lundi 29 novembre 2010

Dure-Mère : sangre


J'aurais aimé faire un peu moins fatras que le live report plus bas. Mais je suis toujours bien en peine de vous peindre correctement les tempêtes que dans le ciel éveille la musique de Dure-Mère, où elle claque de la langue, jappe et fait des entrechats, l'œil hanté, amoureusement carnivore, dans les voltes et les fentes de ses romances de guerre, dans les animales embardées de son tango brinqueballé d'escarmouches en taïgas mal famées, dans les heurts aériens de son jazz lardé de surinades au foie, dans les sures plaintes de son blues de loup des steppes, dans les vivifiantes grêles de son mieux que bel emocore cabossé avec bandonéon fou, guitare sèche et rugueuse et batteur aux caresses électriques.
Mais vous savez ce qu'on dit ? Le mieux c'est d'écouter. C'est beau l'Hérault l'hiver.

Swans, 28/11/10, Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt

Binaire, Godflesh, Kill the Thrill, oublie, oublie toutes tes vertèbres sans en oublier aucune. Swans leur ont appris la répétition à tous. Folk, guitares acoustiques, Devandra Banette, Angels of Light ? Comme dirait papy Yow, WHAT THE FUCK ? Oublie, vermisseau.
Les Swans jouent toujours ce qu'ils ont toujours joué : de la musique sacrée. Jusqu'au KO ? Un peu après. Jusqu'à l'évanouissement ? Un peu après. Jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Un peu après.
Swans joue le gospel jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de toi, plus de raison, plus de raisons, plus de sens, plus de douleur dans tes chairs bleues, plus de sang, plus de résistance, plus de foi, plus de notion de rien, plus que la soumission. Et là, Gira te tombe un merci final lesté de son sourire de lumière. Et c'est là que ça monte pour de vrai. Sec.

Une pensée pour tous ceux qui n'ont pu, de ce que j'ai vu, le faire, Régis, David, Marcal, Dom, Olivier, Olivier, Alexis. Jésus, lui, était là.

P.S : et comme dirait McKaye (sans doute cité à la Conférence sur l'Encyclopédie du Punk Rock) : No Bunny !

Agnostic front : Something's gotta give

Toujours dans la famille bien dégagé derrière les oreilles je demande maintenant le grand frère. Les plus thrasheux d'entre vous se souviennent peut-être de Lawmower deth et du titre A for Asswipe. Le A en question ciblait directement Agnostic front et le trip megalo de Roger Miret à sa sortie de zonzon. Ptet qu'en cherchant bien on pourrait dater de cette aventure le début de la fascination des coreux pour les gangstas, je sais pas. Mais je radote, je digresse, bref je vieillis. La galette ci présente reste un disque encore bien ancré dans le punk, que les fans de SOIA connaissent déjà sûrement et sur lequel les autres devraient se pencher histoire de s'encanailler un peu.

Meilleur moment pour écouter le disque: au pti déj, un lendemain de grosse cuite.

Warzone : Open your eyes / Don't forget the struggle, don't forget the streets

Dans la famille bien dégagé derrière les oreilles je voudrais le tonton. C'est à mon avis, et pour le peu que j'en sais, avec Warzone et Agnostic front que la scène NYHC assume enfin ses racines skinhead, choeurs virils et reprises de vieille Oï à l'appui. On est ici en plein dans les années 80, les groupes mythiques de la bay area pondent des disques incontournables alors qu'à l'autre bout du pays un nouveau son déboule dans le Lower Eastside. Le cheveu s'y porte court, la doc martens montante, le bomber se substitue au perfecto.

Meilleur moment pour écouter le disque: en soirée, en prenant une grosse cuite.

vendredi 26 novembre 2010

Haarp : The Filth


Pantera qui joue du Evoken, t'as déjà essayé de visualiser ?
Si tu penses que ça doit ressembler à du vieux Crowbar, tu as raison.
Si tu penses que ce doit être ultramoche, tu as raison aussi, mais tu sais peut-être aussi que le sludge, si c'est pas moche, c'est que c'en est pas.

Et si tu aimes mosher au ralenti, tu ne sais peut-être pas que tu ne sais pas encore ce que ça peut vraiment vouloir dire.

mardi 23 novembre 2010

Negative Approach : Total Recall


Acquis récemment afin de régulariser quelques mètres de bande magnétique qui prenaient la poussière sur une étagère. Culte chez les porteurs de chemises à carreaux adeptes de spatules forgées et autres nivelles à crochet, le tout premier EP de Negative Approach est une petite bombe annonçant la vague NYHC à venir (voir 3 posts plus bas). Il y a des skeuds qui s’apprivoisent, d’autres qui s’imposent dès la première écoute. Celui-ci en fait partie. Hardcore sing along à la fois vif et bas du front (influence "oï à papa") produit par des morveux hostiles et complètement paranoïaques qui ne s’en laissent pas compter, ce premier EP, plus que direct, semble emprunter des raccourcis neuroniques pour s’adresser au couches les plus primitives et instinctives du cerveau. C’est d’la balle, d’la balle folle, qui à elle seule vaut l’acquisition du CD. Le reste ravira les archéolo-coreux, notamment les deux lives au son médiocre et la démo au son médiocre.

