lundi 28 mars 2011

Blvt avs Nord : 777 - Sect(s)


Obscure clarté qui tombe des étoiles ou couleur tombée du ciel, cela fait longtemps que les guitares de Blut aus Nord ne sont pas de ce monde, c'est encore plus clair et présent, à la façon d'un danger, sur cet album où elles sont aussi nettes que l'inhumanité rigoureuse de l'impitoyable et méthodique rythmique, et cette musique n'a plus rien du métal non plus, même si l'on croit çà et là en reconnaître comme en rêve, ou au détour, tranchant comme peut l'être un nuage passant devant la lune, d'une nappe qu'on croirait volée à Marco Passarani - du verre plutôt, une masse de verre hybride, aux intentions indicibles, venu des étoiles, chirurgical, et qui emporte par-delà le mur du sommeil dans un vaste dessein aux épouvantables volutes mystiques et impérialistes, et avec l'habitude que l'on a prise de cette hideur dévitalisée, on se laisse enlever dans les arabesques de ce chant des enfers cosmiques, toujours plus sale tandis qu'elle devient toujours plus atrocement nette et majestueusement médicale, on en penserait presque à Hate Forest tant c'est horrible, ou à un Jesu fasciste, mais si on se met à penser à pareilles terrestres choses l'on est forcé de réaliser combien ce Hate Forest-là serait ravagé sous l'action méticuleusement concertée de plusieurs agents chimiques violeurs de structure moléculaire - et soigneusement aplati sous une énorme dalle de marbre, aussi : oui, c'est tout comme vous le lirez certainement ailleurs, ce Blut aus Nord ne fait pas dans l'insidieux et le clapotant, ce Blut aus Nord est massivement dominateur. Sans jugement de valeur aucun et avec toute la déférence qui sied aux disciples ruisselant la gratitude, Blut aus Nord est à Godflesh (son Dieu à en moins en moins douter) ce que la cathédrale extra-terrestre est à l'église romane.


P.S : en fait, à part évidemment quelques disques de Die Form et des fulgurances du Circumflex de Somatic Responses, la seule chose qui approche un peu de l'atmosphère supra-humaine de ce Sex se nomme Crudelis et Invictus, d'Unveiled, et est aussi l'œuvre d'ex-métalleux - je dis ça pour si d'aucuns intrépides voudraient s'y frotter avant que j'aie trouvé les phrases pour en parler.

jeudi 24 mars 2011

Rotten Sound : Cursed


Ils sortent leur collection printemps-été ensemble, ils tournent ensemble après, leurs pochettes se ressemblent, et je les ai achetés ensemble, mais ça on s'en branle tous ensemble : Rotten Sound et Trap Them sont les deux faces de la même musique. Le son de Rotten Sound est sans doute encore plus suédois, normal ils sont finlandais, et il noie dans le mazout, jusqu'à y faire des yeux, des riffs qu'il défigure encore un peu davantage, d'affreux et à peine lisibles qu'ils sont déjà - le petit plus death metal, d'ailleurs on pourrait filer une métaphore où le death'n'roll serait une couverture et les deux sus-cités un couple, mais je n'irai pas jusqu'à dire que Trap Them sont la gonzesse, si mélodiques soient-ils, vu comment leur batterie nique les oreilles. Quand bien même Cursed fout une rouste à Mad Max et une fessée à l'Interceptor tous les matins avant même d'avoir avalé son bol de goudron aux éclats de crâne ou s'être douché dans le cyclotron, quand bien même ses spasmes de two-step sont encore plus mongoloïdes et grimaçants, la faute aux radiations ... Les deux jouent le même terrorpunk'n'roll, les deux ont enfin sorti le disque où l'on ne regarde jamais la montre qu'on n'a pas. Les deux m'ont fait plaisir. Parce qu'il n'a jamais été envisageable de choisir entre To Ride et Wolverine Blues.

