mercredi 10 novembre 2010

Discarga : Happy Night Electric Experience


En juin 1992 Bordeaux reçoit la visite de la reine d’Angleterre. Pour l’occasion la ville met les petits plats dans les grands et tout est peaufiné dans les moindres détails. Les meilleurs chefs locaux sont réunis pour préparer les gueuletons, on va même jusqu’à capturer les pigeons afin d’éviter tout "incident" lors du passage du cortège. Personne ne chie sur la reine d’Angleterre. Jamais. Voilà pour la version officielle. En réalité, le service de sécurité voulait réduire à néant le risque d’attaque lié à l’Iocus Columbam, un mal frappant le pigeon sédentaire (le pigeon migrateur n’est pas concerné). Ce trouble du comportement, la plupart du temps bénin (le malheureux picore lamentablement à côté des graines), peut aussi dégénérer et engendrer alors ce que l’on appelle communément un pigeon coup d’boule. J’explique pour ceux qui ne connaissent pas : on peut comparer le pigeon coup d’boule à l’amok malais ou au bersek scandinave. Le pigeon coup d’boule prend de l’altitude, plonge en piqué en repliant ses ailes et se redresse in extremis à hauteur d’homme pour planer à toute bombe, droit devant lui, la tête rentrée. Il ne change pas sa course. Quelque soit l’obstacle. D’après les scientifiques, il s’agirait d’une forme de suicide, destinée à rétablir certains types de déséquilibre démographique. Un phénomène assez rare, encore mal expliqué, mais qui s’est tout de même produit plusieurs fois à Bordeaux au cours du règne Chaban. Ainsi, au début des années 80, une poignée d’entre eux exécuta un "raid" sur la place des Quinconces en pleine fête foraine, blessant un gitan et une mère de famille. L’un de ces pigeons connut un sort peu commun. Alors qu’il semblait avoir verrouillé sa trajectoire sur une fillette une brusque rafale lui fit manquer son objectif. Il traversa la barbapapa que la petite tenait dans sa main droite puis s’écrasa contre un baraquement. J’ai tout vu. J’avais huit ans. L’écoute d’"Happy Night Electric Experience" me ramène l’image de ce volatile agonisant sous un soleil de bible, momifié dans des fils de sucre, ses derniers soubresauts soulevant des touffes de coton rose qui retombaient ensuite voluptueusement sur son corps en partance. Trente-quatre titres de pouillerie express à la Lärm / Intense Degree, en plus varié ; trente-quatre spasmes de violence suave, barbapapesque jusque dans sa reprise overclockée de Doom.

You gotta get speed. Demon Speed. We need speed. Speed's what we need. We need greasy, fast speed!

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