We won't take any shit and we're not about to leave

lundi 22 novembre 2010

The Warlocks, Dure Mère, 22/11/10, le Rockstore, Montpellier

Le Rockstore : le verre de vin est à 3.80. Pas d'autres questions, votre honneur. Dommage, l'endroit est joli - mais la programmation a paraît-il redoutablement baissé de niveau depuis que je suis en ville. Beaucoup de guillaumes canets et de thurstons moores, forcément.

Dure Mère : la revanche du concert de The Unknown Project, dont ils étaient la tête d'affiche et où je ne les vis point, rassasié comme j'étais. Et donc, ça commence comme un accouplement de deux de mes plus suaves coups de coeur de cette année, Krugers Medbragte et Tyft, à savoir tangojazz qui fait voyager par forcément moult remous, à savoir mieux que très bien, et puis c'est libre comme Max Caballero en beaucoup plus souple, et ça joue ça tight comme si que c'était du Rise & Fall ou du Trelldom, et avec une classe et une simplicité renversantes, et que ça te met une tranquille calotte à tous les machins spazzjazzgrindacoustic que vous voudrez, Painkiller, Nostromo, Zu, toutes ces salades défraîchies ... Comment mettre une sévère tarte avec des dégaines de squatteurs de cafèt de fac de lettres - en même temps, quand c'est recommandé par papi Delpi, on se méfie ... Arrêt au stand impératif.

The Warlocks : peut-être que Dure Mère n'était pas la première partie idéale ; peut-être que si j'avais réécouté un des deux albums que je détiens, je me serais rappelé que tout le monde s'extasie sur le reste de leur parfaitement soporifique oeuvre, Heavy Devy Truc en tête ; il est certain que l'on sent diffusément qu'il se passe quelque chose de sinistroïde là-dessous, sous ce tranxen-stoner-garage coinços ; toujours est-il que j'ai hélas et comme il était sans doute à craindre trop pensé à My Bloody Nougatine et pas assez ni à REM ni à Cure ni à Remi Zero, que le mec n'a pas assez usé de sa voix aigrelette, et que The Warlocks ont le charisme d'une barquette de noix de pétoncles, la caricature de bassiste y compris - forcément asiate, forcément dégingandée, forcément arquée et secouée comme sur un wishbone par temps d'orage à son énorme engin, une fleur derrière l'oreille ...
Toujours est-il qu'il fut rudement bon, au premier baisser de rideau d'un set apparemment très court, de filer attraper le tram au son d'un Igorrr qui, j'en profite pour le signaler puisque la minablement hâtive chronique l'omet, sait quant à lui faire jaillir du n'importe quoi la tangible beauté.

Foetus : Hide


On ne namedroppe pas du péquenaud de rocker lorsqu'on aborde Foetus. Non Monsieur. En revanche, on peut se fendre d'un Blade Runner produit dans les années soixante par Albert Broccoli mais joué par Timothy Dalton, dans les décors de La Foire aux Immortels remaniés de Bilal par Jules Verne, avec en chemin une sévère embardée vers un Frantic steampunk et lycanthrope, des cameo à prévoir de Cary Grant et Mia Farrow, et naturellement Christian Vander dans un rôle de méchant initialement écrit pour Christopher Walken.
Enfin, je dégoise, je dégoise, mais en vrai on est surtout agrafé à son fauteuil, inondé de partout et palpitant à tout rompre.

Madball: Set it off

Ok, là vous vous dites papi il a laché la rampe, vlà qu'il gronique du Madball. Et pourtant, et pourtant...