mardi 22 mars 2011

Trap Them : Darker Handcraft


Trap Them n'a toujours pas transformé l'essai, dirait-on. Après avoir laissé derrière eux la succulente grinditude frappacogne de leur première apparition, et un second album le cul entre deux chaises malgré son intermittent potentiel tubesque, on peut commencer à craindre qu'ils ne touchent jamais de nouveau la grâce de cette tournée fameuse où tous leurs morceaux semblaient formidablement ralentis par la formidable présence de l'almighty Grief en tête d'affiche, puisque ce nouvel album paraît même poppy comme un quarante-douze-millième groupe de machin-core aussi inutile et inoffensif que l'a dit le chroniqueur de Noise Mag. Las.
Foutue course à l'armement. Foutue sortie simultanée avec le nouveau Rotten Sound, foutue attente de toujours plus d'extrémisme, de toujours plus de parpaingnage de tronche, de toujours plus d'on ne sait plus bien quoi d'ailleurs (ou peut-être si, on sait : un truc aussi radicalement incendiaire que le deuxième Early Graves, ou le premier Cursed, bref la reproduction de moments uniques qui ne se reproduiront pas), parce que le style a irrécupérablement suivi le sludge dans la famille des trucs qui se galvaudent et me bandent sérieusement - du coup ni le Rotten Sound ni le Trap Them ne font véritable impression, comme ça c'est vu et c'est réglé. Bon. La déception est consommée. Passons à autre chose.
Mais comme on s'était fait avoir par l'irrésistible "The Facts" en avant-goût et qu'on avait acheté le disque, on peut le réécouter à présent, sans en plus rien attendre. Et s'apercevoir que oui, ce disque est ravageusement, non pas poppy, mais pop, par un subtil dosage de traditionnelle élégance chansonnière et de crétinisme two-step, avec juste ce qu'il faut de subtil prognathisme metal pour ratiboiser tous les pisse-froid qui subsistaient en toi - avec surtout une monumentale morgue punk à en croire qu'ils sont anglais ces cons, en tous cas qu'ils s'alignent sans problème à côté de To Ride, Shoot Straight and Speak the Truth, lui donnant au passage une leçon de décontraction effrontée parce qu'ils sont vraiment des petits cons et qu'ils ne joueront jamais aussi congestionné que tous les wannabe Kickback d'aujourd'hui, et se contenteront de montrer comment on peut constituer une injonction reptilienne de tout péter du sol au plafond sans se départir de swing, bonne humeur et indice corrosif supérieur, soit tout ce que n'a pas réussi le vaniteux dernier album de Converge en son & lumières. Avec, une dernière fois pour la route, cette facilité dans le fauchage à la barre à mine de tous les pieds qui dansent pas, qui a la modeste évidence des artisans - on n'est pas bien loin de tenir les KEN Mode ou les Acacia Strain du meancore'n'roll. Soit exactement ce qu'était Trap Them sur cette mythique et magique date pictavine en ouverture de la messe de Grief.
Trap Them a transformé l'essai, on dirait bien.

Gator Bait Ten : Harvester


Le label Ohm Resistance est une porte vers un univers où Justin et Mickouille auraient continué de composer de bons narcotiques. Mais il y a plus. Harvester est un disque tellement fait de fins de disques qu'il en est frustrant, mais en même temps tellement saisissant de lent pouls animal immense dans le ciel d'hiver nucléaire éblouissant de gris, qu'il s'inscrit de droit divin dans la lignée de la musique terminale, la seule, celle qui se constitue de The Righteous Way to Completion (Archon Satani), Messiah et Selfless (Godflesh), IV (Sielwolf), Gyral (Scorn), Abandonned Language (Dälek), The Process (Sink) et Re-Entry (Techno Animal). Mais il y a plus. Harvester est une morbide jungle, grouillante de mort impavide et d'acide, et l'extase, transie de rosée, de la complète dissolution en elle, et il est aussi de l'espèce d'Undertow, Exit Ritual et Aurora. Mais il y a plus. Il est désaltérant comme un glacier, apaisant comme la paralysie, il est délivrance liquide de tout heurt et mouvement, il est froid ravissement du ralentissement sans fin de toutes fonctions, et limpidité d'une masse de taille astrale de sommeil primordial, et il est aussi de l'espèce d'Inade. Mais il y a plus. Harvester est la fin bénie de toute chose.
Harvester est le matin.

