En Hollande il a fallu surélever les digues existantes, en ériger de nouvelles, à la va-vite. Un chantier immense. Une course perdue d’avance, maintenant abandonnée. Ceux qui avaient les moyens ont émigré vers des terres plus élevées. Les autres sont restés. Le gouvernement disparu, ce qui restait de valeur sociale a volé en éclat. L’homme vit désormais dans sa crasse. Ne pas choisir de camp, de tribu, n’est plus une option. Harangues baignées de brume.
Touffeur accablante.
Guérilla urbaine sur fond de rythmes primitifs.

En attendant que le Fleuve ne se mette à couler à l’envers.


Veni Vidi Peni

yelworC : Trinity


yelworC (très important la casse, rigolez pas, moi même comme ça j'ai mis des années à piger) déjà au début c'était spécial, du genre à part de la mêlée ; Rudy R. ne s'y est pas trompé, lui qui avec sa fausse révolution Slaughtering Tribe s'est contenté de combiner yelworC, Leaether Strip et Dive. Ça l'est devenu encore plus lorsque ç'a été amputé de sa partie la plus graou, devenue amGod, pour muer en cette abominable dark-electro sumérienne, dont on ne sait comment la prendre pour la décrire, tant sont indissociables la production, la voix, la rythmique et le mode de prédation, qui convoquent cette tangible et écœurante présence - cette transe en perpétuel soubresautement lubrique, ce susurrement de serpent, visqueux comme du Sleep Chamber, ce tournoiement sans fin autour de sa proie, ce phrasé rituel virevoltant, libidinal, malin, ces morceaux qui se ressemblent tous avec leur son lointain et tranchant comme des langues de fer qui tourmentent et exaspèrent tous les points tendres dans l'obscurité, pulsant et palpitant sans répit ni satiété, emportant hors de vue du monde dans leur cérémonie de soumission ... yelworC c'est de l'occult-house, voilà ce que c'est. Et Trinity ça colle une très addictive nausée.

jeudi 23 septembre 2010

Ghostface Killah : The Big Doe Rehab


On croirait Benny Blanco ( et J-Lo) sur la pochette, mais je pencherai pour "Quand Carlito (Brigante) rencontre Jackie (Brown)".
Vertigineusement sapeur, smooth comme fiente de chinchilla, scintillant de coke thaï tout premier choix dans la nuit tout premier choix, intouchable et seigneur, renversant de soul-cooljazz 7XL, une tragédie aussi antique que l'école que l'on dit vieille, mais anesthésiée par les fourmillantes bulles de dom pé, le sourire aveuglant aux lèvres.

mercredi 22 septembre 2010

The stars are right

Donc les anciens arrivent.


Nashville Pussy : let them eat pussy

Ce matin tu t’es levé avec le soleil, comme un zombi diurne, et t’as pris ta caisse pour aller bosser. Sans déjeuner. Maintenant tu finis ta clope, te grattes derrière l’oreille et t’installes dans l’habitacle de la moissonneuse-batteuse. L’engin, à vrai dire, est au bout du rouleau. Un technicien est venu le mois dernier … verdict : plus sous garantie, plus pour longtemps, achètes-en un autre … trop cher … seule alternative, adhérer à la coopérative pour pouvoir utiliser leur matos. Mais bon, il se trouve que tu n’es pas en très bons termes avec la coopérative. En fait, tu n’es pas en très bons termes avec grand monde. Les gens du coin t’ont surnommé "le teigneux". Les gens du coin n’ont pas beaucoup d’imagination. Mais bon, de toute façon, les gens du coin, tu les emmerdes.
Ha, ha, ha, qu’ils aillent TOUS se faire foutre !
Bon, allez, assez philosophé … contact …teuf-teuf-teuf …te voilà parti pour la journée.