Je suis vraiment pas le dernier dès qu'il s'agit de médire sur l'actuelle scène hardcore New-Yorkaise, ça vous êtes au courant. Pourquoi ? Parce qu'elle a été initiée par des gars qui approchent maintenant la quarantaine, et qui ont de fait grandi avec tous les groupes thrash et death de la grande époque, ainsi qu'avec le hardcore dans ce qu'il avait de meilleur. Tous ces ingredients on fait le succès des Subzero, Maximum Penalty, Cold as Life, All Out War et j'en passe, dans les années 90. Mais 15 ans plus tard, la plupart des groupes se réclamant de ce glorieux passé se complaisent dans une autosatisfaction crasse, célébrant un eternel tribute à eux-mêmes. Une glorification de soi homo-érotique, du cliché gangsta que même un Xzibit trouverait forcé, à des années-lumière de l'esprit originel. Des riffs d'une facilité à faire passer Manu Chao pour du Gorecki. Du tough-guy qui a sa table réservée dans le coin VIP des boites à la mode, au diable la street cred. Alors pour du lourd, c'est du lourd, ça on est d'accord. Juste qu'il faut plus chercher du côté de Marianne James que du monolithe noir. Mais revenons en arrière, à l'âge d'or en somme, avec ce disque: 30 minutes sur la brêche, de slayer en survet et de punk de salle de gym. Racaille deathcore si vous voulez. Une putain de galette ultra dynamique comme Hatebreed aurait aimé en sortir.

Meilleur moment pour écouter le disque: en sortant de chez soi tel Tony Montana allant acheter son pain.

jeudi 18 novembre 2010

Igorrr : Nostril


Le breakcore, ce douloureux problème. Sans le talent, l'hystérodéglingodélire peut trrrès vite devenir assommant - aussi vite que ça breake et beate, en fait.
Heureusement, on ne parle pas de Bong-Ra ou de Sickboy - puisqu'on parle d'Igorrr ; c'est à dire qu'on n'a pas beaucoup à craindre : on y retrouvera facilement et à loisir, évidemment la louferie lunaire de Whourkr, et aussi la louferie brutasse de Doormouse, la louferie anxieuse de Cdatakill, la louferie massicoteuse de Vsnares, la louferie paludique de Lab° - mais aussi et encore plus évidemment une louferie totalement Igorrrique : baroque, capiteuse et tragique, Barrylyndonienne à la limite, tellement somptueuse que je ne vais pas pour une fois inventer du verbe et tenter de rivaliser, en décapsulage de cantatrices, à la tronçonneuse de Gambe ou avec une maestria de danseur de salon carrément digne des divins Pryapisme, mais plutôt vous renvoyer directement à cette écœurante beauté qui vous situera mieux que mappy le théâtre des vertiges.
Igorrr c'est comme un piranha qu'a rasé ses écailles : f'est frais, mais f'est pas grave ! (les piranhas ont un cheveu sur la langue, vous l'ignoriez ? le votre, en général)

mercredi 17 novembre 2010

Dark Quarterer : st


Alerte orange à la rutilante averse de broderies mélodiques, à en croire que cette musique n'est faite que de solos, et en remettre en mémoire les plus moites premières fois, Judas Priest si vous voulez, et Root, et Gates of Slumber, mais surtout et à l'origine de tout Led Zep et Dire Straits (cherchez pas l'intrus, y en a pas) - à en oublier même qu'il y a également cette fabuleuse voix, pour qui cheesy n'est assurément pas assez, si l'on omet de préciser qu'elle fouette l'air déjà fauve de vives et médiévales refoulances de feta, de provolone et de reblochon un peu blet.
Mais il est notoire et assumé que j'écris des commentaires en lieu de chroniques, aussi vous renvoie-je directement à mes édifiants appendices à cette putain de puncheuse.

jeudi 11 novembre 2010

Sheer terror : Ugly and proud

Pour ceux qui l'ignorent, sur la pochette, c'est Paul Bearer, le chanteur. Par contre le mec tatoué je sais pas qui c'est. La hargne metallique du hardcore à la Cro-Mags, un sens de l'humour blasé-misogyne estampillé Type-O, un guest de Tommy Victor, il y a pas à chier on est clairement dans ce qui a fait les grandes heures de la scène newyorkaise du début des années 90. Viril mais qui chiale dans sa bière, ça joue les durs mais ça tombe amoureux comme un ado. Ca piccole, ça se bagarre, ça joue au billard, mais ça porte bien le costard. Crooner laid et fier de l'être, mais ça aurait aussi bien pu s'appeler affreux sale et méchant, evitez les aliments trop gras ou trop salés, boire avec modération, ou même voire surtout, manger bouger. Voilà c'est tout pour les recommandations du ministère de la santé. Enjoy.

Meilleur moment pour écouter le disque: en cuisinant un bon chili.


mercredi 10 novembre 2010

Dénoncez-vous

Qui a tapé "dans tes poumons crevette" dans google pour arriver ici ? Trois fois ?

