lundi 31 janvier 2011

Ulcerate : The Destroyers of All


Un confrère s'attristait récemment, en substance : Ulcerate, ils ont tout pour plaire, pourtant ils ne m'émeuvent pas. C'est assez bien résumé en ce qui me concerne, et l'on pourrait encore mieux dire en faisant l'économie du supposé paradoxe. Il y avait en effet, dans une formule qui au début était un pot-pourri Crowpath/Gorguts, avant de muer en un bouquet Immolation/Deathspell Omega/Neurosis, tous les ingrédients de plaisirs mollement, morbidement mallarméens.
Plus maintenant. L'artiste et capiteuse composition n'a guère changé. Elle s'est en revanche épaissie, appesantie, à la façon d'Unearthly Trance tout dernièrement, d'une brûlante fièvre plus rase-mottes que du Amen-Ra, elle est devenue massivement aveugle, morne et bornée, à tel point, non pas qu'on a l'impression d'entendre le même riff du début à la fin du disque, le Moloch est encore trop pharaonique pour ça, c'est même une des seuls choses qui le distingue encore de Streetcleaner - mais du moins une inlassable et désespérée variation autour du même, obsédé, malade, purulent, obèse, bulleux - l'agonie cosmique de vieux taureau au charnier qui rappellera des choses telles que Given to the Rising, Selfless ou In Reality We Suffer - en proie au bourbier des furies dernières, en route pour le pays d'A Work Which Transforms God.
Ulcerate s'est mis à Barbey.

vendredi 28 janvier 2011

Gentlemen, please ...


Ce soir je vais vous parler d'un trip musical assez à contre courant, tout simplement parce qu'il m'inspire. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Effectivement, Satan owes us money n'aurait a priori pas vocation à traiter de la musique d'Eglise de l'Angleterre du XIIIe/XIVe siècle. Et pourtant. J'ose croire, et à vrai dire j'en suis persuadé, que SOUM me permettra d'affirmer que cette musique a sa place ici. Tout simplement parce qu'elle évoque en moi l'exact contraire de ce qu'elle devrait susciter. Et j'espère pouvoir vous y amener. Je vous prie d'admirer, à travers cette musique ô combien sacré et sacrificielle (n'oublions pas l'agneau d'Abraham) l'œuvre non pas de dieu avec un petit "d", mais de l'Homme avec un grand "H". Cette oeuvre qui vous prend aux tripes au travers d'un simple récital a capella. Cette œuvre qui vous déstabilise, vous remet les oreilles dans le sens de la marche en vous révélant la puissance de la capacité musicale de l'homme moyen. Cette œuvre qui vous fait sentir à quel point l'Eglise apostolique est une institution de l'Homme prêchant la Mort, bien pire que tous ces guignols blakmétalesques que pourtant j'affectionne tant. L'Eglise catholique ne s'intéresse qu'au salut de l'Ame. Entendez par là qu'elle ne préoccupe guère de la façon dont vous crevez. Que ce soit sale ou propret, peut lui en chaut. Mais tant qu'à faire, admettez que pour ne serait-ce qu'approcher Jésus, vous avez intérêt à ce que ce soit sale. Salement sale. Et si vous ne ressentez pas cet appel divin à la morbidité boueuse quand vous écoutez une bonne vieille prière maritale du XIIIe siècle anglo-saxon, alors je ne puis plus rien pour vous.


Slawomir

mardi 25 janvier 2011

A-Ha : Foot of the Mountain


Vérification (très) rapide puisqu'à l'occasion d'un congrès Soumien j'ai appris qu'ils étaient toujours en activité : leur flamme sacrée est bel et bien partie habiter chez Covenant.
Pour ceux qui cherchent celle d'Underworld : même adresse.

dimanche 23 janvier 2011

Darkthrone : Soulside Journey

Depuis quelques jours déjà, je suis passé en mode hivernal. Comme chaque année dès qu'il fait un temps à pas mettre un Fenriz dehors, en fait. Et à ce sujet, tant que j'y pense, Darkthrone contrairement à ce qu'on vous dit c'est pas du black. Nope. Darkthrone c'est avant tout un groupe de death. Le groupe d'un seul album certes, mais un groupe de death. Sombre, lent, morbide, caverneux, forrestier, linéaire, froid. Le pendant doom de Left hand path, un Into the grave en plus occulte, un Where no life dwells avec des antécédents psychiatriques. Et surtout, un autre disque dans la course au titre de la galette la plus injustement sous-estimée du monde.