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Tu tiens une sacré gueule de bois. Chaque battement de cœur vient réveiller ton mal de tête alors, pour faire diversion, tu remets de l’ordre dans les événements de la veille. Voyons …
Pour commencer tu t’es saoulé avec ton pote, celui qui est lourd comme une enclume, qui connait pas l’apesanteur et que les gens du coin appellent "le bicéphale", parce que, soi-disant, il pense avec ses couilles.
À un moment, 2 poules se sont assises au comptoir … entre 2 âges … quelconques … pas des locales. Bref coup d’œil aux sacs à main … vulgaires, c’est jouable !
Tu décides de passer en mode connard. Tu ne connais pas d’autres méthodes.
Lorsque le type s’est pointé sur scène avec sa guitare sèche tu l’as patiemment laissé couiner 3 morceaux, histoire qu’il y ait un embryon d’ambiance à casser, puis tu t’es levé, tu lui as balancé ta bouteille de bourbon - vide, pas con ! - et t’as gueulé :
- Merde mec, les créanciers à rembourser, l’odeur de bouse qui colle à la peau, les coups de soleil sur la nuque, j’en ai plein le cul !
Ton pote a rajouté :
- Tes gosses qui veulent plus travailler la terre, on s’en branle ! On veut du rock’n’roll, motherfucker, et du rock’n’roll qui tâche !!!"
Vous vous êtes rapidement retrouvés dehors, la gueule contre le trottoir. Le temps de vous relever, les princesses sortaient à leur tour … ton instinct t’avait pas trompé : c’était des filles à connards !

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Ensuite, connaissance faite, vous avez pris ta caisse. T’as conduit comme s’il te restait 5 minutes à vivre, fenêtre ouverte, en poussant des "WhaAAaoOOoo" chargés d’animalité et de testostérone. Arrivé à la grange vous avez continué à picoler.
Et commencé à baiser.
Alors que tu fourrageais entre les cuisses de ta partenaire avec des grognements de sanglier ça t’es venu comme une évidence : tu finis la saison et tu mets les bouts. Peu après tu as relevé la tête, le visage barbouillé de foutre féminin, et t’as allumé une clope. Non loin ton pote s’acharnait toujours sur sa greluche et finissait de lui battre les ovaires en neige, en ahanant à 40 bpm. Il faut voir la réalité en face. Ici t’es grillé, ça devient de plus en plus compliqué de tirer ton coup. Tu vas négocier ta part avec tes frères. T’es pas en très bons termes avec eux non plus, ils seront contents de te voir partir. Ça suffira pour voir venir.
Tu vas monter un groupe de rock’n’roll. Qui tâche. Avec ton pote.

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Pffff, t’as chaud sous ta combinaison de travail, il faut dire que ça cogne et qu’il y a pas la clim dans ce merdier. Allez, juste une saison à finir….


Veni Vidi Peni

Necrofix : Nefarious Somnambulance


Ah, l'âge d'or ... Quand tous les groupes d'electrowave n'étaient pas la même batmobile surabaissée sur jantes de 25 et tunée à grands renforts de becquets orange marque Hocicombichrist Van Roy. Quand on pataugeait dans les petits groupes à personnalité aussi unique que leurs albums - et qui aujourd'hui font tout le prix du coffre à trésors de pépé.
Necrofix, pour sûr, se range dans la pile où pépé range ses Skinny Puppy, ses Mentallo & the Fixer, ses Download et ses Morgue. Avec un halo bien à lui ; le disque est aussi étouffé de torpeur et d'états seconds hallucinatoires que le promettent titre et pochette (et attendez voir d'ouvrir le livret) ; il tient certes d'un croisement de Rabies et Too Dark Park, il tient beaucoup également des nacres narcotiques des frères Dassing, il est feutré, urbain, ensorceleur, saturnien, nyctalope, synesthésique, métamorphe, brumeux, solvant, il est l'Épouvantail de Batman en flânerie dans Blade Runner, la version Philip K. Dick du Grand Sommeil, Last Rights au Xérès, le Crack into the Nothing de l'aggrotech.
Il est très chaudement recommandé, et pas seulement à ceux qui croient que l'electro toxique c'est ce que fait Velvet Acid Christ.