Discarga : Happy Night Electric Experience


En juin 1992 Bordeaux reçoit la visite de la reine d’Angleterre. Pour l’occasion la ville met les petits plats dans les grands et tout est peaufiné dans les moindres détails. Les meilleurs chefs locaux sont réunis pour préparer les gueuletons, on va même jusqu’à capturer les pigeons afin d’éviter tout "incident" lors du passage du cortège. Personne ne chie sur la reine d’Angleterre. Jamais. Voilà pour la version officielle. En réalité, le service de sécurité voulait réduire à néant le risque d’attaque lié à l’Iocus Columbam, un mal frappant le pigeon sédentaire (le pigeon migrateur n’est pas concerné). Ce trouble du comportement, la plupart du temps bénin (le malheureux picore lamentablement à côté des graines), peut aussi dégénérer et engendrer alors ce que l’on appelle communément un pigeon coup d’boule. J’explique pour ceux qui ne connaissent pas : on peut comparer le pigeon coup d’boule à l’amok malais ou au bersek scandinave. Le pigeon coup d’boule prend de l’altitude, plonge en piqué en repliant ses ailes et se redresse in extremis à hauteur d’homme pour planer à toute bombe, droit devant lui, la tête rentrée. Il ne change pas sa course. Quelque soit l’obstacle. D’après les scientifiques, il s’agirait d’une forme de suicide, destinée à rétablir certains types de déséquilibre démographique. Un phénomène assez rare, encore mal expliqué, mais qui s’est tout de même produit plusieurs fois à Bordeaux au cours du règne Chaban. Ainsi, au début des années 80, une poignée d’entre eux exécuta un "raid" sur la place des Quinconces en pleine fête foraine, blessant un gitan et une mère de famille. L’un de ces pigeons connut un sort peu commun. Alors qu’il semblait avoir verrouillé sa trajectoire sur une fillette une brusque rafale lui fit manquer son objectif. Il traversa la barbapapa que la petite tenait dans sa main droite puis s’écrasa contre un baraquement. J’ai tout vu. J’avais huit ans. L’écoute d’"Happy Night Electric Experience" me ramène l’image de ce volatile agonisant sous un soleil de bible, momifié dans des fils de sucre, ses derniers soubresauts soulevant des touffes de coton rose qui retombaient ensuite voluptueusement sur son corps en partance. Trente-quatre titres de pouillerie express à la Lärm / Intense Degree, en plus varié ; trente-quatre spasmes de violence suave, barbapapesque jusque dans sa reprise overclockée de Doom.

You gotta get speed. Demon Speed. We need speed. Speed's what we need. We need greasy, fast speed!

Meurtre - demo + concert de soutien à la ferme agro-poétique de Malescalier, CICP, Paris 11

Au début, tout allait bien : Soum était une petite lande sans histoire, où régnait paix et sérénité. Il y avait, entre moi et Gulo, un accord tacite : il avait Binaire, j'avais Death to Pigs (dont il faudra bien que je vous cause un de ces quatre), et tout le monde était content. C'est quand Meurtre a débarqué que les choses ont commencé à se gâter…
En même temps, avec un nom pareil, il fallait s'en douter, que ces cons allaient foutre le bordel. Parce qu'il faut avouer que Meurtre porte bien son nom. Eh! Oui, aussi évident que cela puisse paraître, il faut quand même le dire, voire le gueuler à coup de porte-voix, mais Meurtre TUE. Meurtre lamine, étouffe, évide, sans soif à étancher, Meurtre est une déclaration de guerre, guerre à l'apathie, guerre aux institutions, guerre à la paix. Pétage de plomb, point de rupture, merde à tout, art-rock foutage de gueule, Meurtre sonne l'urgence, à coup de bricolo-punk poutral, on tape sur tout ce qui bouge, pédales, tambour, basse, avec les pieds les phalanges, et tout ce qui passe sous la main. Meurtre sur disque sonnent Brainbombs, Swans, Hems, plein d'autres choses sans doute, mais surtout, Meurtre sonne meurtre. "ici, radio capital", saturation d'information, économies, carrière, acheter, devenir propriétaire, avant un final avec la chorale-synthé des lobotomisés de Saint-Anne, comme pour te dire tu seras le prochain. Des montées en veux-tu en voilà, du cassage d'ambiance - Paix ! - et et cette basse qui t'écrase ou te tabasse, tient le timon de la chicore pendant que les complices font du freestyle - parce que ouais, autant en studio, c'est très évocateur, autant en live ils ont beau dire, de la rage, ils en ont à revendre, la bête est encore plus débridée, encore plus n'imp, lecture de catalogue, porte-voix-sirène d'alarme (pas faute de l'avoir dit), improvisation, je passe les détails ; une leçon d'artisanat scénique, une panoplie d'outil quasi-inépuisable. À se demander ce qu'ils faisaient, tous, à regarder pendant que ça gueulait sur scène, ces gens qui avaient l'air de dire que Meurtre c'est bien, sans rien de réellement démonstratif lors du set proprement dit, dommage. Moi j'ai pris ma claque, troisième du nom, je pars dès demain en route de ma quatrième : ça se passe à Nanterre et je vous conseille fortement d'y être si vous ne voulez pas que Meurtre vienne à vous. N'oubliez pas ! Meurtre a plein d'outils qui n'attendent qu'à être utilisés ; c'est chose désormais dite, vous êtes prévenus.