dimanche 20 mars 2011

202 Project : Total Eclipse


Je n'aime pas de trop, on l'a remarqué, les "chroniques" techniciennes. mais comment passer outre dire la remarquable façon dont s'enchaînent les morceaux de cet album, sans pourtant souffrir d'aucune savante boursouflure concepto-truc, ni davantage à aucun moment avoir la grossière pédanterie d'user de leitmotiven - non, c'est le souffle, le calme halètement de la marche qui fait l'unité, la trajectoire fatale de ce disque mange-cerveau qui infecte de l'obnubilatoire envie de traverser des continents entiers de steppe urbaine sous la lune, d'un pas insatiable alterner les moments de friche post-atome, les moments d'envol de l'âme, les moments de dangereuse griserie tétino-stoogienne, les moments de vertige infini, et évidemment, les nombreux moments de suave terreur lunaire, comme autant d'alertes ignorées jusqu'à la dévoration finale ... Il serait dommage de, comme je le fis il y a quelques mois, se laisser abuser par le vague air d'USXerie délavée et prévisible de la chose, et de passer à côté d'un disque finalement plus proche de Punish Yourself que de Der Blutharsch, et surtout d'un grand disque de cold-wave venue d'ailleurs, et qui vient pour toi ...

samedi 19 mars 2011

Shonen Knife : Let's Knife


J'ai presque envie de vous refaire le coup de la pochette qui chronique le disque toute seule, mais ce serait rater l'occasion d'en placer une qui me brûle : le Japon, culture de l'apocalypse ? C'est vrai qu'en un sens ça se tiens. Je connais plus d'un extreme-boy qui prierait l'apocalypse nucléaire, en entendant ce punk-rock poppy haut en couleur, ultimement débile. Même un fan de Deerhoof pourrait pas éviter de tomber en dépression nerveuse direct.

Martini Ranch : Holy Cow

Même en '80s le disque il se chronique lui-même : typo, pochette. D'autres questions ?
Les Trente Glorieuses ferment boutique, merci à tous de ranger vos jouets. Et ça vaut aussi pour toi, One Love. Zou.

Die Kreuzen : Die Kreuzen


Envoyage de hardcore-punk genre l'égarement quantique entre Voivod et The Accüsed, mais couvert de germes entre les dents pourrisantes, pas de bière (y'a pas le temps), mais une espèce d'intelligence cachée un peu comme on la soupçonne sur les albums de Neurosis période pan-pan cucul : c'est-à-dire la patte féline d'un Joy Division qui aurait choppé le mauvais cachet. La pochette parle bien mieux que je ne saurais le saurais le faire, en même temps : un bien beau cauchemar dont l'intérêt est relevé par une imparable salve de bouffées délirantes : j'en vois qui rigolent ?

Queens of the Stone Age : Queens of the Stone Age


La constriction appartient au metal. Ce qui fait le rock, c'est le venin.
Et cet album est l'un des pires. Peut-être parce qu'il sonne comme qui a toutes les étagères de l'armoire à pharmacie dans le buffet. Peut-être parce qu'il est empoisonné comme l'amour. Peut-être parce que cette babyface de gueule d'ange de voix à la blondeur de pommes d'or ne saurait que charrier le feu de la discorde et les braises de la cruauté. Et que cette musique, riffs et lignes de chant, n'est que torsion d'articulations, cambrures douloureusement contraintes, vrilles vicieuses et coups de ceinture. Qu'elle répète. Encore et encore. Obsessionnellement. Nauséeusement. Complaisamment. Qu'elle est dure comme le cœur noir d'une pharma-party adulte en pleine après-midi derrière des volets de banlieue.
Sick, sick, sick.

vendredi 18 mars 2011

Blood Ceremony : Living with the Ancients

Si t'as pas aimé le premier, y'a peu de chances que t'aime celui-ci, oui.

Chant plus faux.
Morceaux plus psychédéliques et mieux arrangés.
Donc plus Jethro Tull en branche.
Et avec un fan de The Gathering en bas, par l'odeur alléchée, qui attends que le camembert lui tombe dans le bec.