Hail of Bullets : on divine wings


Ça joue du death, ça parle exclusivement de la guerre, et ça le fait avec une relative brutalité - ou une relative, et discrète, distinction, comme on préfèrera. Vous voyez le malaise ? Je veux dire, on est ne train de parler de metal qui se proclame extrême, pas vrai ? S'il n'est pas extrêmement au moins quelque chose, de quoi sert-il ? Ah, oui, il y a Van Drunen, et Van Drunen est extrêmement Van Drunen, et c'est comme ça qu'on l'aime tant - c'est même un peu la seule raison pour laquelle j'ai écouté la chose, parce que tout de même, la pochette, excusez-moi. Mais honnêtement, du Bolt Thrower élégant ... pour quoi faire ?

Nine Pound Hammer, 21/09/10, le Mojomatic, Montpellier


Motörhead ; et, tiens et puisqu'on sait bien que j'affectionne les références de fraîche histoire, la faute à ma mémoire impotente, Endless Boogie ; cela seul, accompagné à l'extrême rigueur d'un petit Nashville Pussy dont provient si me souvient le chanteur des ci-devant, devrait suffire à dire ce qu'était ce concert ; bal des débutantes pour moissonneuses-batteuses à la saison des roucoulades ; du type qui rend les trois premières parties inutiles avec leurs fioritures d'on ne sait quoi, quand on a là, en plat de résistance (steak familial, naturellement), et pour parler obskür, une forme de quintessence du rock'n'roll : sudatoirement bouclé, pelvitique, simpliste. Tout le reste est accessoire, aussi me dois-je de préciser que ledit chanteur portait un t-shirt Defenders of the Faith, et que plus de la moitié des solutions houblonnées mises à sa disposition à fins de rafraîchissement ont été administrées par la voie occipitale - chauve, s'il faut absolument le préciser. Nuff respect.

lundi 20 septembre 2010

Prey for God : a.s.h.e.s.


Pour/par fan de Neurosis ? Y a de ça, de la barbe fossile à la Eye of Every Storm ; quoique non, c'est pas ça, du hachoir vermoulu à la Given plutôt. Y a de ça, mais c'est pas tout à fait ça. Y a du funèbre là-dedans, ouais, du funeral doom presque, limite Bosque, mais oui. Quoique non ; du funeralcore à la Daggers, plutôt. Hivernal, ouais, pour sûr, très. Forestier, voire. Quoique non ; pas que ; parce que c'est très post-industrielles qu'elles sont, ces ruines, ces gravats couverts de mousse, ce son pulvérulent, ce terreau stériligène collecté à Birmingham. Quelque chose de Dirge et d'Eibon, pour sûr, au moins et visiblement dans cette indéfinissable classe à la française d'où vient qu'on n'arrive pas à immobiliser et catégoriser le bestiau lors même qu'il a toutes les apparences et les contours d'un gabarit bien défini ; dans ces morceaux trompeusement mortuaires qui ne se résolvent pas, ces apaisantes psalmodies qui bercent et ne se résolvent pas, qui attendent, attendent, ces incantations de baladin-croisé carnivore qui tournent autour de leur proie, en tressant par avance l'oraison dernière ... Funeral stalker core ? Létal assurément.
On n'attend plus qu'un petit pressage.

The Knife : silent shout

Mon petit prozac perso.
Glaçage sucré, emballé dans du papier bonbon chromé serti d'imprimés Ghost in the Shell, le tout jalousement gardé à double-tour dans ma toolbox Kraftwerk ; de quoi tenir un siège et faire de beaux rêves urbains tout d'acier et de verre, d'un rose acidulé vampirisant, en arrière-plan de buildings dernier cri, le bleu électrique de l'éther tirant doucement vers le noir de la nuit.

dimanche 19 septembre 2010

Gorefest : Chapter 13

Un des quelques disques de la catégorie très select de ceux qui font perdurer l'érection matinale, au même titre qu'un Wolverine blues ou un Heartwork. C'est frais comme une boule de neige dans la gueule, le son y est épais comme un caleçon d'une semaine. Ca groove comme un James Brown en train de balancer du napalm sur le Vietcong en chantant I feel good, c'est Hendrix qui fait des solos de lance-flammes. Aguichant sans être putassier, bref sexy comme un camion.