Bad Tripes : Phase Terminale


Alors là, on rentre carrément, vous le pressentez en frémissant, dans ce que les jeunes appellent : du lourd - d'ailleurs, comme les grattes le sont, les métalleux croient que ça s'adresse à eux, mais nous y reviendrons.
Question mocheté, on est servi voire gavé façon oie - où l'on comprend brusquement certain idiomatisme toulousain. A l'appel : gouaille théâtrale réalisto-grandguignol d'une Juliette Nourredine en rangeos, surlignée ambiance accordéon en bavoir de la boutique Delicatessen, synthés goths à imprimés Tati, riffs punk-neo de bordée, Rammstein déclamatoire sans la vaseline des pouet-pouets fédérateurs, chanteuse à textes "provoc" qui cite Costes et vient de chez les Eths, trip (oui, il l'a faite) infirmière-chaperon-rouge-sm-sang-caca-juduzizi, histoires d'Adolf, d'Eva et d'hikikomoris : pas vrai, que ce disque a toutes les clés en main pour être abominable ?
Eh té ! figurez-vous que ce disque fait surtout juste putain de bien. Il se réclame des Tétines, et le pire c'est qu'il a pas tort, sous ses airs rustauds, car comme ils l'ajoutent finement, on parle des Tétines le groupe de chez Boucherie Prod, et que cette musique-là déborde la générosité à qui peu chaut sa vulgarité et son timbre harenger à la Karin Viard, des Garçons Bouchers, de Pigalle, des Rita, des VRP et de la fête foraine. On croyait voir venir un vent à la Lussi, on se retrouve avec des larrons qui se seraient entendus avec le Boris de "Fais-Moi Mal Johnny" et tout ce qui s'ensuit. En fait, on va pas tortiller cent-sept ans : Bad Tripes c'est pas pour les métalleux, ces coincés, Bad Tripes c'est gras, cru, moche, musqué, fauve et bon comme une vraie bonne tranche de cul.
Patricia Porasse, enfin ton flambeau est empoigné à nouveau.

mardi 9 novembre 2010

Killing time : Brightside

Ton chien est parti avec ta femme, ta femme avec ton patron, et ton patron a délocalisé en Chine. En gros tout ce qui te reste c'est ta bite et ton couteau. Et ce disque sur une étagère, le seul que les huissiers ont laissé parce que t'as mordu la main du mielleux qui voulait le prendre. C'est pas pour rien que notre binoclard préféré de J. Gestapo en a mis un titre dans la programmation sur GTA IV, parce que les gars sur ce disque ont le feu sacré. Facilement un des meilleurs disques de cette époque ô combien bénie, mais bon je verse facilement dans le vieuxconisme alors je m'étends pas là dessus. A vous de juger.

Meilleur moment pour écouter le disque: ces journées où t'as l'impression d'être entouré de connards. Heureusement, elles sont rares ces journées, non ?

Master Musicians of Bukkake : Totem Two


Première déception, au sens briton du terme : MMoB (ne pas confondre avec MooB) ne donne ni dans le grind ni dans la giclure (d'acné). On apprend donc un beau jour, comme quoi il peut servir d'encore lire des magazines, qu'ils regardent l'Orient et font dans la mythologie, aussi l'on s'approche. Seconde déception, dans les deux sens du terme : Totem Two n'a pas la grâce agile qu'on lui fantasmait un peu étourdiment, ne nous emmène pas dans les tonneaux et loopings espérés de ses volutes, ne virevolte pas dans des montagnes russes d'acide. Oh non. Ce n'est pas pour rien que plusieurs de ces mecs jouent avec Sunn O))), Burning Witch, Asva et ainsi de suite. La musique de MMoB est mythologique, assurément, ce qu'on pourra associer à monuments, pourquoi pas, mais surtout à autre conception du temps. Là où elle nous transporte, on prend le temps ; de contempler ; de ressentir ; de se laisser ablutionner ; de prendre la mesure des choses, de les soupeser - sur soi, comme l'on fait d'une lourde mamelle ; on ne s'égaille pas, babillants, en tous sens, l'on goûte cérémoniellement, duramment, le suc de chaque chose ; la musique de MMoB est pesante, oui, à côté d'elle Dead Can Dance ont l'air de Korpiklaani ; songez plutôt à ce vieux film de John Milius, là, vous savez bien ... Elle s'appesantit longuement et lourdement sur des motifs simples, lents et empesés, dont elle fait éclater silencieusement l'opulence altière, la lourde masse de grâce en lévitation, pesante majesté, éclater au ralenti, absorbant sans heurt dans la marée de son émerveillement fluide qui enfle et englobe, sans résistance, sans brutalité mais sans détour, par son simple pouvoir, qui se révèle dans toutes ses dimensions tandis que le disque nous fait tourner - lentement - autour de la colossale présence, de l'idole. Ah tiens, le disque s'appelle Totem. Comme qui dirait que je me suis déceptionné tout seul.