Moi je dis piou-piou total.

jeudi 17 mars 2011

Stupeflip : The Hypnoflip Invasion


Le crou est de retour, serait-il donc temps d'enfin dûment en parler ici ?
Non. Le Stup est trop subtil, intangible comme la façon dont cet album est plus douloureux encore que le précédent tout en étant moins frontalement cauchemardesque. Ça s'explique pas, ce truc de gagas qui te bousille l'estomac, ce truc mongolien vandale fleur bleue, c'est au-delà des trucs et astuces parce que ça se joue à un autre niveau, c'est trop intime, ma ténébreuse menuiserie personnelle, ça s'enracine trop loin au-delà des genres et du blabla dans la viscère directement, pour s'expliquer, d'ailleurs je n'ai jamais rien lu sur le Stup et ne veux lire rien ni personne, le Stup c'est en moi, c'est moi qu'il est, je ne suis pas en position d'en parler comme objet, au même titre que Dirt, quand bien même on ne remonte pas aussi loin qu'avec Alice in Chains, tous les deux, mais est-ce bien sûr, ça ? Pop-Hip, King Ju, n'étaient-ils pas déjà assis derrière ma trousse à l'école ? Ne sont-ils pas bien plus bath que les copains que j'avais pas, et que celui qui m'a pissé sur la jambe à ma fête d'anniversaire ? Ne rêvent-ils pas de la même couleur que moi ? Certains rencontrent dieu et d'autres le rencontrent pas. Aujourd'hui par cette troisième manifestation la Stup Religion est réellement réelle et c'est bien.
Le Stup ça s'écoute ou ça s'écoute pas, et ça s'arrête là.

mardi 15 mars 2011

Jumalhämärä : Resignaatio


Black metal, oui, probablement. Alors comment se fait-ce qu'au milieu de la tourmente, des gifles du vent, au long des courses de stock-cars désespérées sur les glaciers, des paliers recueillis et des glapissements de barbarie cérémonielle à cailler les sangs, ce groupe que sans que je sache pourquoi l'on tient à comparer à Deathspell Omega, me laisse juste, hagard, penser à Helms Alee, Lifelover, Spiderpact, Harkonen, et aux Swans ? Peut-être parce qu'il atteint, lui, ce que ni DsO ni Solstafir n'ont tout à fait réussi ? Ou bien parce que ce qu'il évoquera de plus black s'appelle Liturgy et Bosque, et que le ferreux résultat tétanise autant que ce que peuvent rendre les abominables Sink en concert ?

Verdun, Electric Wizard, 14/3/11, Secret Place, Saint Jean de Védas


Verdun : ne partait pas gagnant vu que, un, je ne savais pas qu'il y avait quatre groupes et pensais avoir réussi à snober toutes les premières parties (V13, brrr), deux, ils commencent à jouer tu crois à un morceau factice des roadies d'El Wiz, check-check, trois, je reconnais deux des zicos, l'un pour me servir des verres au Mojo, l'autre pour servir de collègue à mon tatoueur ici, qui d'ailleurs était là (ça suit toujours, les lourds ?) ; et pourtant, ils m'ont eu comme il faut ; total EW-worship certes, mais avec la fameuse petite touche bien à eux, faite en l'occurence d'une subtile couleur Neuroramesses, et surtout d'un bon gros musc space-opera made in Superjudge, un putain de caractère du genre de celui qu'ont Eibon, que j'en eusse acheté le disque s'ils en avaient eu un. Pas mal, pour un trosième concert de leur carrière ...