Meilleur moment pour écouter le disque : 11h, 11h30, si vous êtes déjà levé.

vendredi 17 septembre 2010

Sang Frais

Soum, on l'a un peu trop oublié ces derniers temps, c'est aussi avant tout des visiteurs prestigieux. Je laisse donc celui-ci se présenter comme tout gentihomme : avec ses goûts, qui sont de qualité supérieure (il n'est que de regarder la jaquette ci-jointe), et sa plume, qui ne saurait que leur faire honneur.


Vex : sanctuary

Attention, copycat !
Dès la première écoute on ne peut qu’être frappé par la similitude avec le premier Killing Joke. Cependant, ici, point de félin famélique au regard creux et à la démarche craintive. Celui-ci vient se frotter à ta jambe… feulements… minauderies…et le voici déjà qui ronronne sur tes genoux.

Rythmique tribale et mouvante. Guitare crissotante, à demi éthérée. Amorces de colère sourde. Tristesse mâtinée de dégoût résigné. Fiel édulcoré par la recherche d’un improbable sanctuaire intérieur : 4 titres comme 4 pincées de poudre jetées aux 4 vents des faux espoirs. Au cas où, sait-on jamais.

Comme on peut compter sur peaudzob records pour une éventuelle réédition, ce vinyle est à rechercher chez les disquaires d’occasion : …(…)…… flip, non, flap, non,… (…)….. flip, non, flap, non,… (…)…..flap, non, flip, non, flap, non, flip, nhahahaha te voilà toi ! tu veux tes croquettes ?


Veni Vidi Peni

jeudi 16 septembre 2010

Zorn : In search of the Miraculous

J'aime ces disques qui sont à la mélancolie ce que Lexington est aux hémorroïdes, un révélateur. Ces mecs qui connaissent sur le bout des doigts leurs modes phrygiens, doriens, lesbiens. Parce qu'un Zorn en mode jazz pour pécho, il a la classe d'un Bogart, d'un Mark Lanegan, d'un Gordon Ramsay. C'est intimiste comme du Antony Hegarty, occulte comme aucun groupe du black circle ne le sera jamais, c'est beau à chialer et ça se la joue genre raie sur le côté. Ca grouille plus de monks ici qu'à Tibhirine, de Thelonius à Shalhoub en passant par Matthew G. Lewis. Et sans l'autre tanche de Vincent Cassel, s'il vous plait, on est entre amis ici.


Meilleur moment pour écouter le disque: morning music, mes petits pères.

mercredi 15 septembre 2010

Killing Joke : Absolute Dissent


Tout le monde y va déjà de toutes parts, de sa chronique de leak daubé en track by track, mais moi coco je vais te dire, ce qu'il y a à savoir de l'ex-Feast of Fools : un plan-produit gravement pété.
Les réfractaires au virage bulldozer opéré il y a de cela quelques disques déjà ne se réconcilieront pas encore ce coup-ci avec Blague Tueuse, et les allergiques à la soupe quatrevingtale ne retrouveront pas le métalindusse espéré, dans cette guimauve ivre de solstices.
En revanche, ceux pour qui le terme bovine-wave veut dire quelque chose, ils trouveront ici entre autres perles rocailleuses une réponse du berger à la bergère Godflesh, sous forme d'un riff tractofunk mono-note plus vrai que nature, enluminé sur la fin de chœurs tout à fait New Order ; et une gavée de refrains bœuf-ananas-cacahouète-sauce-huîtres ; et leur ration roborative de riffs en gifles iodées sur basse tourbée. Comme prévu avec "In Excelsis", Killing Joke revisite avec l'humeur radieuse du patron tout son répertoire et celui de ses franchisés, et renvoie à leurs mornes occupations tous ceux qui ont cru jamais que Killing Joke était quelque chose de fin ou d'élégant - les cons ; à grands revers de mélodies fédérationnistes pour nouvelle préhistoire pleine de gravats.
More hosannas, my brothers.