Ehnahre : Taming the Cannibals


tl,dr

Haus Arafna : You


La musique pour danser avec l'ironie au clair de lune, de molles valses tristes. La musique de l'égorgeur à la face de cire qui déambule dans les rues désertes, un Alex Delarge aux yeux morts, qui fredonne à part lui tandis qu'il larde, relarde et entrelarde, en faisant de délicates mines de clown blanc, des chairs déjà épuisées, et crucifie artistement des guirlandes de nerfs frissonnants sur la ville noire, à la pointe d'un long et très fin aiguillon. Même le vent est paralysé d'horreur, tandis que l'atroce funambule baguenaude ainsi, dolemment cabotine, et dans un essaim de poinçons étouffés butine la douleur de la ville noire et déjà morte.
As-tu déjà dansé avec la peur au clair de lune ?

dimanche 7 novembre 2010

Cro-Mags : Alpha Omega


Pascal le Grand Frère déboule tel la légion sur River Runs Red, et botte tous les culs : le CPE, le taulier, la daronne, le patron, la souris, et même Keithie, c'est la tournée de mise à l'amende. Ensuite il débarque dans Introduce Yourself, redresse autoritairement la casquette de Chuckie, bien que lui-même ait les poils qui dépassent du calcif, lui fourre d'une grosse patte une cassette de Danzig, le II, dans son walkman, et lui ébouriffe les cheveux vite fait, avant de filer à la salle coacher Doug Pinnick pour une séance de développé-couché, à balle d' "I Am the Law" - faut que ça droppe, Pascal Brutal a pas que ça à faire, il faut encore se préparer, ce soir ils vont au bowling, avec Prong.
Dites donc, vieilles canailles de coreux, vous en avez d'autres, des petites enflures de trésors comme celui-ci ?

Bellini, Desicobra, Upfall, 6/11/10, le Baloard, Montpellier

Upfall : jovialorgie drum'n'drill à la Lightning Bolt, nurofencore à la Sister Iodine aussi un peu, batteur aussi sec que du Nagawika : fun quelques minutes, mais on finit fatalement par confondre tous les morceaux dans l'attente du dernier, surtout avec cette running gag-annonce "bonsoir on s'appelle Upfall on vient de Nancy" entre quasiment tous - tiens c'est pas celui qu'ils ont joué en troisième celui-ci, ah non c'est le cinquième ... Le meilleur étant sans conteste le dernier, rappel improvisé en forme de onemanjamband DevoGodfleshBinaireDaftPunk pour un petit rap.

Desicobra : sapristi, juste la semaine où j'ai parlé ici d'Ectopia ... dommage pour un clavier assez vachement bath, qui joue ses riffs de films d'espions à la Zombi en les marbrant cuisamment de Stranglers et de Big Black ... dommage que je n'aie peut-être pas été en humeur de céder à une transe rythmique rock, ou peut-être que la cavalcade a réveillé mon allergie au souvenir que j'ai gardé de Marvin.

Bellini : alors Bellini, je pense en avoir téléchargé une fois et ... et depuis quand je me justifie de rentrer chez moi quand je l'ai décidé ?