El Wiz : comment vous dire ? trance doom-pop, cervicalement épique, à la limite du mélopunkement nihiliste, El Wiz c'est, pour la troisième fois et toujours contrairement à l'avis des connaisseurs et néanmoins amis de Slow End, la boucherie live, d'autant plus avec une paire de 8°6 et une autre de bières du démon pour attendrir l'extase, ce qui n'a pas empêché les jambes de frissonner tout le premier morceau durant, le doomster étant le toxicomane que l'on sait.

dimanche 13 mars 2011

KEN Mode : Venerable


KEN Mode possède cet art, donné à très peu, de ne pas faire un fromage ; The Acacia Strain, Coalesce, et c'est presque tout, finalement : Black Elk l'a perdu, Daughters ne l'a jamais tout à fait chopé ... Plus qu'une recette véritablement à eux pour préparer le rata noisecore abraso-chao-spaghetti, c'est cela qui fait leur immanquable marque. La modestie et la décontraction avec laquelle on peut (si seulement l'on peut, tout est là) choisir de faire le taf, sans battre tambours et trompettes et concept d'être le plus ceci ou cela, de s'identifier à tel processus industriel, tel brevet déposé, sans stabiloter ni le malaise ni la démence - et de faire du putain de bon taf, mine de rien, et du qui sur ce genre de bases ne peut qu'être furieusement rock'n'roll (en l'espèce, une sorte de version dancefloor des tout aussi élus Meatjack). La même attitude dont résulte que KEN Mode, qui s'appellent en réalité K.E.N. Mode (Kill Everyone Now), n'en font pas étalage, en gentlemen du stetson, et que cet album probablement leur plus multicolore, se permet en cette saison congestionnée de fulminantes nouvelles sorties de Rotten Sound et Trap Them, de tout tuer debout et de flanquer une leçon de tarentelle à tout le foutu panier de crabes. En toute décontraction.

samedi 12 mars 2011

The Acacia Strain : Wormwood


Parce que j'aime aussi assurer le suivi des dossiers, et rendre parfois autre chose que des premières impressions d'extase. Or donc, qu'en est-il, des mois et des mois après, de cette chose si bleue ?
Très peu étonnamment après tout, le même topo qu'au début : comment, aussi, un machin à ce point imbécile, explicite, univoque, aurait-il pu changer en quoi que ce soit ? Tout au plus notera-t-on que l'écoute pour de real à volume approprié dans un casque de bâtard rend les morceaux moyens du ventre mou de l'album un peu moins moyens, la puissance sonore ridiculement cataclysmique du groupe encore accentuée par l'immersion totale rendant impossible la fatale déconcentration qui est la malédiction du disque, et mal gré que l'on en puisse avoir on continue de se récolter des pâtés de maison sur le coin de l'œil, non-stop.
Mis à part ce réajustement, on bénéficie donc toujours du même imprenable premier rang pour assister à un moshing de porcs dont l'embompoint fait craindre à tout moment l'éclatement dans la manœuvre, qui fera du pauvre de nous un arbre de noël couvert de viscère. Et surtout, on ressent avec une clarté de plus en plus sereine la parfaite évidence de cette musique qui pour être extrémiste, à la limite de l'abstrait, et opérer dans le secteur de la brutalité la plus stricte, n'en éprouve pour autant pas le besoin d'en faire un drame (on en reparlera bientôt, puisque KEN Mode sort un album), et ne le cède à personne en jovialité. Et le bleu prend enfin tout son sens.

mardi 8 mars 2011

Sonic Violence : Jagd

Ha, c’est toi. Non, non, tu déranges pas. Je te présente Jean-Paul.
Fais pas cette gueule. Tu pourrais au moins lui dire bonjour.
(…)
Si je me souviens de qui ?
Ha, lui, l’homme-impasse…sa table basse de plouc…ses cendriers débordant de mégots... ses restes de cassoulet froid arrosés de bière tiède… ses silences satisfaits… ses week-ends entiers devant la TV... la main dans le bénard… oui, je me souviens de ses manières de pue-la-sueur et du mépris gêné, mal assumé, qu’il nous inspirait (avec, en arrière-plan, nos propres médiocrités en embuscade).
C’est vrai que Jean-Paul lui ressemble.
Mais d’abord, tu débarques comme ça… t’étais où tout ce temps ? Tu croyais quoi, que j’allais t’attendre ? Oui, je sais, je te déçois encore. Je n’ai cessé de te décevoir depuis ce premier écart, ce premier relâchement. Nos serments, nos "toujours", nos "jamais", nos pactes de sang… tu sais, c’est fini l’alpinisme ! Et voilà, tu pleurniches… sur nos rêves périmés… comme une fille de ferme engrossée par le contremaître…rends-toi plutôt utile, passe un coup d’éponge, re-sers nous à boire. Ouais, c’est ça, vas-y pleure, tu pisseras moins !
- Hé, tu vas pas bien ? À qui tu causes ?
- Hum ? Non non, tout va bien.
- …
- Ça va j’te dis, passe-moi la jambe de chinois.