Meilleur moment pour écouter le disque: un bon disque du nouvel an.

samedi 22 janvier 2011

Hop hop

Vous l'avez peut-être oublié, lui n'a pas oublié qu'il est ici chez lui comme sur ses terres.



Baby dee : Safe inside the day

Si Tim Burton (celui d'Edward aux mains d'argent) décidait de de prendre un verre avec le chat obèse d'Alice au pays des Merveilles (le dessin animé, pas celui de Tim Burton), ils iraient probablement dans le noir cabaret de Baby Dee. Ils prendraient probablement tous deux un coup d'absinthe, se taperaient des bonnes grosses bouffées d'opium et s'éclateraient la gueule par terre en écoutant les chansons sadiques de l'hôte de la soirée. Ensuite ils pleureraient ensemble à l'écoute de mélodies atrocement mièvres avant de se relever péniblement et de ramper vers le bar, au pied duquel ils s'effondreraient définitivement. Et pour finir, Baby Dee se marrerait, se resservirait un coup avant de se remettre au piano et de relancer la musique, un coup riant, un coup sanglotant, toujours chevrotant. Safe inside the day a trop de bons côtés et de moins bons pour les passer en revue, sachez simplement que dans le genre ambiance décatie et déclinante mais néanmoins sophistiquée, ce truc se pose là


Slawomir

vendredi 21 janvier 2011

Warmarch : The Declaration


Je vous ai parlé de Weapon, le beuoué tout entier vous a parlé de Portal, je me morigène pour vous parler de Mitochondrion, je vais bien devoir vous parler d'Ulcerate puisqu'ils sont enfin bons ... Le futur bouillonnant du mal tout en métal, on l'a forcément noté, se trame aux confins, sinon de l'univers, du moins de la terre, dans les pays du bout du monde. Là où le death, ainsi que d'aucuns ont dit, devient Art, là ousque, ainsi qu'on peut préférer le voir, les mecs marchent la tête à l'envers lorsqu'ils sont australiens et néo-zélandais, et sont des crazy fucking canadians lorsqu'ils sont canadiens.
Warmarch sont canadiens. Bon point pour eux. Ils sont pour certains d'entre eux dans Weapon. Très bon point pour eux - et ça s'entend, s'entend. A savoir que ce que le dernier Weapon, à la sauvagerie somptueusement épique, a un brin perdu en frontale louferie thug, on le retrouvera sans méprise possible, tout au long de ce sabbat-ci. Nouba carnivore débridée à base de tambours de guerre tourmentés par des rêves de mitraillettes convulsifs, de basses en escadrons jazzy de la mort, de grêles noise qui font l'effet du gros sel dans le fondement ... Commencez par penser saccadé, vous commencerez à imaginer Warmarch ; pensez heavy metal saccadé et acrimonieux, pensez étourdissants mangeages de G entre les frappes amphétaminoïdiennes Absu-style et les moshparts houga-bougales in an Obituary fashion, pensez aigreurs godfleshistes, spasmes primusiens et odieux necrothrash de chez la vieille Angèle Morbide, et angles d'impact d'une scabreuse démence no-wave ; au fait, je vous ai parlé du chanteur ?
Le chanteur a toutes les qualifications pour piauler dans un groupe de freaked-out trad-doom de première bourre, type Unholy meets Root meets RevBiz, il pourrait facile remplacer Attila ou Maniac les jours de gastro voire leur chourrave le poste, mais il ne s'arrête pas là : tout en élégance efficace, il représente pour bibi la double satisfaction, narcissique et musicale, de voir confirmées ses impressions tenaces de parenté entre Weapon et Starkweather - c'est facile : chaque fois que je me passe le disque je veux revérifier si Resmini y aurait pas cachetonné.