vendredi 5 novembre 2010

Electric Wizard : Black Masses


Je vous arrête tout de suite : oui, j'ai "chroniqué" ce disque un peu à la hâte, manifestement pour soulager une urgente envie de faire ed'dans la soupe de satisfaction générale ; non, je ne retirerai rien de ce que j'ai bavé dessus, je ne changerai pas d'avis dessus. Ce disque est nul, et c'est même pour cela que je commence à l'aimer. Il est nul, je l'ai su dès la première écoute, et j'ai continué de le trouver nul tandis que je continuais magnétiquement, irrésistiblement à y revenir, sous divers prétextes informulés, sentant que je devais avant toute chose chier dessus un bon coup tout haut avant de pouvoir en percevoir autre chose - le syndrome Triptykon, en quelque sorte. Ce disque est nul et puéril, il sonne comme du Rob Zombie, ou du Buzzov'en si vous préférez, le chant d'Oborn est encore plus puéril que d'habitude, les riffs sont puérils, leur bégaiement, celui des textes, les textes eux-mêmes, tout est puéril et auto-satisfait dans cet album grotesque de satisfaction sans objet, tel une de ces terrassamment brillantes idées qui illuminent la troisième part de spacecake - désespérément puéril, même, régressif, dégorgeant, grésillant et piaulant de désir de retour à la bouillie et à l'imbécillité, au point d'en appeler des formules aussi navrantes que "en ce sens il est profondément doom et haineux" ; n'allez surtout pas y chercher je ne sais quelle fuck you attitude méthodique et réfléchie, de morgue aristocratique, l'album n'est qu'un long et benêt vagissement extatique de j'y suis presque putain mec j'y suis, je le sens, la vie de ma mère je suis le nightchild, où est ma putain de sorcière, mec - les riffs aussi vertébrés que de l'eau de bidet, les laborieux vrombissements de chasse d'eau où toute intelligence est lavée, la fièvre rudimentaire des mélodies premier âge, l'écholalie auto-convaincue des slogans occultes en skaï mité ... toutes choses qui se relâchent brutalement en flaque sur le plancher et s'évanouissent, mettant à nu toute la détresse où il croupit, le temps d'un "Satyr IX" abyssalement éperdu, terrassé, terrifié, vaste et immobile tel un bon gros k-hole, où finit d'ailleurs benoîtement le disque, dans une paix émouvante, les dernières palpitations de douleur en guise de doudou, dans le ressac de l'inconscience.
Finalement, cet album de loque paumée à sang noir est bel et bien du même auteur que We Live.

jeudi 4 novembre 2010

Tyft : feel the difference


Je vous fais un dessin, ou bien vous devinez pourquoi pour la troisième reprise je suis ... ah merde, non, vous allez pas comprendre aussi bien que là-bas ... Oh et puis vous n'avez qu'à y aller, là-bas, de toutes manières je me vois pas trouver d'autres jolies formules d'ici bientôt, et puis il serait temps qu'on sache que Slow End a ouvert une salle tératologie.

Steroid Maximus : Ectopia


Depuis le temps que cet album et le nom de son auteur me sert de synonyme pour cuivres et puissance brute, il était bien temps qu'ils figurassent ici.
On a tous déjà acheté un soundtrack à la sortie, emballée, d'une séance de cinéma, et été déçu, obligé, on a tous déjà essayé de s'enquiller un Barry Adamson ou un Recoil ; et si je bâche pas aussi Cult Movie dans la foulée, c'est juste qu'il est de Punish, et puis que son titre à l'impudence digne de Sheep on Drugs en fait un lauréat tout vu pour de futures autres chances.
Mais là on parle de JG, cocotte, l'homme de Gash. Avec JG tu t'en fais pas, même pas besoin de film - ça tombe bien c'est un disque - et d'ailleurs je vais pas vous raconter Ectopia, si j'étais scénariste ou réal ça se saurait, et si j'étais scénariste ou réal ce serait encore mortellement trop délavé à côté des prodiges que convoque Steroid Maximus. Avec JG tu grimpes aux accoudoirs et tu pantèles, poupée. JG c'est Sa Majesté des Cuivres, lui qui les a plus velus que Sean dans Docteur No, c'est l'homme qui sait programmer les beats drumnfuturejazz de façon qu'ils sonnent, Dieu bénisse, plus zoulous que Steve McQueen, c'est la rivière de phéromones musquées qui manque à Carpenter, le furet qui connaît comme sa poche à cigares tous les downtowns de Tanger à Borneo, le crooner qui apprendrait à Patton à faire son nœud-pap sans même ouvrir le bec tout en agrafant Kato au plafond d'un watatami-geri yodlé épuisant de classe, le maître du belmondo-breakbeat, la massive injection de Cary Grant dans les circuits électroniques ...
Emmène-moi en Ectopie, JG, où l'on étrangle à la cravate de soie.

mercredi 3 novembre 2010

Parpaing, Welldone Dumboyz, Marylin Rambo, Sanair, 02/11/10, Mojomatic, Montpellier


Sanair : après Justin Broadrick dans sa capuche, après Nicolas Dick dans ses grolles, Sanair à genoux dans ses pédales ; un gars qui tripote sa gratte avec tout l'attirail qu'on peut imaginer, crayon, archet, j'en passe ou j'en invente, désolé j'avais pas amené mes bésicles - pour un machin organique qui commence en power noise insectoïde délicieux, puis se teinte de blues du bordelais à s'en croire chez Brame (quand vous voulez vous donnez des news, au fait), avant de transmuer sa guitare en violon d'un Amber Asylum qui aurait appris le gothique du côté de Bandol chez Jacques Serena, puis repart subreptice en noise défoliant pour mieux enchaîner en douceur sur

