jeudi 30 septembre 2010

Sortie du placard

Ce douloureux problème en est-il réellement un ?


Placebo "Narcoleptic"

Je comptais vous parler de Scared Of Girls, de Burger Queen, voire de Taste in Men, histoire de faire le lien avec les figures "camp" du swinging london, ces queer qui s'ignoraient et chez qui Brian Mollecouille irait puiser jusqu'à la lie pour son look et son auto-dérision pathétique... (idole 60's préférée : Dave Davies, sans doute, du look jusqu'à "death of a clown", tout semble le prouver... Mais quel mal y a t-il à cela quand Bowie himself s'en était inspiré ?) Bref, je comptais vous parler d'un titre plus évident, sans doute plus connu, histoire de justifier de parler, après tout , d'un groupe aujourd'hui imbitable, même avec un sac en papier sur la tête, pour reprendre la poésie d'ado frustré de Nancy Boy... Oui, j'aurai pu vous parler du puits sans fond Ask for Answers... De Come Home, tiens, et de son lipstick pégueux et teigneux qui sent la bataille de polochon mais voudrait sentir le stupre et la drogue. Mais au lieu de ça, je vais vous parler de Narcoleptic. Et de sa solitude en forme de plaie ouverte, irrésolue comme du Alice in Chains, de cette guitare au bord de la route, tremblotante tandis que passent les semi-remorques, à 5h du matin. C'est une supplique pour ne pas mourir, que l'auteur, incapable de dévier les yeux du miroir de peur qu'il se mette à flétrir, Dorian Gray-style, se dédie à lui-même. Une pilule oubliée au fond d'un album qui prend surement la poussière quelque part chez vous... Allez, vous pouvez le ressortir maintenant, plus personne ne regarde. Il ne sert à rien de chercher ailleurs ce spleen-là, sans pathos, vidé de son sang, divagation d'une âme seule avec elle-même aux prises avec une insomnie d'un siècle. c'était il y a dix ans, et les choses ont bien changé pour notre androgyne... "it seemed a place for us to dream"... angoisse, cruauté, mais aussi rêve, évaporés ? Mais non, voyons ! il existe un endroit où la rosée jamais ne s'évapore..........

Small Faces "Itchycoo Park"

Cherchez pas le rapport, il est ténu, mais des Small Faces, et encore plus du vocaliste Steve Marriott, on peut dire cela : ils sont l'opposé radical de la figure auto-centrée et malade œuvrant dans Narcoleptic... C'était il y a 45 ans, et les choses n'ont pas du tout changé (l'éternité ne peut pas vieillir) puisque Marriott était quasiment déjà un demi-dieu de son vivant. Premier d'une longue série d'idoles androgynes britanniques, il est ici pris en flagrant délit de béatitude avancée, un peu comme votre serviteur lors de sa dernière visite en ces lieux (où avant-dernière ? en tout cas j'y parlai des La's et des Stone Roses). Ou tout simplement à chaque fois que mes esgourdes s'attardent sur une pièce d'orfèvre de pop anglaise bénie des muses d'Albion... Il est question de sécher les cours pour venir se défoncer dans ce parc au nom improbable et ridicule, sorte de Pays Imaginaire pour Peter Pan turbulent et adolescent, et d'y tomber en pâmoison... "but why the tears then ? I'll tell you why : It's all too beautiful"... entend-on avant que Marriott ne se lance dans un break aux paroles digne de la danse des canards, révélant l'état psychotrope nécessaire à une telle ingénuité. Sans prétention, Marriott atteint ici le même mysticisme que les Kinks sur Waterloo Sunset par exemple, où les Zombies sur Hung up a dream... Il y a certaines choses que seuls les anglais savent faire, et si le post-glam délabré de Placebo en fait partie, c'est encore plus le cas de petites fioles d'éternité et d'abondance comme Itchycoo Park. Comme pour les Stone Roses, il faut prendre ça comme une invitation à toucher, à sentir, à bouillir, à pleurer et par-dessus tout, à s'élever. Risque d'addiction : inestimable.


Innamorato

2 commentaires:

Raven a dit…

me donner envie d'écouter un placebo, ça c'est de l'exploit; mais je crains de ne pouvoir - même pas supporter, mais accepter, sur un disque entier - la voix de ce geignard tête à claque, sorte de cousine branchouille de marilyn manson, et indépendamment de ces considérations insultantes je me souviens très bien de la sortie de ce black market et ça me fait un ptit coup de nostalgie, parce que figure-toi (quoi les autres vous continuez à lire ?) que j'aimais bcp leur reprise de johnny & mary ; sinon je suis megafan du morceau tin soldier et je me suis toujours remis à plus tard l'écoute sérieuse de leur disques

Raven a dit…

(...aux small faces)