jeudi 20 janvier 2011

Profanatica : Disgusting Blasphemies against God


Une basse qui darde dans le noir du black metal : c'est rare ; un son de basse aussi prodigieux : non moins rare ; alors les deux ensemble : imaginez-vous ...
Elle turgesce de venin avec des trémulations vibrionnantes de vice qui à elles seules récompensent l'achat de l'album. C'est un psaume obscène, cette basse, du Hate Forest tropical. Se lui ajoutent : une voix lépreuse râpeuse à saigner, brûlante de pestilence, une bastonnade rythmique qui amalgame militarisme et cannibalisme, des chansons à la largeur de vues de pitbulls, un son général tiède d'humeurs infectieuses : tout brûle dans ce disque délicieusement vibratile et qui, à une époque où l'on oublie parfois que le beumeu n'était au commencement que du death très croyant et très pratiquant, qu'il n'y a pas que la méthode Portal pour qu'à nouveau les deux se confondent ; bim ! un Incantation-like beumeu.
Inutile de préciser, au vu du prometteur emballage ci-contre, que la chose paye son ambiance romaine dépravée-défroquée.

mercredi 19 janvier 2011

V/A – Bullshit Detector 2008 CDR

Hum, dis-moi, c’est quoi ce CD-R ? Et bien, pour commencer, laisse-moi te dire que l’avantage des familles recomposées c’est que tu vois passer du monde. Notamment des tantes, dites "par alliance", avec lesquelles tu ne partages, à priori, aucune chaîne chromosomique. Dans le bouillant imaginaire adolescent, certaines, attentionnées, serviables et bienveillantes sont assez aimables pour te dépuceler à la bonne franquette, entre la poire et le fromage. Comme ça, pour "rendre service au p’tit". Mauvaise pioche : tu te retrouves avec tante Martine, un bloc de graisse aux petits yeux porcins qui ne peut s’empêcher d’émailler sa conversation de slogans publicitaires abrutissants pour partir ensuite d’un inimitable rire d’insecte étranglé : hahaha criii criiii criiii criiii criiii. Un bloc de graisse passé maître dans le rangement optimisé de lave-vaisselle et les dégradés vert-défraichis de chiffonnade pour œufs mimosa. Pour revenir à ta question ("hum, dis-moi, c’est quoi ce CD-R ? ") et bien laisse-moi te répondre "c’est comme le Port-salut, c'est marqué d’ssus !". Hahaha criii criiii criiii criiii criiii. Bon, foin d’introduction oiseuse, il s’agit en fait d’une compil regroupant des reprises de classiques punkoïdes (Discharge, Crass, Crucifix, Napalm Death, Flux of Pink Indians…) par des "groupes" bruitistes peu connus que l’on peut classer en trois catégories. Les premiers ont utilisé le morceau d’origine en poussant la distorsion et l’écho dans les extrêmes, en rajoutant éventuellement quelques bidouilles et en re-gueulant par dessus. Mouais, moyen et surtout prévisible. Les seconds, plus inspirés, se sont livrés à un vrai travail de recomposition, ne gardant que les textes scandés/hurlés façon power electronic. C’est assez déconcertant, d’une part parce que ça n’insulte ni nègre ni youpin, d’autre part parce qu’il est plutôt étrange de ne pas pouvoir identifier un morceau que l’on connaît par cœur. Enfin, fermant la marche, le timide qui bricole en arrière plan du morceau original. Bref, une compile pas indispensable, mais loin d’être inintéressante. Tout comme ses illustres ancêtres dans le fond. PS : Tante Martine, où que tu croupisses, saches que je m’excuse de n’avoir jamais cherché à te baiser. J’avais peur de ne pas trouver ton sexe. Cette chronique t’est humblement dédiée.

lundi 17 janvier 2011

Bodychoke : Cold River


Dans une maison coquette d'une banlieue bien fréquentée vit un homme bien sous tous rapports. Il s'appelle Mr Curtis et il est tout ce qu'on peut rêver d'un bon voisin. Toujours bien mis dans ses complets clairs, toujours rasé de près, la silhouette élancée, calme, réservé, il s'exprime toujours d'un ton pondéré de douce gravité, il est poli, prévenant, serein et avenant, sa pelouse est bien tenue et il mène une vie discrète d'honnête homme raisonnable, sans aucune excentricité, et tout le quartier se félicite de compter des hommes tels que lui, fondements d'une société qui va sainement - il est chef de service chez un fabricant d'électro-ménager. Oh, il y a bien comme une ombre de vague mélancolie dans son paisible sourire, comme une rêverie lointaine dans le sévère gris hivernal de ses yeux. Mais nul ne soupçonnerait, ça non, les abominables coups de sang qui quelquefois le prennent, lorsqu'à l'insu de tous, après qu'il a dans sa belle cuisine équipée, avec l'un des beaux couteaux de son assortiment en acier japonais, confectionné le souper, il le porte à la cave à son épouse, et que pour la énième fois celle-ci geint, "s'il te plaît ... desserre au moins les barbelés, ils me font si mal ... je t'en supplie ... Ian ...".