Marylin Rambo : où je commence à m'inquiéter pour les Welldone Dumboyz, tant la concurrence semble commencer à s'organiser sévère, tant le psychéswampnoise schizoboogie qui s'étale alors fleure vigoureusement la préhistoire, l'alambic, la cueillette, la chaux, la menuiserie - et la JOIE, tangible, roide, animale ; le batteur tient toutes les promesses de son hybridisme physique de Justin Greaves et de Will Sharf, le bassiste alchimise Warhorse et Godflesh quand il ne claque pas les fesses à la JL, et le chanteur-guitariste survole le tout de sa psychopathie flegmatique ... Bigre, il y a du souci à se faire et pas qu'à cause de cette ballade à canon scié qui sonne si classique tendance antique qu'on cherche de qui elle est la reprise. Alors, comme ces gens sont mal élevés, que je suis tout de même proie d'un terrible doute et que je suis le seul resté devant eux, je réclame hardiment de plus formelles présentations. Et Marylin Rambo s'avère tout compte fait se nommer Welldone Dumboyz.
J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : la mauvaise c'est que je suis définitivement sourd ; la bonne c'est que je suis définitivement pas sourd. Merde.

Marylin Rambo : comme ils en ont un peu moins rien à foutre, c'est mieux fait et nous sommes prévenus que le second Marylin Rambo de la soirée sera Parpaing. Mathjazztruc. Ok ça lancine, ok ça cogne dans les murs, ok là aussi un gosse remonte à l'étage en se tenant les tympans, ok parfois on penserait presque à The Unknown Project ; n'empêche que c'est tout de suite plus froid et découpé, et que je suis plus d'humeur, oh non.

Marylin Rambo : restera donc le mystère de la soirée, puisqu'on avait moulte bavette à tailler dehors avec les Boyz - mes hommages du dernier tram à Gepeto, en passant, jusqu'à la prochaine fois.

mardi 2 novembre 2010

Zs : New Slaves


Je vous fais un dessin, ou bien vous devinez comme des gens sensibles et qui savent cliquer le mulot, pourquoi je suis allé écouter ce disque d'un autre groupe affilié jazz au nom qui schlingue l'avant-garde ? Bien. Et ce coup-ci ça va être encore plus chaudard, tellement j'ai pas les référents culturalo-scientifiques pour parler de leur sauce, tellement je vais dire que des conneries, tellement je vais être à côté du truc, tellement en fait il faut le livret à côté et voir qui a composé quel morceau pour piger la dynamique du truc, et tellement on s'en cague. Hop. New Slaves, c'est un peu le droïde-tranchoir de Converter, voire Xenonics K-30, qui décide une nuit d'aller se faire des amis dans les parcs de Neo-Shibuya, d'aller avec des guirlandes de lampes blafardes à la rencontre des Visquards de Stanislas Lem, apprendre leurs drôles de mouvements dans ces endroits qu'ils appellent clubs et karaoke, en faisant le singe pour eux avec ses diverses lames de travail, en leur mimant à son tour des épopées à succès de chez lui, forcément il y a un peu de viscères, pas mal de stridences claudicantes, mais globalement le droïde de par-delà les étoiles est content de sa soirée, il s'amuse et ces exercices articulaires étranges lui procurent une certaine satisfaction, et les Visquards aussi ont l'air heureux. En tous cas ils ne bougent plus d'un cil, quand il a fini après avoir conclu aux petits oignons sur un rituel d'offrande-bourgeonnement métabuddhique grand teint. Ils doivent être impressionnés, ce doit être ça.

lundi 1 novembre 2010

Electric Wizard : Black Masses


Oooh, la jolie jaquette. Et l'air-ball de l'année, haut la main. Rob Zombie aurait sorti ce disque, remarquez, j'aurais été agréablement surpris. Mais le groupe qui a sorti We Live, il est où ? Il y a tout ce qu'il faudrait ou du moins pas mal, un grain outrageusement druggy sur des riffs outrageusement bateau voire péniche, des crissements occultes, des couches et des couches piaulantes de guitares, des solos qui réchauffent comme une chaude-pisse ... Mais le palier cannabinique sans retour a visiblement été franchi, la voix sonne encore plus infantile que chez les copieurs de Cough, et les riffs, mais alors ces riffs ... Où sont-ils, d'ailleurs, tiens ? Vous en avez entendu, vous ?