lundi 13 septembre 2010

Quorthon : Purity of essence

On parle finalement assez peu, autant dire trop peu, des deux albums rock de Quorthon. On y reconnait pourtant immédiatement la voix écorchée et sa fausseté légendaire, les harmonies Uber-Bathoryennes, ce sens du riff qui fait durcir la tête et bouger la queue. C'est Burzum chez Dawson, Valhalla rising en mode "sauvons la planète", Bigfoot en rocking-chair, REM qui fête le solstice d'hiver.


Meilleur moment pour écouter le disque: when in love.

samedi 11 septembre 2010

Sick of it All : Based on a true story

D'aucuns vous diront que ce qui fait le hardcore c'est le côté revendicatif, engagé, ou je ne sais quoi du même ordre. Mouaif. D'autres argumenteront que c'est dans sa dynamique héritée du punk, avec les choeurs virils et fraternels, que réside le secret du genre. Re mouaif. Certains iront même jusqu'à vous seriner que la clé du truc c'est la guitare et les parties rapides, haha, les cons. L'élement central dans le hardcore, moi je vous le dis, c'est la basse. Comme dans toute musique qui se respecte, cela dit. Je me demande même pourquoi je le précise tellement c'est évident. Ce son de basse mordant et abusivement mis en avant, ronflant, criard, percussif. Je ne sais pas vous, mais moi je me souviens qu'à l'école il y avait en classe deux types de lascars: ceux auxquels le bruit de la craie grinçant sur le tableau faisait dresser les poils sur les bras et ceux qui n'en avaient plus ou moins rien à branler. Et bien la réaction de tout un chacun à ce son de basse si typique devrait être tout aussi épidermique. Avant donc que je mette la main sur Based on a true story on m'avait laissé entendre que c'etait leur meilleur disque depuis Scratch the surface. Je vous laisse imaginer comme j'ai fait mon blasé. Pensez donc, ce groupe ça fait facilement 15 ans que je l'écoute alors c'est pas à moi qu'on va la faire. Le verdict après une écoute dans les conditions idéales, sur lesquelles je vais revenir d'ici peu ? Ma mauvaise foi m'empêche de dire que c'est le cas. Alors comprenne qui pourra.

Meilleur moment pour écouter le disque: indubitablement et définitivement sur le chemin de la salle de boxe, sous la pluie. Recommandation testée par mes soins hier soir encore.

vendredi 10 septembre 2010

Man's Gin : Smiling Dogs


Pour sûr, le ululeur ici n'a pas autant de saints patrons au plafond que David E. Edwards, pour sûr, il n'a pas les sinus aussi harmoniques que les deux nasiques sur Jar of Flies, pour sûr, il ne creuse pas aussi profond de son organe que le pastoureau des Angels of Light.
Pour sûr, ce disque-ci de garçon vacher gothique est bien mieux que tout cela.

dimanche 5 septembre 2010

Paolo Conte : Paolo Conte


Gouaille nonchalante, canaillerie madrée d'aristocrate de gouttières, et tristesse lavazza typique de ces damnés bougres de comédiens, pour une aubade de comptoir, de gondolier-éboueur. Le crépuscule d'été a des reflets d'argent égrillards, et cette fatigue à l'arrière-bouche amère est délicieuse jusqu'à la joie, jusqu'à se sentir gris d'enfance.

