lundi 17 janvier 2011

Bodychoke : Cold River


Dans une maison coquette d'une banlieue bien fréquentée vit un homme bien sous tous rapports. Il s'appelle Mr Curtis et il est tout ce qu'on peut rêver d'un bon voisin. Toujours bien mis dans ses complets clairs, toujours rasé de près, la silhouette élancée, calme, réservé, il s'exprime toujours d'un ton pondéré de douce gravité, il est poli, prévenant, serein et avenant, sa pelouse est bien tenue et il mène une vie discrète d'honnête homme raisonnable, sans aucune excentricité, et tout le quartier se félicite de compter des hommes tels que lui, fondements d'une société qui va sainement - il est chef de service chez un fabricant d'électro-ménager. Oh, il y a bien comme une ombre de vague mélancolie dans son paisible sourire, comme une rêverie lointaine dans le sévère gris hivernal de ses yeux. Mais nul ne soupçonnerait, ça non, les abominables coups de sang qui quelquefois le prennent, lorsqu'à l'insu de tous, après qu'il a dans sa belle cuisine équipée, avec l'un des beaux couteaux de son assortiment en acier japonais, confectionné le souper, il le porte à la cave à son épouse, et que pour la énième fois celle-ci geint, "s'il te plaît ... desserre au moins les barbelés, ils me font si mal ... je t'en supplie ... Ian ...".

1 commentaire:

Le Moignon a dit…

Merci pour le Ian Curtis, je m'étais senti seul, un moment