dimanche 16 janvier 2011

The Stranglers : Aural Sculpture


L'album de punk idéal pour prendre le thé accompagné de quelques pancakes à la banane, avec des matelots en redingote, par une formidable après-midi ensoleillée sur le parc vaste comme Wonderland.

jeudi 13 janvier 2011

Covenant : Modern Ruin


Nous y voilà : enfin Covenant sort l'album qu'on attendait (non ?), purgé de leurs inutiles velléités e.b.muscle - déjà du temps de leurs débuts, quand ils tentaient de maintenir un semblant de condition physique et te foutaient du cryotank dans le titre d'album, ils étaient trop romantiques et c'étaient les rêves du blindé qui les intéressaient davantage - un pur disque couture de dance boréale exaltée ; contenue oui, mais dans un anorak, et épique pourtant, gourde et claque-dents pire que du Prager Handgriff - c'est précisément cela, cet album est beau comme du Prager Handgriff avec en place du souffle de ferveur punkwave allemande de belles giclées d'aqua di gio sur la glace. Et l'autre mèche-folle de chanteur est à son sommet, gahan-gore-bowien, quasi-délivré de son vieux rhume, ça aussi c'est pas faute de l'avoir attendu, mon con.
Pour goûter à leur moustache-music sophistiquée, l'on gardera Sequencer:Beta, mais aujourd'hui l'heure est à se réjouir : au Nord est né un héritier à A-Ha, enfin.

mardi 11 janvier 2011

Foetus : Limb


Hasard, ironie, absurdité : ce que le dernier Manorexia a perdu dans une trop grande sapience de musique contemporaine, c'est sur le présent rappel des toutes premières machinations de Fœtus qu'on le retrouve : cette capacité terrifiante de James à faire, à partir de rien de remarquable ni de précisément cernable, de la musique qui rend fou ; la musique du tic-tic-tac qui fait basculer la mécanique du système nerveux central du côté où plus aucun horizon n'est prévisible, où les aberrations escheriennes les plus saugrenues rôdent dans le noir grinçant et miaulant, en une version invisible de la stupide danse de l'aveugle Azathoth, au son des aigres jérémiades de neurones despotiques et cruels, au milieu d'une fête foraine allée se faire colorier chez Hermann Ungar, et se faire tresser des guirlandes de tambour avec des crânes de fer-blanc à l'imbécile sourire caquetant édenté.
Là où Hide érige un somptueux space-opera avec Cary Grant, Limb plonge à pieds joints allègres dans la terreur et le cauchemar sans délicatesse de La Maison du Docteur Edwardes. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, aller lire çà ou là les explications prosaïques de comment cette musique fut élaborée : moi ç'a presque sauvé ma raison d'y aller écouter.

dimanche 9 janvier 2011

Clockcleaner : Auf Wiedersehen


Du Bauhaus sans col-roulé noir, du Eighties Matchbox laconique : avant, Clockcleaner prétendait jouait de la skull music mais ça c'est de plus en plus vu, à la fin : Clockcleaner joue du gothic rock. Avec un roc comme dans rock'n'roll, du gothique - attention, adjectifs galvaudés - aussi lynchien qu'un restoroute la nuit, flegmatiquement dangereux, mortellement calme et austèrement laid-back, du "House of the Rising" Sun pour révérends bizarres ("Something's on Her Mind", nom de dieu !), du putain de gothique avec des couilles.
So long, Rince-horloge.

samedi 1 janvier 2011

De l'art embarassant de la pirouette

Ou comment l'indécis incurable rattrape ses boulettes.
Nous disions donc : Soum parle aussi de ciné, right ? Un petit peu, parfois ? Voici donc, pour vos bilans, Le film de l'année écoulée :


La dernière goutte est toujours pour le calfouette

Parce que comme chaque année, on aime pas les compètes et qu'ici y a toujours un rataillon de gigot pour les recalés. Vous les méritez pas, vous qui n'avez même pas joué à mon jeu, mais les voici, la truffe luisante, l'œil implorant, le jarret nerveux. Ils auraient très bien pu être à table la semaine passée, un imprévu les aura retenus. On leur en veut pas.