D.F. Sadist School : The Visionary Garden


Elle eut dans son sommeil, un faible gémissement.
À la tête de l'autre lit, assis sur le divan, il lisait à la lumière concentrée d'une petite lampe. Il leva les yeux. Elle eut un léger frémissement, secoua la tête comme pour se libérer de quelque chose, ouvrit les paupières et fixa l'homme avec une expression de stupeur, comme si elle le voyait pour la première fois. Et puis elle eut un léger sourire.
- Qu'y a-t-il, chérie ?
- Rien, je ne sais pas pourquoi mais je ressens une espèce d'angoisse, d'inquiétude...
- Tu es un peu fatiguée du voyage, chaque fois c'est la même chose et puis tu as un peu de fièvre, ne t'inquiète pas, demain ce sera passé.
Elle se tut pendant quelques secondes, en le fixant toujours, les yeux grands ouverts. Pour eux, qui venaient de la ville, le silence de la vieille maison de campagne était vraiment exagéré. Un tel bloc hermétique de silence qu'il semblait qu'une attente y fût cachée, comme si les murs, les poutres, les meubles, tout, retenaient leur respiration.
Et puis elle dit, paisible :
- Carlo, qu'y a-t-il dans le jardin ?
- Dans le jardin ?
- Carlo, je t'en prie, puisque tu es encore debout, est-ce que tu ne voudrais pas jeter un coup d'œil dehors, j'ai comme la sensation que...
- Qu'il y a quelqu'un ? Quelle idée. Qui veux-tu qu'il y ait dans le jardin en ce moment ? Les voleurs ? Et il rit. Ils ont mieux à faire les voleurs que de venir rôder autour de vieilles bicoques comme celle-ci.
- Oh ! je t'en prie, Carlo, va jeter un coup d'œil.
Il se leva, ouvrit la fenêtre et les volets, regarda dehors, resta stupéfait. Il y avait eu de l'orage l'après-midi et maintenant dans une atmosphère d'une incroyable pureté, la lune sur son déclin éclairait de façon extraordinaire le jardin, immobile, désert et silencieux parce que les grillons et les grenouilles faisaient justement partie du silence.
C'était un jardin très simple : une pelouse bien plane avec une petite allée aux cailloux blancs qui formait un cercle et rayonnait dans différentes directions : sur les côtés seulement il y avait une bordure de fleurs. Mais c'était quand même le jardin de son enfance, un morceau douloureux de sa vie, un symbole de la félicité perdue, et toujours, dans les nuits de lune, il semblait lui parler avec des allusions passionnées et indéchiffrables.
Au levant, à contre-jour et sombre par conséquent, se dressait une barrière de grands charmes taillée en arches, au sud une haie basse de buis, au nord l'escalier qui menait au potager, au couchant la maison. Tout reposait de cette façon inspirée et merveilleuse avec laquelle la nature dort sous la lune et que personne n'est jamais parvenu à expliquer. Cependant, comme toujours, le spectacle de cette beauté expressive qu'on peut contempler bien sûr, mais qu'on ne pourra jamais faire sienne, lui inspirait un découragement profond.
- Carlo appela Maria de son lit, inquiète, en voyant qu'il restait immobile à regarder. Qui est là ?
Il referma la fenêtre, laissa les volets ouverts et il se retourna :
- Personne, ma chérie. Il y a une lune formidable. Je n'ai jamais vu une semblable paix.
Il reprit son livre et retourna s'asseoir sur le divan.
Il était onze heures dix.
À ce moment précis, à l'extrémité sud-est du jardin, dans l'ombre projetée par les charmes, le couvercle d'une trappe dissimulée dans l'herbe commença à se soulever doucement, par à-coups, se déplaçant de côté et libérant l'ouverture d'une étroite galerie qui se perdait sous terre. D'un bond un être trapu et noirâtre en déboucha, et se mit à courir frénétiquement en zigzag.
Suspendu à une tige un bébé sauterelle reposait, heureux, son tendre abdomen vert palpitait gracieusement au rythme de sa respiration. Les crochets de l'araignée noire se plongèrent avec rage dans le thorax, et le déchirèrent. Le petit corps se contorsionna, détendant ses longues pattes postérieures une seule fois. Déjà les horribles crocs avaient arraché la tête et maintenant ils fouillaient dans le ventre. Des morsures jaillit le suc abdominal que l'assassin se mit à lécher avidement.
Tout à la volupté démoniaque de son repas, il n'aperçut pas à temps une gigantesque silhouette sombre qui s'approchait de lui par-derrière. Serrant encore sa victime entre ses pattes, l'araignée noire disparut à jamais entre les mâchoires du crapaud.
Mais tout, dans le jardin, était poésie et calme divin.
Une seringue empoisonnée s'enfonça dans la pulpe tendre d'un escargot qui s'acheminait vers le jardin potager. Il réussit à parcourir encore deux centimètres avec la tête qui lui tournait, et puis il s'aperçut que son pied ne lui obéissait plus et il comprit qu'il était perdu. Bien que sa conscience fût obscurcie, il sentit les mandibules de la larve assaillante qui déchiquetaient furieusement des morceaux de sa chair, creusant d'affreuses cavernes dans son beau corps gras et élastique dont il était si fier.