Cercueil : Erostrate


Erostrate n'invoque pas le Soleil Levant, et pourtant l'évoque bien plus invicinciblement que, au hasard, le Hai! des Creatures (qu'il serait temps que je réécoute, un peu). Mais si toutefois l'on ne rêve pas la nuit en planches de Satoshi Kon, de floraisons de cerisiers électroniques pensants en chaîne de déflagrations silencieuses et délicieuses, de vols planés du mental qui sont aussi une paire de lèvres incarnadines, de cris de mouettes qui sont des koan, de faire des culbutes dans les airs scintillants et des galipettes avec le chant des baleines astrales ... on peut aussi se jeter tout nu dans ce disque, si l'on aime la new-wave moderne, celle qui ouvre un instant, que l'on voudrait voir durer toujours, de grâce suspendue entre languidité cold-wave et ravissement summer of love - Andrew Weatherall, Underworld, Covenant, Fever Ray, voyez ? Même s'il serait plus vrai de figurer le chaud et froid en eaux femelles brassé par les remous de Kas Product, Everything but the Girl et Leutha ...

vendredi 4 mars 2011

The Walkmen : Lisbon


C'est un peu plus que le fait que l'éternel psycho-tape en moi soit infoutu capable de causer pop, à l'œuvre. C'est que cet album, où pour une fois ici le mot anglais pour "voyage" ne signifiera pas mettage de tête à l'envers, ne laisse pas savoir où donner de la tête. Partir, pour sûr, mais pour où ? Dans les années 40 ? Au XIXème ? A Macao ? La Barbade ? San Francisco ? En yacht ? En trois-mâts ? En Bugatti ? Vendre des pierres précieuses ? Écrire des mémoires sur les fumeries de Shangaï ? Les tripots de Madison Avenue ? Faire l'entremetteur à Tanger ? Même le libellé ci-dessous en est écartelé d'appétit.
Pas grand chose à emporter dans cette griserie à l'étrange et éblouissant goût de sel : un costume de lin suffira, et la compagnie d'un gris du Gabon sur l'épaule.
Et que retourne Arcade Fire à ce qu'ils ont toujours été : des éteignoirs.

Grayceon : All We Destroy


Le crustdoom forestier de Wormwood, le metal des fosses aux sirènes de Worm Ouroboros, le prog nautilique de Giant Squid, le plaguecore carencé de Damad, la chlorose nymphomédiévale d'Amber Asylum, la rusticité de Sol Invictus, voilà la famille de Grayceon, dont l'attelage violoncelle-guitare-batterie a ce qu'il faut pour aussi bien se colleter à la pierre romane et la cisailler à cru, que l'emmener flotter dans les mers du Sud et les eaux de jade, y laver ses plaies ulcérées. Le flou artistique entre Brenda Wootton, Ludicra et Lhasa de Sela, le rappel que punk veut dire gueux et que Villon était autant punk qu'il était poète, et une folle envie de lire Le Nom de la Rose et L'Île du Jour d'Avant en même temps.

Child Abuse : Cut and Run


Visage d’agneau, regard d’oiseau de proie
Faut pas bloquer, tu sais
Tu peux m’appeler Françoise
Tu sais, faut pas bloquer, tu sais

Arithmétiques bâillonnées
Course de poulets sans tête
Tu sais, faut pas bloquer, tu sais

Tu sais, faut pas bloquer
Tu sais, faut pas bloquer
Tu sais, faut pas bloquer
Et tu ne diras rien quand je te donnerai un coup de fouet ?
Faut pas bloquer, tu sais
Faut pas bloquer, tu sais
Faut pas bloquer, tu sais
Et tu ne diras rien quand je mettrai ma tête entre tes dents ?

Tu peux m’appeler Françoise