Dans la dernière palpitation de son ignominieuse agonie il eut encore le temps de remarquer, avec une lueur de réconfort, que la larve maudite avait été harponnée par une araignée-loup et lacérée en un éclair.
Un peu plus loin, tendre idylle. Avec sa lanterne, allumée par intermittence au maximum, une luciole tournaillait autour de la lumière fixe d'une appétissante petite femelle, languissamment étendue sur une feuille. Oui ou non ? Oui ou non ? Il s'approcha d'elle, tenta une caresse, elle le laissa faire. L'orgasme de l'amour lui fit oublier à quel point un pré pouvait être infernal une nuit de lune. Au moment où il embrassait sa compagne, un scarabée doré d'un seul coup l'éventra irrévocablement, le fendant de bout en bout. Son petit fanal continuait à palpiter implorant, oui ou non ? que son assaillant l'avait déjà à moitié englouti.
À ce moment-là il y eut un tumulte sauvage à un demi-mètre de distance à peine. Mais tout se régla en quelques secondes. Quelque chose d'énorme et de doux tomba comme la foudre d'en haut. Le crapaud sentit un souffle fatal dans son dos, il chercha à se retourner. Mais il se balançait déjà dans les airs entre les serres d'un vieux hibou.
En regardant on ne voyait rien. Tout dans le jardin était poésie et divine tranquillité.
La kermesse de la mort avait commencé au crépuscule. Maintenant elle était au paroxysme de sa frénésie. Et elle continuerait jusqu'à l'aube. Partout ce n'était que massacre, supplice, tuerie. Des scalpels défonçaient des crânes, des crochets brisaient des jambes, fouillaient dans les viscères, des tenailles soulevaient les écailles, des poinçons s'enfonçaient, des dents trituraient, des aiguilles inoculaient des poisons et des anesthésiques, des filets emprisonnaient, des sucs érosifs liquéfiaient des esclaves encore vivants.
Depuis les minuscules habitants des mousses : les rotifères, les tardigrades, les amibes, les tecamibes, jusqu'aux larves, aux araignées, aux scarabées, aux mille-pattes, oui, oui, jusqu'aux orvets, aux scorpions, aux crapauds, aux taupes, aux hiboux, l'armée sans fin des assassins de grand chemin se déchaînait dans le carnage, tuant, torturant, déchirant, éventrant, dévorant. Comme si, dans une grande ville, chaque nuit, des dizaines de milliers de malandrins assoiffés de sang et armés jusqu'aux dents sortaient de leur tanière, pénétraient dans les maisons et égorgeaient les gens pendant leur sommeil.
Là-bas dans le fond, le Caruso des grillons vient de se taire à l'improviste, gobé méchamment par une taupe. Près de la haie la petite lampe de la luciole broyée par la dent d'un scarabée s'éteint. Le chant de la rainette étouffée par une couleuvre devient un sanglot. Et le petit papillon ne revient plus battre contre les vitres de la fenêtre éclairée : les ailes douloureusement froissées il se contorsionne dans l'estomac d'une chauve-souris.
Terreur, angoisse, déchirement, agonie, mort pour mille et mille autres créatures de Dieu, voilà ce qu'est le sommeil nocturne d'un jardin de trente mètres sur vingt. Et c'est la même chose dans la campagne environnante, et c'est toujours la même chose au-delà des montagnes environnantes aux reflets vitreux sous la lune, pâles et mystérieuses. Et dans le monde entier c'est la même chose, partout, à peine descend la nuit : extermination, anéantissement et carnage. Et quand la nuit se dissipe et que le soleil apparaît, un autre carnage commence avec d'autres assassins de grand chemin, mais une égale férocité. Il en a toujours été ainsi depuis l'origine des temps et il en sera de même pendant des siècles, jusqu'à la fin du monde.
Marie s'agite dans son lit, avec des petits grognements incompréhensibles. Et puis, de nouveau elle écarquille les yeux, épouvantée.
- Carlo, si tu savais quel horrible cauchemar je viens de faire. J'ai rêvé que là-dehors, dans le jardin, on était en train d'assassiner quelqu'un.
- Allons, tranquillise-toi un peu, ma chérie, je vais venir me coucher moi aussi.
- Carlo, ne te moque pas de moi, mais j'ai encore cette étrange sensation, je ne sais pas, moi, c'est comme si dehors dans le jardin il se passait quelque chose.
- Qu'est-ce que tu vas penser là...
- Ne me dis pas non, Carlo, je t'en prie. Je voudrais tant que tu jettes un coup d'œil dehors.
Il secoue la tête et sourit. Il se lève, ouvre la fenêtre et regarde.
Le monde repose dans une immense quiétude, inondé par la lumière de la lune. Encore cette sensation d'enchantement, encore cette mystérieuse langueur.
- Dors tranquille, mon amour, il n'y a pas âme qui vive dehors, je n'ai jamais vu une telle paix.
Dino Buzzati, Le K

vendredi 3 septembre 2010

Fredrik Thordendal's Special Defects : sol niger within


Meshuggah catches 33, divides it by 0, and goes all alien-jazz and cheap gothic horrorfunk. Featuring un chanteur (Fredo lui-même, sans doute) entre gargouillerie et narration occulto-scifi, qui possède au moins une inestimable qualité : n'être pas Jens Kidman.
Filez, filez, danser uk-garage sur l'antimatière.

Orchestra Noir : What If ...


Tea-time hors du temps, loin dans le ciel hydrophile, chez Tony Wakeford, un nuage d'ambre féminine qui s'évanouit dans l'amère eau noire, à la tristesse d'une sérénité d'huile, du maître des lieux, son chat sur les genoux en guise de sourire.

Satan's Revenge on Mankind : Supreme Malicious Necro Terror


Le son de batterie boui-boui acheté chez Babali et les vocaux qui crient Destop typiques du goregrind le plus demeuré, la pataugeabilité fertiligène voire germipète du death à la Coffins, l'embonpoint gîteux du sludge le plus lubrique et détritivore, et la glaciale mornerie de Gored. Les déçus de Bowel Fetus, et ceux parmi vous qui trouvent The Devil's Rejects encore trop Hello Kitty, et Hostel trop Duran Duran, apprécieront.
Notons bien que, même si c'est plus facile à dire rétrospectivement, cette pochette qui m'attirait sans que je sache pourquoi précisément, disait déjà tout.

Endless Boogie : Full House Head


Quand le blues devient transe - phrase à compléter chacun selon sa sensitivité et ses limites.
On pense très fort au pauvre petit Christian Vikernes, qui s'était arrêté de jouer sa musique du démon en découvrant qu'elle était en fait la musique des moricauds, et à la tronche qu'il ferait si en écoutant ceci il découvrait que la musique des moricauds est la musique du démon - le Grand Dionysos-Apollon-Pan.
On pense surtout à trouver la plus proche clairière pour y dresser totem et en foule y danser la carmagnole en rond et à l'horizontale.